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 Ma propre âme me nuit. Elle même se craint. (Deuk)

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MessageSujet: Ma propre âme me nuit. Elle même se craint. (Deuk)   Mar 19 Juil - 19:37

Deukalíôn Dmitrovich Hristow
arrache-moi le coeur, que je ne puisse plus avoir peur.


A little taste of magic on your lips
▲ Nom : Hristow (parfois Hristov).
▲ Prénom :  Deukalíôn, fils de Dmitri.
▲ Date et lieu de naissance : Né le 25 août 1910 (40 ans) sur un navire au large de Saint Pétersbourg, il est réputé russe à la faveur des eaux territoriales. Le Ministère l'a naturalisé bulgare en 1939.
▲ Nature du sang : Pure.
▲ Profession : Artisan de la suprématie de son sang, il s'est sali les paumes avec le sang d'un millier. Chasseur et bourreau, il a été longtemps mandaté dans l'Est pour encourager les relations pacifiques et la coopération du monde slave : c'est là qu'il a débusqué, capturé, exterminé des vies humaines frappés du sceau de criminels. Rentré, on l'a fièrement nommé chef de la milice à la botte de Gellert Grindelwald. Il n'a pas savouré l'avancement, mort-exilé sur les rives de la Baltique. Là a grandi la réputation d'un chasseur de recherchés et d'évadés de la prison de Numengard.
▲ Statut matrimonial : Couplé à Scylla, la prime enfant de Piotr Vulchanov. Elle se dit veuve alors que, dans la lettre de la loi magique, leur union vit encore.
▲ Ancienne école : Koldovstoretz.
▲ Patronus : Depuis quelques années, il est incapable de produire ce qui était un pygargue empereur, un rapace.
▲ Baguette Magique : Du bois d'aulne, 34,2 cm, ventricule de pansedefer ukrainien.
▲ Particularité : Aucune.
▲ Amortentia : La salure jetée de la mer à la face des montagnes et de la pierre.
▲ Epouvantard : Dans une vie d'avant, il y a un berceau vide, où le nom des Hristow s'efface dans l'indifférence. Et puis trente-six mois lui ont craché la face, les yeux, les seins, la bouche et le rictus de Scylla. Jusqu'à ce qu'il cherche les épouvantards. L'image s'est figée sur un homme faisant ce que les hommes font aux femmes. Si elle n'était pas sienne jetée aux genoux inconnus, il n'aurait pas tant regardé.

Je jure solennellement de faire usage du sortilège
Incarcerem
pour servir ma cause

"Parlez-nous un peu de vous. Si vous deviez vous décrire en quelques mots que diriez-vous ?" Dmitri Hristow ne laisse pas place à l'imagination sur ce que doit être la position, et la posture, d'un sorcier issu de sang-pur. Il n'y a ni négociation ni alternative : on est comme on naît, a-t-il usé les mots à force d'années, comme d'appartenir à une patrie, de grossir les rangs d'une race, de se voir affliger d'un destin implacable. L'aîné de ses fils ne s'est pas fait devoir de le contrarier : à Deukalíôn n'a pas échoué la tempérance de Piotr. Il est sorti du ventre maternel exactement comme il avait été façonné, et pour oeuvrer aux raisons pour lesquelles on l'avait façonné. Soldat du l'eugénisme il devait être, capitaine de l'holocauste il a été. Il a connu un précepteur rigide, est parti étudier à Koldovstoretz, s'est marqué de l'étendard suprémaciste et a oeuvré pour eux. Et, finalement, il a détruit toute une partie de l'humanité sorcière avant d'avoir seulement pris conscience de lui-même. Il faut dire, également, que si les Hristow ont toujours été respectés de leurs pairs bulgares, ils sont restés des étrangers ; des sang-pur, peut-être, mais à la solde d'autres noms, d'autres maisons et de lignées. Contrairement aux vœux du patriarche, les Hristow n'avaient aucun espoir de s'élever plus haut que ce que leurs maîtres décidaient. Deukalíôn est un russe et, au pays, il aurait été un grand sang-pur. Il aurait régné. En Bulgarie, il ne fait que rejoindre sa servitude, une autre, distincte de la masse au sang sale, mais un esclavage néanmoins. Et ce qu'il avait mis des années à nuancer, à combattre, ce qu'il avait péniblement acquis en faisant preuve d'une plus grande horreur, d'un plus grand crime, pour se dresser au-dessus des autres, semblables à lui, a été réduit à néant le jour où il a fui.

"Grindelwald domine l'Angleterre et la Bulgarie depuis 6 ans en quoi cela a-t-il influé sur votre quotidien ?" Il a poli de ses mains les marches de l'ascension et, à l'heure de la récompense, il n'était simplement plus là. Ce qu'il sacrifierait pour entrevoir cet avenir, savoir ce qu'il serait advenu de lui sans la furie assassine de son épouse... Mais il n'en sait rien et il n'était pas là. Cet empire, Deukalíôn l'a vu grandir depuis la Russie avec chaque jour moins d'intérêt. Ça n'était plus sa vie et ça n'était plus son destin. Les russes, néanmoins, ont joué le jeu de Gellert Grindelwald et, aussi régulièrement qu'on se met à table, Saint Pétersbourg colportait la rumeur des lois votées, des pactes rompus, des meurtres perpétrés. La contagion est restée limitée. Il n'est resté que les opportunités : servir Numengard en lui rapportant les gibiers de Détraqueurs et autres mis au ban de la nouvelle société. Jusqu'à maintenant, Deukalíôn s'était contenté d'oeuvrer à l'Est mais il a paru fort utile de se servir de ce prétexte pour gagner l'Angleterre.

"Vous voyez un passant dans la rue se faire malmener par deux spaseni, serviteurs de grindelwald, que faites-vous ?" Roman est parmi eux et, si ce n'était pas son frère, ce serait lui. Fort bien conscient du credo qui désormais règne sur le monde, si Deukalíôn n'a plus le cœur volontaire de ses vingt ans ou l'âme impitoyable de sa décennie suivante, il n'a pas non plus franchi la frontière qui va de l'oppresseur à l'opprimé. Il appartient toujours aux assassins, à la classe dominante, à la race supérieure et, plus que jamais, il importe d'en porter les stigmates. Ça n'est pas son problème : il a le sang qu'il faut et toute sa lignée porte les brocarts des spaseni, si bien que lui aussi. Lui encore.

« Vous voila devant le miroir du Riséd, que pensez-vous y voir ? » Il refuserait de l'admettre parce qu'il détesterait le voir : il y aurait Scylla et elle vivrait encore. Ça ne le traverserait pas tout de suite, mais elle aurait le regard de celle qui reconnaît un être qui lui ressembleLà, il verrait, plus bas, qu'il y a un enfant. Ce rêve naïf s'est effacé, croit-il, il y a très longtemps. C'est impossible car, à l'ambition de perpétrer la race sous le commandement paternel, s'est ajoutée l'envie irrésistible que, de Scylla et lui, naisse une créature terrible. Le sexe de cet enfant n'aurait pas d'importance puisqu'il aurait leur âme et, qu'en-dedans du petit monstre, ils vivraient pour toujours.

« Par chance, vous vous trouvez en présence des trois reliques de la mort, mais vous ne pouvez en choisir qu’une. Laquelle prendriez-vous ? » Après six ans de fuite, Deukalíôn n'a plus peur de la mort. Après six longues années de non-vie, il refuserait de se cacher, encore. Le jeune homme qu'il était aurait choisi, cupide et ambitieux, la baguette de sureau. N'importe lequel de ses comparses ferait de même et la plupart, depuis, règnent comme de la posséder. Cependant, et s'il faut choisir, il inclinerait pour la pierre de résurrection. Il réparerait sa faute en rendant son souffle à Piotr, son jeune frère. Une vie prise, une vie restituée, et toute sa faute serait expiée. Il n'aurait plus à porter cette culpabilité et, plus égoïste encore, Piotr serait forcé le déserter. Il aurait un corps à lui, un être autre que son frère à tourmenter.

▲ pseudo ou prénom :  deuk, c'est bien.
▲ âge :  vingt-cinq ans.
▲pays :  france.
▲ Connexion  : souvent.
▲ scénario ou inventé :  disons qu'il est mi mien mi à Scylla (et re mi mien derrière).
▲ avatar :  michael shannon.
▲ Où avez-vous connu le forum ? :  je sais plus.
▲ quelque chose à rajouter :  oui.
▲ crédits :  jaegermasters (gifs), pathos (gif), louise attaque (citation).
CORRUPTION WILL HAUNT YOU ↓ MUDBLOODS AND MURMURS


Dernière édition par Deukalíôn Hristow le Jeu 21 Juil - 17:09, édité 8 fois
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MessageSujet: Re: Ma propre âme me nuit. Elle même se craint. (Deuk)   Mar 19 Juil - 19:38

les amours imaginaires.
il faut se croire aimé pour se croire infidèle.



Une saison en enfer. - 1931.

« Mais ce ne sont que des enfants ! » Le revers de la main s'est dressé. Deukalíôn baisse dès lors les yeux. « Père. » Il n'ose plus regarder, fixant obstinément la pointe de ses chaussures. Il y a du sang – la nuit dernière s'est montrée âpre, à la couleur du meurtre. Il ne s'attendait pas à regagner la demeure familiale pour trouver autre chose qu'un bon repas, un bain et un profond sommeil ; c'était plutôt le corps, glacé, de sa mère qui patientait dans le petit salon. « Pourquoi fallait-il que ce soit elle qui la trouve ? se plaint-il après un moment raisonnable de silence. » Dmitri Hristow n'aime pas qu'on gémisse après le hasard et il grogne, dégoûté, pour le rappeler à son aîné. Ce dernier n'ajoute rien, bien que tout son silence soit éloquent : n'importe quel bon-à-rien d'elfe aurait dû la trouver avant la plus jeune de ses sœurs. Et lorsqu'il pense aux pupilles sombres de Piotr, à la mine basse de Roman, aux sanglots de sa cadette, et même au silence de son autre soeur, Deukalíôn ne peut empêcher la colère de lui grimper les entrailles et la gorge. Il en veut, il en veut si fort, si violemment, à sa mère de s'être enfuie, d'avoir abandonné. Toute l'horreur qu'elle contenait, qu'elle était incapable de contenir, dégouline à présent sur le parquet de leur maison, et les éclaboussures sont allées maculer l'ensemble de la fratrie : un héritage qui le répugne. La haine lui emplit le cœur, un cœur qui oppose au chagrin une puissante résistance. « Vas-tu leur mentir, Père ? » « Ou quoi, Dmitrovich ? » Le fils de Dmitri se détourne, ravalant l'insolence. Il sait qu'il ne peut rien exiger du père, qu'il ira raconter ce qui lui plaira aux quatre autres, qu'il leur contera sûrement d'étranges histoires pour mieux enfouir la vérité. Deukalíôn sait très bien ce qu'il ne dira pas : il ne pleure pas sa mère, ni sa vie, ni sa mort. Il se moque, un peu, de l'holocauste qu'elle s'est choisie. Il ignore seulement comment il faudra reconstruire leur famille maintenant. Il n'a plus le temps, maintenant, de s'occuper de ses cadets. Il est sans cesse convoqué, impliqué ça et là, contraint et envoyé de par toute la Bulgarie, et parfois plus à l'Est. Que leur dire, dans ce cas ? Laisser le mensonge s'imprégner, ou éclairer une version plus sordide en même temps que plus vraie. Il observe Dmitri à la dérobée, songeant au châtiment promis s'il osait le défier. Il se secoue le crâne, à peu près convaincu qu'il ne veut pas découvrir les nuances de la réponse. « Tu iras leur parler, soupire le patriarche. » « Bien sûr. » Étant entendu qu'il n'existe aucun choix et le fils, diligent, hoche la tête. « Que voulez-vous que je dise ? » Depuis son fauteuil, la silhouette fatiguée, Dmitri Hristow avise Deukalíôn, l'iris noir comme la nuit. Il semble affecté, mais guère au point de négliger de lui rappeler sa place. Peut-être a-t-il aimé leur mère. Peut-être ne la voulait-il pas morte. L'infant ne l'apprendra jamais et, ce soir-là, il ne le regrette pas. « Je dirai qu'elle était exténuée, convient-il à haute voix. » L'autre le chasse d'un geste absent de la main. Elle l'était, exténuée, se dit-il en refermant la porte. Il monte les premières marches qui mènent au deuil. Il n'a pas mal. Il hésite. Que dire ? la vérité ? Personne, songe-t-il, ne veut entendre l'histoire des hommes qui n'aimaient pas les femmes.

Tes erreurs de fils sont mes défaillances de père. - 1933.

La trentaine de jeunes chiens, rassemblés en une meute, se pressent aux épaules et s'attrapent les avant-bras. Ils arborent tous, au-dessus du coude, un brassard rouge et, délié à l'encre profond dans le poignet, le sceau des suprémacistes. De deux choses l'une : ils sont de sang-pur et ils se veulent les paladins de la pureté. Plus tard, on les nommera le cercle pourpre ou la jeunesse de sang. A l'âge qu'ils ont et à l'époque qu'ils vivent, ce sont les rejetons (essentiellement des mâles) de toute l'élite bulgare, plus largement slave. Sous les voûtes qui ont abrité leurs pères, et leurs pères avant eux, ils échangent des éclats de rire, des nouvelles de foyer, des rumeurs d'ambition. Parmi eux, Deukalíôn n'est plus brillant ni plus piteux que les autres. Flanqué de Roman, il puise à la même hargne, flattant tel compagnon ou tel comparse, sachant fort bien que, dès demain, ce seront eux les maîtres du monde. Ils sont fort satisfaits de s'être marqués la peau du même emblème, les lignes épurées d'une coupe. Il aurait été impossible de satisfaire l'ego de toutes les lignées, si bien qu'ils ont choisi de boire à la même source sans blason. Et les voilà, si ce n'est égaux entre eux, supérieurs aux autres.

Ils se rangent en une troupe qu'on dirait une armée. Les bavardages tarissent. L'un des plus âgés de ces jeunes hommes se détache et déclare : « Nous grandirons et grandirons encore. » Orgueil. « Et nous ferons que les nations slaves ne déclinent pas. » Nationalisme. « Ne se gangrènent pas. » Eugénisme. « Ni ne se bradent. » Élitisme. « Nous servirons loyalement les intérêts de nos maisons. » Qu'importe le prix du sang et qu'importe qui le verse. « Contre tous nos ennemis naturels. » Qu'importe le nombre d'impurs montés à l'échafaud. « Et contre tous les autres. » En dépits de toute justice. « Nos ancêtres ont fait ces terres. » Purger les villes et les campagnes, les montagnes et les mers. « Elles nous appartiennent. » Abolir jusqu'à la plus négligeable des vies. « Elles nous appartiendront toujours. » Et régner sur un empire de cendres.

« Le sang prévaut, conclut l'éphèbe extirpé de la ligne. »
Et toutes les bouches de répéter : le sang prévaut.

Le nom d'amant peut-être offense son courage ;
Mais il en a les yeux, s'il n'en a le langage. - 1939.


Les doigts dans les arabesques de fumée, Deukalíôn oppose un silence buté que rien n'altère ni n'atteint. « Tu ne lui as jamais vraiment parlé, persiste Roman, traversé de moquerie et de stupeur mêlées. » Les effluves d'encens pèsent une carcasse sur les deux frères ; l'un fume et l'autre boit, et tous les deux contemplent les créatures qui se dandinent dans les lumières feutrées et les tissus légers. « Et tu sais ce qu'on raconte à leur sujet. » L'aîné aime faire celui qui n'entend pas – l'enfant, ou l'illustre vieillard que la sagesse fait culminer loin au-dessus des mortels. La musique, pourtant, ne les étouffe guère et toutes les tables sont disposées de sorte que chaque gentilhomme (ou groupe de gentilshommes) suinte librement ses appétits. Rompu à l'exercice, Roman patiente et l'étudie, la cigarette bloquée entre les dents. Deukalíôn tient son air de résolution : il a tranché les cent ans à venir avant d'entrer ici et de lui parler. C'est terrible. C'est de la pure folie. « Père ne voudra jamais que tu épouses une bulgare, dit-il catégorique. » Le cadet sourit derrière la coupe. « Père est un hypocrite qui vit les crocs plantés dans la carotide de la Thrace. » « Amen. » Ils ont le sourire mauvais lorsqu'ils trinquent. Les échines plient. Les tempes suent. Les bienfaits de l'alcool et des corps dévêtus se répandent dans leur ventre. Ils bavardent même un temps du prix des filles de ce côté-ci du monde. Ils s'amusent à convertir la dignité moldue en dignité sorcière. Ils comptent l'argent des impurs. Les vapeurs montent aux tempes Hristow, que les envies d'évasion mais de discrétion ont lancé dans le Sofia dépourvu de magie. « Pourquoi elle ? demande Roman après que le contenu d'un cinquième verre lui ait léché la gorge. J'en connais douze qui ont sa conversation, et cent qui ont son cul... » Dans une bouffée de tabac blond, il étouffe un rire satisfait. Impénétrable, son frère, lui, ne rit pas. Un vent d'alerte pour lui balayer les entrailles, Roman l'a rarement vu si sérieux et si affecté, et ce n'était certainement jamais à propos d'une femelle. Chez les Hristow, comme dans bon nombre de bonnes familles, les femmes ne comptent jamais, à moins qu'il soit seulement question de les compter. « Son sang n'est pas si rare, poursuit-il avec l'inflexion de celui qui réprouve plus encore qu'il s'inquiète. Et les Vulchanov... » Ses traits prennent la couleur de conjurer la peste. « Prends une russe en mariage et prends ta bulgare dans une chambre. » « Tu es tellement vulgaire. » Un fin rictus entaille dans la lèvre du premier-né. Ça rend sa confiance à Roman, qui se détend sur sa chaise à hauteur de son ivresse galopante. « J'ai écrit à Lilyana Vulchanov il y a plusieurs semaines. » « Sans en parler à Père ? » Il chasse négligemment quelque chose de la paume – le trait d'horreur logé dans l'oeil de Roman, peut-être ? « Il sera moins difficile à convaincre. » Le rouage en sourdine, Deukalíôn a eu des années pour mûrir son dessein. Naturellement, ça n'était d'abord qu'une récréation, à l'heure où les mondanités étaient forcées et ennuyeuses pour un homme de son âge et de sa violence. Elle flottait à la lisière de son existence et, de toutes ses priorités, elle était un léger ressac, un lointain écho. « J'ai offert à la mère qu'elle garde son nom et que je prenne sa nationalité. » Puis la rumeur devient clameur, et le bruit un vacarme. Il reste. Il s'ancre. Et, sans qu'il s'en soit aperçu auparavant, elle le hante et l'obsède. Il réalise qu'il lui appartient. « A ce stade, cette harpie de Lilyana doit se figurer que je suis un autre imbécile que sa chère enfant a ferré. Impuissant. Aux abois. » Il a eu des années pour échafauder son projet. « Avec la fortune et l'aînesse des Hristow en plus. » L'iris de Deukalíôn tombe dans celui de Roman. Un bon millier d'arguments affleure à ses lèvres. Quelques injures, aussi. Ce qui cependant triomphe du reste, c'est la fascination du cadet pour les machinations personnelles de l'aîné. « Et si... son nom ? » « Scylla. » « Scylla, oui. Et si Scylla refuse ? » Quel besoin de consulter la réponse ? Quel arbitrage est-il possible d'opposer à ses manigances méticuleuses ? Ce serait vainement s'esquinter les mains que d'essayer d'étouffer le sang dont Deukalíôn a ouvert la béance.

Frères humains, laissez-moi vous raconter comment ça s'est passé. On n'est pas votre frère, rétorquerez-vous, et on ne veut pas le savoir. - 1943.

« Où est Piotr ? » Le revers de la main essuie l'arcade du sourcil, la tempe puis la pommette. Il y a du sang, qui lui glisse dans l'oeil ou goûte jusqu'au sol. Il ne devrait pas y avoir autant de sang ; il faut être au massacre jusqu'à la gorge et les mains dans l'horreur du crime jusqu'aux coudes pour ne pas le réaliser. Enclavé dans l'euphorie confuse qui succède au surplus de violence (cette quantité qui déplait à toutes les formes d'humanité, même les ténues), Deukalíôn apprête un intérêt distrait, le regard pour des alentours suintant la mort et le début de la putréfaction. Il ne s'attarde pas sur l'holocauste des corps, le battement lent et régulier de son cœur pour calmer l'entièreté de son être. Il n'y a pas non plus de réel plaisir pour se lover entre ses côtes ou de satisfaction particulière pour chatouiller sa gorge. Il sent, au plus profond de ce qu'il constate de lui-même, une confortable sérénité, un néant bienfaisant. « Où est Piotr ? » Cette fois, Deukalíôn exige une réponse. Il consulte ses comparses, les uns après les autres. On lui dit qu'on ne sait pas, qu'on ne l'a pas vu depuis plus d'une heure. L'aîné des Hristow grogne avec impatience, comme si l'absence de son cadet boudait son bonheur. Cet imbécile s'est toujours montré si incapable d'accomplir son devoir, et une part certaine de son destin. Il faut encore le prendre par la main, le conduire, l'obliger. Ce jour est un grand jour : les trois frères se sont trouvés dotés d'une affectation à la purge de la péninsule de Taman. Dmitri a longuement remercié les autorités russes de l'honneur fait à sa progéniture. Le spectacle n'a été agréable pour personne, qu'importe ce qu'en croit Piotr Hristow, et son petit air de dégoût lui est passé, comme chaque fois que Deukalíon le lui commande. Et, maintenant que le plus difficile de leur ouvrage est achevé, voilà qu'il se montre introuvable pour les festivités liées à la grande victoire. « Où est mon frère ? il interroge à chaque sorcier qu'il croise. » On ne l'aiguille que vaguement ou on hausse les épaules. La plupart se congratule et s'attrape par les épaules. Ils sont en vie, et ce jour est le leur. A chaque pas qui ne contente pas sa recherche, Deukalíôn sourit de moins en moins aux félicitations de rigueur. « Par Morgane, où ce lâche est-il encore allé se planquer, siffle la langue entre les dents serrées. Oh, Piotr, quand Père apprendra que tu... » Il pousse (ou il enfonce) la porte d'une demeure à peine plus large qu'une cabane. C'est une sorte de remise – on doit, tout au plus, y stocker les ressources hors saison. Mais ce n'est pas la banalité de cet endroit qui interrompt les pensées de Deukalíôn. Il s'est figé, la main enserrant sa baguette. « Piotr. » Le jeune homme se tient droit, à moins de vingt pas de lui. Il a, sous le feu de sa propre baguette, un garçon de onze ou douze ans, recroquevillé entre deux caisses de bois et un mur increvable de briques. Il gémit et se plaint, et l'arrivé d'un nouvel assaillant, plus sûr et plus pressant, lui fait pousser des cris d'alerte. « Piotr, appelle Deukalíôn, interdit. Qu'est-ce que tu fais ? » Il faudrait être aveugle, stupide, ou simplement en plein déni pour ne pas comprendre l'abject de ce qu'il se produit : le cadet de Dmitri Hristow, alors qu'il en a tout le pouvoir et tout le droit, n'exécute pas immédiatement un né-moldu qu'il est pourtant parvenu à débusquer. Une colère s'empare du premier-né, que les lèvres trahissent à force de trembler. « Qu'est-ce que tu fais ! répète-t-il comme on engueule. » Piotr lève un regard absent vers Deukalíôn. Une lueur est éteinte dans ce regard si familier, un éclat léger, un éclat d'innocence. « Je, il dit. » Son frère croit entendre qu'il est désolé mais les syllabes n'échappent jamais aux lèvres qui meurent dans une grimace brutale. Le flash, d'un vert émeraude impossible à confondre, a forcé Deukalíôn à le quitter des yeux le temps de s'en protéger. « Non ! » Lorsqu'il se redresse, le palpitant soudain alerte, affolé, terrorisé par l'existence d'une humanité qui supporte le meurtre, il se précipite avec une fureur qui embrasse le désespoir. « NON ! » Le sorcier entré par une porte dérobée – à son air affecté, c'est un proche du garçon – est pulvérisé par un sort moins insensible que ne l'est l'impardonnable avada kedavra. Il est propulsé vers l'arrière, les chairs ouvertes en tant d'endroits que six mains ne pourraient en contenir tout le sang déversé par les plaies. Deukalíôn se jette aussitôt aux pieds du frère, dont le cadavre tiédit déjà lorsqu'il le prend dans ses bras. Et rien n'y fait. Aucun sort. Aucun murmure. Il ne pleure pas. Sa gorge est trop serrée pour cela. Son cœur lui fait trop mal. Ses poumons sifflent trop. Et cette sensation qu'on lui déverse un feu liquide dans le ventre pour lui bouffer chaque fragment qui mériterait d'être laissé en paix. Il lui semble, tout à coup, que toute l'humanité du monde, sa sensibilité, sa honte, sa culpabilité, le submerge d'une conscience éphémère et sublime. Et, comme il faut s'y attendre, c'est trop pour un seul homme. C'est trop, qu'on se le dise, c'est beaucoup trop pour Deukalíôn Hristow.

« Toi, est la seule chose qu'il parvient à articuler. » Ses épaules ont pivoté vers le jeune impur, sans qu'il ait lâché la carcasse inerte de son frère. Qu'importe. Ce que la bouche ne confesse pas au malheureux, la baguette que Deukalíôn range dans sa poche le lui promet.

Le mariage c'est la prison... quand ce n'est pas le paradis, et, pour vous autres, le mari, c'est le geôlier. Seulement vous ne pensez jamais que les geôliers, aussi, ils la passent en prison, leur vie. - 1945.

Les liens magiques qui lui cerclent les poignets sont plus douloureux que s'ils étaient des cordes. Ce n'est pas la brûlure physique. C'est la chaleur insoutenable de la peur qui gagne en panique. Ailleurs, et plus ténue, il y a encore la lacération de son orgueil. Plus bas, l'horreur de la certitude. « Je suis plutôt sûr que t'es en train de faire une belle connerie. » L'assassin se tient dans l'ombre, un renfoncement que fait la chambre de Deukalíôn dans le prolongement de la fenêtre en jalousie. La lumière domestique soufflée (à la magie ?), c'est la clarté nocturne qui se déverse à l'intérieur. L'allure générale suggère un homme. La fierté de l'héritier Hristow préfèrerait que ce le soit. Après quelques secondes supplémentaires d'un mutisme implacable, il décide que ça n'a aucune foutue importance. « Il suffit de me dire combien. » Dans la pénombre, Deukalíôn croit déceler une légère déviation du menton. Si l'attention de son agresseur est bien piquée, c'est peut-être qu'il s'agit d'un professionnel. Un espoir souffle sous les côtes du captif. Les artisans de la mort comptent uniquement en or et en argent – s'il le sait, c'est qu'il a oeuvré payé en conviction aux côtés de mercenaires rançonnés en butin. Ils n'ont aucune idée de ce qu'est la loyauté, ou de comment l'écrire. « Je peux t'offrir deux fois plus que ce qu'on t'a donné pour moi. » Naturellement, cela dépend de son mortel ennemi. La dernière demi heure a été dépensée dans une liste méthodique de tous ceux qui le voudraient mort. A ces noms, il a retranché ceux qui n'en ont pas les moyens, puis ceux qui n'en ont pas le courage. Il n'en est pas demeuré tant. Et quelle sorte de lâche envoie quelqu'un faire le sale travail plutôt que de le tuer de sa propre baguette ? A cette question, Deukalíôn répond presque aussitôt : une femme. « Peu importe qui. » Il veut savoir qui. « Peu importe combien. » Son coffre croule sous les pièces, son nom sous les faveurs de notables. « Tu sais qui je suis ? » Le timbre tendu (qui opérait un équilibre précaire entre la crainte légitime et la maîtrise de soi) tinte crâne, soudain. « Je sais qui vous êtes, Deukalíôn Hristow. » La voix est masculine, mais un sort peut biaiser cela. La face qui se découvre trompe moins. « Ce n'est pas réciproque, reconnaît-il lentement. » Ça fait sourire le donne-la-mort. « Vous devriez continuer, dit celui-ci. Ça devenait intéressant. » A ces pupilles inexpressives, on ne peut déchiffrer s'il s'amuse à chahuter sa proie ou si l'éclat, faiblard, de son timbre avoue calmement sa cupidité. « J'ai plus à offrir que le commanditaire. » « Ça, je l'ai compris. Combien ? » Deukalíôn plisse le regard. Il dépenserait jusqu'au dernier écu de la fortune familiale pour se sauver la vie, mais ce n'est pas réellement la question. L'argent en soi ne suffira pas. « Tu dépends d'un intermédiaire, il comprend à haute voix. » L'assassin acquiesce. Inutile de l'inonder de richesses si son patron, en plus de son client, apprend qu'il n'a pas honoré le contrat. Le bougre n'est pas idiot et, néanmoins, Deukalíôn, qui sait désormais qu'il peut survivre à cette terrible nuit, doit faire la soustraction de ce qu'il perd sans perdre la vie. Il devient gourmand. Il devient stupide. Il néglige longuement que le fil de la mort flotte toujours contre sa trachée. « D'accord, délibèrent ses réticences. J'ai les moyens de doubler la mise et de disparaître – très loin d'ici. » Les tractations réveillent le meurtrier. Il ne crache pas un mot, ce qui incite l'autre à poursuivre : « Ce sera comme si j'étais mort. Ton patron est satisfait. Le client est satisfait. Tu as la somme du contrat et le mien. » « Et vous ? » Ça le distrait, cet enfoiré. « Je préfère encore être exilé que mort, cingle Deukalíôn que l'impatience gagne comme s'il n'était plus question que d'affaires. » Il ne faut pas longtemps à l'assassin pour se décider. Les liens sont relâchés et il se masse les poignets avant que la transaction ne soit totalement décidée. « Vous avez envie de me tuer, pas vrai ? » Les deux hommes se braquent du regard. « Non. » Secouée de l'intérieur, la colère de Deukalíôn ne se dirige jamais contre le porte-baguette. Il a lui-même assassiné pour d'autres et pour moins que de l'argent. S'ils se recroisaient, un jour prochain, en revanche... peut-être tenterait-il sa chance, n'est-ce qu'à dessein d'expier la frustration. « Mais je triple la somme si tu me donnes son nom. » Le mortifère hausse les épaules et, sans scrupule, livre Scylla Vulchanov.

Sois sage, ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille. - 1946.

La maison est glacée, hantée par les courants d'air frais qui font grogner les murs de pierres. Elle lui rappelle l'école – Koldovstoretz, une solitude prégnante en plus, nichée en lui depuis : il se souvient des âtres éteints, des couloirs mugissants, d'épais manteaux de cuir et de fourrure jetés sur les épaules par tous les temps et en tous lieux. Il flaire le souvenir de sa jeunesse et, tout à coup, il se sent las, épuisé jusqu'à la ruine. Deukalíôn éprouve la morsure des années, la vieillesse, et, cependant, il n'a que trente-cinq ans. Bientôt, il les aura. « Regarde-moi. » Le dos voûté, l'index à la tempe, une migraine affreuse lui ronge le crâne tandis qu'il observe le dallage répandu à ses pieds. Il n'a jamais apprécié cet endroit, inhospitalier entre tous, y compris à l'époque où son père l'y emmenait chasser le troll à la mi-printemps. Roman non plus, se dit-il. Idem pour... « Regarde-moi ! » Deukalíôn lève un regard vaincu vers la silhouette de Piotr, juchée sur le rebord de la fenêtre, une jambe ramenée contre lui, l'autre pendant dans le vide extérieur. Il y a encore trois années, trente-six mois, mille-quatre-vingt-quinze jours, l'aîné aurait sermonné le cadet. Aujourd'hui : « Que me veux-tu, encore ? » Il ne cache pas son agacement, paupières plissées comme l'on veut distinguer. Il ne veut pas parler, ni à Piotr ni à qui que ce soit. Il veut le calme, le silence et l'oubli. Il veut l'anfractuosité d'une existence entière, ce sillage poussiéreux où les misérables aiment à se planquer. Il les a trop vus faire ; ne le vaut-il pas, lui aussi ? n'a-t-il pas mérité un lambeau de négligence ? « Cesse de t'apitoyer sur ton sort, Deuk. » « Ne fais pas ça, il le gronde. » Piotr sourit d'une rangée de dents impeccables. Les rayons du soleil gagnent timidement l'intérieur de la demeure et ils éclairent, insolents, provocants, le visage spectaculaire de ce frère. Des trois, Petya a toujours été le plus beau, le plus pur, des Hristow. Deukalíôn a un rictus triste. « Regarde-moi. » Il n'a détourné le regard qu'un court instant, une injure sitôt relevée. Le ton est claquant. Piotr n'a pas ce ton. « Tu es parti. » « Si je le sais, soupire l'aîné, tu le sais. » Il hausse les épaules en se massant les paumes. Un picotement lui a saisi le poignet. Il pousse sur sa manche. « Tu as abandonné. » « Qu'est-ce que tu veux ? insiste-t-il. » « La justice, répond l'autre comme s'il n'existait rien de plus naturel. Je veux que tu me rendes justice. »

« Ce n'était pas Scylla, n'est-ce pas ? » Piotr a grimpé sur son rebord, manifeste et braillard. Il fixe son frère tel un coupable, une lueur démente dans l'oeil qui juge et qui condamne. « Arrête, souffle Deukalíôn. » Il ne sent plus l'oxygène qui lui descend les poumons ou le dioxyde de carbone qui s'en réchappe. Il n'y a que la brûlure, fumante, funeste, qui lui mange la chair et lui bouffe la raison. Son âme ne pourrait être plus vulnérable et Piotr s'y engouffre pareille à une bête qu'on a affamé vingt jours durant : « Avoue-le. Si tu le sais, je le sais. » Il ricane, l'humeur défaite d'humour. Il n'est pas cruel. Pourtant, il affiche ses canines carnassières, la langue flirtant avec la lèvre. « Scylla était un prétexte très motivant, saute-t-il sur le sol. Mais tu as voulu fuir. Tu as aimé fuir. » « Tais-toi ! » Deukalíôn se presse de se jeter sur lui. Les reins rencontrent la pierre des murs, et les mains forcent la gorge. « Ton échec ! Ce pays que tu détestes ! » Piotr l'a saisi aux poignets et se soulève en poussant Deukalíôn et sur la paroi dans son dos. « Cette servitude interminable ! Ces miettes que tu gagnais si tu n'étais ni trop exigeant, ni trop impatient. Si tu étais un bon clébard... DEUKALÍÔN HRISTOW. » Il rit, le plus jeune. Ses traits sont dévorés par la folie, la déraison, et la colère, ce que le frère doit âprement constater dans les stigmates de son seul corps : le tissu a glissé, et l'avant-bras vomit le tatouage sombre, la marque des cabots de Gellert Grindelwald. « Il t'appelle. Tu entends ? Il t'appelle... pourquoi ne cours-tu pas rejoindre ton maître, Deukalíôn ? n'as-tu pas peur de ce qu'il te fera s'il te retrouve ? » Piotr penche le visage sur le côté, une nouvelle sérénité couvrant son visage aux contours diaphanes. « Ou peut-être as-tu plus peur encore de Scylla. » La lippe se déforme. « Ou peut-être as-tu plus peur encore de moi, de toi, de Mère et de ton fils. » Les lettres se forment sur la bouche muette : tous morts. La prise se relâche aussitôt. Il tombe à genoux et il n'a pas besoin de lever les yeux pour sentir la caresse évanouie de Piotr. Il n'est déjà plus là. Ne restent que l'horreur, le silence et l'absence.

J'avais construit ce couple, seul, comme un enfer sur mesure
dont j'étais à la fois le diable et le damné. - 1950.


Il plonge le visage dans le liquide opalescent. Entraîné par une force irrésistible, il tombe, les paumes les premières. Il croit que son crâne, bientôt, va rencontrer une surface que trop solide qui lui brisera les os, le cerveau et tout le corps. Et, lorsque ses pieds rencontrent le sol, un soulagement diffus pénètre dans son sang ; comme il est convenu que cela se produise, il se tient droit, debout, au milieu d'une pièce teintée de pénombre et nimbée de silence, des volutes noir éclatant de tous les côtés et brandissant les contours des êtres et du décor. Deukalíôn se contemple, son lui passé, assis dans un fauteuil, les paupières closes. Il passe dans son dos, observe avec une intensité redoublée la malle, unique objet présent, posée devant lui. Elle est magnifique, ouvragée, et certainement très ancienne. Il ne le sait pas, et cet aspect est confus dans le souvenir. Ce qui intéresse la mémoire qu'il a confinée dans si peu de magie, c'est le contenu de la malle. Le Hristow du passé ouvre doucement les yeux et lève sa baguette sans dire un mot. Le verrou saute. Les formes s'en échappent, se vomissent vers l'extérieur, et se répandent sur le plancher. « Je te déteste, dit le passé. » « Tu m'as manqué, dit le présent que nul n'entend. » Scylla se dessine dans un épais brouillard, comme un visage que Deukalíôn doit compléter à l'imagination tant la réminiscence s'atténue par le temps. Elle vogue, les mains lascives et le rictus malin. Ce n'est pas lui qu'elle regarde : aucun des deux époux qui cependant l'observent. Un homme se dégage de la même vision, mais il n'a pas de face : les traits n'existent pas, ce n'est pas un souvenir. C'est plutôt un fantasme, et les épouvantards ne peuvent guère reproduire ces aspects compliqués que seul l'esprit humain renferme. Ça n'a pas importance, et ça n'altère pas la funeste alchimie du moment. Les deux pantins fondent l'un sur l'autre, amants insatiables qui se précipitent au festin. Deukalíôn détaille la scène avec méthode, s'observant plutôt observer. Il semble exténué, disposé à l'abattage. Mais de l'envie suinte à ses yeux. Il en déborde. Il aimerait se précipiter, et écarter l'organisme inconnu des lignes sublimes qui lui appartiennent pour l'éternité. Il reste vissé à son siège, les phalanges crispées sur les accoudoirs. C'est pathétique, et romantique. Tragique, en sus, lorsqu'on devine les larmes qui naissent mais sont incapables de tomber. Le présent se moque sans sarcasme, croise les bras, et va de l'homme à la vision et de la vision à l'homme. Il est terrifié. Il est meurtri. Et il dégueule de la colère... et de la jalousie. C'est au paroxysme de cette démence adorée, provoquée, que la baguette se lève encore : riddikulus, et un public plus fourni apparaît et s'esclaffe.

Il s'extirpe où le souvenir prend fin. Il tousse en apercevant l'air qui manque, et les doigts vont à la gorge comme si l'oxygène pouvait s'en échapper. Il panique. Les spasmes tardent à s'éteindre, enflammés par la sensation d'avoir vécu de nouveau quelque chose. Ce n'était pas sa peur dans la pensine, mais elle demeure la sienne. L'effet n'est qu'à peine atténué, semblable à la semi conscience qui succède au réveil, lorsque l'âme n'avorte pas encore du rêve. La sueur perle au front, et il cherche sa baguette à tâtons, dans sa poche. Elle est là, elle sommeille. Elle patiente, jusqu'au crime. Deukalíôn se le remémore soudain, et ses billes horrifiées cherchent dans la chambre minuscule du premier étage. Elle est immobile, ligotée à une chaise par des liens magiques, et elle ne se débat pas. Il ignore la durée de son absence, mais il se félicite qu'elle ne pleure plus. « C'est terminé, fait-il avec une lassitude centenaire. » Il songe avec tristesse à la vanité de sa tentative. Il en a finalement été incapable. De défaites en échecs, il a renoncé à l'oubli qu'il s'était promis. Et cette femme en portait le symbole dans le ventre. Qu'il a été stupide de croire qu'il le pourrait – qu'il a été stupide. « Je suis désolé. » Il attrape son souvenir, qu'il renverse dans la fiole. Le petit écrin mortifère gagne l'ourlet intérieur. Il approche, le pas lent. « Je suis sincèrement désolé, Ksenia. Tu dois me croire. » Il s'agenouille auprès d'elle. Elle tente un recul que sa prison invisible lui interdit. Deukalíôn écarte une mèche qui se repose devant les yeux. Il effleure la joue d'un revers. « Ce n'est ni toi ni notre fils, je le promets. » Il a le sourire fade, coulant l'alliance à son doigt. Avec précautions, il le glisse à l'annulaire féminin. « Merci, il souffle en venant l'embrasser au front. » Elle tire sur sa geôle pour se dégager, mais ses efforts s'esquintent. Encore, elle pleure. De rage, il croit. Puis, redressé de toute sa hauteur, il entend la lueur nichée dans l'iris : elle pense au petit Dmitri, assoupi et encore inconscient du monde. Elle y pense mais, très bientôt, elle ne le pourra plus. Deukalíôn se console avec cette maigre compensation. « Adieu, dit-elle doucement en tirant la porte derrière lui. »

Ksenia est douce. Une femme agréable, et volontaire en toutes choses. Elle ne mérite pas ça. Elle ne mérite pas qu'il soit si incapable de tuer pour elle. Il n'est jaloux de rien de ce qu'elle fait. Il n'enrage pas de ce qu'elle lui tait. Elle est parfaite. Et ce fils qu'elle lui a donné. Le petit Dmtri est parfait, lui aussi. Néanmoins, ils lui sont inutiles. Ils sont un fardeau, un mensonge et une ellipse. Ils ne sont déjà plus, qu'un brasier ronronnant dans son ombre, un secret bien gardé par la nuit.

Ignore ce que je suis et procure-moi quelque déguisement
qui conviendrait au dessein que je forme. - 1951.


« Il y a donc un pays que je hais plus encore que la Bulgarie... » Par en dessous, Roman le dévisage. « Tu t'y habitueras. » Certain qu'il se ment aussi intensément qu'il espère le convaincre, Deukalíôn n'objecte rien. Leurs vues sont irréconciliables. Cette île est infecte. Le climat est épouvantable. Et leur langue sonne à ses tympans comme le remugle plaintif d'un animal qu'on refuse d'achever. S'il pouvait s'épargner l'apprentissage de l'idiome primitif, il le jetterait au feu avec tout ce pays. « Et tu y es souvent ? il interroge pour détourner. » « Aussi souvent qu'on m'y appelle. » Cette fausse réponse exaspère Deukalíôn ; sa peau doit exsuder son exaspération, car son frère poursuit aussitôt : « Mais Londres est beaucoup plus calme qu'avant. Ils me laissent respirer. » Ils bifurquent sur la droite, un chemin étroit pour les presser flanc contre flanc. « Et on vit toujours à Sofia – les enfants préfèrent. » Voilà qui fait méchamment sourire l'aîné. « Dis plutôt que Père aime toujours tenir la bride courte. » On ne s'essaie même pas à nier. On ne s'use pas à confirmer. En son absence, Roman est non seulement devenu le premier mâle de la fratrie mais surtout l'unique héritier déterminant de cette lignée. Et, plaise à Dmitri Hristow, il a eu de sa femme un fils. Cette destinée blesserait intimement Deukalíôn s'il ne s’enfiévrait pas pour son passé plutôt que pour son avenir. « Le déguisement est efficace. » « Je te l'avais dit, opine Roman. » Ils calment l'allure, un bref coup d'oeil par-dessus les épaules qui se jouxtent. « L'Angleterre est pleine de colons bulgares. Ta couverture est solide. » Il paraît hésiter. « En tous les cas, tant que l'Unification le tolère. » « Il ne sait toujours rien ? » Il, c'est Gellert Grindelwald et, à ce sujet, Roman est définitif. « Tu es sûr ? » Avant de lui répondre, le cadet lui fait baisser le ton puisqu'ils s'engouffrent dans une avenue plus large. « Je l'aurais su. » Le jeune Hristow a bien grandi. Aux yeux de Deukalíôn, Roman est mort et un homme adulte le remplace. Six années de courriers ont été incapables de le lui faire entendre plus tôt et ce deuil cuit son ventre. « Il me faut du temps pour Scylla. Après, ça n'aura plus d'importance. » Loin de partager son avis, Roman réserve néanmoins ses protestations. S'il a fait venir son précieux aîné, ça n'est pas pour le conduire aux abattoirs. Maintenant qu'il le retrouve, il refuse de s'en séparer. Il leur faut seulement rebâtir l'histoire, l'arranger à leur avantage et faire renaître Deukalíôn Hristow aux yeux du monde. Contrairement à ce qu'il croit, Roman se jure de faire survivre son frère à sa vengeance. Oui, contrairement à ce qu'il croit, après Scylla, il y a encore Deukalíôn.

En bref et en bonus.

Actuellement, il vit sous l'identité et l'apparence de Piotr Kasatkin, veuf et descendant de la vieille aristocratie prussienne : sa venue en Angleterre est motivée par des raisons diplomatiques. + Son frère, Roman, est le seul à le savoir en vie après six ans d'absence. + Deukalíôn a toujours été très conscient de la violence exercée par Dmitri Hristow sur sa mère, dans sa recherche acharnée d'héritiers. Il a admis son suicide, bien qu'il l'ait méprisé ; d'ailleurs, il a beaucoup hérité de ce père. Dix-neuf-ans après, il se sent plus proche d'elle que jamais, ayant éprouvé ce qu'est d'être exténué. + Il est parfois hanté par son frère, Piotr. L'hallucination est le plus souvent auditive et visuelle, bien qu'il connaisse quelques épisodes tactiles. + Deukalíôn a disparu en 1945, son hibou grand-duc, Prométhée, placardé à la porte de sa résidence. Officiellement, c'est un absent : ni succession, ni dissolution de son mariage. + Dans les faits, son frère cadet, Roman, a géré la partie de son patrimoine qui ne revenait pas de droit à Scylla. L'essentiel de sa fortune n'est donc plus depuis longtemps. + Il a été marié à Ksenia Tchachnik durant trois ans (1947 - 1950), union dont il a eu un fils, Dmitri. Ils sont tous les deux morts en 1950 dans un incendie. C'est un épisode connu de lui seul. + Au moment du RP, son retour est connu d'une poignée au département d'Unification des Nations. Son sort sera bientôt porté à la connaissance de Grindelwald et tranché par lui.

Chronologie.

1909. Mariage de Dmitri Hristow et Petrouchka Karkaroff.
1910. Naissance de Deukalíôn Hristow.
1915. Naissance de Roman Hristow.
1919. Naissance de Piotr Hristow.
1921. Les Hristow migrent vers la Bulgarie. Deukalíôn ne les accompagne pas puisqu'il entame sa scolarité à Koldovstoretz.
1931. Suicide de Petrouchka Hristow (elle a 40 ans).
1933. Ils constituent, avec d'autres fils de sang-pur, un rassemblement suprémaciste qui sera connu plus tard sous le nom de cercle pourpre.
Jusqu'en 1945, il est un partisan assidu de la cause suprémaciste.
1935. Il est assigné à des missions diplomatiques de coopération entre les autorités bulgares et russes. Il voyage très souvent.
1939. Mariage de Deukalíôn avec Scylla Vulchanov.
1943. Meurtre de Piotr Hristow (il a 24 ans) lors de la purge de Taman, une campagne d'assassinats de nés-moldus sous couvert d'une opération russe contre des criminels séditieux extrêmement dangereux.
1945. Il rentre en Bulgarie, où il est nommé chef de la milice.
Scylla orchestre son assassinat. Il disparait en simulant sa mort avec la complicité de l'assassin jeté à ses trousses et de son frère, Roman.
Pour protéger son secret, il est forcé de tuer Teodor Vulchanov.
Pendant un an et demi, il vit dans la demeure isolée d'un grand-oncle.
1947. Il s'installe à Saint-Pétersbourg sous le nom de Piotr Kasatkin. Il y épouse Ksenia Tchachnik, de sang-mêlé, dont il a un fils, Dmitri.
1948. Il offre ses services à la récente prison de Numengard pour la poursuite et la capture des fugitifs dans le grand-est européen.
1950. Le manoir Kasatkin, en bordure de Saint-Pétersbourg, disparait dans les flammes. Ni Ksenia ni Dmitri n'y survit.
1951. Arrivée en Angleterre sous le nom et l'apparence de Piotr Kasatkin.


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Dernière édition par Deukalíôn Hristow le Jeu 21 Juil - 14:51, édité 8 fois
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MessageSujet: Re: Ma propre âme me nuit. Elle même se craint. (Deuk)   Mar 19 Juil - 20:01

Rebienvenue toi
J'ai hâte de lire cette fiche et de retrouver Scyllion (oui je suis corrompue)
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Incarcerem
Parchemins :  348
Crédits :  ORTACH au carré.
 Сука Блять.
Âge :  Demi siècle franchi.
Sang :  Ichor fruit du mariage des rois. On se courbe, se prosterne devant la Pureté toute puissante.
Allégeance :  Spaseni zélé, autrefois siégeant à la droite de Grindelwald mais depuis tombé en déchéance. Il se fait plus tyran que le Tyran, fait cendres de toute opposition.
Profession :  L'encre. Du bout de sa baguette il influe sur les masses, dirige l’opinion des plus crédules. Magnat de la presse bulgare et Directeur du Bureau de la Propagande Magique.
Ancienne école :  Koldovstoretz puis Durmstrang.

Priori Incantatem
am i free?: yes
Inventaire:
code couleur: #711f2f
http://www.mudbloodsandmurmurs.com/t246-karkaroff-requiem-pour-un-con http://www.mudbloodsandmurmurs.com/t149-fahrenheit-451
MessageSujet: Re: Ma propre âme me nuit. Elle même se craint. (Deuk)   Mar 19 Juil - 23:55

J'tai connu plus alléchante ... Allez, je ferai avec.

Ça me fait plaisir de te croiser à nouveau, et pour de bon, j'espère. * touche du bois *



#CRACK:
 

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MessageSujet: Re: Ma propre âme me nuit. Elle même se craint. (Deuk)   Mer 20 Juil - 0:04

Je te déteste
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MessageSujet: Re: Ma propre âme me nuit. Elle même se craint. (Deuk)   Mer 20 Juil - 0:28

Aristarkh Karkaroff a écrit:
J'tai connu plus alléchante ...  Allez, je ferai avec.

Je cherche encore le respect.

IL EST OÙ MON BIENVENUE CHALEUREUX ET TOUT, LÀ ? Y'a de l'abus. Beaucoup.
(sauf toi, Edna. merci.)
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MessageSujet: Re: Ma propre âme me nuit. Elle même se craint. (Deuk)   Mer 20 Juil - 0:31

Tu repostes parce que t'avais pas eu assez d'amour dans l'autre ?

Encore bienvenue quoi qu'il en soit hâte que tu mettes cher à Scylla
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MessageSujet: Re: Ma propre âme me nuit. Elle même se craint. (Deuk)   Mer 20 Juil - 9:45

Ouais, voilà. Mais j'ai compris mon erreur... Arrow
Je te remercie (et on va lui mettre teeeeeeeellement cher).
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MessageSujet: Re: Ma propre âme me nuit. Elle même se craint. (Deuk)   Mer 20 Juil - 12:02

On en a entendu parler de Deuk dis donc
Rebienvenue (c'est quoi cette fiche de 12 mètres )
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MessageSujet: Re: Ma propre âme me nuit. Elle même se craint. (Deuk)   Mer 20 Juil - 15:10

C'est mon ancienne fiche que, pour ne pas passer pour un escroc, j'agrémente de choses inédites.
Merci bien !
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MessageSujet: Re: Ma propre âme me nuit. Elle même se craint. (Deuk)   Mer 20 Juil - 18:33

J'adore cette fiche de 4943+84398 km.
Bonne chance. What a Face
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MessageSujet: Re: Ma propre âme me nuit. Elle même se craint. (Deuk)   Mer 20 Juil - 20:48

Rien que le pseudo et l'avatar donne envie de voir la suite !
(Et on est pas déçu.. )
Bienvenue à toi et bonne chance pour la finition ! <3
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MessageSujet: Re: Ma propre âme me nuit. Elle même se craint. (Deuk)   Mer 20 Juil - 22:16

Bienvenuuuuuuuuuue
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MessageSujet: Re: Ma propre âme me nuit. Elle même se craint. (Deuk)   Jeu 21 Juil - 14:52

Arth Bleidd a écrit:
J'adore cette fiche de 4943+84398 km.
Bonne chance. What a Face
Ça me semble une longueur raisonnable. Limite, c'est le minimum.

Merci vous trois.
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MessageSujet: Re: Ma propre âme me nuit. Elle même se craint. (Deuk)   Jeu 21 Juil - 19:02

Félicitations !
bienvenu(e) sur Mudbloods & Murmurs

tes premiers pas parmi nous
Je ne vais pas faire plus d'éloges à ton sujet. C'est à contre-coeur que je te valide Maintenant viens me torturer


Tout d'abord félicitations et bienvenu(e) sur Mudbloods & Murmurs!

Maintenant que ta fiche est validée, il te reste juste quelques petites étapes avant de pouvoir commencer à RP parmi nous! Tout d'abord, n'oublie pas de vérifier dans le bottin des avatars que ton avatar t'a bien été réservé, ainsi que dans les différents listings, afin de vérifier que tu es correctement recensé. Il est également obligatoire de passer remplir les quelques informations dont nous avons besoin dans ce sujet de recensement. Tu n'auras ensuite plus qu'à créer ta fiche de liens afin de pouvoir commencer à trouver toutes sortes de liens plus farfelus les uns que les autres avec les autres joueurs

Mais par dessus tout n'oublie pas de t'amuser et de prendre du plaisir à RP. On a hâte de lire toutes vos histoires et on cale d'ors et déjà un bisou sur vos fesses. N'oubliez pas qu'en cas de question/demande ou quoi que ce soit d'autre, tout le staff est à votre disponibilité par MP, chouette, beuglante ou crieur
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MessageSujet: Re: Ma propre âme me nuit. Elle même se craint. (Deuk)   

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Ma propre âme me nuit. Elle même se craint. (Deuk)
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