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 drown yourself in violence | SCYLLION

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MessageSujet: drown yourself in violence | SCYLLION   Dim 24 Juil - 15:32

Scylla x Deukalíôn
With such a hell in your heart and your head, how can you live? How can you love?

10 juillet 1951.
Douces arômes s'entraînent dans une valse à travers l'atmosphère rempli de parures et d'éclats de rire pour le peuple de la haute société. L'invitation qui a amené l'élite dans leurs plus beaux masques hypocrites à s'accompagner du nectar doré et des mots cachés entre les lèvres. Cette soirée corrompue de toute part qui ne cesse d'augmenter les complots vicieux et économiques afin de se hausser sur le trône dont tout le monde lèchera les pieds. Elle s'y faufile, la reine des mers, entre ce beau monde avec élégance et rapidité. Eviter ceux dont on ne veut pas connaître l'existence, les traîtres et afficher un semblant de sourire à ceux qui osent s'intéresser aux Vulchanov et leur fortune crasseuse. Des paroles se perdent à la vue d'une connaissance de son cavalier qu'elle n'a su échapper, les présentations se font aux autres et tous y perdent leur curiosité dans son état. Tous baissent les yeux à la vue de son visage dont elle n'a pas su cacher tous les méfaits. Trop fière pour faire semblant, trop triomphante à leur yeux dégoutés qui se posent sur l'homme qui la tient par le bras. Mais il lui en veut, Hyperion. Et il plante ses griffes dans son dos, la main cachée. Douleur qui n'atteindra jamais ses pensées tant il a exagéré sur la dose donnée. Elle ne parle pas, sourit à peine et n'arrive pas à suivre l'effervescence autour d'eux. Plongée dans ses ténèbres à lui.

La bague de fiançailles prône au doigt. Alors ils posent des questions sur la date de la cérémonie tant attendue par les deux familles, ils font comme si la contusion ne se trouvait pas sur sa joue gauche. Pourquoi se marie-t-elle encore à un homme violent comme cela ? Jacassent les pies un peu plus loin, à l'entente d'autres. Elles pensent que le choix est à portée de main, loin de la réalité du monstrueux accord. Mais lui il sait, il entend les critiques et ne se retourne jamais. Elle l'a sous-estimé, Scylla. Celle qui croyait être reine de ses envies, se retrouver seule pour l'éternité. Jamais n'aurait-elle cru qu'il pourrait devenir le maître à son propre jeu, retourner les actes et infliger les coups qui ne lui procureront aucune satisfaction. Jamais. Il l'a rendue sienne, sa chienne à ses pieds qui n'a de choix que de trembler à l'idée de recevoir à nouveau des coups ce soir. Et son orgueil se réjouit de ce spectacle en public, sa marque, son territoire que l'on voit sur son visage à la salope. Sa salope à lui. Car il s'est fait aimer par le patriarche, a trompé tout le monde pour pouvoir arriver au moment où il pourrait être lui-même quand ils se retrouvaient seuls.  Aucune preuve d'amour dans ces gestes, la haine s'entoure d'un froid opportuniste. Tellement différent de ce qu'elle a connu avant.

Le chevalier monstrueux prend sa promise par le bras pour l'emmener rencontrer d'autres personnes avant de la faire tourbillonner sur la piste de danse. Des yeux qui s'accrochent à la passante et sa robe, ses bijoux étincelants à la lumière des chandeliers. Elle observe, alors qu'ils avancent à travers la foule, ses yeux ne font que chercher quelqu'un pourrait la sauver. En vain. Un regard d'inattention qui croise pendant quelques instants celui d'un visage qu'elle a déjà vu auparavant, mais dont elle ne se souvient plus, l'esprit trop embué par les vapeurs toxiques. Ce n'est qu'une fois dans les bras de la valse qu'elle se rappelle vaguement l'inconnu. Les pas de danse lui font bien vite oublier les précédents moments, il la fait tourner, sa princesse en cage. Il sait comment mettre sa déesse monstrueuse en valeur pour qu'on oublie les monstruosités qu'il aurait pu perpétrer sur elle. Mélodies harmonieuses qui viennent la soulever et permettent à sa conscience de fuir le temps d'une heure, l'imagination qui prend le dessus quand la main brusque entraîne ses mouvements. Si seulement c'était lui, si seulement elle sentait son odeur à lui quand son buste s'approche du sien. Si seulement elle se retrouvait dans ce cauchemar où il l'avait hantée pendant des mois avec sa valse à l'allure de chasse. Des envies bien vite brisés à la pensée retrouvée de sa propre trahison, sa propre haine et vengeance pour les doubles-jeux et l'adultère de cet homme. Non ce n'était pas Deukalíôn en face d'elle, c'était le chien maître des tortures. Hyperion Prewett.


14 juillet 1951
C’était la dernière fois où il avait posé la main sur elle, ne l’ayant plus revu depuis quatre jours déjà. Aucune nouvelle de celui qui passait ses journées à contrôler la bête dans son opiumerie luxuriante. Un sentiment de soulagement qui ne cessait d’être rongé par celui de l’anxiété qui grandissait avec chaque jour qui passait. Incompréhension totale de ce qu’il aurait pu se passer ou de où il se trouvait. Elle s’en fichait si c’était dans les bras d’une autre, son amour n’avait jamais atteint cette importance, si amour il y avait. Du moment qu’on lui disait qu’il était encore envie, bien que le contraire lui aurait apporté une liberté quelconque. Mais voir le patriarche inquiet pour l’avenir matrimonial de sa fille était le plus angoissant dans toute l’histoire. Prête à ordonner les sous-fifres à préparer sa chambre pour la soirée, le cœur qui fait faux bond quand elle entend les coups de poings à la porte de la demeure. « Madame, c’est pour vous. » De simples mots qui font augmenter son appréhension quand elle s’engouffre dans le couloir pour rencontrer la personne venue ici pour elle. Au lieu d’y voir le sourire diabolique d ‘Hyperion elle est accueillie par un visage qu’elle n’avait plus  vu depuis bien longtemps. Roman Karkaroff, ces traits bien trop ressemblants à son ainée, l’effet d’un coup dans son estomac à sa vue. Elle le savait, qu’il la haïssait. Que faisait-il ici? Des mains froides qui lui posent une enveloppe dans les siennes, avec seulement quelques mots pour l’accompagner. « Il a dit que tu comprendrais. »

Une adresse griffonnée gracieusement aux boucles qu’elle a l’impression de reconnaître parmi tant d’autres, un chemin suivi la même nuit dans les méandres d’un Londres obscure et répugnant. Cape sur le dos, le visage caché par l’obscurité et les pas rapides à travers les ruelles qui mènent vers l’arrière de l’église où elle s’était mariée pour la première fois il y a bien longtemps dès à présent. Respiration à rythme saccadée qui n’attend que de voir ce qu’elle cherche et ce qui pourrait bien l’amener ici. Ce n’est qu’après être entrée dans la ruelle qu’elle distingue de légères formes dans le fond de celle-ci, adossées contre le dos du lieu sacré. Une pénombre qui ne lui permet pas de voir clairement ce dont il s’agit, des murmures qui font apparaître une boule de lumière pour éclairer le spectacle sanglant devant ses yeux. Cri strident qu’elle n’a pu retenir, échappé dans le gouffre putride qui se tient devant elle. Il se tient là, celui qui lui a été promis. Pendu par sa propre peau et cloué au mur alors que le sang déjà asséché est agglutiné sur son visage et son torse dont on reconnaît à peine les organes qui en sortent et viennent joncher le sol jusqu’au pieds de sa femme. Des membres inférieurs presque méconnaissables qui pendant faiblement par quelques muscles rattachés à son bassin. L’horreur devant ses yeux lui perce la rétine tant elle ne s’y attendait pas, les genoux qui lâchent et la font tomber au sol pour venir y verser le contenu de son repas du soir. Les larmes ne coulent pas le long de son visage pâle, mais les pensées fusent dans son esprit et l’incompréhension est totale. Tout cela est impossible. Il n’aurait pas pu faire ça, il devrait être dans le même état que le Prewett. Impossible.


16 juillet 1951
La nouvelle s’est répandue depuis une semaine déjà à travers les paroles des bourgeoisies et de la nécrologie de la Gazette. Tout le monde espère la voir ce soir, la monstrueuse et à nouveau seule Scylla, présente dans sa demeure pour la soirée en l’honneur de l’anniversaire du père Vulchanov. Ils attendent comme des sauvages de repérer la fiancée veuve pour pouvoir lui adresser des questions, des sentiments et autres hypocrisies. Et elle est là, plus pour faire honneur à son père que pour rassasier leur curiosité. Debout dans leur salle, si ressemblante à celle du manoir bulgare de la famille. Vêtue de noir, le visage froid et implacable, un masque bien forgé qui ne cache aucune tristesse cependant pour l’aimant de cette bague qui se trouve encore à ses doigts. Ne la jette pas, ça aidera ton image publique. Qu’on lui avait dit, bien qu’elle était prête à se débarrasser de tout ça. Une entrée dans la salle couronnée de silence par ceux qui l’observent et chuchotent déjà à son propos. Certains étaient là pour profiter, d’autres pour redorer leur noms et puis quelques-uns y étaient pour repérer de futures victimes. Libre de n’être tenue à aucun bras masculin pour la soirée, son regard repère ses frères Merlin merci,, prête à les rejoindre avant que ses mouvements ne soient interrompus par une carrure imposante. « Regardez où vous allez, bon sang » siffle-t-elle, le venin à la langue et l'opium dans les gestes.

(c) YAIZ


Dernière édition par Scylla Vulchanov le Mar 26 Juil - 17:13, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: drown yourself in violence | SCYLLION   Dim 24 Juil - 16:33

10 juillet 1951 - 20H
Maintenant qu'il est accaparé par les conversations d'usage, qu'il feint de comprendre pour moitié en s'excusant dans la langue de Tolstoï, Deukalíôn porte son amertume aux lèvres. Elle n'est pas encore apparue, mais il sait qu'elle viendra, exactement comme il sait qu'elle sera accompagnée. Roman est un excellent informateur, mais il a la fâcheuse tendance – fraternelle - d'omettre les détails. Et, dans chacun de ses courriers, le cadet ne s'était jamais épanché sur l'espèce de sorciers qu'était Hyperion Prewett. Le fait qu'il soit anglais suffit à le rendre méprisable, et il n'est probablement qu'un russe naturalisé bulgare pour le haïr avec ce semblant de racisme ; il aurait pu être allemand, slave, ou français. C'est égal en faute, en crime, et soulever tant de jalousie sans même devoir en supporter la vue rend Deukalíôn nerveux. Son image et son personnage sont sus de lui depuis quatre ans et, cependant, le costume ne lui a jamais paru aussi désagréable et impossible à endosser. Il n'a aucune liberté d'être lui-même. Il n'a aucune liberté d'intervenir. C'est son maître, Grindelwald, et c'est aussi l'étiquette. Il n'existe qu'en qualité d'observateur, et tel est le plan. Il a dû convaincre Roman d'être absent – persuadé que Scylla le reconnaîtrait et qu'elle saurait que cette sorte d'hommes n'a rien à faire dans les petites soirées mondaines, qu'importe la qualité de son sang. C'est un risque inconsidéré, qui lui coûte désormais une profonde solitude. Non seulement il s'ennuie comme ç'a toujours été le cas en de pareilles occasions, mais ses regards sont, chaque fois, plus frénétiques et plus suspects.

« Son visage, murmure une voix à portée de russe. » Il est distrait par la rumeur de procès politiques, mais une intonation (un ton qui hume le commérage typiquement féminin) le persuade de déporter une partie de son attention à l'égard du piaillement en arrière, sur sa droite. Il suit la mire du regard au regard, et il doit s'obliger à ne faire montre d'aucune réaction. Il ne la connaît pas ou, plus exactement, Scylla Vulchanov et Piotr Kasatkin n'ont échangé que quelques mots, des politesses et autres courtoisies lointaines. Le polynectar ne peut rien contre l'inclinaison de sa bouche – une grimace – ou le froncement de ses sourcils – la haine. Il se retient, en même temps qu'une femme lui sourit, tout à côté de lui. Il s'efforce, dès lors, de ne regarder qu'elle. Ils discutent, mais Deukalíôn ne l'écoute pas. Il est venu, il a vu, et il est temps de vaincre. La potion ne lui laisse presque plus de temps, et il sait, maintenant, le visage de son ennemi mortel.

11 juillet 1951 - 2H46
Deukalíôn tapote le cadran de sa montre à gousset. L'aiguille des minutes ne cesse de progresser et, si la nuit est douce, elle est également humide. Son imperméable est un peu plus léger que ce dont il a eu l'habitude. Il ignore encore tout du climat ouest-européen, plus prompt encore à déverser la pluie sur l'île misérable qu'est l'Angleterre. Il déteste ces rues, ces pavés, et, surtout, il déteste ces maisons. Elles sont d'un conformisme et d'une élégance sale. Six ans à vivre dans de la pierre, brute, nue, et tout vous semble d'une mièvrerie pathétique et futile. Il hait l'architecture précieuse de Londres et, de mémoire, il vomirait sa bile sur tout ce qui n'est pas russe, ou au moins slave. A commencer par cette montre, qui fait courir le temps au même rythme effréné que les battements de son cœur. Point de peur. Il est dévoré de colère. Et il est temps qu'un craquement vienne soulager son angoisse. « Mr Prewett ? » Hyperion a un mouvement de recul, quelque chose qui oscille entre la méfiance et le dégoût. Apparemment, il aime à penser qu'on espère le détrousser. Ça fait sourire Deukalíôn, qu'aucun masque de polynectar ne cache plus aux yeux du monde. « Qui êtes-vous ? l'interroge l'anglais en tâtant ses poches à la recherche d'une baguette. » Agacé. Oui, c'est de l'agacement. Et comme il paraît fatigué... « Elle fait toujours tant de difficultés, n'est-ce pas ? » Décontenancé par l'incongruité ou la pertinence de cette remarque, Hyperion bafouille quelque chose (une injure ?) et reprend : « Je vous ai posé une question, s'exaspère-t-il en extirpant, il le pense, discrètement sa baguette : qui êtes-vous ? » « J'ai entendu, répond doucement Deukalíôn. Vous allez adorer la réponse. »

16 juillet 1951
Ce soir-là, Deukalíôn ne s'inflige pas l'attente. Il ne peut se le permettre. Le polynectar ronfle dans sa poche intérieure, mais il s'offre le luxe de patienter que Scylla se présente. Ce soir-là, il la suit donc et repousse le moment d'ingurgiter l'immonde mixture. A chaque pas, il mord l'inévitable. Il lui est impossible de rencontrer n'importe quel notable (qu'importe son rang et qu'importe qu'il l'ait connu) sous le visage de Deukalíôn Hristow. Bien qu'il ait beaucoup changé, cette sécurité est trop primitive. L'instant est exceptionnel et il s'agit d'une opportunité si bien ouvragée, dans le bastion même de Piotr Vulchanov... Scylla Vulchanov ne pourrait prétendre à plus de paranoïa, d'autant qu'il ne cesse d'errer dans son sillage, et la jour et la nuit. Depuis qu'il s'est avéré que son petit spectacle, à l'église, a produit une horreur incroyable, il ne supporte plus d'attendre de la revoir. De la revoir vraiment. Tout s'achève et commence, ce soir.

« Mes excuses, Madame, bégaie Piotr Kasatkin en s'efforçant de faire éclore un sourire contrit sur sa bouche. » Il aurait espéré un accident plus naturel que Deukalíôn n'y aurait certainement pas réussi ; sans qu'il n'ait rien renversé, il sait qu'il l'a suffisamment bousculée pour qu'un dignitaire russe digne de ce nom se confonde en excuses pour plusieurs heures, au moins. Il déglutit donc ostensiblement, agitant les mains comme pour parer à d'éventuels dégâts. « Je suis si confus, dit-il, en russe, avec un accent aussi éloigné que possible de celui de Saint-Pétersbourg. » Il ne sait pas s'il peut réellement parvenir à tromper Scylla, mais il sait qu'il a distillé suffisamment de peur, et d'inconfort, en elle pour la faire douter de bien des choses. Le fait qu'il porte le nom de Piotr (bien que ce soit embarrassant et sans aucun rapport le jour où il l'a choisi pour sa nouvelle identité) n'est que pour participer, en définitive, au malaise qu'il aimerait insuffler dans sa si ravissante et décadente épouse. « Je ne vous ai pas blessée, au moins ? poursuit-il dans un anglais rigoureusement articulé. Je ne suis pas si maladroit, d'habitude. » Il se compose un rire de circonstances, discret, qui évacue l'attention que l'incident aurait pu leur porter. « J'espérais simplement vous saluer, n'en ayant pas eu l'occasion la dernière fois que nous nous sommes vus, il raconte avec banalité. C'était il y a un peu moins d'une semaine, je crois... mais vous y étiez si bien accompagnée, dit-il, nul doute que vous n'y avez pas porté attention, affiche-t-il péniblement un sourire poli. » Ce que lui coûte de dissimuler un plaisir sadique derrière la face habile et obligeante de Piotr Kasatkin ? Beaucoup, mais rien qu'il ne consente à sacrifier en sachant ce qui vient.
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MessageSujet: Re: drown yourself in violence | SCYLLION   Dim 24 Juil - 19:58

Scylla x Deukalíôn
With such a hell in your heart and your head, how can you live? How can you love?

Une carrure accompagnée d'une légère bousculade contre le corps de la veuve noire. Son regard froid se lève vers l'homme qui dès le début de la soirée lui donne déjà une excuse à son humeur exécrable. Pupilles meurtrières aussitôt remplacés par la curiosité quand le visage se fait reconnaître de quelque part, elle ne sait plus exactement où il se situait dans ce défilé de masques de bonnes mœurs mais elle l'avait déjà vu auparavant.  La Scylla pourtant si radieuse et sociable à souhait n'en a qu'à faire ce soir, rongée depuis deux jours par la paranoïa et les faux espoirs. Son corps lui se trouve bien en cet endroit mais elle-même ne peut se concentrer sur les évènements de la soirée tant elle est encore perturbée par la vision d'un martyr pendu au mur, son martyr. Le cabot avait été chassé par un monstre nocturne et ce monstre prenait un malin plaisir à se jouer de la santé mentale de celle qui avait découvert le spectacle macabre.

Des pensées embrumées par une anxiété au fond de son estomac qui sont interrompues par les paroles vaporeuses et les excuses entachées d'un accent russe. C'est cette facette qui l'a rappèle à l'instant même, le nom et le visage de l'homme qui avait croisé son regard maintes fois. Langue anglaise remplacée par la langue maternelle de l'homme durant quelques mots alors qu'il se noie encore dans ses lamentations. Encore ce pays froid. Encore lui. Elle ne sût choisir s'il lui parlait ainsi car il connaissait son passé ou s'il pensait charmer la jeune femme avec son côté soviétique. Sourire si infidèle qui se pose sur ses lèvres douces quand son regard se glisse dans le sien, déjà mal à l'aise par la présence de cet homme qui lui rappela bien trop de choses qu'elle aurait voulu oublier et qui refaisaient surface ces derniers temps. Le délire de persécution qui l'a suivait déjà depuis la nuit du message. Un message? Ou Roman s'était-il joué d'elle?

Des mots, jamais oubliées par le temps et les insultes mêlés aux mots d’amour d’un mari qui préfère s’exprimer en sa langue maternelle. Soufflés mélodieusement pour cacher le tremblement de panique qui résidait depuis trop longtemps dans sa voix. « La faute est mienne. Excusez mon comportement … défensif. Nous sommes vite distraits dans un tel endroit n’est-ce pas ? » lui répond-elle en russe, la langue roulant sur le palet et un geste de la main qui vient se poser sur l’avant-bras de l’interlocuteur afin de soutenir son regard. Un geste destiné à cacher l’instabilité de sa main et de son esprit plutôt que de séduire. Elle est fragile, Scylla, exténuée par la traque présumée dont elle est la proie. Trouver quelques réponses ce soir, imbibée d’alcool ou de liquide façonné par sa main, afin de questionner d’autres sur les histoires qui courent. Paroles qui tournent rapidement vers la discussion pour échapper aux regards et aux oreilles bien trop curieuses d’autres invités. Un regard jeté autour d’elle, peut-être par manque de confiance, avant de poursuivre le sujet diplomatique et cette rencontre presque aussi subtile qu’une coïncidence. « Non je n’ai rien. Il en faut plus pour blesser une femme à l’armure bulgare. »

Des paroles suivies à nouveau par la raison que l’homme avait trouvé pour venir lui parler. « Ah oui effectivement, il me semblait vous avoir aperçu à travers la foule, mais je n’étais pas en état de vous saluer. Piotr Kasatkin était-ce si je m’en souviens bien ? » Poursuit-elle afin de rentrer dans le jeu des banalités mondaines. « Un prénom agréable si je puis vous complimenter. » accompagne-t-elle d’un éclat de rire qui tient moins des jeux de charmes que du sarcasme. Syllabes qui avaient valu son attention dès qu’elle avait rencontré le diplomate pour la première fois, décidément ils se décidaient à tous avoir les mêmes prénoms. « Mais vous avez raison, je n’ai su vaguer librement entre la foule ce soir-là. » raconte-t-elle alors que sa phrase se trouve coupée par l’intervention d’un homme de la quarantaine. Porc malpoli qui n’aperçoit même pas que son acte viendra briser tout le charme qu’il essaye de déverser tel un chien à l’affût d’une friandise. « Mademoiselle Vulchanov. Mes sincères condoléances pour votre perte. Une femme aussi sublime que vous ne mériterait pas tant de malheurs. » qu’il ose lui dire, apportant la main douce et féminine à ses lèvres grasses qui ont dévorées plus de jeunes filles qu’elle ne peut s’imaginer. « Je vous remercie pour votre… compassion. » lâche-t-elle d’un ton froid avant de reporter sur son regard vers Piotr, les frissons de dégoût et de panique mêlés à ceux de sa drogue qui faisait effet.  

Un sourire mesquin aux lippes, l'éclat espiègle dans son iris. « Peut-on définir être bien accompagné par la présence d'un diable qui tient son monstre par le collier ? » Jamais n'aurai-t-elle appelé cela une bonne compagnie, et son intérêt se trouva déjà diminué par les clichés que lui déversa cet homme. Encore un qui avait succombé aux charmes de son défunt fiancé? Encore un qui ne connaissait pas l'état déplorable dans lequel se trouvait son corps ni l'addiction qui avait grandi en elle. Le regard divaguant déjà à travers la foule autour d'eux pendant quelques secondes à la recherche du visage qui n'aurait pu réapparaître du monde des morts, suivi d'un soupir presque inaudible. Gouttes de vin rouge qui viennent se poser sur son carmin ornant sa bouche, ingurgitant la boisson en espérant calmer son ennui et sa peur bien enfouie. « Il me semble que vous n'êtes, non plus, accompagné ce soir » ajoute-t-elle d'un ton neutre avant de poursuivre « et il m'est impossible de partir avant la cérémonie en honneur de mon père. Malheureusement. Accorderiez-vous quelques minutes de votre temps pour faire danser une veuve solitaire ? » Le verre déposé sur le plateau d'un servant passant, la main libre déjà dans celle de son partenaire pour la soirée. Sa bague en contact avec la paume d'un homme lui rappelant légèrement un compatriote qui avait été en cette position maintes fois avant. Le même endroit. La même danse. Le loup russe. « Vous aurez tout le temps pendant nos mouvements de m'expliquer ce qu'un homme comme vous vient faire ici à l'anniversaire de mon père, comment vous vous êtes faufilé jusqu'à être invité dans ma demeure. Piotr. »

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MessageSujet: Re: drown yourself in violence | SCYLLION   Dim 24 Juil - 20:34

Piotr Kasatkin lève un sourcil impressionné, la moue de ceux qui apprécient les efforts déployés pour plaire aux étrangers loin de leur patrie. Il n'a jamais entendu Scylla Vulchanov parler dans la langue de la mère Russie – Deukalíôn, à l'inverse, se réfugie derrière ce masque d'admiration polie pour ne pas trembler d'entendre sa voix se déverser si volontiers dans le creux de son oreille. Il en oublie de rétorquer, de jouer le jeu, infiniment captivé par la main qu'elle pose sur la manche de sa veste. Ce contact est ténu et, de fait, insatisfaisant. Il lui faut, du reste, ôter le regard qu'il y porte avec obsession. Ce ne sont que des doigts, délicats et prudents, qui ne s'épanchent sur lui qu'à la faveur d'une courtoisie obligée. Deukalíôn le sait, mais les mensonges grimpent moins facilement à sa gorge, comme s'ils avaient désormais à chercher leur chemin parmi des sentiments confus, des souvenirs brûlants et de la haine écoulée en torrent. « Piotr Kasatkin était-ce, si je m’en souviens bien ? reprend-elle le théâtre. » Il incline respectueusement le front, feignant de la remercier de sa clémente mémoire. En vérité, il ne doute pas qu'elle se souvienne de lui ; non qu'il ait été important, mais parce que Scylla n'est pas de cette espèce de femmes qui négligerait le moindre nom s'il pouvait, un jour, lui apparaître utile. Elle l'avait remisé quelque part, parmi des choses futiles qu'elle trierait mentalement plus tard. Et, finalement, il réapparaît : « Un prénom agréable si je puis vous complimenter. » Il est distrait par la platitude de leur conversation, et il ne remarque pas tout de suite que la colère le mord lorsqu'il l'entend rire : elle se moque, et de qui ? Elle ne se moque pas de Piotr, le frère, le Hristow (pas plus qu'elle ne se moque de son propre géniteur), elle se moque juste de toi, Deukalíôn, et il desserre le poing, à se malmener mentalement d'être si susceptible. S'il se trahit maintenant... le final est trop grandiose pour trébucher maintenant. Il sait sur le bout des doigts les manières, les habitudes et l'histoire de Piotr Kasatkin. Il lui suffit d'agir comme il l'a fait depuis quatre ans. Il est un autre, et cette liberté est d'autant plus confortable que Scylla n'en a aucune idée. Elle ne le soupçonne pas ; il l'aurait vu, et elle l'en aurait aussitôt puni.

Grincement de dents lorsque : « Mademoiselle Vulchanov, s'invite un homme trapu par le côté. Mes sincères condoléances pour votre perte, dit-il avec une absence crue et froide de désolation dans le timbre. » Deukalíôn n'associe pas de nom à ce visage mais cette interruption serait, semble-t-il, une raison suffisante de le saigner de la gorge jusqu'au ventre. Peut-être l'infant Hristow, dissimulé sous un masque stoïque, pourrait-il plutôt lui briser les trois premières phalanges, pour la main épousée qu'il porte à ses lèvres... ou n'est-ce que parce qu'il ose la regarder. Scylla. Sa femme. Un picotement remonte la paume de Deukalíôn. Il croit à la mémoire de son tatouage, mais ce n'est qu'un désir soudain de cogner. Une réaction si primitive qu'il la contient avec aisance – saluant l'importun qui s'éloigne avec un sourire mauvais accroché à la lippe. Un moment, l'enfant de Saint-Pétersbourg aimerait à le rattraper (dans le dessein de l'égorger sitôt sortis de la vaste et luxueuse demeure), mais la discussion se poursuit d'elle-même, Scylla ne faisant aucun cas des interruptions – évidemment puisque, pour elle, tous ces mots échangés, d'où qu'ils viennent, sont sans intérêt. A l'inverse, Deukalíôn est suspendu aux évènements, avide de tout ce qu'il entend et de tout ce qu'il voit. Il est alors frappé par l'éclat qui traverse le regard de son épouse : « Peut-on définir être bien accompagné par la présence d’un diable qui tient son monstre par le collier ? » Piotr Kasatkin ne fait aucun commentaire, comme une remarque qu'on entend et qu'il est plus convenable d'ignorer. Il sait qu'il est censé faire le rapprochement entre l'homme qu'il a vu et ces condoléances adressées il y a peu. Mais, là encore, le minimum de correction oblige à garder le silence. Il se recroqueville plutôt dans les images sublimes du délicieux massacre. Des effusions sanglantes. Des plaintes. Des supplications, même. Le même délire trivial, stupide, que les meurtriers ne retrouvent qu'au paroxysme de leur droit légitime à la violence. C'est un instant fugace (arraché et dangereux pour la comédie qu'il lui joue), qu'elle chasse de son esprit, les lèvres à la coupe. Cela fait si longtemps, ces lèvres... C'était une autre vie, qui lui bouffait les tripes et versait dans son âme juste de quoi lui promettre de mourir tout en le laissant vivre. Il veut encore de ce poison, et il irait facilement le voler à cette bouche. « Il me semble que vous n’êtes pas non plus accompagné ce soir, continue-t-elle, soupirante, parce qu'elle ignore les folies qui le fauchent. Accorderiez-vous quelques minutes de votre temps pour faire danser une veuve solitaire ? » Kasatkin se plie en deux, attrapant la main qu'elle lui tend. Il l'attire sans excès, sans prouver son envie d'accomplir aussitôt son souhait. Deukalíôn n'a jamais été bon danseur. Il n'a, d'une façon générale, jamais été très bon pour les mondanités associées au sang-pur. Les meurtriers n'ont pas besoin d'autant de tenue, et les russes font moins de manières que les bulgares (et encore moins que les anglais). Il sait, néanmoins, qu'il le peut – qu'il peut feindre. Les Hristow ont donné de ces soirées ridicules, auxquelles presque aucun membre de leur famille ne prenait du plaisir : c'est le jeu sofiote, répétait Dmitri Hristow, si vous détestez, vous ne pourrez que mieux en profiter pour abuser de ceux qui aiment. C'est l'objet de cette soirée. Il veut user et abuser jusqu'à l'usure de Scylla Charybde Vulchanov.

Il aime le froid de l'anneau sur sa peau, parce qu'il sait qu'il s'en va lui prendre : c'est le dernier détail qu'il manque au cadavre d'Hyperion Prewett pour s'en aller pourrir dans un écrin de cendres. Absorbé par ses contemplations sordides, ils dansent avant qu'il ne réalise qu'il marque le rythme. « Vous serez surprise d'apprendre que j'ai été gracieusement invité par le département d'unification des nations, raconte Deukalíôn qui ne peut plus la lâcher du regard, désormais. » Ils sont trop proches. « Il semblerait que votre gouvernement, Madame, insiste-t-il doucement en pressant un peu plus la bague contre sa paume, ait à cœur de montrer à mes compatriotes l'étendue et les bénéfices du rapprochement entre votre nation et la nation anglaise - dont votre maison profite, si j'en crois leur invitation. » Et oui, pour la première vérité qu'il distille, il a été invité – et c'est foutrement sans intérêt. « Mais ça ne vous répond pas, n'est-ce pas ? » Il daigne s'écarter d'elle le temps d'une poignée de mouvements. Ce n'est presque rien, que le plaisir de l'attirer encore et c'est alors un peu plus exigu que ce qu'exige une valse : « C'est pour vous que je suis venu. » Il cisaille un sourire sur ses lèvres, un rictus qui oscille entre le charme et le plus pur des appétits. Ses mains se font un peu plus fermes pour la tenir. « C'est à mon tour de vous présenter mes condoléances les moins sincères. » Un moment, une petit lueur veut émerger, se révéler : il aimerait tant lui cracher au visage son nom et sa colère, il aimerait tout avouer et, quoi ? Sa vengeance serait perdue, sa furie inutile, et il serait tout aussi désoeuvré qu'il l'était resté des années durant... Non. Il inspire de manière imperceptible. Il répartit sa haine et sa colère, s'efforce de l'évanouir dans d'autres accessoires. Il ne peut pas encore être Deukalíôn Hristow. Pour le moment, il n'a le droit d'être que Piotr Kasatkin, russe et de sang-pur, tombé sous le charme d'une belle bulgare soudain libérée de ses engagements à en croire la rumeur. Comme c'est pratique. Qu'elle soupçonne, d'accord, mais que son esprit refuse encore d'admettre... le temps d'une heure encore. Des miettes de mensonges semées au vent, et la vérité qui accouche le moment venu – lorsqu'ils seront si seuls que sa mort n'éveillera aucune alerte et ne soulèvera aucune pitié.
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MessageSujet: Re: drown yourself in violence | SCYLLION   Dim 24 Juil - 22:32

Scylla x Deukalíôn
With such a hell in your heart and your head, how can you live? How can you love?

Silence aux lèvres, les sens se délectent du moment présent rythmé par les mélodies harmonieuses de l'orchestre. Le corps emporté par ses pas, le regard qu'elle ne peut plus détacher  à présent de ce Piotr Kasatkin, plongée dans ses pupilles dilatées. Une vue qui la fait voyager dans les paroles du partenaire, ses mensonges et ses désirs inavouables. Visage paré d'un masque que tous portent, elle en est la maîtresse, de ce jeu de secrets mais les yeux eux ne dissimulent que rarement les images dont on se délecte dans les pensées. Et elle voit, Scylla, elle est captivée par cette lueur de perversité qui se cache dans les tréfonds de l'identité du Russe. S'en est à peine visible, mais elle reconnaît ce qu'elle cache elle-même dans les siens. Une lueur qui laisse l'aisance s'installer dans ses gestes, sa paume renfermée par la main forte et chaleureuse qu'elle aime tellement chez ces hommes qui vous emmènent dans leurs actes. « Il semblerait que votre gouvernement, Madame, lui répond-il à sa curiosité, insistant sur l'appellation ponctué d'une pression dont elle se doute. Elle hausse le sourcil, étonnée par l'intime provocation qui prend place entre les deux corps. Garde le visage implacable, mais scrute sur le sien n'importe quel signe de trahison. Des pensées bien gardées précieusement, trop précieusement, pour pouvoir en comprendre davantage les objectifs. ait à cœur de montrer à mes compatriotes l'étendue et les bénéfices du rapprochement entre votre nation et la nation anglaise… » il continue. Elle ne répond pas, la déesse des mers. Trop perdue dans les traits du visage de l'homme qu'elle ne connaît pas, celui qui cache bien son jeu. Le doux silence s’installe en attente d’une suite, d’une révélation qui pourrait s’avérer utile pour la première fois ce soir. Et ses mots viennent lui poser délicatement un rictus sur le visage, tant il a su lire ses mouvements. « Mais ça ne vous répond pas, n'est-ce pas ? »

La dorure de ses cheveux qui virevoltent autour de son visage le temps de quelques secondes, éloignée de lui pour être attirée plus fermement par la suite. Une étreinte qui guide à la confidence, aux paroles secrètes et sacrifiées dans le peu d'espace entre eux. Alors elle attend, le souffle coupé et appréhende le mensonge qui viendra se loger dans le creux de son oreille. « C'est pour vous que je suis venu. » Amuse-t-il à divulguer, la confidence orné de cet accent russe qui la conduit dans des souvenirs qui viennent lui bouffer les tripes. Car c'est un manque, une nécessité qui n'a jamais disparue avec les années solitaires ou même accompagnées. Entendre sa voix, son langage lui susurrer des mots à l'oreille dont elle ne comprenait le sens que dans la douleur. Cette exaltation auditive qui accompagnait les mains trop brutes sur son corps meurtri. Spectacle des enfers, l'amour des ombres et le châtiment à ceux qui croyaient pouvoir s'aimer sans en regretter les violences. Elle en redemande et il en faut peu pour la troubler ainsi, cette impression de se retrouver à nouveau dans ses bras. « Pour moi? » souffle-t-elle à peine. Son regard est confus, surpris, tourné vers son confident dont la malice commence à faire surface. « C'est à mon tour de vous présenter mes condoléances les moins sincères. » dit-il, ses mains bloquant plus solidement le monstre afin qu'il ne s'échappe pas. Et elle se sent trahie, bouffée.

La Vulchanov sent ses battements de cœur augmenter à l’excitation d’un démon qui pourrait la surprendre, elle, l’éternelle ennuyée de la cruauté et de l’excès. Il lui ressemble, à celui qui m’a surprise vouloir massacrer les gens dans cette pièce il y a plus de dix ans. Comme si d’un revers de main il avait chassé toute l’apathie que l’opium avait introduit en elle. Elle ne peut s’empêcher de laisser s’échapper un soupir d'extase parmi eux, délicate chasseuse. Joueuse, elle aime se perdre et laisser tourmenter par l’autre, son corps vient se rapprocher de Kasatkin profitant du changement de tempo des airs. Le buste collé contre le sien, une main sur l’épaule et l’autre qui soutient cette contraction ferme. Ses lèvres viennent se nicher au creux de son oreille, comme un déjà-vu, alors qu’elle se laisse diriger suivant la danse,. La peau carmine frôlant le lobe ainsi que la provocation. Reperdue dans son cauchemar d’antan. « Je me permets de douter de votre sincérité. Bien qu’il me semble que je commence à vous découvrir peu à peu, Piotr. » ose-t-elle insinuer, l’intonation russe poussée sur ce prénom dont il prétend être le détenteur. Le divertissement se poursuit et ne fait même que commencer (à son insu), inlassablement. « Vous êtes l’une de ces personnes, comme moi-même, dont on ne sait combien de choses elles cachent. Ai-je raison ? » continue-t-elle, subtilement, leur conversation loin des curieux. Un léger rire éclate tel du cristal quand ses yeux se fondent inévitablement dans la froideur russe. « Qu’avez-vous donc de si précieux à cacher pour espérer avoir un moment d’attention d’une veuve noire dévorant tout sur son passage ? Est-ce de la naïveté, de la provocation ou même… de la perversion ? »

Ses paroles continuent, elle se moque, elle sous-estime la Scylla. Mais elle ne craint rien, Scylla. Car elle est destructive, Scylla. « Une lueur d'espoir de recevoir ce que les autres craignent ? Une absurde envie ? Ou un masochisme à vouloir abreuver en profitant de la souffrance et de l'hystérie d'une femme qui ne tient qu'à peu de choses ? » Et c'est l'étouffement de trop, la moquerie de trop qu'elle ne peut supporter. Ces hommes à l'affût de l'hystérique et indomptable, aux désirs de dresseur de lion. Pas encore un. Pas un deuxième. Pitié, pas une énième pâle copie affreuse et sanglante de Deukalíôn. Sa colère augmente, une envie de rage dont elle fait preuve bien trop souvent. Un élan de frénésie auquel elle voudrait tellement se laisser aller, se libérer dans la haine et le poison de la brutalité. Mordant l'intérieur du bas de ses lèvres pour se retenir. Pas ici, pas devant ses gens. L'intimité des moments d'avant n'est plus, le partage est réduit à néant et c'est la folie qui l'emprisonnera ce soir à l'instant où elle se retrouvera seule.  Fruit de son imagination qu'elle croit, invention du désespoir, l'odeur enivrante du parfum de son ancien époux. Pourtant à six lieux sous terre. L'opium calmant qui fait revenir à la réalité la femme déchue en souffrance. On lui a toujours appris à rester calme, après trop d'incidents, l'aînée. L'ouragan de la famille qui fait briser les vagues, les corps sur les rochers. Le désir brûlant d'ouvrir la nuque de l'homme avec ses ongles pour lui en arracher les vertèbres, diminue en même temps que la lueur dans ses iris. Car elle ne veut que le faire souffrir, cet insolent, lui arracher les dents une par une et les enfoncer à travers sa glotte. Elle aimerait tous les attirer dans son spectacle, son filet du diable. Elle aimerait lui déchirer la peau tant il lui fait penser à lui. Ce divin créateur de l'horreur, cet époux qui n'a cessé de la faire souffrir à l'aide d'autres.

Celui qui l'a cognée pour l'aimer, celle qu'elle a aimé plus qu'elle n'ait jamais dû. Deukalíôn. Elle se rapproche encore, invite au mystère celui qui a osé. « C'était une erreur de venir ici pour moi. » a-t-elle envie de gueuler, alors que son corps se braque et ses poignets détiennent férocement ceux de l'homme.

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MessageSujet: Re: drown yourself in violence | SCYLLION   Dim 24 Juil - 23:07

Deukalíôn Hristow est jaloux de Piotr Kasatkin. Elle destine à cet étranger un regard affecté, où se dessine l'esquisse d'un intérêt nouveau. Il a capté son attention, et le chasseur trop exercé peut déjà percevoir le sang battre un peu mieux la gorge. Elle porte perpétuellement le masque, mais elle commet l'erreur de détourner les yeux : elle songe, à une vitesse qui doit lui sembler excessive. Il sait qu'il réussit, qu'il produit davantage du trouble qu'il veut en elle. Scylla ne devrait pas connaître une minute de repos, un seul répit, avant qu'il n'ait décidé, seul et souverain, de libérer sa dépouille. Elle lui appartient, courbée dans sa paume, et, par Merlin, Morgane, et tous les autres, qu'il aime à voir comme elle y glisse au fur et à mesure du mensonge qu'il délivre de la bouche au tympan. Elle a toujours été si prompte à s'acérer le sourire pour des yeux un peu trop attentifs à ses charmes. Scylla sait-elle combien elle est belle ? L'excellente et dramatique question serait plutôt : depuis quand le sait-elle ? Quand ? Deukalíôn aimerait qu'on lui dise quand, quand a-t-elle commencé à tuer à raison de sa beauté ? Résigné depuis cent ans, il préfère ignorer la réponse, et ainsi le nombre de ses amants. Quant à Kasatkin... il ne vivra plus assez longtemps pour questionner. Il est déjà en train de disparaître : « Je me permets de douter de votre sincérité, fait-elle plus près de lui encore qu'il ne l'avait déjà inspirée. » « Doutez-en, souffle-t-il, les sens frappés par leur proximité. » Il sent, il peut presque sentir, le cœur et la respiration, la peau... les effluves qu'elle supporte s'engouffrent en lui sans trouver de limite à cette ivresse. « Bien qu’il me semble, dit-elle encore, que je commence à vous découvrir peu à peu, Piotr. » Il sourit, d'une nuance plus légère, presque fantaisiste à raison des circonstances. Elle ne sait rien. « Il me tarde que vous sachiez tout, répond-il. »

Ils distancent la valse, sans pourtant l'interrompre. « Vous êtes l’une de ces personnes, comme moi-même (et elle l'affirme, elle ne le demande pas) dont on ne sait combien de choses elles cachent. Ai-je raison ? » Elle n'a pas besoin de l'entendre dire, mais il ajoute néanmoins : « Je crains, Madame... » La danse l'oblige à s'écarter une fraction de seconde, imitant parfaitement les couples qui poursuivent ce manège à leur côté – combien vivent ce qu'ils ont ? Elle est maintenant revenue à lui, et il manque de retenue en accueillant la pression de son corps sur le sien. « Je crains, répète-t-il, qu'il n'y ait personne qui cache plus de choses que vous. » Et, si elle le brave, l'encourage, Kasatkin ne réagit plus. Il a un sourire amusé d'étalé sur les lèvres, qu'il fait varier selon l'intonation qu'elle prend ou les mots qu'elle choisit. Oh, il n'est pas naïf mais, certes, provocant. Et elle se souviendrait de sa perversion. Elle en porte forcément des marques. Il aimerait à revoir chacune d'elle, chacun des stigmates qu'il lui a laissés en offrande, juste une dernière fois. « ...profitant de la souffrance et de l’hystérie d’une femme qui ne tient qu’à peu de choses ? » Il s'arrête. Il l'arrête. Ils sont, soudain, immobiles, sur le parquet où les talons valsent et virevoltent. Ils ne sont plus qu'un point fixe, inutile, dans cette ruche de commérages, de politesses et de regards absents. Il voit. Deukalíôn la connait trop bien pour ne pas distinguer, dans toutes ses couleurs et ses tonalités, ce qu'elle contient péniblement : l'ire, la haine, l'appétit, le désir, la violence et le crime. Elle est submergée par ce besoin vorace, que son époux contemple, séduit, avec les yeux d'un autre. « C’était une erreur de venir ici pour moi, qu'elle murmure lentement. » Démon. Ils sont à un soupir l'un de l'autre, sa faute à elle. De la bouche à la bouche, du regard au regard, il est embarrassé par son rôle et son costume. Il sent le plaisir que sa main prendrait à lui saisir la gorge, et à presser, si fort, oh oui, si fort, sur sa trachée qu'elle expirerait en une minute ridicule et sordide. Elle perdait son aplomb, son éclat, sa fureur... Il étoufferait tout l'incendie qu'il aime à en crever. « J'ai été fou de croire, halète-t-il, syllabe après syllabe, que je pourrais vous oublier. Madame. » Puisqu'ils n'impriment plus les mêmes pas que tous les autres, on bouscule vaguement Deukalíôn par le dos. Il s'en moque aussi longtemps que ses iris sont incapables, affolés, de se détacher d'elle. Il imagine, un court instant, qu'il pourrait renoncer, s'éteindre dans la nuit et s'en aller souffrir l'aliénation de son âme dans la réclusion froide de sa mère, la Russie. Elle le ferait ployer, sous le poids de ces yeux qui le tourmentent, de ces lèvres qui le tentent, de ces seins qui le hantent... L'idiot va porter des doigts tremblants à sa mâchoire, mais un énième danseur dans son dos le persuade de cesser son errance. « Accompagnez-moi, décrète-t-il moins qu'il ne le propose. » La main qu'il lui présente a les atours d'une invitation. « Sortons d'ici, n'est-ce que pour quelques minutes. » On les regarde, maintenant – probablement plus elle que lui. Deukalíôn le sait, et il espère que cela jouera dans la décision. Il n'a plus assez de temps et, désormais, il n'a plus la patience. « Après, je le promets, vous ne reverrez plus jamais Piotr Kasatkin de votre vie. »
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MessageSujet: Re: drown yourself in violence | SCYLLION   Dim 24 Juil - 23:40

Scylla x Deukalíôn
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Effluve des sens qui ne cessent de couler à travers ses veines, leur respiration simultanée qu'elle a du mal à supporter. Les mensonges courbés entre le contact corporel dont tout deux se délectent tel des ivrognes d'une rencontre mystérieuse et enflammée. Une partie de cache-cache incessante avec cet inconnu qui ose approcher la tanière du loup pour venir l'y provoquer avec ses propres malheurs. Elle s'est retrouvée de l'autre côté de la scène, pour une fois, le pantin qui se fait balader par le bout des doigts à l'envie et le désir du maître du jeu. Lui. Il l'a prise, attrapée dans sa toile dont elle ne connaît pas le but. Kasatkin. Et elle lui en veut, mortellement, d'avoir réussi et d'avoir osé provoquer sa colère qui se propage tel un feu dans une botte de foin. La rage coule à travers ses veines, le goût du sang déjà présent à travers ses papilles à l'envie de croquer sa nuque. Sa détresse de sentiments, troublée par ses propres ressentis la rend ivre de violence, ivre de désirs qu'elle n'a pas su assouvir depuis trop longtemps. Ivre de frapper, abuser et d'en souffrir de même. Ivre de celui qu'elle a tué. Une perversion qui a su découler en elle, qui a su trouver son chemin à travers ses yeux pour se nicher dans le plus profond de ses entrailles. Là où seul l'époux, le cadavre, arrivait à aller. Arrivait à y retourner jour après jour. La satisfaire dans la plus profonde démesure des convoitises humaines et bestiales.

Bousculée par l'arrêt soudain, c'est le visage perdu dans l'autre qui marque la cadence. Qui offre une échappatoire de l'atmosphère mondaine pour aller se perdre dans les gestes, les regards emplis de sous-entendus dont elle ne comprend pas le sens. Elle voit, sa perversité, elle sent ce besoin charnel de l'inavouable qui brûle en elle-même à travers ses poumons. Troublée, le monstre pris à son propre jeu, sans défense face à sa propre folie. Les images entremêlés du cadavre et de l'homme aux secrets en face d'elle, les deux visages qui s‘unissent dans les sensations qu'il incite en elle. Ce besoin de planter ses doigts dans le fond des orbites vicieux, de lui arracher les tripes à mains nues avant de baigner dans son sang chaud. « J'ai été fou de croire que je pourrais vous oublier. Madame. » Mot frappant qui vient lui froncer les sourcils, apporte l'incompréhension totale sur son visage. L'échec de la résistance, des tentatives à voir à travers son jeu. L'oubli de son visage, de sa présence ? Comment? « Quel fou pourrait peiner à oublier l'ombre d'une femme qui crève sous l'absence d'une drogue disparue ? » crache-t-elle face à l'égoïsme de l'homme en face d'elle, aux sensations qu'il ose lui offrir sans oser prétendre à la plus pâle des copies de son ancien époux. La haine ne fait que se verser à travers ses sens dont elle ne contrôle plus rien.

Son visage, ses mains sur son corps, la chaleur autour de ses hanches et la douleur qui coule dans ses cris. Tout devient de trop, tout l'asphyxie au point de vouloir s'enfuir. De s'échapper du fantôme en face d'elle qui ne fait que déterrer les maux les plus profonds qu'elle s'était forcée, en vain, à enfouir. Elle n'avait connu cette sensation qu'avec un homme, à ce même endroit précis. « Accompagnez-moi » se présente la main devant les siennes. Les autres paroles perdues dans un bourdonnement des conversations. Perdue, profondément dérangée et indécise face à une telle décision à prendre. Mais l'envie et la folie l'emportent sur la confusion et la sécurité, à dire qu'il la connaît déjà trop bien. Une main brûlante qui vient se joindre à celle de l'étranger, le corps emmené avec lui à travers les visages flous de la foule qui les observent, intrigués. « Après, je le promets, vous ne reverrez plus jamais Piotr Kasatkin de votre vie. » prononce-t-il en même temps qu'une vague de fraîcheur souffle sa brise sur son faciès à la sortie de la salle, dans les tréfonds obscurs de l'endroit dont elle est maitre et en connaît chaque recoin. La présence redevient à la limite du supportable, le réveil des chimères du passé et elle le suit au pas. Craintive, intriguée, envieuse, et frénétique qu'elle cache dans la droiture des courbes de son dos.

« Rien ne me fait croire que vous tenez vos promesses. Au contraire, Monsieur Kasatkin. » les couloirs défilent devant ses yeux qui peinent à s'habituer à la nébulosité envahissante des endroits de sa vie plongés dans l'obscurité. « Si vous appeler comme ça soit encore utile… » Scylla sait exactement où il l'emmène et le pas franc de l'homme lui fait croire qu'il connaît l'endroit aussi bien qu'elle. Comme s'il avait déjà vécu ici. Une peur infantile, peut-être, qui vient agripper la main de l'inconnu un peu plus fermement. La frayeur de la menace, de cette ombre qu'elle sent suivre depuis un temps déjà. La peur incontrôlée que ce soit bien lui, même si cela est impossible. Ses paroles, inconstantes, fébriles qui s'élèvent alors qu'ils entrent dans une pièce trop connue et uniquement éclairée par un feu magique. Son odeur reconnaissable, les tapisseries qui l'observent avec moquerie comme toutes ces nuits où elle avait chialé sous les blessures. Sa chambre qui les accueille dans l'antre de tous les vices du passé. « Qu'avez-vous donc de si important à me révéler ? » elle se retourne, l'observe, ne fuit jamais le regard si débauché. « Quelle est cette chose qui vous pousse à emmener une femme dans sa propre chambre ? » La lèvre passe sur le carmin des lèvres, remplace la nervosité par l'insatiable curiosité de la suite des malheureux événements. Bras croisés, regard noir, la Vulchanov en pleine crainte. « Que désirez-vous oser pour que je ne vous oublie jamais, vous ? Comment connaissez-vous cette pièce? QUI ÊTES-VOUS? » qu'elle gueule de sa voix enrouée par la frustration. L'armure se dresse, pour protéger le corps de la femme, face au loup noir dont l'ombre menaçante ne cesse d'accroître en face d'elle. Haletante, l'attente trop longue, les braises dans les pupilles. Elle craint avec envie les réponses à cette soirée. Cette mascarade.

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MessageSujet: Re: drown yourself in violence | SCYLLION   Lun 25 Juil - 1:04

Il enlace les doigts qu'inconsciente elle lui confie. Il devine la tristesse qui étreint son épouse, mais Deukalíôn n'a pas un cœur à se soulever de compassion. Il est si furieux, si consumé. Six ans sont une éternité pour les êtres relégués à l'isolement. Il lui veut cent fois trop de mal pour altérer son plan et sentir la paume dans sa paume suffit à lui rappeler, de mille souvenirs tous plus blessants les uns que les autres, qu'il a trop enduré pour ne pas se venger. C'est elle, c'est Scylla qui l'a envoyé vers l'Est, dans l'Est, en pleine Russie, qui l'a forcé à se garder du monde, à demeurer là-bas, étranger, mensonger. Il n'a plus revu sa famille, ses amis, ses amantes... six putain de longues années à souffrir la solitude, la peur et l'absence. « Fais-moi justice, murmure son petit frère, là, quelque part dans son esprit. Rends-moi justice sur son cadavre, rit Piotr. » Ça n'a rien à voir avec lui, et ce n'est qu'hallucination, mais Deukalíôn se laisse exciter par les tourments qui l'ont, longtemps, rongé. Tout ce qui veut bien alimenter son âme vindicative est bienvenu. Il prendra toutes les armes. Il faudra bien cet arsenal pour dépouiller la créature, la Scylla. « Rien ne me fait croire que vous tenez vos promesses. » Il serre un peu plus les phalanges dans sa main. Qu'elle se taise... qu'elle révise ses serments avant de contrarier les siens. C'est ironique, certainement, qu'elle soit si peu consciente de tout ce qu'il possède contre elle : amertume, mémoire, haine, revanche. Piotr Kasatkin l'entraîne sur la droite, dans l'infini dédale de la demeure et, sans y prêter attention, ça semble aléatoire. « Vous apprendrez que je tiens la plupart de mes promesses, sourit-il de travers. Celles que je renie... eh bien, disons que je ne peux pas rompre une promesse que l'on a déjà rompu pour moi. »

Deukalíôn ne sait rien de la demeure, rien que ce qu'on a voulu lui raconter. Et le petit personnel des Vulchanov est, contre un bon pesant de pièces, fort bavard au sujet de l'architecture, de l'agencement et des endroits les moins visités de la bâtisse. Ces informations, pourtant précieuses à la machination, n'ont pas été si difficiles à collecter, et Roman les lui a versées avec le rictus moqueur du professionnel qu'on esquinte sur des exercices d'apprenti. Piotr Kasatkin est néanmoins ravi d'arpenter ce dédale comme s'il était le sien et de la diriger comme si elle n'était pas chez elle. Il débusque, corridor après escalier, la destination étudiée. Elle sera loin, alors, de toute fuite et de tout secours, s'il était, d'aventures, bien incapable de la retenir. C'est pratiquement impossible, mais Deukalíôn n'a pas souhaité jouer le restant de sa vie à l'éventualité, au pile ou face d'un pratiquement impossible. Lorsqu'il sent, finalement, la pression qu'elle ajoute à leur poigne entichée, il masque un sourire satisfait et s'engouffre dans la troisième porte sur leur gauche. Elle ne pourrait s'en remettre davantage à lui, et c'est à peu près là qu'il espérait la conduire : « Qu’avez vous donc de si important à me révéler ? s'essouffle l'impatiente. » Piotr Kasatkin referme la porte derrière lui. C'est sa chambre. Et le hasard n'existe pas. Les frères à l'influence redoutable et à la fortune étendue, eux, en revanche, existent bel et bien et ils font de très bons instigateurs quand on les dote de responsabilité et que la loyauté les rattrape. Deukalíôn pivote prudemment en sa direction. « Quelle est cette chose, lui dit-elle, qui vous pousse à emmener une femme dans sa propre chambre ? » Elle est sublime quand elle l'interroge. Oh oui, qu'elle le questionne ! Qu'elle le torture ! Il entendrait cent de ses demandes, pour lui infliger un millier de ses réponses. Il se réjouit. Il lui est pratiquement impossible de se retenir davantage. Il modère, il inspire. Il défait le premier bouton de sa chemise, celui qui pousse contre sa gorge mais qui n'est pas le responsable de sa suffocation. Il fait une chaleur incroyable, alors que le feu de l'endroit n'a de mission que la lumière. Kasatkin repousse la nervosité (qu'il vit dans un déni presque puéril) sous un rempart de son esprit et affronte le regard brutal que Scylla lui oppose. Il dédaigne ses questions. Il méprise son angoisse et la nourrit. « Racontez-moi, la délivre-t-il de son attente en s'asseyant sur une chaise à peu d'elle, comment vous êtes devenue veuve. » Deukalíôn croise une jambe par-dessus l'autre, tirant sur chacune de ses manches avec distraction. « En échange, dit-il avec une sérénité totalement feinte, je vous dirai comment j'ai rencontré ma femme. Et c'est une histoire qui vous apprendra comment vous deviendrez la mienne. » Il a un sourire insolent, de celui qui peut tout, de celui qui ose tout. C'est un jeu qui ressemble à celui de l'amour. Mais ça n'a rien d'un jeu. Il lui désigne aussitôt le fauteuil, enclavé dans une alcôve. Elle n'a pas exactement le choix, il le sait bien. Il existe aussi la possibilité qu'elle s'esclaffe soudain, qu'elle se moque et qu'elle disparaisse... ce qu'une personne sensée ferait dans une situation pareille. Mais Scylla est conduite par des instincts plus primitifs. Elle aime à décortiquer, à disséquer, à éventrer. Elle voudra savoir, quitte à conter le mensonge. Il veut l'entendre, de ses lèvres, entendre tout ce qu'elle a toujours dit, six ans durant. Et, quand c'en sera fait, lui commencera l'histoire de la vérité. Si elle a pu changer ? s'il peut l'avoir désapprise après autant de temps ? Il rit qu'on puisse croire que les monstres changent jamais.
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MessageSujet: Re: drown yourself in violence | SCYLLION   Lun 25 Juil - 18:53

Scylla x Deukalíôn
With such a hell in your heart and your head, how can you live? How can you love?


Elle l'observe. Elle le hait. Elle voudrait exploser son crâne entre ses paumes délicates. Qu'il crève entre ses mains, le châtiment pour l'angoisse qu'il ose lui imposer avec son regard impitoyable. Et Scylla voudrait qu'il disparaisse, qu'il n'ait jamais existé et qu'il ne l'ai jamais affrontée. Ses mains s'accrochent à ses jupons pour cacher leurs tremblements, car il l'impressionne. Il l'attire mais il la repousse simultanément, ce prédateur affamé dont les traits reflètent le visage de son défunt époux tel un miroir brisé. La femme se sent piégée dans sa propre chambre, la douce ironie du sentiment de sécurité que lui avait toujours procuré cette partie de leur demeure. Il lui avait parlé de promesses, tenues et rompues alors que ses doigts ne l'avaient pas lâchée une seconde. Une impression, alors qu'il défait le bouton de sa chemise, que ses doigts se posent à présent autour de sa gorge prête à céder sous sa violence. Et c'est la provocation dans ses paroles qui vient lui couper le souffle alors qu'elle peine à comprendre les réelles intentions cachées sous l'indifférence feinte. « Racontez-moi comment vous êtes devenue veuve. » elle l'observe, troublée par sa requête dont elle comprend aussitôt le sens. Car Piotr Kasatkin n'est pas venu ici pour entendre les fables mensongères de la femme, l'hypocrisie entre eux brisée dès leur danse. Un officiel qui aurait pu avoir des doutes quant à la réalité du meurtre? Un interrogatoire tourné en jeu vicieux? Ces paroles suivantes effacent les idées qu'elle a pu former, bouche-bée Scylla l'observe, incrédule de ce qu'il ose prétendre. « En échange, je vous dirai comment j'ai rencontré ma femme. Et c'est une histoire qui vous apprendra comment vous deviendrez la mienne. »

Agneau qui suit les indications du loup qui la tient en cage, elle s'assied dans son fauteuil non loin de lui alors qu'elle sent sa peau brûler sous son regard. Il se délecte et elle n'a pas d'autre choix que de faire partie de son jeu. Lissant les plis de sa robe, ses mains agitées par la nervosité de la situation elle n'arrive plus à feindre son impatience. Ses ongles s'enfoncent dans le cuir du siège quand son regard se relève pour affronter son ravisseur. « Vous voulez savoir comment j'ai perdu mon époux Deukalíôn Hristow? » Ce n'est pas une question  et le nom de son ancien mari a pour effet de lui serrer la gorge au point d'en manquer d'oxygène. Elle fuit son regard, observe le feu qui illumine la pièce sombre alors que le mensonge coule tout seul de ses lèvres, un automatisme élevé pendant six ans. « Et si je vous racontais que, commence-t-elle la voix calmée par son propre jeu de vérité déformée, mon mari a été assassiné par sa propre ambition? Qu'un vulgaire cabot a eu l'audace de lui enlever la vie pendant la nuit, car il avait été promu à un poste pour lequel d'autres crèveraient de jalousie? » Sa mythomanie a eu le temps de se développer, de croître pour faire paraître la tragédie si réaliste durant toutes ces années. Celle qui continue son spectacle alors qu'elle feint les larmes qui coulent le long de ses joues, la parfaite comédienne. « Qu'on me l'a enlevé… » et elle joue son jeu, sanglote le visage dans ses mains, incapable de continuer son histoire de veuve malheureuse. Le silence pesant valorise parfaitement les rires convulsifs qui se mêlent aux fausses larmes qu'elle essuie comme de vulgaires saletés. Ses yeux plongés à présent dans ceux du Russe, prise par un fou rire hystérique face à sa propre hypocrisie. Rattrapée par sa fourberie détraquée.

« Mais ce n'est pas ça que vous voulez entendre n'est-ce pas, Piotr? » hausse-t-elle le ton, en bouffant son prénom qui lui parait si faux à présent. Il veut jouer avec le monstre, le poignarder de tous les côtés dans l'obscurité mais elle ne se laissera pas faire. Elle laisse la vérité délier sa langue alors que sa rage et sa fièvre s'enfoncent dans un épisode maniaque. D'un geste brusque elle se lève et rejoins l'homme en face d'elle, ses mains appuyées sur les accoudoirs de sa chaise et son buste se rapprochant de l'homme telle une délicieuse convoitise. Sa respiration est saccadée, plongée dans sa propre excitation trépignant face à la révélation de ce qu'elle a enfoui depuis si longtemps. Elle en avait oublié la saveur, de cette délicieuse vérité qui l'avait autant détruite que rendue euphorique, l'ultime gagnante de leur jeu d'amour. Haletante, son visage à une dizaine de centimètres de lui et ses pupilles scintillantes plongées dans les siennes. « Et si je vous disais que… commence-t-elle, à peine capable de garder son calme dans cette frénésie qui l'emporte à chaque seconde qui l'approche de l'instant de sincérité inavouable. Elle pose son front contre le sien, obligeant leurs lèvres à se rapprocher plus que la normale. Leurs bouffées entre-mêlées, la folie furieuse sourit cyniquement avant de lâcher sa propre culpabilité. Si je vous disais que c'est moi qui l'ai tué? Que sa femme a donné l'ordre d'assassiner son précieux mari, trop ravagée par sa propre jalousie maladive de le savoir aux bras d'une autre. Si je vous avoue, que c'est moi qui lui ait pris sa vie parce que c'était la seule suite possible à notre amour violent. »

Une confession, peut-il penser, mais cela n'a rien de tel. Une menace, l'alerter du danger dans lequel il s'est foutu, le mâle inconscient. Trop perdue dans sa psychose, elle pense avoir gagné. Elle pense avoir gagné et tout perdu en même temps. Avouant son crime au plus profond d'elle-même. « Est-ce une erreur d'être venu ici pour moi? » qu'elle claque comme une insulte curieuse. Le monstre primitif enfoui en elle bien là, à la vue de l'inconnu.

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MessageSujet: Re: drown yourself in violence | SCYLLION   Lun 25 Juil - 22:30

Le marché est malhonnête et, néanmoins, ils échangent dans la même monnaie : Scylla l'ignore, mais ils troquent leur histoire commune. Il sait ce qu'elle va dire (ou, du moins, le croit-il) et elle n'apprendra rien de son propre récit. Le vice et l'intérêt soupirent ailleurs. Sous son masque impavide, Deukalíôn se demande si elle n'a pas déjà compris – quelle déception ce serait. Il craint, le temps d'un battement de cœur malade, de s'être trop exposé ; trop bien, trop vite, et par péché d'orgueil et de vengeance, il aurait découvert sa ruse. Il la scrute plus intensément et il décèle, avec un enthousiasme croissant, qu'elle est ou stupide ou naïve. Le plus probable est qu'elle a peur. Des pans entiers d'angoisse se décrochent du visage d'ordinaire si charmant, et ils s'effondrent en un millier d'éclats tranchants sur lesquels s'esquinter. Quel spectacle ravissant. Et quelle apothéose cela fera. Il ronronne lorsqu'elle s'assoit. Il acquiesce, comme d'ordonner à un animal diligent, bien habitué à suivre l'index du maître. Piotr Kasatkin arbore un air satisfait et confiant. Il contient mal – mais il s'efforce longuement – l'excitation impatiente et furieuse de Deukalíôn Hristow. A ce nom, à son nom, le sorcier hausse son attention. C'est vrai qu'il a commandé le mensonge et il s'installe, malgré un siège rudimentaire, l'air des enfants qui attendent la meilleure de toutes les histoires fantaisistes.

Il applaudit. D'abord, le bout de ses doigts pianotent depuis son poignet jusqu'au creux que fait sa main. Au premier sanglot, la rencontre de ses paumes est plus franche. Bientôt, il fait une ovation glaciale à cette comédie, qui lui serait insupportable s'il n'avait pas connu par cœur la pièce qu'on espère lui jouer. « Et si je vous racontais... qu'on me l'a enlevé. » « C'est une fable intéressante, il convient, le ton caressant. » Des injures affleurent à sa bouche, mais la barrière que forment ses lèvres les empêchent de le dénoncer. Il a les mains serrées autour de sa bride. Et il a l'amour-propre blessé et qui s'indigne. A combien d'imbéciles a-t-elle débité son folklore ? Et qui pour croire qu'un second couteau a salement raboté son espérance de vie ? S'il avait des ennemis, il inspirait aussi la crainte. La plupart serait mort d'essayer de l'atteindre. Il déteste qu'elle ait craché sur sa mémoire. Il déteste qu'elle ait amputé son avenir. Il déteste entendre son silence et il déteste entendre son rire. Ce ne serait pas si monstrueux, et si invraisemblable, si son époux était mort il y a peu. Mais il y a six ans, maintenant, et elle affiche la cruauté qu'ont certains êtres, adultes, quand ils détruisent les mythes innocents d'un enfant. Et ce regard, qu'elle verse au sien, est fou d'horreur. L'insane, elle rit. Et s'il n'était pire qu'elle, Deukalíôn emploierait tous ses soins à le redouter.

« Et, d'après vous, dit-il avec le détachement factice du courtisan, qu'est-ce que je veux entendre ? » Il est avide de vérité. Il veut une vérité immense, impitoyable, meurtrière et ardente. Il veut la délivrer, et se délivrer lui. Et Piotr endure pendant que Deukalíôn s'empresse. Ses billes, sombres, dilatées, ne se détachent pas d'elle. Son corps est d'autant mieux saisi par la surprise lorsque Scylla fait la distance qui va de l'un à l'autre, aussi rapide et incisive qu'une lame qu'on enfonce dans la chair. Ses reins embrassent le dossier et un souffle, pauvre d'oxygène, s'insinue dans sa gorge et lui bloque la trachée. La chaleur qui émane de son épouse lui dresse les sens. Sa colère lui empire la fièvre. « Et si je vous disais... » Deukalíôn voudrait lorgner à tous les endroits, et commencer par ausculter son cœur. Mais les billes s'appartiennent et elle est insoutenable dans les souffles qu'elle lui prend. Il y a quelque chose à cette bouche, un sortilège, une malédiction, un poison quelconque qui le tue. « Si je vous disais que c'est moi qui l'ai tué ? » Il avale les syllabes. Celles-là, et les suivantes. Sidéré par l'honnêteté barbare de Scylla, il oublie, un temps, de se fendre d'un sourire. « Je dirais, détache-t-il lentement chaque mot, que c'est une fable plus intéressante encore... » Avant qu'elle n'imagine reprendre l'inclinaison qu'elle fait, Piotr Kasatkin marque la gorge dégagée de ses doigts. Il ballade sa peau sur la peau, il grimpe à la nuque comme son rictus lui escalade la lippe. « Quelle erreur de n'être pas venu plus tôt, vous voulez dire. » Et voilà que ça souffle brûlant dans ses entrailles. Voilà que c'est insoutenable. Voilà que c'est le moment.

Brusquement, il se lève. « C'est curieux, il badine. » Ses mains sont fermes, autour du cou et sur l'épaule. Il faudrait plus de force, et plus de volonté, pour faire rougir la peau et la marquer. En revanche, plus de passion ne pourrait s'ajouter aux manières vives et aux gestes pressés. Son corps pèse lourd sur celui de Scylla et ses lèvres s'avancent tant qu'elles baiseraient presque les siennes. « Ma femme vous aurait plu. » Ça fait doucereusement rire Deukalíôn par la bouche de Piotr. « Sublime. » A force de foulées, il l'accule contre les moulures de l'âtre. « Dangereuse. » Ses mains effleurent, et lisent le présent à la lumière du passé. « Complètement folle. » De la dévisager avec autant d'intensité, c'est, pour lui, comme de l'embrasser. Et mordre à cette pulpe a cela de séduisant que ce serait mortel. « Ce qui nous ramène à notre échange, et donc à ma contrepartie. » De son étreinte, il la libère à peine. « J'ai rencontré mon épouse il y a tellement d'années, ne fait-il plus que murmurer, qu'elle ne doit plus être qu'un souvenir. » Son index flatte négligemment une broderie accrochée à la robe de Scylla. « C'est un joli souvenir, il poinçonne et il souffle. C'est aussi un joli mensonge que je me suis raconté. » Une résignation fugace, et totalement imaginaire, lui voile un moment le regard. « Elle était tout ce qu'un homme peut souhaiter, croyez-moi : par le cœur (un sourire mauvais, très différent de celui de Kasatkin, entaille sa lèvre) et par les cuisses. » Son trait salace le fait soupirer de rire. Et, comme pour alimenter en bois le beau brasier, il dessine, lentement, prudent, les courbes de la poitrine. « Je l'ai rencontrée plusieurs fois, à plusieurs moments de ma vie. » Sa bonne éducation s'abîme contre les courbes. « Et j'en suis systématiquement tombé amoureux. » Directif, péremptoire, Deukalíôn soulève son menton et contraint la mâchoire. « Son seul défaut, il inspire et déplore, le pire de ses crimes, c'est d'avoir cru qu'elle m'avait tué. » Dans les plis feutrés de la robe, il débusque la baguette et l'en déleste dans un bruit mat, le glas du morceau d'orme qui éventre le sol. « Comment... as-tu pu croire que tu pourrais me tuer ? » Les babines, carnivores, déshabillent les dents, cannibales. « Oh quoi, Charybde ? n'es-tu pas heureuse de me voir ? » Les jointures blanchissent quand les phalanges étranglent et le corps se soulève au gibet de sa poigne.
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MessageSujet: Re: drown yourself in violence | SCYLLION   Mar 26 Juil - 0:11

Scylla x Deukalíôn
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Les doigts enlacent la gorge délicate qu'elle a laissée sans protection face aux crocs de l'affamé, elle tremble au contact de leur peau sous une telle tension. Satisfaite de la réaction primitive de l'homme face au défi qu'elle venait de lui lancer. Elle est en jouissance la redoutable et monstrueuse Scylla de voir son interlocuteur perdre tout contrôle de son masque face à sa vérité impitoyable. Ce qu'elle aime, c'est de provoquer la bête en lui. De retrouver la même chose qui avait été déterré chez elle depuis tant d'années par les prunelles sombres qui avaient posé leur attention sur son corps lors de cette nuit à Rodophe. Impossible de retenir son rire étranglé par les mains brutes. « Quelle erreur de n'être pas venu plus tôt, vous voulez dire. » Elle le déteste, elle hait ses mains sur sa gorge et elle le maudit de l'exciter à ce point. Une sensation de plaisir insupportable que de trouver sa propre vie entre les paumes d'un homme qu'elle a aimé provoquer. Perdue depuis trop longtemps dans la perversion des actes violents, elle se délecte de ses paroles et confronte son regard fou avec le sien. Il ne lui fait pas peur. Il l'enflamme. « C'est exactement ce qu'il dirait, Deukalíôn. » Et elle voit en lui des traits qu'elle n'a plus vus depuis sa jalousie enragée, depuis la mort de son époux. Foutaises, imagination sûrement perturbée par l'exaltation du moment.

Il ne la lâche pas, n'ose lui donner une chance de s'échapper même si l'idée absurde ne lui viendrait pas en tête. Trop hypnotisée par ses gestes et ses paroles qu'il lui déverse, comme des foutaises pour le monde entier, mais comme une déclaration pour elle. Scylla se laisse faire, aime à se laisser crever entre les canines des monstres comme elle. Il lui aurait fallu toute la soirée pour montrer qui il était, cet homme, et elle pense enfin avoir découvert son vrai visage. Qu'elle croit. Un frisson parcourt ses vertèbres tant elle reste accrochée au lèvres si près des siennes. Qu'il la bouffe, comme celui d'avant l'a fait. Qu'il la consume vivante. « Dangereuse. » Son souffle diminue à chaque mot, chaque parole et chaque étreinte plus serrée sur sa peau. Chaque pression de ses caresses sur ses courbes. Elle gémit, sous le manque d'air et à l'impression de se retrouver à cet instant. Cette première fois où son démon à elle l'a touchée de cette manière, dévorée du regard de cette manière et dominée à sa façon. C'est comme si elle est se retrouve à nouveau entre les griffes d'un amour dont elle s'est séparée depuis trop longtemps. « Je l'ai rencontrée plusieurs fois, à plusieurs moments de ma vie. » Elle l'écoute, mais son attention se prête surtout aux doigts qu'elle sent contre sa poitrine. Le toucher qui valse autour de ses seins à travers le fin voile de tissu. « …tombé amoureux. » comme s'il parle de celle qu'il détient par la gorge. Comme s'il parle de Scylla, replongée dans sa vague de sentiments, tombée amoureuse de la façon dont il la tient. Pas lui, pas Piotr. Non, celui à qui il lui fait penser. Lui. Et ce n'est pas Piotr à ce moment-là qu'elle voit à travers les billes du masque. Ce n'est ni un inconnu, ni celui qui l'a emmenée danser plus tôt. Les yeux qui s'étaient plongés dans les siens quand elle a su qu'elle était désormais la femme de celui qui la tenait par le poignet lors de leurs noces. C'est son monstre à elle qu'elle voit, qu'elle craint quand elle entend sa baguette plonger sur le sol plus loin. Désarmée, faible, à sa merci. Comme il l'avait fait pendant tant de soirs qu'on ne pouvait plus les compter ni se les rappeler.  « …le pire de ses crimes, c'est d'avoir cru qu'elle m'avait tué. » qu'il déplore devant le visage pâle de sa femme. Qu'il explose devant son visage décomposée à la réalisation que c'est bien lui qui se tient devant elle, les crocs prêts à lacérer sa peau pour les actes qu'elle a osé commettre.  « Charybde. »

Sa voix presque inaudible tant elle sent sa haine dans sa poigne, tant elle sent qu'il veut la tuer. Lui faire subir la pire des tortures. « Deukalíôn. » peine-t-elle. Incrédule. Comment, quand. Les questions fusent et s'entremêlent dans un tourbillon d'incompréhension à travers son esprit et le passé qu'elle croyait connaître. Les perles naissent du coin de l'oeil, cheminent sur la peau douce de ses joues, réelles cette fois-ci. Ni née de tristesse, ni de surprise. C'est la rage qui la consomme. La haine qui la force à tendre son corps entier et à attraper son attaquant par la gorge lui aussi. Oh qu'elle aimerait lui enfoncer ses ongles à travers sa glotte, lui arracher les cordes vocales pour lui avoir fait ça. Pour lui avoir fait subir ces années de solitude. Ces années qu'elle a provoquées elle-même. Déni de culpabilité. Folie du passé. Elle ne se rappelle que de lui, de sa jalousie et si tôt ses mains se contractent férocement. Le regard flou par l'humidité de ses larmes de colère, féroce. « Tu m'as abandonnée. » elle crie. « Le jour où tu les as embrassées, tu m'as condamnée. » elle gueule. « J'étais toi. J'étais celle qui se brisait pour toi. Celle qui te brisait. » sa voix s'élève toujours plus, rauque et fracassée. « C'était moi et personne d'autre… » les mots se perdent dans le gorge teintée d'un bleu violet. Yeux écarquillés, ses mains lâchent leur ennemi avant de se poser doucement sur son visage. La rage fait place à la blessure de cette mascarade. Le déguisement que frôlent le bout de ses doigts. C'est lui, mais ce sont les paupières d'un autre qu'elle touche. Les lèvres d'un autre qu'elle caresse. « Deukalíôn. » qu'elle continue à murmurer. Le visage couvert de perles luisantes fait place aux rires, au soulagement insensé qu'elle retrouve dans sa gorge qui se serre toujours plus. A la consolation absurde de se retrouver dans ses bras, de n'appartenir qu'à lui. Morte ou vivante. « Tu m'es revenu? » elle pose la question à laquelle une réponse paraît inutile.

Ses mains retombent sur le buste du sien, sur les épaules qu’elle a convoités durant tout ce temps. La carrure qu’elle imaginait épouser son corps pendant ses nuits seules. Son souffle qu’elle sentait jour après jour dans sa nuque comme un mauvais souvenir, un cauchemar vivant. « Dis-moi. Combien de catins tu as abandonnées pour revenir. » elle le provoque, meurtrie par l’effort que demandent ses paroles. « As-tu aimé vivre isolé du monde des vivants? As-tu aimé ta mort? As-tu aimé ton décès entre mes mains? » Les paroles sont fortes, barbares, vraies. Elle veut les réponses. Elle le veut lui. Elle le désire, le dévore.

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MessageSujet: Re: drown yourself in violence | SCYLLION   Mar 26 Juil - 12:10

Ce post contient des propos non-explicites mais pour un public averti.

Le plaisir le plus pur vit dans l'éclat qui agonise à ce regard. Quel douloureux parcours il lui a fallu endurer et quel fastidieux ouvrage il lui a fallu entreprendre pour parvenir à cet instant précis, épouvantable, violent, accablant, magnifique – parfait. Combien de mensonges. Et combien de peurs. Combien de morts. Dans le sillage qui va de Deukalíôn jusqu'à Scylla, il y a un charnier à lever une nation. Et, sans un égard pour le million de ses victimes, il avise, unique, tremblante, exceptionnelle, la future dépouille de sa femme. Ses mains sont si brutales qu'on dirait qu'un autre les emploie pour lui. Inondé par la rage, la chambre s'obscurcit et, finalement, s'efface. Depuis l'abîme où ils sont ensemble ensevelis, le monde peut bien brûler et les espèces s'anéantir. Il a les griffes plantées dans sa gorge et les lettres de son nom sonnent délicieuses, maintenant. Il goûte à la complaisance d'être reconnu. Il goûte à l'euphorie de la résurrection. Prendre, toutes ces années, Roman en témoin, ce n'était rien. Il faut se voir revenir d'entre les morts par les yeux de Scylla. « Oui, mon amour, opine un souffle étourdi de plaisir. » Deukalíôn dévore les petites larmes qui montent aux pupilles, et il est écoeuré par l'humanité qu'elles décrivent. Le monstre, comme tous les êtres, inspire l'air et recrache et, sitôt qu'on le prive du précieux oxygène, il s'éteint. C'est trop brusque et c'est trop lent et, malgré des années à nourrir le fantasme, il hésite, ne sait s'il doit l'achever ou l'épargner.

« Tais-toi. » Le sursaut du chasseur n'aime pas que la proie s'époumone. Le restant de la meute pourrait cavaler à son secours et, plus que l'échec, Deukalíôn redoute qu'on crève l'intimité de leur étreinte. Sa baguette est tirée, le temps de sortilèges qui les enveloppent d'un long silence. Il s'est donné tant de mal pour bâtir cet enclave... « Tais-toi, il gronde encore. » La pauvre ne tarit pas. « J'étais toi. » Elle est folle. « J'étais celle qui se brisait pour toi. » Hystérique. « Celle qui te brisait. » Insensée. « C'était moi et personne d'autre. » Désaxée. Fabuleuse. Il presse pour la faire lâcher, et la porte davantage si cela est possible. Les mains de Scylla ne le quittent qu'à dessein de le retrouver. Elle cherche, dans la face inconnue, ce qu'il demeure de son ancien époux. Elle ne trouvera certes que des cendres et tous les restes humains dont même la mort, impartiale, arbitraire, ne veut pas. Elle a fait pire, elle a fait mieux, que l'assassiner. Et Deukalíôn vient lui rendre de pareils hommages. « Combien ? siffle sa colère savamment offusquée. Beaucoup. » Il ment. « De bien meilleures que toi. » Le visage de Ksenia se dissout avant d'apparaître. Deukalíôn néglige ses fantômes et, un jour prochain, il le paiera chèrement. Mais ce jour n'est pas aujourd'hui. Ce soir lui appartient. Cette nuit est son esclave.

Sous l'effet des provocations, il la lâche brusquement. Le bruit abominable que fait la carcasse de Scylla lorsqu'elle s'écrase contre le sol. C'est creuser plus profond la fosse pour y balancer un nouveau cadavre. Le chef-d'oeuvre de son holocauste. « Si tu veux tout savoir... » Deukalíôn attrape une pleine poignée de cheveux blonds. « Ça a été très supportable rien que d'imaginer ce moment. » Elle n'a pas besoin d'entendre ce qui ferait tiédir son supplice. A la seule force de ce poignet cruel, il la fait s'agenouiller, puis se lever. Il penche sur elle, une allure véritable derrière le masque qui s'étiole. Ses sentiments affreux traversent le visage de Piotr Kasatkin et les effets du polynectar se dissipent très lentement. « Je crois... (il plaque sa bouche contre celle de Scylla) que j'étais en-deçà du bien que ça me procure. » Une grimace barre ses lèvres : elle entérine que lui administrer une mort rapide serait clément, et donc parfaitement exclu. Avec une emprise inflexible, il la traine jusqu'au lit. Ce que l'esprit ressasse est secondaire, car une mécanique froide préside. Cette chambre lui est étrangère et, néanmoins, elle lui paraît soudain très familière. Deukalíôn assiste à sa propre exhibition comme il a grimpé jadis à la bouche de ses souvenirs, et il s'abreuve de toutes les douleurs qu'inconscient, insouciant, efficace, il prodigue au comble de son art. Six années disparaissent. Elles sont aussitôt converties en paiements que Scylla doit immédiatement verser. « Ma mort ne t'appartenait pas ! » La gifle est d'une sécheresse à entailler les chairs. Et qu'importe l'efficience du traitement, lorsqu'il la renverse. Les corps étendus et enchevêtrés, Deukalíôn débarrasse son éducation et ses jolies manières. Il cherche, brutal, dans les plis que fait la robe. « Tu n'avais pas le droit. » Une paume brusque la mâchoire, et l'autre les cuisses. « Tu m'appartenais, il halète contre elle. Tu m'appartiens. » Et d'accomplir rudement le serment qu'il prête. En chorale, d'autres assauts serinent ses vœux, de mariage et d'horreur. Libre de cracher sa hargne et de répandre sa vengeance, le timbre se meurt aux portes du tympan, coupé par un souffle haché et les sursauts abominables de son crime. « Est-ce que tu vas me supplier, Scylla ? » Il rit comme l'on expire. « Ton fiancé a supplié, lui. »
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MessageSujet: Re: drown yourself in violence | SCYLLION   Mar 26 Juil - 16:08

Scylla x Deukalíôn
With such a hell in your heart and your head, how can you live? How can you love?


Le corps se brise sur le sol à la suite de ses mots. Le dos qui claque violemment le plancher sous le poids de sa chute qui se transforme en plaintes lamentables. Vocifération retenue par le grincement des dents qui déchirent les parois intérieures de ses joues. Sa gueule retenue de beugler par la douleur si intense que la fureur du visage au-dessus-d'elle ne peut contenir. Elle ne bouge pas, paralysée par la torture de ses courbes. Il est différent. Différent de celui qui lui infligeait ce martyr avant sa disparition. Une crainte qui sommeille en elle et se réveille face aux lueurs d'acharnement et de mépris qu'il ne cache pas dans son regard. Viscérale qu'est la haine qu'il déverse à flots de coups sur le corps de son épouse. Et elle croule sous ses émotions si rustres et primitives qui la heurtent de plein fouet. Elle s'effondre, la coupable, sous le poids de sa vengeance. Détruite à chaque instant qui écoule de leur réunion misérable. Scylla avait rêvé de ce moment, trop de fois, obsédée par l'idée de se retrouver à ses côtés. Elle seule. Leurs cadavres réunis dans la fosse qu'ils avaient creusée chaque jour à travers leur amour. Et il venait de l'abandonner à cette idée, avait fuit de ce trou à rats pour l'y pousser seule dedans. Il n'hésite pas à l'abattre pour punir sa trahison déplorable. A enterrer la femme vivante, étouffée par sa propre infidélité. C'est le fracas de son crâne qu'elle croît déjà entendre quand ses cheveux sont tirés par la poigne cruelle. Son visage qu'elle voit déjà en mille morceaux, frappé contre le bois, les os éclatés aux pieds du meurtrier. Mais il est inhumain, Deukalíôn. Il est mortel, son époux. Crûment, c’est le châtiment bien plus horrible qu’il compte lui imposer. Une punition qu’elle ne réalise pas encore alors que sa robe s’emmêle au corps traîné au sol comme un vulgaire cadavre déjà meurtri de toute part. La réalisation de l’atrocité venue qui ne la frappe que dès l’enlacement de ses formes avec le lit. « Je crois… que j'étais en-deçà du bien que ça me procure. » Elle geint, se plaint et se débat du poids de son mari qui semble enfoncer ses courbes toujours plus dans la couche. Leurs hanches se heurtent dans leur étreinte forcée. La main cogne le faciès comme un fouet brûlant, la peau incisée par l’impact violent. « Ma mort ne t'appartenait pas ! » Foutaises. Elle était la seule portant le droit de façonner la fin de vie de l’homme dans ses mains. La seule qu’il a nourrie de rancoeur pour qu’elle puisse l’anéantir. Il était trop stupide, trop naïf, de croire qu’elle n’en était pas capable. Il a enfin saisi qu’il a fait un monstre d’elle et qu’elle le lui a rendu.

Enfin le dresseur se doit de reprendre son rôle de dominant. D'infliger les cent douleurs à sa femme trop insolente. Ses mains à la recherche de la preuve de son excitation, sculptée par les gouttes douces et âcres de sa cyprine, dans les pans de ses habits. Son derme se hérisse quand elle sent les griffes de l'époux glisser sur ses cuisses, entre ses jambes. Quand elle l'observe se défaire de ses barrières entre leurs deux silhouettes. Il la dévore. Il l'engloutit dans ses coups de reins, saccade la femme qu'il consume. Deukalíôn anéantit les tentatives de lutte, brûle les essais de résister. Elle se sent victime de leur coït, réduite à néant par les premiers chocs. Captive de leurs respirations cupides et assoiffées. Esclave de ses désirs et son appétit sadique. « J'avais tous les droits. Tu me les a donnés. » elle rétorque, les paroles coincées entre les bouffées d'oxygène si futiles face aux gémissements qu'elle se force à silencer. « Te supplier comme toutes ces catins qui t'ont supplié? » Elle ne s'abaissera pas à leur insignifiance. «Être comme elles? » Putes vénales dont elle sectionnera les veines une à une. Ses souffles retenus par le combat de leur érotisme imposé. « On sait tous les deux que ce n'est pas ça que tu veux de moi. » elle exhale  alors que les images sanglantes du corps de son défunt fiancé se trouvent mêlées au visage transformé de son prédateur. Spectre chassé par les perles de rosée entre ses jambes. L'ivresse des stimulations agitées tant il l'enivre par sa brutalité et ses entrechoquements saturés d'un appétit meurtrier. Ce ne sont pas leurs gestes qui l'excitent, la rendent indolore aux empreintes carmins qu'il a oeuvrées de ses ongles et ses canines sur sa gorge, ses épaules et ses jambes. Elle se retrouve perdue, savoure le reflet d'un sadisme monstrueux dans les yeux de celui qui l'accompagne à sa perdition. C'est ce qu'il a été le seul à assouvir en elle, Scylla, celle qui jouit des perversions bestiales et dépravées quand il la tient par l'entre-jambe. Elle grogne, ronronne, relâche le fauve qu'elle réprime. Elle gémit, se lamente de son nom, Deukalíôn, au creux de son oreille. Emplit ses sens de son corps, ses courbes qu'il a perdues il y a six ans. Elle le respire, le bouffe et se laisse déguster par les lèvres sans pitié de son amant. 

Leurs crocs écorchant leur lippe, les goûts enchevêtré, conquis par un manque bien trop dangereux. La femme glisse sa main au bas de sa nuque, sent la chaleur de son démon sous sa paume. Elle déchire, lacère la peau de ses ongles plantés dans le sang. Injures, folie agressive qu'il lui jette. Et ses pupilles viennent trouver les siennes, comme s'ils ne s'étaient jamais quittés. « C'est pour ça que tu es revenu. » elle établit, crie ce que les voeux tentent de cacher. « Tu m'appartiens. »La grimace hystérique, la provocation de ce qu'ils ont oublié depuis la promesse rompue. L’aveu qu’elle est sienne, et qu’il fait ce qu’il veut d’elle.

(c) YAIZ
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MessageSujet: Re: drown yourself in violence | SCYLLION   Mar 26 Juil - 19:36

Ce post contient des propos non-explicites mais pour un public averti.

Les draps se froissent dans la débâcle. Les âmes aussi. Les corps se rompent, jetés l'un contre l'autre avec la percussion et l'habitude des vagues qui se fracassent sur la falaise. Aussi longtemps qu'elle est inflexible, il se montre capricieux. Aussi longtemps qu'elle est intacte, il est impitoyable. L'épouvantable tortionnaire ne se satisfait pas des sensations trop ordinaires qu'il puise profond, féroce et contre le gré. Mal accueilli, Deukalíôn force et pousse encore. Logé par la violence, il tient, bride raccourcie, Scylla sous lui et lui en elle. Il n'y absolument aucun espoir : pas plus qu'il ne veut s'arrêter, il ne peut s'émousser. Six ans ont façonné les coups qu'il porte au monstre, et il est plein de cette rage victorieuse, de cette vengeance avide, de ce désir insupportable. Il déborde. Il se noie. Les ruades qu'elle déploie ne sont que pour exacerber sa haine et son besoin viscéral de l'abattre. Il s'empare des mains, cerclent les poignets et il brûle tant et tant la chair entre ses doigts que c'est ailleurs que le feu prend. C'est tellement bas et tellement vil qu'il se suggère à lui-même de cesser. Maintenant qu'il est là, bardé jusqu'à la garde, il est simplement prisonnier. Il l'a toujours été. Il l'est resté. Et c'est là ce que Scylla lui dévoile, en dépits des sévices qu'il fait entrer elle et sortir de lui. « J'avais tous les droits. Tu me les as donnés. » Dès lors et de revanche, il la travaille encore moins prudemment. A chaque plainte qu'il lui tire, c'est un morceau d'angoisse qu'il met hors de sa vue. Elle ne vaut pas mieux qu'une putain. Elle est la pire de toutes, de toutes les créatures et de toutes les femmes. Elle ne vaut pas mieux qu'une putain. « Supplie-moi. » Il la déteste avec une fureur qui, inlassable et insensible, se renouvèle et s'alimente. Coup après coup. Plainte après plainte. Frisson après frisson. « Supplie-moi. » A chaque assaut des reins aux reins, Deukalíôn lui aboie moins fort, moins sec. C'est vain et c'est terrible, tragique : toute la détestation qu'il met est aussitôt doublé d'un amour imparfait, passionnel, dévorant. A la souffrance qu'il lui inflige, loin dans le ventre, il y a le plaisir effroyable qu'il veut lui rétribuer.  

Les ongles de Scylla lui cuisent la peau. Il souffle bruyamment. Et il aimerait n'avoir pas à entendre, le jugement erratique de celui qu'on tient par la queue. L'infâme Scylla gagne sur lui, et bien sûr qu'il lui appartient. Entier. Consumé. Absurdement possédé par le pire sort que l'on puisse se souhaiter. Quel déplaisir il a de se savoir pour toujours enchaîné à celle qui le voulait mort. Tout ce temps, en exil, n'a-t-il pas été dépensé, gaspillé, à la songer, la rêver, et à nourrir son souvenir ? Il lui appartient. Et Deukalíôn enrage d'être cette bête cupide, cet esclave volontaire. Alors, brusquement, il l'enlève. Les paumes autoritaires, il la renverse et, après le ventre, prend les reins. La poigne aplatie sur la nuque, le reste de ce qu'il lui fait n'a rien à envier au prologue.

Le temps s'étire ou s'interrompt. Pour Deukalíôn, c'est le fond sonore du plus grand mal qu'il puisse faire. Il ne s'adoucit pas. Il ne s'attarde pas. Il va à l'apogée de sa barbarie et, lorsqu'il tarit, c'est d'expirer le plaisir le plus brut et le plus primitif de toute la race humaine. Et d'humain, il n'a rien : « Et voilà mon enfant, il grogne, au bout de son souffle, celui que tu me dois. » Ce qu'il répand en elle est très différent de la vie. C'est pire et c'est mieux que la mort.

Les tissus sont ajustés avec une indifférence aigre et manifeste pour l'antre qu'il a pillé autant qu'il a rempli. Curieusement, Deukalíôn se sent creux, son existence vidée d'un sens quelconque, d'un objectif grotesque, ou inutile. Sa colère est partout, mais elle prend désormais des formes plus supportables. Il dirait qu'elles sont agréables, qu'elles évoluent autour de lui sans plus le submerger. Cet état n'est certainement que temporaire, et néanmoins étrange. Un regard pour Scylla, vautrée et bouleversée dans l'alcôve de son lit, lui réveille une haine vivace. Ce n'est donc que l'apaisement momentanément de son corps, assujetti aux besoins prosaïques. Il déborde encore d'homicide. Toujours. Pour toujours. « Tu ne vaux pas mieux qu'une putain. » Lentement, il pivote sur lui. Dans l'éclat d'un miroir dérobé, il aperçoit le reflet de Deukalíôn Hristow. Il lui semble qu'il a cent ans et cent ans de haine quand ses yeux lui déposent l'image de son épouse dans le fond de l'être. « Tu me dégoûtes. » Il est encore plein d'elle, et de leur sueur acrimonieuse mêlée. C'est l'empreinte qu'il sent, où qu'il s'inspecte moralement. Il est si faible, si pathétique, si répugnant. Instinctivement, ses doigts retrouvent sa baguette et l'enlacent. Personne ne le retient. Ça ne prendra guère qu'une pincée de secondes. Combien de temps mettront les maîtres de la demeure pour découvrir son corps ? Sera-t-il froid ? Tiède ? S'est-on seulement aperçu qu'elle manquait à la réception ? Ou ne manque-t-elle jamais qu'à lui et à lui seul ? Les formes contiennent déjà moins bien sa rage. « Je devrais te tuer, il s'épanche, une réticence dans le fond du timbre. Et on appellerait ça la justice. »
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