Soutenez le forum
Votez pour M&M sur les top-sites et faîtes passer le mot!
Bazzart - PRD.
Ecoulement du temps
Nous sommes actuellement en septembre 1952
Sixième version du forum
On vous donne rendez-vous ici pour vous tenir au courant des dernières nouveautés!

 | 
 

 these bitter storms (juphermès)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 


Invité
Invité
avatar
MessageSujet: these bitter storms (juphermès)   Mer 17 Aoû - 1:40

Le visage d'Hermès était une sculpture étrange, comme taillée dans le marbre, immobile et crispée, étrangement expressif, pourtant, par instant, par moment, comme une émotion volée, une expression usurpée. Le visage d'Hermès était mouvant et instable, gravé dans la pierre et impassible, le visage d'Hermès était étrange, un mélange de toujours et de jamais, de secret et d'ouverture. La plupart des gens ne savaient pas le lire ; à leur décharge, Hermès ne laissait pas la possibilité à la plupart des gens, à leur décharge, Hermès masquait, camouflait, dissimulait, dirigeait vers de fausses pistes, vers des mensonges habilement maquillés en vérité. Le visage d'Hermès était, en réalité, à l'image de sa vie. Ce qu'il faisait de ses traits, il le faisait de son corps, de ses gestes, de ses actions, il mentait, trompait, induisait en erreur, soufflait le froid pour avoir le chaud, tissait avec soin des toiles d'araignées de machinations pour arriver à ses fins, exposer ses adversaires sans avoir à dévoiler son jeu. C'était ce qu'il faisait, ce jour-là. Il avait souri à Elkacem quand ce dernier était rentré chez lui, avait parlé d'un dernier dossier à ranger, d'un dernier dossier sur lequel il devait se pencher. Elkacem n'avait rien suspecté ou rien laissé transparaître, Elkacem était parti. Le dossier s'était évaporé. C'était un mécanisme bien huilé : d'abord, la scène du crime, la disparition méthodique des preuves, l'évaporation des traces, ensuite, le dossier, s'il y avait eu un signalement, un témoin, un raté, finalement, son appartement, le visage anguleux d'un de ses seuls amis proches et les masques d'Hermès qui se disloquaient, doucement. C'était un mécanisme bien huilé, c'était certain, une habitude, un refrain, Hermès pouvait reconnaître la trace de Jupiter dans n'importe lequel des meurtres, Hermès savait mélanger les cartes sans jamais s'incriminer. Ça aurait été facile, de garder des preuves, de garder des traces, ça aurait été facile de faire chanter Jupiter et de le mettre à genoux, de profiter de son emprise et de son pouvoir. Ça aurait été simple.

Curieusement ou pas tant que cela, en réalité, ça ne lui avait jamais traversé l'esprit. Peut-être parce qu'il n'avait qu'onze ans lorsqu'il avait rencontré Jupiter la première fois, peut-être parce que Jupiter avait toujours été différent de lui, différent des calculs qu'il faisait, des visages et des trompeurs qu'il fréquentait régulièrement, peut-être était-ce juste parce qu'il faisait trop d'exceptions, peut-être était-ce parce qu'il y avait quelque chose qui le touchait, quelque chose qui le touchait. Peut-être était-ce parce qu'il savait que Jupiter était de ceux qui avait tout perdu et qu'Hermès refusait de le laisser perdre ce qui lui restait. Peut-être. D'un revers de la main, il avait balayé les cendres qui maculaient son bureau. Quelques minutes plus tard, il annonçait qu'il s'en allait. D'autres jours, la routine aurait simple, d'autres jours, il serait allé se perdre dans les bras de Soyan, aurait tout oublié, se serait laissé aller mais Soyan n'était plus là, mais il avait tout perdu, tout laissé s'échapper et il n'y avait plus rien à réparer. Il aurait pu rendre visite à Stitch, c'était certain, mais il aurait été étrange et triste et il ne voulait pas lui imposer ça, pas l'entraîner là-dedans, pas se dévoiler, pas à ce point-là, pas comme ça, pas maintenant. C'était pour cela qu'il rentrait chez lui ce soir-là, pour cela qu'il se sentait morose, pour cela qu'il ne transplanait pas et préférait l'obscurité des rues étroites qui rejoignaient son logis, les mains dans les poches et le regard perdu au loin, les épaules redressés et la mâchoire serrée.

Il n'avait pas eu besoin d'ouvrir la porte pour savoir quelqu'un était là. C'était quelque chose dans la position du paillasson, quelque chose dans l'angle de la porte, quelque chose dans l'odeur de la cage d'escalier. C'était quelque chose d'infiniment familier et d'infiniment étranger tout à la fois et il avait poussé la porte, d'un geste hésitant, avant de s'immobiliser, une seconde, et de se fendre d'un sourire, les yeux rivés sur un dos qu'il commençait à connaître par cœur.

« Jupiter. » avait-il appelé, en égrainant les syllabes comme une mélodie appréciable, parce qu'il était trop précautionneux pour surprendre un tueur à gage, trop prudent pour risquer de le faire sursauter. Peut-être aurait-il pu l'appeler par un diminutif mais Hermès n'avait jamais été très diminutif de toute façon ; il aimait trop son prénom complet pour chercher à le raccourcir. « J'ai fait comme à l'accoutumé. » avait-il ajouté tout en pendant sa veste au porte-manteau de l'entrée. « C'était propre, très propre. »

C'était une remarque inutile, dans le fond, parce que la mort n'était jamais propre, parce que propre n'avait d'autre sens que « facile à couvrir », parce qu'il était hypocrite d'attendre de l'ordre dans le chaos. Il s'était approché d'un léger, avait posé une main sur l'épaule de Jupiter, tactile et affectueux, presque, dans ses gestes, alors qu'il le dépassait pour gagner la cuisine.

« Je te sers un verre ? »
Revenir en haut Aller en bas


Invité
Invité
avatar
MessageSujet: Re: these bitter storms (juphermès)   Mer 17 Aoû - 19:36

Vivre est un réflexe. Peut-être pas pour tout le monde et peut-être pas tout le temps, mais quand on a tout perdu, quand on se retrouve à trente piges sans rien d’autre que ses poumons trop remplis et son cœur trop vide, vivre est un réflexe. Si on avait dit à Jupiter, du temps de Poudlard, que cette phrase représenterait tout son mode de vie une petite dizaine d’années plus tard, il ne l’aurait pas cru. Mais la vérité est bien là, assourdissante de douleur : vivre est un réflexe. Il respire, il mange, il dort par simple instinct de survie, sans attendre davantage, simplement parce qu’il ne peut décemment pas se laisser mourir. Il attend la mort, Jupiter, ce qui est très certainement le comble pour quelqu’un qui la donne si souvent. Il n’y a personne. Plus personne. Les occasions ne manquent pourtant pas, les personnes non plus. Il y a Malka, Stitch. Hermès. Des gens tellement vivants qu’il lui font parfois prendre conscience de sa propre non-existence. Il n’est rien, Jupiter.

La lame s’enfonce dans le ventre de sa victime, une femme, la quarantaine, belle, discrète, muette alors qu’elle se meurt, tombée contre lui malgré elle. Elle s’apprête à dire quelque chose, peut-être des derniers regrets ou simplement une insulte, un gémissement de douleur, mais le poignet de Jupiter tourne et le couteau se meut lentement dans la plaie, comme s’il prenait un plaisir immense à la voir souffrir. Ce n’est évidemment pas le cas. Il ne la regarde pas, Jupiter, il l’ignore scrupuleusement, certain que s’il pose les yeux sur elle, s’il voit ses propres mains tachées d’un sang inconnu, il ne s’en relèvera pas. Lorsqu’elle s’effondre enfin au sol, il se détourne, lance un Recurvite informulé en direction du sol sur lequel le sang a coulé, récupère sa lame qu’il essuie méticuleusement sur sa manche. L’appartement semble terriblement silencieux, presque conscient du malheur qui vient de frapper sa propriétaire, de l’oiseau sombre qui s’est abattu sur elle. Jupiter fait quelques pas, peu, suffisamment pour observer la décoration qui l’entoure, voir quelques portraits posés sur un guéridon. Il en saisit un au hasard, reconnait le visage de la femme, remarque un enfant à ses côtés. Il sent son cœur se louper, une fois, deux fois parce que la photo s’anime sous ses yeux, parce que les visages lui sourient sans sembler se préoccuper de la dure, la triste réalité. Ses yeux s’humidifient soudain mais il ne veut pas pleurer, pas pour quelqu’un qu’il ne connait pas, pas alors qu’il a versé trop larmes pour d’autres personnes bien plus importantes, bien meilleures qu’elle. Mais elle avait un enfant, et ça, il ne peut pas l’occulter, il ne peut pas faire comme s’il n’avait rien vu et reprendre tranquillement son chemin. Il ne le peut pas, et c’est pour ça qu’une larme coule sur sa joue, signe de faiblesse qu’il écrase du revers de la main.

Vivre est un réflexe. C’est aussi par réflexe qu’il prend le chemin de l’appartement d’Hermès, sans trop savoir pourquoicommentdansquelbut, simplement sûr d’une chose : il veut le voir. Il veut le voir parce qu’il n’a que lui, parce que Stitch est marteau et que Malka lui dira simplement « arrête de tuer des gens, ça ira mieux », parce qu’Hermès ne le jugera pas, jamais, parce que c’est plus simple de n’entendre aucun reproche que d’entendre la vérité crue, terrible, c’est plus simple de ne jamais être qualifié d’assassin. Hermès ne pose pas de question. Il nettoie, il assiste, il reste coi et c’est déjà suffisant. Il ne demande rien. Ni la raison du meurtre, ni le commanditaire exact, ni l’opinion de Jupiter. Il le considère simplement comme ce qu’il est : une machine à tuer. C’est mieux ainsi, de toute façon. C’est mieux de ne pas être assimilé à un être humain alors qu’il n’en a que l’apparence, c’est mieux, beaucoup mieux de ne pas être confondu avec un véritable homme, un homme qui se battrait et défendrait les miséreux au lieu de tuer les coupables, c’est mieux de ne pas être pris pour un héros alors qu’il est loin d’en être un. Hermès sait, il n’est pas dupe. Hermès répare mais n’oublie pas, et sûrement, au fond de lui, Hermès en a marre de Jupiter, marre de repasser après lui, marre de nettoyer sur son chemin pour effacer la moindre trace, marre, marre, marre, et Jupiter n’y pense qu’une fois qu’il se trouve à sa porte, le double des clefs enfoncé dans la serrure, bientôt à l’intérieur de l’appartement dont il a fait cent fois le tour, toujours sans prévenir, jamais lorsqu’Hermès s’y trouve. L’endroit est effectivement désert, l’odeur de musc de l’Auror flottant dans l’air, reconnaissable, indescriptible. Jupiter accroche son manteau dans l’entrée, fait quelques pas vers le salon. Il pourrait décrire cette pièce les yeux fermés tant il y a passé de minutes, d’heures à attendre Hermès, carnet à la main, tâches d’encre et de sang sur les doigts, tant il a passé de secondes à espérer qu’il n’arriverait jamais parce qu’il ne sait pas quoi lui dire, Jupiter. C’est Hermès qui a les bons mots, Hermès qui trouve les tournures de phrases adéquates, lui encore qui sait quoi dire dans de telles circonstances. Jupiter n’a jamais brillé par son éloquence.
Il se laisse tomber dans le fauteuil, lentement, avant de sortir son calepin et de l’ouvrir sur ses genoux. Le rituel est toujours le même : nom, prénom, âge et profession, mode opératoire de l’assassinat et observations. Et puis, enfin, divers, un divers qui veut tout et rien dire, l’odeur de l’appartement, la tête des gens en photo, le dernier plat mangé si l’assiette est presque intacte sur la table. Des choses dont un tueur ordinaire se moquerait, mais pas lui. Il ne veut pas oublier qu’il ôte des vies humaines ; même les monstres ont droit au respect.

C’est une petite heure plus tard qu’il entend des bruits de pas et la porte qui s’ouvre dans son dos, le craquement du parquet reconnaissable entre mille et finalement, sa voix qui l’interpelle. « Jupiter » il appelle, détaillant les lettres comme si son prénom était la plus belle chose au monde. Jupiter dit Hermès, alors qu’il l’avait intimé, quinze ans plus tôt, de l’appeler Peter comme tout le monde, mais non, il fallait qu’il se démarque, Jupiter il susurre presque alors qu’il pend son manteau, froissement reconnaissable entre mille. « J'ai fait comme à l'accoutumé. C'était propre, très propre. » Personne ne peut comprendre cette conversation, à part eux. Absolument personne. Mais Jupiter sait de quoi il parle. Il sait que, comme toujours, l’Auror est passé derrière lui, que comme toujours, il a couvert son infâme crime alors qu’il ne devrait pas, alors que ce n’est pas bien. « C’est toujours propre » marmonne Jupiter dans un souffle, c’est toujours propre, oui, parce qu’il y veille, parce qu’il n’a pas envie de laisser un endroit en chantier, particulièrement lorsqu’il est le dernier à l’avoir visité. Son regard reste figé sur le calepin, décidé à ne pas lorgner en direction d’Hermès, décidé à lui montrer qu’il reste de marbre face à ses crimes. Mais lorsqu’il sent sa main sur son épaule, il retient son souffle. Il n’est plus familier des contacts, Jupiter. Plus depuis des années. Il ne compte pas Stitch et Malka, les rares moments où les peaux se frôlent et où la gêne, sa gêne se fait sentir. C’est plus facile de ne toucher personne. C’est plus facile d’être seul. « Je te sers un verre ? » lui lance Hermès alors qu’il gagne la cuisine. « Un whisky, s’il te plait. » La requête est sobre et ne montre pas sa soif de boire, vraiment boire, boire à en oublier tout, boire à ne plus pouvoir faire autre chose que dormir. Il aurait besoin de sommeil, Jupiter. Les cernes se creusent sous ses joues, sombres, presque inquiétants, un petit millimètre de plus chaque mois depuis six ans. Ça n’a pas d’importance. Tout ce qui compte, c’est de finir ce qu’il a entreprit en attendant son ami, à savoir un dessin plutôt réaliste de sa défunte cible. La plume glisse, gratte, se colle au papier et se relève alors que les traits dansent sur la feuille, s’entrelacent, tous plus fins et plus précis les uns que les autres. « Je te donne du travail supplémentaire. Tu dois en avoir marre. » Les mots ne semblent pas honnêtes mais le sont tout de même. Ils sont simplement prononcés avec un tel flegme qu’ils paraissent récités. Rien de bien surprenant quand on connait Jupiter. Il vaudrait mieux se demander quand remonte la dernière fois qu’il a prononcé une phrase avec une intonation particulière. Le travail reprend, les lignes se nouent et dénouent sous ses doigts. « Comment vas-tu, Hermès ? » La question est simple et n’a pour but que de faire la conversation. Jupiter ne lève même pas les yeux, obsédé par son ouvrage, aliéné par les traits de la femme qui prennent vie sous ses yeux, bien loin de la situation réelle. C’est comme ce gamin sur la photo. Nouveau loupé au cœur. D’un geste, il ferme le calepin et cale son dos contre le dossier du fauteuil, un soupire s’échappant de ses lèvres en même temps que ses muscles se détendent. Il est incapable de rester à l’affût une seconde de plus, incapable de continuer de faire semblant alors que son corps hurle de fatigue. Ses yeux se ferment et il se laisse bercer par le bruit environnant des verres qui claquent sur la table de la cuisine et du liquide qui coule, simplement apaisé par la présence de son ami à ses côtés.


Dernière édition par Jupiter Parthalon le Sam 20 Aoû - 23:33, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas


Invité
Invité
avatar
MessageSujet: Re: these bitter storms (juphermès)   Ven 19 Aoû - 17:22

Il y avait quelque chose de douloureux dans l'atmosphère, quelque chose de muet, de serré, de distant, quelque chose d'habituel, comme l'odeur de l'acier et de la rouille, quelque chose qu'Hermès connaissait par coeur, qui lui donnait envie de tendre les mains vers Jupiter pour serrer ses épaules, qui lui donnait envie de le planquer sous un tas de couverture pour ne plus jamais le laisser sortir. C'était absurde, stupide, parce que Jupiter était plus vieux que lui, parce que Jupiter savait ce qu'il faisait, parce que Jupiter n'avait pas besoin d'Hermès pour le protéger des goules qui le hantaient. Ça n'empêchait pas Hermès d'y penser, parfois, parce que ses épaules étaient un peu trop basses, parce qu'il pouvait voir de là où il se trouvait la tension qui tendait sa nuque. Ça n'empêchait pas Hermès d'y penser, parfois, parce qu'il ne savait que trop bien que l'âge n'était qu'une façon d'asseoir son pouvoir, que ce n'était pas une garanti, que ce n'était qu'une bagatelle, une jolie excuse qui donnait à certains des illusions de pouvoir lorsqu'ils n'étaient en fait qu'incompétents ; ce n'était pas le cas de Jupiter, Jupiter n'était pas incompétent, pas plus faible que lui, pas plus vulnérable, il avait simplement l'air usé, diaphane, d'une façon qui nouait des nœuds dans le ventre d'Hermès lorsqu'il arrêtait cinq secondes d'être l'héritier parfait, lorsqu'il se rappelait, douloureusement, que c'était quelqu'un qu'il aimait qu'il voyait, quelqu'un qu'il chérissait, quelqu'un qu'il admirait, quelqu'un d'égal. Il arrêtait souvent, lorsqu'il était question de Jupiter, un peu trop souvent peut-être, mais suffisamment souvent pour savoir qu'il ne regretterait jamais le travail en plus ou le danger, les mensonges racontés droit dans les yeux à Elkacem ou à sa secrétaire, parce que les choses ne pouvaient pas être différentes, parce qu'il n'y avait pas de miracle, pas de bons ou de mauvais. Ils faisaient tous ce qu'ils avaient à faire pour sauver la peau des êtres auxquels ils tenaient.

Il avait sorti la bouteille avant même que Jupiter ne demande. C'était l'habitude, l'atmosphère, quelque chose de tendu dans l'air qui l'avait poussé à saisir la bouteille, parce qu'il sentait qu'ils avaient besoin d'un verre, parce que c'était le mieux à faire, parce que s'il était avide de se noyer il détestait avoir à le faire seul. D'un geste de la baguette, il avait lancé un sort refroidissant aux verres, avait versé le whisky, s'était retourné, pour observer son invité, un sourire amusé et incertain comme un fantôme au coin des lèvres, parce qu'il avait les yeux fermés, parce qu'il avait l'air fatigué, parce qu'il n'était plus certain qu'un verre soit une aussi bonne idée. À pas feutrés, il s'était approché, avait déposé les verres sur la table basse avant de s'asseoir à même le sol, sur le tapis, parce que le canapé était trop loin, parce que le sol lui donnait une meilleure vue sur le visage de Jupiter. Il avait vu le carnet, aussi, et il aurait dû se sentir brûlant de curiosité, parce qu'un carnet était une mine d'information, parce qu'il avait été élevé comme ça, toujours prêt à saisir, piller, voler, toujours paré à faire de chaque occasion un avantage, de chaque minute un asservissement. Peut-être n'était-il pas très bon pour cela, finalement, pas très bon héritier et encore moins bon Travers, peut-être se laissait-il trop porter par ses sentiments mais il n'avait jamais été intéressé par le carnet de Jupiter, n'avait jamais tenté de le lire, de poser même ses yeux dessus plus longuement qu'il ne le devait. Ça ne l'intéressait pas. Ça ne l'intéressait pas de dépouiller Jupiter quand il avait déjà l'air d'avoir tout perdu. Ça ne l'intéressait pas de blesser ses amis, de fouiller chez les gens qu'il aimait.

« Tu te soucies de choses absurdes, Jupiter. » avait-il répondu, la voix douce et posée, l'affection palpable. « Tu ne me donnes pas de travail supplémentaire. Et quand bien même ce serait le cas, je le ferais sans sourciller. Tu es un ami. Je ferais le triple si ça devait empêcher qui que ce soit de t'attraper. » Et c'était vrai, vrai comme une définition dans le dictionnaire, vrai comme les mathématique, vrai comme l'astronomie, vrai comme tout ce que lui disait Hermès. Et le ton était plat, parce que ce n'était qu'un fait, sans passion et sans colère et sans émotion derrière, que c'était juste ce que c'était, parce qu'Hermès traverserait la Manche à la nage si ça devait le sauver, parce qu'Hermès était toute griffe dehors dès que ça le concernait, même si c'était inutile, même si Jupiter pouvait gérer, parce qu'il ne laissait pas filer les rares personnes auxquelles il s'attachait. « Je vais bien. » Il avait étiré ses jambes, au sol, le menton posé dans le creux de sa main et les yeux posés sur son invité. « J'ai pourchassé des dealers de poudre de pixie ce matin. Ils étaient stupides, c'était très ennuyeux. » Et c'était de la conversation pour combler le silence, de la conversation pour bercer, faire bruit de fond alors qu'il vidait son verre doucement, les yeux mi-clos et la détente au bout des cils alors que le liquide brûlant dénouait sa gorge et son ventre. « Je me suis pris un coup mais tu devrais voir l'état du type en face. »

Hermès ne payait pas de mine, n'était pas un bagarreur, mais il était rapide, instinctif et endurant, et le type n'avait rien compris à partir du moment où il avait trouvé son rythme, avait explosé sa garde, l'avait envoyé au sol. C'était une histoire drôle, mais pas une histoire pour tout de suite, parce qu'il n'avait pas envie de lui parler de la douleur de son genou qui le lançait ou de la douleur qui irradiait dans son cœur parce qu'il avait été stupide, beaucoup trop stupide, et qu'il s'était attaché. Il aurait pu lui demander comment lui allait mais la question lui semblait absurde et presque mesquine, presque méchante, en fait, quand il voyait à quel point ses traits étaient tirés, à quel point il semblait épuisé, au bout du rouleau, comme un photo aux couleurs passées, un livre dont la reliure ne tiendrait plus à rien.

« Qu'est-ce que tu veux manger, ce soir ? » avait-il fini par demander, plutôt, parce qu'il le gardait ici, que ça lui semblait évident, essentiel, qu'il ne laissait pas repartir seul. « Je pensais cuisiner des lasagnes. »

Il cuisinait rarement, c'était un fait, mais il avait appris, lorsqu'il avait déménagé loin du manoir, parce qu'il refusait de vivre dans un appartement avec un elfe de maison, parce que rien que l'idée de prendre un lié lui faisait rouler des yeux. Il avait appris, et c'était mangeable, c'était tout ce qui importait, et les lasagnes lui semblait être un plat consensuel, un plat de maison, un plat qu'il aimait préparé, qui ne lui prenait pas énormément de temps et qu'il espérait voir Jupiter avaler. Plus léger, il avait ajouté :

« À moins que tu ne craignes que je ne cherche à t'empoisonner. »
Revenir en haut Aller en bas


Invité
Invité
avatar
MessageSujet: Re: these bitter storms (juphermès)   Sam 20 Aoû - 17:48

Il n’a pas l’habitude, Jupiter, des gentilles attention, de la bienveillance toute étrange dont Hermès faisait preuve à son égard, il n’avait pas l’habitude qu’on ait envie de le protéger, qu’on fasse attention à lui comme s’il était vraiment précieux. C’était une constante depuis des années, depuis la disparition du groupe, depuis l’évaporation de son amour, c’était une coutume pour lui de croire qu’il ne valait pas vraiment la peine, qu’il n’était qu’un déchet, quelque chose qu’on balaye d’un geste de la main, un indésirable qu’il faudrait éliminer. Ça avait changé avec Hermès, son omniprésence depuis la disparition de ses autres amis, son aide constante sans rien demander en retour. Il fait ça par envie, Hermès, par instinct, et Jupiter le sent, ne le comprend pas mais l’accepte, parfois plus difficilement. Il accepte la béquille, il accepte la sollicitude, mais dans des cas comme aujourd’hui, le meurtre d’une mère de famille, il n’est pas d’accord, il refuse, il s’obstine presque. Les mots de son ami le toucheraient, dans d’autres circonstances. Savoir qu’il tient à lui, savoir qu’évidemment il couvre ses crimes, parce qu’il ne supporterait pas qu’il se fasse épingler, il ne supporterait pas de le perdre, ça le toucherait, évidemment, mais pas là. Là, Jupiter a fait quelque chose qu’il n’aurait pas dû, au nom d’une seule personne, Voldemort, sous des ordres qui, au final, ne veulent rien dire. C’est donc laconiquement qu’il lâche « merci », merci dans un souffle, merci d’être là même s’il ne le mérite vraiment pas. Il n’aime pas les effusions de sentiments, Jupiter, il n’aime pas serrer dans ses bras, ni les embrasser, ni sourire pour montrer qu’il les aime, il est dans la mesure et dans la réserve mais ça ne l’empêche pas de penser tout cela, de le ressentir au plus profond de lui. Il ne sait plus comment faire, en réalité, il en sait plus comment aimer et ne pas en ressortir bousillé, comment garder des amis sans craindre de les perdre, il ne sait pas si c’est sage d’avoir Hermès dans sa vie, près de lui, si c’est sage d’avoir ce vieil ami de quinze ans et d’essayer de rester distant, froid, l’exact contraire de ce qu’il était avant. Il se demande, parfois, si Hermès regrette son mentor, l’adolescent insolent et doux, le garçon placide et tendre, toujours sincère, il se demande si ça se voit tant que ça qu’il n’est plus le même, si c’est aussi flagrant, ce qu’il ressent au plus profond de sa poitrine, cette pression au niveau du cœur qui l’a transformé à jamais. Il devrait faire un effort, Jupiter, et c’est ce qu’il se répète en permanence, juste un tout petit effort pour ne pas paraître aussi déglingué, il pourrait juste se concentrer un minimum pour sembler gai et insouciant et espiègle comme il pouvait l’être avant tout ça. Ce ne serait pas si difficile, même carrément jouable, ça serait un rôle de composition qu’il parviendrait à revêtir sans aucun problème, mais il n’a pas envie de mentir, et surtout pas à Hermès.

Il rouvre les yeux lorsque l’auror reprend la parole, raconte sa journée. Il rouvre les yeux et l’observe, lui, juste en contrebas, lui et sa mâchoire anguleuse, ses traits tirés, se dit qu’il a l’air fatigué aussi même si, certes, moins que lui. Il est beau, Hermès, beau parce qu’il a ces grands yeux bleus et ces cils plus longs qu’ils ne devraient l’être, beau parce qu’il a ces tâches de rousseur qui lui donnent un air enfantin, beau parce qu’il a la voix douce et les gestes tendres, parce que c’est quelqu’un de mesuré et que Jupiter aime ça, la mesure, la pondération, Jupiter aime la douceur et la mansuétude, même s’il n’en fait preuve qu’avec lui (à sa connaissance). Hermès est beau et sa fatigue ne gâche en rien la finesse de ses traits, elle ne fait que l’accentuer. « Je me suis pris un coup mais tu devrais voir l'état du type en face. » Il fronce les sourcils, Jupiter, presque inquiet, presque soucieux de connaître l’étendue des dégâts. Il ne dit rien, pourtant, ne s’enquiert pas de sa santé, pas parce qu’il s’en moque mais tout simplement parce qu’il ne sait pas comment faire, quels mots dire pour ne pas sembler trop inquisiteur, pour ne pas dépasser les limites et pour rester à sa place d’ami. Il n’a aucun droit sur Hermès et certainement pas celui de lui dire de faire attention, celui de lui demander de se protéger parce qu’il a peur qu’il ne lui arrive malheur. Il a toujours su que c’était le risque quand on s’attache à un Auror, celui de s’ulcérer quand il fait quelque chose de dangereux, celui de craindre pour sa vie, mais il ne l’a jamais montré. Il est comme ça, Jupiter, et Hermès doit être habitué à force, parce qu’il fait toujours preuve d’une apparente indifférence mais que parfois, le masque se brise, parfois, les mots sortent en cascade de sa bouche, impossibles à arrêter parce qu’ils ont été retenus bien trop longtemps. Cette fois n’en est pas une, pas encore, cette fois il continue de se taire alors que son ami lui propose de rester manger, plaisante d’un air désinvolte. Les mots rentrent par une oreille, ressortent par l’autre. « Je n’ai pas faim, Hermès », dit-il simplement, et il n’a jamais faim en réalité, pas depuis des années. Se nourrir est devenu une simple nécessité, comme tout le reste, comme se laver, comme dormir, comme travailler (si on peut appeler assassiner un travail), se nourrir n’est plus un plaisir, plus vraiment, parce que ça lui rappelle toujours quelque chose, des repas avec Esther et James et Lony et Claire, des éclats de rire et l’odeur des poissons frits dans leur pub préféré, le goût du vin trop doux contre ses papilles et les desserts qu’ils partageaient pour goûter des choses différentes. Il ne veut pas être désagréable mais les mots sont secs, claquent sur sa langue, un je n’ai pas faim impératif alors que son ventre se tord, alors qu’il aurait besoin de manger un bon repas, quelque chose qui tienne au corps, mais tout ce qu’il veut vraiment à cet instant, c’est un peu d’alcool, et il se penche pour attraper le verre posé sur la table. Le liquide glisse, râpe les parois de sa gorge, lui fait plisser les yeux parce qu’il pique un peu l’œsophage, l’estomac, parce qu’il titille sa tristesse, aussi. Ça fait mal, ce whisky dans un ventre ravagé par la faim, ça fait mal mais ça calme aussi son appétit. « Où as-tu mal ? J’ai quelques notions de médecine, je pourrais y jeter un œil. » C’est prétentieux de dire ça, non ? Prétentieux mais plutôt vrai. Il a été trop souvent blessé pour ne pas savoir quelles sont les plantes qui soulagent, quels sont les gestes qui calment. D’un geste, il se lève, repose le verre sur la table et s’agenouille à côté d’Hermès, sur lequel il pointe rapidement sa baguette. N’importe qui d’autre que lui aurait pu avoir peur, parce qu’il tue des gens pour gagner sa vie et qu’il n’a pas vraiment de scrupules, mais ils se connaissent trop pour s’effrayer, trop pour ne pas se faire confiance. L’assassin ferme les yeux, promène sa baguette près du corps d’Hermès, ignorant les nœuds dans le creux de ses veines et son cœur qui bat bien trop vite, bien trop mal, jusqu’à rouvrir les paupières lorsqu’il sent quelque chose d’inhabituel, près du genou. « C’est là ? » Question stupide pour laquelle il a déjà une réponse, et sa main libre effleure la rotule à travers le tissu du pantalon, le sent se tendre alors qu’il passe sur un endroit sensible. « Tu devrais aller à l’hôpital, Hermès. » Et le voilà, l’air concerné, le vrai, l’air sincèrement inquiet alors qu’il s’assied à côté de lui, attrape de nouveau son verre maintenant presque vide.


Dernière édition par Jupiter Parthalon le Sam 5 Nov - 23:23, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas


Invité
Invité
avatar
MessageSujet: Re: these bitter storms (juphermès)   Dim 21 Aoû - 2:48

Je n'ai pas faim, Hermès, avait dit Jupiter et le regard d'Hermès s'était posé sur lui, plus intense, plus inquisiteur, comme incapable de trancher ce qu'il devait dire, ce qu'il devait faire, comment il devait réagir. Ce n'était pas rare, évidemment, que Jupiter dise non, parce que ça avait toujours été une règle tacite, quelque chose d'évident, parce qu'il n'avait pas raison de se forcer, pas de raison d'accepter ce qui le rebutait, parce qu'Hermès n'était pas du genre à insister, parce qu'Hermès était du genre à trouver des moyens détournés plutôt qu'à forcer la main, parce que lui avait faim et qu'il allait les faire ces lasagnes, que Jupiter ferait ce qu'il voudrait de sa part. Je n'ai pas faim, Hermès, avait dit Jupiter, et le problème n'avait pas été le souffle glacial du ton ou le refus, je n'ai pas faim, Hermès, avait dit Jupiter, et l'inquiétude était revenue au galop, parce que le visage de Jupiter était fermé, parce que ses traits étaient tirés, parce qu'il y avait quelque chose de terrible dans ce je n'ai pas faim, quelque chose d'absolu, quelque chose qui attendait passivement la mort sans la provoquer frontalement, quelque chose qui lui faisait peur. Il avait tendu la main, comme pour l'atteindre, s'était repris, dompté, cramponné au verre sans le lâcher des yeux, alors qu'il hochait de la tête pour lui dire qu'il comprenait et que ce n'était rien, alors qu'il hochait de la tête tout en sachant très bien qu'il le laisserait se noyer dans le fond de whisky s'il le fallait mais qu'il ne le laisserait pas partir cette nuit. Hermès n'avait pas souvent peur. Il connaissait la peur évidemment, admettait son existence pour mieux la combattre mais n'avait pas souvent peur. Il avait peur pour sa mère, parfois, quand elle fixait vers la fenêtre d'un air absent, il avait peur pour Soyan, souvent, parce qu'il avait l'air trop frêle, peur pour Edna, même s'il refusait de l'admettre, parce qu'elle était puissante et terrifiante mais qu'elle lui semblait parfois trop frêle. Il avait peur, bien sûr, jamais pour lui, parce qu'il n'avait jamais réellement intégré qu'il était plus qu'un élément dispensable d'un engrenage qui se jouait avec ou sans lui, parce qu'il n'avait jamais intégré qu'il pouvait avoir un intérêt en tant qu'être singulier, parce que des années soigneuses d'éducation lui avaient enseigné qu'il n'avait d'intérêt qu'à l'intérieur du groupe, que son seul intérêt était la réussite du groupe. Il n'avait jamais peur pour lui, non, jamais peur des coups ou des mauvaises chutes, jamais peur des horreurs ou des cauchemars, parfois peur de sa solitude, c'était vrai, ou des amis qu'il choisissait, aussi, mais pas réellement pour son corps, pour ce vaisseau de veines et de tissus qui lui semblait parfois trop imposant. Il avait peur pour Jupiter, souvent, et ça lui revenait en tête comme une mélodie familière, une pointe d'inquiétude le matin, se questionner sur s'il s'était levé, une goutte l'après-midi, se demander s'il ne s'était pas fait coincer, trois verres le soir, s'interroger sur s'il avait dormi, sur s'il avait disparu, sur s'il avait cédé à la langueur qui semblait le dévorer certains jours quand ses paupières semblaient plus lourdes et ses cernes plus noires. Il avait peur pour Jupiter, souvent.

Il n'avait jamais peur de Jupiter, cela étant.

C'était pour cela qu'il n'avait pas frémi lorsque la baguette s'était pointée vers lui, pour cela qu'il avait souri, qu'il s'était prêté à l'examen soigneux, parce que c'était une façon qu'avait Jupiter de lui souffler qu'il comptait, parce que c'était étrangement touchant de voir quelqu'un se soucier de sa santé, sans arrière-pensée, sans rien attendre, étrangement remuant de voir la large carrure de Jupiter se pencher sur lui avec une délicatesse qu'il ne réalisait sans doute même pas, s'installer au sol, à son niveau, à portée d'yeux et de mains, à distance raisonnable comme s'il n'y avait plus de murs, dressés entre eux, plus rien d'important, plus rien à camoufler. C'était faux, bien sûr, parce qu'ils étaient abîmés, tous les deux, ébréchés plus que de raisons, parce qu'il fallait continuer à masquer pour ne pas pleurer, parce qu'ils ne supporteraient sans doute pas de voir l'autre vulnérable et malheureux, au bord du précipice.

« C'est là. » avait-il confirmé, d'une voix paisible, la joue appuyée contre le canapé et le corps tourné vers son ami alors qu'il tentait de refréner l'instinct de son corps lorsque les doigts de Jupiter s'étaient arrêtés sur une zone particulièrement douloureuse, l'espèce de tension, la sensation de brûlure, l'envie d'hurler et de s'échapper, et puis la seconde, pire encore et honteuse, la deuxième, celle qui revenait brutalement, parce qu'il ne s'attendait pas à la main de Jupiter sur lui, parce qu'il ne s'attendait pas à ce que cela arrive, le frisson et le besoin de s'appuyer contre lui, de chercher un peu plus de contact, de réclamer plus, de réclamer mieux, parce qu'il était assoiffé au milieu du désert, affamé, desséché et désespéré et qu'il pensait avoir dépassé cela il y a plus de quinze ans.

« Je ne veux pas aller à l'hôpital. » avait-il soufflé, plutôt que de s'attarder sur les battements de son cœur qui tambourinaient beaucoup trop fort derrière ses tempes et dans sa nuque et dans son torse et dans tout son corps. « La dernière fois, il a fallu que j'y reste des jours, tu sais quand j'ai failli... » Y passer, mourir, y rester, disparaître, me faire oblitérer, trop de termes, de fuites, de mensonges, de choses qu'il ne voulait pas évoquer, et il avait détourné les yeux, pour fixer le mur plutôt que de laisser Jupiter percevoir le gouffre qu'il avait à l'intérieur, la douleur qu'il avait de s'être retrouvé seul, parce qu'il ne pouvait pas avoir Agrippine, parce que son père n'en avait rien à faire, parce qu'il n'avait pu se résoudre à contacter personne d'autres, parce qu'il était pitoyable et inutile, sur son lit d'hôpital, misérable et futile.

« Tu t'en sors bien, non, en magie médicale ? » C'était rhétorique, Jupiter venait de le mentionner et Jupiter ne mentait pas, et Hermès remettrait sa vie entre ses mains sans même se questionner, sans même s'interroger, parce que la confiance qu'il lui portait était bien trop violente pour être endiguer. « Tu penses pouvoir faire quelque chose pour moi ? »

Et il espérait que ce soit le cas, parce qu'il faudrait l'assommer pour l'emmener à Sainte-Mangouste, qu'il était hors de question qu'il y remette les pieds, qu'il doive y rester encore une fois, hors de question qu'il laisse une nouvelle fois la faiblesse que lui imposait sa solitude forcée l'envahir.

« Je ferais des lasagnes, après. » avait-il prévenu, pensivement, avant de sourire, taquin, presque, et de rajouter : « Pour moi. J'ai faim. »

Il ne voulait surtout pas le brusquer.
Revenir en haut Aller en bas


Invité
Invité
avatar
MessageSujet: Re: these bitter storms (juphermès)   Dim 21 Aoû - 15:00

Il est des choses, dans la vie, qui sont des vérités absolues, impossibles à nier, des choses scientifiques qui s’expliquent par A + B et que la religion ou le fanatisme ne peuvent légitimement occulter, des évidences qui se démontrent le plus simplement du monde, juste en observant un peu. Jupiter serait bien naïf s’il avouait à voix haute ne jamais avoir compris ce qu’Hermès ressentait pour lui, dès le tout début, il serait terriblement crédule s’il disait avoir attribué l’arythmie de son cœur à un simple stress passager, des années durant. Ça se voyait comme le nez au milieu de la figure, ça se sentait dans chacune de ses attitudes, à l’époque, l’amour qui affleurait et qui bousculait ses gestes, ses mots, ses attitudes, l’amour et l’admiration sans bornes qu’Hermès vouait à son mentor et que, bien sûr, il avait toujours tus. Ce n’était pas facile pour Jupiter de remarquer cela et de ne pas savoir quoi faire, quoi dire, comment se comporter, parce qu’il ne s’était jamais posé la question de savoir s’il aimait les garçons ou les filles, avait juste supposé qu’il s’en moquait, que les deux lui convenaient du moment qu’il était bien avec quelqu’un, et il avait trouvé Esther, l’absolument parfaite Esther, qui annihilait tout son raisonnement, qui ne lui donnait plus de fondement, de raison d’être. Mais évidemment qu’il avait su, évidemment qu’il avait compris, parce que l’amitié était trop profonde et belle et juste pour qu’il s’agisse uniquement d’une amitié, à proprement parler. Il sentait Hermès triste lorsqu’il l’observait, parfois, triste et mélancolique, et il détestait ça même s’il n’y pouvait rien, parce qu’il avait peur d’avoir mal compris, d’avoir mal lu les signes et de créer une situation encore plus bizarre, encore plus dérangeante. Evidemment qu’il y avait quelque chose, pourtant, et évidemment qu’il y a encore quelque chose aujourd’hui, la tension d’Hermès lorsqu’il lui a effleuré le genou, toute douleur mise à part, le bruit de déglutition qu’il avait perçu alors qu’il gardait les yeux rivés sur la blessure dont il ne voyait pourtant rien. Lorsqu’il relève la tête et croise son regard, il sait. Il sait parce qu’il le connait mieux que personne, parce qu’Hermès est le plus vieil ami qu’il ait et parce que ces choses-là se sentent, intrinsèquement, ces choses se devinent dans le ton des mots et dans la douceur de la voix, se perçoivent dans le calme des gestes et dans la tendresse. Il sait, mais il ne dit rien, l’écoute juste parler, évoquer la fois où il avait failli mourir, et cette seule pensée déstabilise Jupiter, lui donne les mains moites, coupe un peu sa respiration, cette seule pensée le paralyse et il répond un « je sais » hâtif, un je sais impérieux, comme pour dire à Hermès de ne plus en parler, surtout pas, pas en sa présence et pas alors qu’il a perdu tous ceux qui comptaient pour lui. C’est toujours assez douloureux de penser à tout cela, de penser à la mort, même hypothétique, de penser à l’amitié et à la solitude. C’est toujours douloureux et comme avec tout ce qui le fait souffrir, Jupiter élude, Jupiter ignore, Jupiter attend le moindre petit changement de sujet pour rebondir dessus et oublier les débats qui lui font mal dans le cœur. Il remercie intérieurement Hermès lorsqu’il ramène le sujet aux compétences médicinales de Jupiter, et la suggestion de l’Auror parait tentante alors qu’il flatte son égo, alors qu’il sous-entend qu’il pourrait parfaitement le soigner, mais Jupiter n’est pas médicomage et il doute, au plus profond de lui, il doute parce que s’il faisait une erreur et blessait son ami, il s’en voudrait éternellement. Difficile de dire non malgré tout, parce qu’il a juste envie qu’il aille mieux, juste envie que ce maudit genou retrouve son état originel, et il parle de nouveau de pâtes, Hermès, mais l’esprit de Jupiter est ailleurs, loin, bien loin, quelque part entre la raison et le courage, à se demander s’il peut décemment prendre le risque de se planter alors qu’il s’agit de la personne qui compte le plus pour lui.

« Chut », il dit, un petit geste de la main faisant mine de chasser les mots qui sortent de la bouche d’Hermès, sans le regarder, encore sur son îlot de doutes et de questions. Il essaie de se rappeler, Jupiter, se rappeler pourquoi il a une aussi grande gueule et se sent toujours obligé de jouer aux je-sais-tout, se rappeler également de quelle manière il procède lorsqu’il est victime d’un mauvais coup, parce qu’avec l’expérience, ce n’est plus si fréquent que ça. « Enlève ton pantalon », il ordonne, presque froid, alors qu’il se relève et va fouiller dans la poche de son manteau, dont il extirpe quelques petites fioles, trois fois rien, juste de quoi apaiser la blessure, ainsi que des bandages. Il ne se demande pas si c’est judicieux de demander à Hermès de se déshabiller sachant les sentiments qui l’habitent, parce qu’il ne réfléchit jamais beaucoup, Jupiter, il agit avant tout, mais surtout parce que son ami souffre et que ça dépasse, de loin, toute considération d’ordre sentimental. Lorsqu’il revient à ses côtés, Hermès lui a obéi, et Jupiter ne peut réprimer une grimace en voyant la boursouflure qui entoure la rotule, la couleur écarlate de la peau, son aspect enflé et suintant qui n’augurent pas la meilleure des issues. « Bon… on va essayer d’arranger ça. » Les mots sont hésitants, presque bafouillés, alors qu’il fouille parmi les produits posés sur la table à côté d’eux pour finalement attraper un petit écrin rond. « Du baume d'asclépiade tubéreuse. Ça devrait calmer la douleur, pour le moment », il semble presque réciter alors qu’il dévisse le couvercle, révélant une crème orangée. Du bout des doigts, il en saisit quelques noix qu’il dépose sur le genou d’Hermès, doucement. Malgré tout le flegme dont il fait preuve, il sent Hermès se retenir d’hurler de douleur sous le contact de sa main. « Je suis désolé, Hermès », il répond simplement, sans pour autant arrêter d’appliquer le baume, parce qu’il se doute de la souffrance qui l’étreint mais qu’il n’a pas vraiment le choix. Par automatisme, sa main droite attrape celle de son ami, « serre si tu as mal », il souffle, et il sent les doigts d’Hermès agripper les siens, les pressuriser comme des fruits trop mûrs, mais il s’en moque, Jupiter, il se fiche d’avoir une main en compote d’ici la fin de la soirée, tant que ça peut soulager son ami. Une fois le baume appliqué, il attrape les bandages se trouvant sur la table, lâchant la main d’Hermès par la même occasion, et entreprend d’enrouler le genou de son ami dans la bande de tissu, serrant juste assez fort pour maintenir le genou immobile sans pour autant lui couper la circulation sanguine. « Voilà », il lâche, un mot bateau, moche et vulgaire, voilà il dit en reprenant enfin son souffle, parce qu’il n’a pas fait trop de dégâts et qu’avec un peu de chances, son remède de fortune sera efficace, voilà il murmure et il regarde Hermès sans trop savoir quoi dire de plus, juste soulagé de ne pas avoir empiré les choses, ce qui est un exploit en soi quand on connait Jupiter. Les doigts trainent sur la jambe, près du bandage, et le pouce caresse doucement la peau sans qu’il s’en aperçoive, un geste automatique, réconfortant, amical pourrait-il dire (si seulement ça pouvait sembler crédible), et lorsqu’il s’en rend compte, Jupiter enlève la main, pas froidement ni sèchement, pas d’un coup comme on retire un pansement mais lentement, conscient que leur proximité soudaine est inédite et peut mener à des situations dont il rougira plus tard, alors qu’il se rappellera les sentiments qui animaient son ami une quinzaine d’années plus tôt. « Je ne te laisse pas le baume, parce que j’espère que tu n’en auras plus jamais besoin. » Le ton est presque taquin mais a un fond de sincérité, un fond de véritable inquiétude que Jupiter tente de masquer mais qui ressort inévitablement dans la manière qu’il a de regarder son ami, les iris semblant l’intimer d’être prudent, vraiment prudent, parce qu’il ne pourrait définitivement pas survivre à sa perte.


Dernière édition par Jupiter Parthalon le Sam 5 Nov - 23:31, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas


Invité
Invité
avatar
MessageSujet: Re: these bitter storms (juphermès)   Lun 22 Aoû - 11:23

Hermès avait su immédiatement. C'était une étrange certitude, une étrange chose à réaliser mais il y avait eu quelque chose dans les yeux de Jupiter, un éclat ou une ombre, quelque chose d'inexplicable, et Hermès avait su, précisément, que Jupiter avait compris. Il s'était demandé, une seconde, s'il devait avoir honte, s'il devait réagir, s'il devait faire quelque chose. Il s'était demandé, une seconde, si Jupiter allait se relever, bondir, hérissé et heurté, choqué et écœuré, si Jupiter allait partir, si Jupiter allait changer. Il aurait dû avoir peur, bien sûr, il aurait dû s'échapper, se défendre, hurler, il aurait dû attaquer, parce que c'était encore la meilleure défense, prendre l'initiative, réagir en premier. Il aurait dû attaquer, évidemment, parce que c'était ce que Néron aurait fait, parce que c'était ce que n'importe quel Travers aurait fait. Il aurait dû, parce qu'on lui avait soigneusement inculqué la stratégie, il aurait dû, parce qu'il ne pouvait pas avoir cette discussion, il aurait dû parce que c'était plus simple, il aurait dû parce que c'était son devoir. Il n'avait pas pu. Il n'avait pas bougé, pas respiré, pas battu des cils, il était resté là, bêtement, suspendu à la bouche de Jupiter, soumis à sa merci parce qu'il était incapable de penser même l'égratigner, parce que ça avait été comme ça depuis qu'il l'avait rencontré, les yeux trop grands d'admiration et le cœur qui battait trop fort, qu'il avait dompté cela, griffes et dents dehors, mais que c'était resté, en sourdine, tout doucement, même après que la vie de Jupiter ce soit effondrée, même maintenant, même quinze ans après, parce qu'il n'avait peut-être pas tant changé. Il allait dire quelque chose mais Jupiter avait dit « Je sais » et même si ça n'avait rien à voir, Hermès s'était détendu, parce que Jupiter parlait, parce que Jupiter restait, parce que Jupiter était normal ou autant que possible, qu'il ne s'écartait pas pour toujours. Sagement, Hermès s'était tu, avait enlevé son pantalon, mécaniquement, méthodiquement, pour le poser plié impeccablement sur le canapé avant de se rasseoir au sol, les yeux fixés sur Jupiter et les mâchoires serrées par l'anticipation. Il n'avait pas peur que Jupiter se foire, il n'avait pas peur que le baume soit empoisonné, il n'avait pas peur d'avoir mal parce qu'il avait déjà trop l'habitude de la douleur, parce qu'il était habitué à souffrir, à se soigner seul, à serrer les dents jusqu'à ce que ça passe. Ce qu'il craignait, en revanche, c'était les doigts de l'homme sur sa peau nue, ce qu'il craignait, en revanche, c'était le malaise qui allait finir par se pointer, ce qu'il craignait, c'était cette discussion qui planait à présent sans qu'il ne puisse l'empêcher. Ce qu'il craignait, c'était de le perdre, et il avait ravalé cette pensée quand ses doigts l'avaient touché et que la douleur avait été insupportable et violente et terrible et qu'il avait serré les doigts de Jupiter à s'en rendre les phalanges blanches, instinctif et paniqué, parce que c'était inédit de voir Jupiter initier un contact, parce que c'était étrange de sentir sa main dans la sienne, parce qu'il avait mal à en crever mais que la main qu'il tenait beaucoup trop fermement remuait des choses qu'il pensait avoir tuées il y a bien trop longtemps.

« Merci. » avait-il soufflé d'une voix presque chancelante lorsque la main lui avait échappé et que le bandage avait été noué autour de son genou. Il avait laissé retomber sa joue contre le canapé, avait fermé les yeux, une seconde, parce qu'il était suffisamment en paix pour cela, parce qu'il y avait le contact fantôme de sa main dans la sienne et celui moins volatil de son pouce près du pansement. « Merci pour tout, Jupiter. » avait-il répété Hermès, parce qu'il ne lui avait pas dit assez souvent, merci d'être là, merci d'être un bon ami, merci de t'inquiéter, merci de ne rien dire à présent, merci de laisser intact ma maigre dignité. Il avait entrouvert un œil, pour le fixer, s'était fendu d'un sourire, plus assuré, moins hésitant. « Je ferais en sorte de ne plus en voir besoin, je te promets. » Et ce n'était pas une promesse en l'air, et ce n'était pas à cause de la souffrance, pas à cause de la douleur, c'était une promesse parce qu'il ne voulait pas l'inquiéter, une promesse parce qu'il avait senti quelque chose de douloureux dans la voix de Jupiter lorsqu'il s'était laissé aller à mentionner son accident, c'était une promesse parce qu'il ne voulait pas risquer de le blesser. Ce n'était pas une promesse qu'il pouvait tenir, pas complètement, parce qu'il aurait beau faire aussi attention qu'il le pouvait, il ne pouvait prévoir les accidents, parce qu'il faisait un métier dangereux, parce que ce serait toujours un métier dangereux, parce que les accidents arrivaient même au plus précautionneux. Doucement, il avait ajouté : « Si jamais il devait m'arriver quelque chose malgré tout, tu serais là, n'est-ce pas ? » Et c'était égoïste, égoïste et terrible parce qu'il avait ajouté : « Si c'est le cas, ça ira. »

Et c'était sincère, évidemment, parce qu'il avait confiance en Jupiter comme il n'avait confiance en personne, parce que Jupiter n'avait jamais été de ceux qui poursuivaient leurs propres intérêts dans leurs relations avec les autres, parce que Jupiter avait toujours été là, parce que Jupiter était foncièrement bon, malgré le sang, malgré les meurtres, malgré tout ce qui semblait creuser un gouffre dans son âme, malgré sa propension à s'imaginer plus mort que vivant. Il s'était appuyé contre le canapé, fermement, s'était appuyé sur son autre jambe pour se redresser et s'installer plus confortablement dans les coussins de cuir, pour éviter de tirer sur ce genou qu'il a déjà bien trop malmené. Machinalement, il lance quelques sorts, débute à distance la confection des fameuses lasagnes avec lesquelles il ennuyait Jupiter depuis le début, s'était penché, une seconde, le visage trop près de celui de son ami pour saisir son verre, le vider cul sec parce qu'il avait besoin de boire pour chasser les contacts fantômes et la douleur. Joueur, il avait poussé gentiment Jupiter du bout du pied, le ton trop léger, pour faire dévier la conversation sur autre chose, sur des choses moins personnelles.

« Maintenant que tu as réparé mon genou, tu veux que je te raconte comment j'ai assommé très sauvagement l'abruti qui m'a fait ça ? »

Et c'était puéril, certainement, mais il était plutôt fier de lui, dans le fond, parce qu'il n'avait eu besoin de personne pour régler son compte à l'idiot qui lui avait infligé ça. Du bout des pieds, il avait retiré ses chaussures, avait ramené ses jambes sur le canapé pour glisser en position allongé, débarrassé de sa raideur d'apparat, de ses bonnes manières factices, de l'espèce de bienséance qui l'accompagnait partout même au fin fond de son appartement, le visage éclairé d'un sourire et le regard tranquille, posé quelque part dans les cheveux de son interlocuteur.

« C'est une histoire interdite au moins de dix-huit ans, je te préviens. » l'avait-il taquiné, à mi-voix, en reposant son verre sur le tapis.

Tout allait bien. Il suffisait de faire comme d'habitude. Tout irait bien.
Revenir en haut Aller en bas


Invité
Invité
avatar
MessageSujet: Re: these bitter storms (juphermès)   Lun 22 Aoû - 22:46

Il y a quelque chose que Jupiter aime plus que tout, plus que les dimanches sous les couvertures et boire un thé brûlant en terrasse d’un pub du centre de Londres, il y a quelque chose dont il use et abuse en permanence sans se soucier de ce que l’on pourra bien penser : l’euphémisme. Avec Agrippine, lorsqu’il lui dit « cette robe te va bien » alors qu’elle est aussi magnifique qu’une princesse dedans, à Malka lorsqu’il murmure « je suis heureux de t’avoir pour amie » alors qu’il l’aime autant qu’une sœur, à Stitch quand il dit « je suis là pour toi » alors qu’il tuerait père et mère pour le protéger. Et puis, il y a ceux qu’il adresse à Hermès, les « je suis désolé » qui veulent dire « je ferais n’importe quoi pour me faire pardonner », les « ça va ? » qui signifient « je me fais un sang d’encre, dis-moi que tu vas bien », les « je sais » qui pourraient se traduire en « on arrête de parler de ça, vraiment », et enfin, les « je ne te laisse pas le baume, parce que j’espère que tu n’en auras plus jamais besoin » qui veulent dire « je t’aime. » Il aimerait lui crier, lui hurler ces mots, concrètement, fort et sans barrière, jetaimejtaimejtaime parce qu’Hermès est son meilleur ami, parce qu’Hermès est sa moitié, et illaimeillaimeillaime mais en même temps, tout s’entrechoque, tout est trop fort et trop brusque et trop soudain pour véritablement pouvoir laisser sortir ces mots de sa bouche sans que ça ne devienne gênant. Il déteste ça, Jupiter, parce qu’ils ne devraient pas avoir de tabous entre eux, parce qu’ils devraient pouvoir mettre les sentiments à plat sur le papier, en parler au moins. En parler, et si Jupiter avait été moins bête, moins peureux, il aurait abordé le sujet des années plus tôt, tenté de mettre des mots sur ce qu’il voyait, les regards du coin de l’œil et les joues rougies et les mains moites, il aurait fait en sorte qu’Hermès ne se sente pas gêné parce que hé, ça ne change rien de toute façon, parce que leur amitié est trop belle pour se dessouder uniquement au motif que l’un des deux aime l’autre. Peut-être n’avait-il jamais rien dit par appréhension, Jupiter, parce que mettre des mots sur l’affection d’Hermès aurait pu lui faire réaliser à quel point il tenait à lui, malgré Esther et Claire et toutes les autres, malgré les filles de manière générale. Ce n’est pas douloureux, la caresse sur le genou, sensation fantôme au bout des digitales, ce n’est pas étrange, le petit sourire au coin des lèvres de Jupiter lorsque son ami le remercie, le remercie pour tout et qu’il répond « arrête, c’est normal », modestement, arrête parce qu’il le referait, il le referait jusqu’à en avoir mal au bout des doigts, la pommade et la main détruite et la caresse fortuite. C’est stupide d’aimer à ce point et de ne pas savoir l’exprimer parce que les sentiments sont flous, imprécis, les sentiments font la course sur un sol savonneux et se cassent irrémédiablement la gueule, s’emmêlent les pattes, ne se relèvent pas vraiment. C’est idiot d’être incapable de dire « t’es la personne que je préfère au monde » alors qu’il l’a sous-entendu tellement de fois en parlant à Malka, l’a presque évoqué avec Stitch, le ton paternaliste en plus, et c’est tellement frustrant de ressentir des choses mais de ne pouvoir les labelliser totalement, d’aimer mais peut-être pas autant ou pas assez bien. C’est insensé, comme les mots d’Hermès à cet instant et cette stupide question de savoir si Jupiter serait là une prochaine fois, comme s’il pouvait ne plus être là un jour, comme s’il pouvait l’abandonner. « Toujours, Hermès », et les mots tombent comme une guillotine, un toujours impératif qui n’appelle aucune précision parce qu’il est décidé, souverain, parce qu’il est honnête et qu’il sort du fond de son cœur, et qu’aucune phrase ne pourra mieux résumer ce qu’il ressent à cet instant.

Rapidement, pourtant, il a remis le masque, Jupiter, le masque de l’indifférence qu’il porte avec une telle assiduité, celui qu’il ne retire qu’avec Malka et quelques autres, trop peu pour les nommer. Sans doute parce que c’est plus facile de filtrer les émotions, de les contrôler jusqu’à paraître obsessionnel et sans cœur, mécanique comme un robot, sûrement parce qu’il a déjà trop montré ce qu’il éprouvait et qu’il s’est toujours cassé les dents. Pourtant, il n’a pas peur de ce qu’Hermès pourrait faire à son cœur, il ne craint pas de le perdre ni de souffrir, peut-être parce qu’il sait pertinemment que ça ne sera jamais le cas, peut-être parce qu’il est convaincu qu’ils peuvent absolument tout surmonter et que s’il y a bien une personne à qui il peut confier ses sentiments, c’est lui, uniquement lui, lui avant tout et plus que n’importe qui. Et les engrenages se déclenchent, les rouages se mettent en marche alors qu’Hermès se redresse, prépare ses lasagnes, dit des trucs qui n’ont aucun sens, le cerveau s’active et s’obsède, n’écoute presque pas ses prochains mots. Cette histoire, il aimerait la connaitre, mais ce n’est pas ce qui l’intéresse le plus pour le moment. A son tour, il se redresse, s’assied à côté d’Hermès, à une distance raisonnable pour ne pas paraître envahissant mais suffisamment près de lui pour maintenir cette atmosphère intimiste qui les entoure depuis quelques minutes déjà, et sort de sa poche une cigarette qu’il plante au coin de ses lèvres. « J’aimerais entendre cette histoire », il commence, alors que le bout du bâton s’allume presque automatiquement et qu’il aspire une longue bouffée de fumée. Il se penche, attrape son verre, observe du coin de l’œil son ami qui s’apprête à raconter son histoire qu’il imagine un poil romancée et sûrement extraordinaire, comme tout ce que raconte Hermès lorsque ses yeux brillent trop et que son sourire rayonne. « Mais avant ça, j’ai une question à te poser, si tu le veux bien. Tu n’es pas obligé de répondre. » Les mots sont prononcés lentement, avec délicatesse, comme s’il craignait que son ami ne parte, alors qu’il a une entière confiance en lui, alors qu’il ne s’imagine pas Hermès lui en vouloir pour une simple petite question, pour une broutille qu’il peut balayer d’un geste de la main s’il le souhaite, et c’est stupide et ridicule et grotesque mais il prie presque pour qu’il ne l’entende pas, pour que ses mots tombent dans l’oreille d’un sourd et s’évaporent dans les airs. Cul sec, il avale ce qu’il lui reste de whisky, avant de faire tomber quelques cendres dans son verre vide, regard perdu dans l’ambre qui en nappe le fond et se confond désormais avec le gris du tabac brûlé. « Quand as-tu remarqué que tu aimais les garçons ? »
Ses mots ne sont pas censés créer un tollé, ils ne sont pas censés remuer le sol et l’âme et le cœur, ses mots ne sont pas censés faire mal et, pourtant, Jupiter sait qu’ils blessent, profondément, qu’ils blessent parce qu’ils montrent toute son indélicatesse et son manque de tact, parce qu’il est toujours assez direct et dur et froid mais qu’il n’aurait jamais dû l’être avec Hermès. Automatiquement, il s’en veut, automatiquement, il détourne le regard, aspire sur sa cigarette en murmurant « désolé, je n’aurais pas dû te demander ça », maugréant presque, dépité par sa propre sottise et son manque de considération pour son ami, son meilleur ami et les mots tapent dans son crâne alors qu’il se dit qu’il est bien trop stupide, bien trop méchant, et qu’il ne mérite certainement pas qu’il lui réponde, pas alors qu’il le pousse dans ses retranchements, l’oblige à avouer une faute qu’il n’a pas commise. Il se sent obligé de dire quelque chose, Jupiter, bêtement, et il relève les yeux, avoue, cette fois par confidence plus que par honte, cigarette pendant aux portes de sa bouche alors qu’il la retire brièvement, juste le temps de dire  : « Tu n’es vraiment pas obligé de répondre, Hermès. » C'est vrai, il n’était effectivement pas obligé de répondre, vraiment pas, et alors qu'il prononce ses mots, Jupiter continue de l'observer, sans reculer un seul instant, sans sembler décontenancé ni dégoûté ni en colère, simplement curieux, le coeur au bord des lèvres, de l'entendre dire ce qu'il ressent pour lui depuis le tout début.
Revenir en haut Aller en bas


Invité
Invité
avatar
MessageSujet: Re: these bitter storms (juphermès)   Lun 22 Aoû - 23:23

Il y avait eu un raté. Il y avait eu un raté dans le cœur d'Hermès, parce qu'il avait compris qu'il ne pourrait pas faire comme si de rien était, un raté dans le cœur d'Hermès parce qu'il avait saisi que tout serait différent, un raté dans le cœur d'Hermès parce qu'il y avait une gravité trop lourde sur le visage de Jupiter et il avait replié ses jambes pour lui faire de la place près de lui, et il avait appuyé ses pieds sur ses jambes, machinalement, pour le bloquer, pour l'empêcher de partir, parce qu'il n'était pas certain que toujours soit toujours et que les promesses soient des serments. Il y avait eu un raté dans le cœur d'Hermès, un raté dans sa respiration, un implacable loupé, parce qu'il avait deviné le tremblement de terre avant qu'il ne frappe, parce qu'il avait anticipé le séisme avant que le sol ne s'ouvre, avant que son monde ne se renverse, avant que tout ne se fracasse. Il y avait eu un raté et Hermès avait tâtonné désespérément à la recherche de son verre, pour se donner bonne mesure, avait crispé les doigts dessus, avait attendu le verdict, la question, ce qui pendait aux lèvres de Jupiter, condamnation, pardon ou expiation, dégoût ou colère ou peine, et il ne savait pas et il ne savait plus, parce que ce n'était pas Jupiter de tourner les talons face à cela mais que ça ne lui ressemblait pas non plus de demander, parce que poser la question c'était ouvrir la boîte de Pandore et que Jupiter avait toujours tenté de tout garder cadenassé. Il avait la bouche sèche, lorsque la question était tombée, un désert brûlant à la place de la langue et l'Antarctique dans la tête, du vide, du vide, et du blanc, et la boite dont le couvercle avait sauté, tous les sentiments qui lui claquaient à la gueule, tous les doutes, toutes les larmes, tous les ressentiments, tous les souvenirs qui mordaient son cœur, plantaient leurs dents. Il avait onze ans et le deuil dans les yeux et Jupiter souriait, onze ans et le visage d'Esther lui faisait serrer les dents, onze ans et il riait aux éclats, les yeux bien trop grands et le sourire bien trop doux, il en avait douze et le regard lointain parce que Jupiter lui manquait, il en avait treize et il savait qu'il était anormal, quatorze et les lettres de Jupiter s'empilaient sous son oreiller, il avait quinze ans et tourné la page, loin des yeux et du cœur, parce que c'était mieux comme ça, parce qu'il n'y avait d'autres choix, parce que Jupiter était heureux et ailleurs et que ça n'importait pas, parce qu'il ne pouvait pas, n'avait jamais pu, parce que Jupiter n'avait jamais été pour lui. Il avait seize ans et il se tenait droit, il en avait dix-sept et il pouvait le regarder sans frémir, dix-sept et il se pensait sorti d'affaire. Il en avait vingt-six, maintenant, et tout lui explosait à la figure, toutes les choses qu'il pensait avoir caché, toutes les choses qu'il pensait avoir enterré, toutes les choses qu'il pensait avoir tué, les photos de Jupiter et les courrier et le fantôme de son cœur qui s'emballait, et les cadeaux de Noëls jamais envoyés et les mains moites d'avoir trop espéré, les Saint-Valentin qui s’enchaînaient et le rire d'Esther, et le sourire de Claire, et l'existence de ces gens qui étaient beaucoup plus proches que lui. Il était persuadé de l'avoir tué, le vieux Hermès, le vilain Hermès, celui qui n'arrivait pas à se satisfaire du bonheur de Jupiter, celui dont les yeux s'attardaient, celui dont les sourires étaient dévoilés, il pensait l'avoir assassiné, l'anniversaire de ses quinze ans, lorsqu'il avait embrassé cette fille en douce dans un couloir pour oublier, lorsque ses lettres s'étaient espacées, lorsqu'il avait appris à nouveau à respirer. Il pensait. Il pensait. Il pensait.

Et tout était foutu aujourd'hui.

Il n'avait pas écouté la précaution dans la voix de Jupiter, il n'avait pas écouté les mots, ou le rythme de sa phrase, ou le ton de sa voix, parce que ça n'avait pas d'importance, parce que Jupiter lui disait qu'il n'était pas forcé mais qu'il n'avait pas réellement le choix, parce que Jupiter lui disait qu'il n'était pas obligé mais que ce n'était pas vrai, parce qu'il avait le droit de savoir, maintenant que le couvercle avait sauté, parce qu'il était obligé de savoir, maintenant qu'il avait savamment fait sauter toutes les barrières, parce qu'il avait posé la question tabou, parce qu'il avait exposé ce qui rongeait Hermès des pieds à la tête, ce qu'il avait espéré pouvoir taire toute sa vie, malgré Soyan et son affection, malgré Stitch qui l'embrassait dans son bureau, parce qu'il l'avait mis à nu sans même s'en rendre compte, mis à jour son plus sombre et terrible secret, celui qui le bouffait plus encore que la marque des ténèbres, plus encore que ses doutes pour sa cause, plus encore que la douleur de l'absence d'Agrippine, plus encore que la douleur d'avoir perdu sa mère, celui qu'il avait délibérément effacé, celui qu'il avait délibérément occulté, celui qu'il avait espéré pouvoir taire toute sa vie.

« Tu as le droit de savoir. » avait-il jeté, et ses phalanges étaient trop blanches, et ses jambes étaient raides, et il était tendu, prêt à s'enfuir, à s'échapper, même si ses yeux étaient rivés sur ceux de Jupiter, même s'il ne pouvait pas le lâcher du regard. Il n'avait pas honte, Hermès, il n'avait plus honte, parce que Jupiter avait posé la question, parce qu'il s'était penché trop près du bord, parce qu'il suppliait Hermès de le pousser et qu'Hermès ne voulait pas reculer, malgré la rougeur qui bouffait son visage, malgré ses phalanges blanches et ses mâchoires serrées à s'en briser, malgré la peur qui le dévorait, la peur de le voir partir, la peur de le voir claquer la porte, la peur de se voir reprocher d'avoir assassiné leur amitié quand il avait tout fait pour qu'il ne soit jamais question de ce qu'il ressentait. « J'avais onze ans. » avait-il commencé, et sa voix était trop basse, trop calme et son regard était trop vide et trop serein. « J'avais onze ans et tu m'as souri. » Et ça aurait pu être tout mais ce n'était pas tout, évidemment, parce qu'il avait eu un moment de clarté, parce que ça avait été effrayant parce qu'il-avait-onze-ans-et-que-Jupiter-lui-avait-souri mais que ce n'était pas toute l'histoire, mais que ça ne racontait pas tout, que ça ne pouvait pas tout dévoiler. « C'était le début de l'année et on ne se connaissait pas bien mais tu avais décidé d'accepter de me donner des cours de potions. J'étais arrivé en retard et j'étais effrayé et tu m'as souri. Ta cravate était desserrée un peu et tu avais l'air heureux et tu m'as souri et j'ai su. »

J'ai su, déclarait-il, même s'il n'avait compris que des années plus tard. J'ai su, déclarait-il, parce qu'il avait appris quelque chose d'important ce jour-là, parce qu'il avait appris que son cœur pouvait battre trop fort, parce qu'il avait appris qu'il pouvait s'émouvoir, parce qu'il avait appris qu'il n'était pas mort et figé, qu'il pouvait être autre chose qu'un statue de glace, autre chose qu'un héritier parfait, j'ai su, déclarait-il, parce qu'il n'avait pas mis les mots dessus mais qu'il avait apprivoisé le sentiment, j'ai su, déclarait-il, parce qu'il n'avait jamais adressé d'aussi larges sourires à d'autres, j'ai su, déclarait-il, parce que c'était anodin et stupide mais que ça l'avait changeait, j'ai su, déclarait-il, parce qu'il ne voulait pas parler du moment où il avait compris, des rêves et des corps en sueur et de la terreur, des mots qu'il se crachait à lui même pasnormalpasnormalpasnormal, parce qu'il ne voulait pas réduire ça à ça, parce que ça avait été beau et à sens unique et que c'était fini, que ça devait finir, que Jupiter ne pouvait pas lui arracher plus, qu'il lui avait déjà donné son cœur des années auparavant mais que le temps avait passé et que tout avait changé. Sans détourner les yeux, il avait rempli son verre, sans détourner les yeux, il l'avait vidé, avait soufflé, tout bas :

« Quand est-ce que tu as compris, Jupiter ? »

Et ça aurait pu sonner accusateur, et ça aurait pu sonner colérique, mais il avait dépassé ça, mais ce n'était pas ça, mais c'était juste Hermès, Hermès qui demandait des réponses, Hermès qui voulait savoir, comment et quand et pourquoi. Encore plus bas, le regard dans le vague, il avait demandé :

« Pourquoi maintenant ? »

Pourquoi pas avant, pourquoi pas il y a quinze ans, pourquoi pas jamais, pourquoi maintenant, maintenant, maintenant, alors qu'on est esquinté.
Revenir en haut Aller en bas


Invité
Invité
avatar
MessageSujet: Re: these bitter storms (juphermès)   Mar 23 Aoû - 0:23

Il y a quelque chose dans l’air et c’est tendu, c’est lourd, c’est gras comme de l’huile de friture, c’est désagréable et ça pique la gorge, il y a quelque chose dans l’atmosphère qui n’est pas habituel, qui est terrible et même mille fois pire que ça, il y a quelque chose autour d’eux qui sent le traquenard et le piège et la douleur, et Jupiter ignore quoi faire pour dissiper tout ça, pour réparer ce qu’il vient d’accomplir tout seul comme un grand abruti, pour colmater la brèche béante qui s’ouvre entre eux. Derrière les regards d’Hermès il les voit, les années, il la voit, l’ignorance et l’absence, celle qui fait souffrir et creuse un trou dans le cœur, il repense à tous ces échanges épistolaires et ces vacances où il l’invitait, où il ne pouvait jamais venir pour x ou y prétexte, parce qu’Hermès avait toujours une bonne raison et que même s’il n’était jamais disponible, Jupiter continuait inlassablement de l’inviter, simplement parce qu’il ne s’imaginait pas le snober, ne serait-ce qu’une seule seconde. Il la voit, la lumière au fond de ses yeux, cet éclat presque éteint d’avoir trop brillé pour lui, comme une étoile fatiguée de faire partie d’une immense constellation où elle n’a jamais vraiment eu sa place, il les voit les rides au coin des paupières, celles d’un Hermès qui a muri avant l’heure, bien en avance sur les gosses de son âge, et cela alors qu’il n’avait que onze ans. Jupiter aimerait remonter le temps, si seulement il le pouvait, rassurer le gamin qui était tombé amoureux de lui, lui dire que c’est pas parce que c’est un garçon, c’est pas parce que c’est un Travers qu’il ne veut pas de lui, c’est parce qu’il est trop jeune et qu’il ne peut pas, qu’il ne veut pas, parce que l’autorité est un privilège dont on n’abuse pas et qu’il n’aurait certainement pas pu briser le cœur du jeune Hermès, même en essayant de toutes ses forces. Il aimerait remonter le temps et lui dire, la voix assurée et le ton grave, que tout finira par passer, éventuellement, que le Jupiter Parthalon de cette époque est un idiot qui ne sait pas mettre des mots sur les sentiments et qui ne pense pas aux garçons comme ça parce que, parce que… parce qu’il n’en a pas l’habitude, simplement. Parce que c’est plus facile de ne voir qu’une seule option, parce qu’il y avait Esther et qu’elle éclipsait tout le monde comme l’étoile qui composait l’étymologie des syllabes de son prénom, parce qu’il y avait Claire et les regards échangés même lorsqu’elle était avec James, parce qu’il y avait trop peu de temps et trop d’écart d’âge et parce qu’Hermès était trop fragile et trop sensible et qu’il était son protégé, et qu’il ne pouvait décemment pas le briser comme il allait briser tous les gens autour de lui, quelques années plus tard. Et c’est dur, cruel, inhumain, tout ce que les choses de l’amour ne devraient pas être, tout ce qu’on ne devrait pas exprimer lorsque l’on tient à quelqu’un, et dieu sait qu’il tient à Hermès, avec chaque fibre de son corps, de son cœur, de son âme.
Les mots sont là, pourtant, le « j’avais onze ans et tu m’as souri », le tremblement dans la voix et les joues rouges qu’il ne veut pas regarder, pas encore, parce qu’il se sent terriblement coupable d’avoir demandé, d’avoir réclamé un dû qui n’était pas sien et des prérogatives de tyran auxquelles Hermès aurait dû résister. Il a beau lutter, les yeux de Jupiter croisent ceux d’Hermès rapidement, comprennent chaque infime sentiment qu’ils expriment, la grâce et la douleur, l’amour et l’amitié, la souffrance, le pardon. Il ne sait pas vraiment quoi dire, s’il doit seulement dire quelque chose, parce que les mots semblent bien dérisoires dans de telles circonstances, parce qu’il n’a rien à ajouter à part Hermès, son prénom qu’il répèterait en boucle pour l’empêcher d’évoquer ce qui semble tant le faire souffrir, HermèsHermèsHermès et surtout pourquoi, l’éternel, le pourquoi tu n’as rien dit couplé au pourquoi moi et pas un autre, parce que Jupiter s’est toujours trouvé relativement banal comparé à quelqu’un d’aussi extraordinaire que le jeune Travers, bien trop banal pour qu’on ne l’observe, pour qu’on ne l’aime, bien trop ordinaire pour faire rêver pendant des années ou pour attirer l’œil d’un gamin de six ans son cadet.

La question de Jupiter avait trouvé sa jumelle dans celle d’Hermès qui lui demande quand, puis pourquoi maintenant, un pourquoi temporalisé comme pour lui ordonner de répondre, quoi qu’il arrive. Pourquoi maintenant, Jupiter se le demande. Pourquoi maintenant alors qu’il est pauvre et seul et misérable, pourquoi maintenant alors que les sentiments d’Hermès sont fanés, morts, pourquoi maintenant quand il ne ressent plus qu’une réminiscence de souvenirs passés et d’étreintes désirées, pourquoi maintenant alors qu’il aurait pu demander à n’importe quel moment. Il ne peut pas lui donner de réponse, Jupiter, parce qu’il ne sait pas, définitivement pas, parce que c’est maintenant mais que ça aurait pu être il y a dix ans ou dans dix ans, parce que c’est maintenant, un point c’est tout. « Je l’ai toujours su », il murmure juste, regard planté dans le sien, je l’ai toujours su parce que ça se voyait, parce que c’était une évidence et qu’il fallait être tous les autres pour ne pas comprendre, parce qu’eux deux sentaient parfaitement que ce qui passait entre eux n’était pas une simple et banale alchimie amicale mais quelque chose de plus, quelque chose qui dépassait l’admiration pour Esther et pour Claire et pour tous les autres élèves qui avaient un jour franchi la barrière de son cœur. Il l’avait toujours su, Jupiter, parce que c’était écrit dans les livres et dans les étoiles, parce que c’était tendre, beau et simple, parce que c’était incroyable de fraîcheur et inattendu, parce que c’était tombé comme ça, Hermès m’aime, c’était tombé et ce n’était pas moche ni vulgaire ni contre-nature comme certains le disaient dans les journaux, quand deux personnes du même sexe étaient surprises ensemble, Hermès m’aime parce que c’était un fait avéré contre lequel il ne pouvait rien et auquel ne s’ajoutait pas vraiment la réciprocité que l’on attendrait d’une relation comme celle-là, Hermès m’aime, parce que c’était fêlé et bancal et que ça leur ressemblait. « Je l’ai toujours su, mais je commence seulement à comprendre. » Les mots s’étaient noyés dans sa gorge alors qu’il repensait à sa blessure, à la grimace qu’il avait faite lorsqu’il avait effleuré son genou et provoqué des tremblements jusque dans sa colonne vertébrale, la phrase semblait perdue quelque part au milieu de son âme alors qu’il se disait qu’Hermès méritait beaucoup mieux que lui parce qu’il l’avait aimé tout ce temps sans rien dire, muet et fidèle et stoïque, toujours, malgré l’ignorance et l’oubli de Jupiter, parfois, malgré sa rudesse et son manque de tact, aussi.
C’est difficile de savoir quoi faire, quoi dire lorsqu’on apprend que son meilleur ami est amoureux de soi, l’était du moins, c’est difficile mais c’est pire de ne pas agir, de se dire que ça n’aurait jamais dû arriver et que ça n’arrivera jamais, dans aucun univers, dans aucune réalité. Il n’hésite presque pas, Jupiter, alors qu’il redescend du canapé, genoux appuyés contre le sol, et s’approche lentement d’Hermès et se penche sur lui pour poser ses lèvres sur les siennes, une main cueillant le contour de son visage, il n’hésite presque pas lorsqu’il entrouvre les lèvres et l’embrasse vraiment, paupières fermées et cœur tambourinant à plusieurs centaines de battements par minute (sûrement), il n’hésite pas alors qu’il fait ce qu’il n’a jamais fait, ce qu’il n’a jamais pensé faire, parce qu’il l’aime, il l’aime énormément, et parce que ça lui semble être la seule chose à faire.
Revenir en haut Aller en bas


Invité
Invité
avatar
MessageSujet: Re: these bitter storms (juphermès)   Mar 23 Aoû - 4:06

Il y avait quelque chose d'absolu dans la réponse de Jupiter, quelque chose d'étrange et de magnifique, et de grand et de minuscule. Il y avait quelque chose d'incommensurable dans la boule qui avait étreint la gorge d'Hermès et dans ses yeux qui cherchaient les siens et dans ses mains qui cherchaient son verre. Il avait rêvé, des années de cela, il avait rêvé à un « Je t'aime » qu'il aurait murmuré à son aîné, un aveu, une confession, quelque chose qui aurait provoqué un chamboulement, quelque chose qui aurait provoqué l'apocalypse et qui aurait tout balayé. Il avait rêvé, des années auparavant, de l'air surpris de Jupiter et de la patience sur son visage, de l'incendie qui ravageait leurs corps et de la froideur de ses doigts contre sa peau pour tout effacer. Il avait rêvé, il avait rêvé, il avait rêvé, et ce n'était que des fantasmes d'enfant, des mirages d'amour auquel il s'était raccroché farouchement, et ce n'était pas grand-chose, des vœux en l'air et des aveux ratés, des maladresses et des douleurs, des incompréhensions et des absurdités. Il aurait voulu lui dire, à Jupiter, que rien n'avait été de sa faute, qu'il était jeune, beaucoup trop jeune pour comprendre que c'était un amour qui ne pourrait jamais être retourné, beaucoup trop jeune pour comprendre à quel point s'était flagrant, beaucoup trop jeune pour comprendre même ce qu'il désirait. Il aurait voulu lui dire, à Jupiter, qu'il aurait aimé aller chez lui tous ses étés mais que la simple idée d'être proche lui donnait envie de pleurer, il aurait voulu lui dire qu'il avait peur de traverser la ligne, que tout était plus simple quand il écrivait, que tout était plus facile quand ils n'avaient pas à parler. Il aurait voulu lui dire qu'il avait été parfait et qu'il l'avait aimé désespérément, qu'il l'aimait toujours, mais différemment, mais de façon bien plus forte, mais de façon bien plus absolue, mais de façon qui déplacerait des montagnes sans jamais rien demander en retour, qu'il l'aimait parce qu'il le connaissait, qu'il l'aimait mais plus comme le fantôme d'un passé révolu, qu'il l'aimait parce qu'il était un homme incroyable, qu'il l'aimait et que ça n'avait rien à voir avec les tourments d'avant, que c'était plus stable et plus profond, que ça ne bougerait pas, plus jamais, parce qu'il était une constante et une vérité, parce qu'il n'avait jamais pu lui mentir, jamais pu se détourner. Il aurait voulu lui dire, et il n'avait pas pu, parce que Jupiter l'avait embrassé.

C'était étrange, ce sentiment, c'était étrange, comme sensation, parce que les lèvres de Jupiter étaient chaudes et inquisitrices, parce qu'il avait lâché son verre, qui s'était écrasé sur le parquet, parce que ses mains s'étaient égarées sur ses épaules, perdues autour de son cou, parce qu'il avait effleuré sa peau et cherché son contact, les lèvres entrouvertes et la respiration en vrac, les yeux mi-clos, pour le regarder, parce qu'il était beau et qu'il l'embrassait, parce qu'Hermès devait rêver, que c'était impossible et incroyable, que ça n'était pas censé arriver parce que Jupiter embrassait des femmes, parce que Jupiter n'embrassait pas Hermès, parce que c'était un baiser qui soufflait bonjour et au revoir, qui murmurait première et dernière fois, parce qu'il y avait quelque chose qui venait de craquer à l'intérieur du cœur d'Hermès et que les larmes s'étaient mises à couler, incontrôlables et incompréhensibles, parce que son corps étaient un bazar et qu'il ne savait plus quoi en faire, alors qu'il se penchait un peu plus pour l'embrasser encore et mieux, malgré le goût du sel dans sa bouche et sur sa langue, malgré le sang qui pulsait trop fort et qui l'assourdissait, malgré la douleur qui vrillait le creux de son ventre et qui lui hurlait d'arrêter, que c'était stupide, que ce n'était pas bien, que c'était peut-être la pitié et qu'il mourrait si ça n'était que cela. Il avait manqué d'air avant de manquer de pensées, s'était écarté, le regard hagard et les joues écarlates, pas assez, pas suffisamment, parce que les mots débordaient avec les larmes et qu'il avait besoin de parler, de dire, d'expliquer.

« J'étais trop jeune pour savoir ce que je voulais à l'époque. » avait-il soufflé, alors, tout bas, contre la bouche de Jupiter, les bras enroulés autour de son cou et des larmes plein les joues. « Beaucoup trop jeune. Mais ce n'est plus le cas maintenant, Jupiter, et je ne veux pas te perdre, et je ne veux pas de ça, tu comptes beaucoup trop pour que je le risque, je tiens beaucoup trop à toi pour mettre en danger ça. » Et ça n'avait pas d'importance que son cœur batte à en crever, pas d'importance qu'il soit en train de pleurer parce qu'il avait l'impression qu'on le dénouait d'un poids qui avait beaucoup trop pesé, pas d'importance qu'il ait répondu au baiser avec tout les souvenirs qu'il avait, avec toutes les fois où il avait voulu l'embrasser, avec toutes les fois où il avait voulu prendre sa main et serrer ses doigts et coller son visage contre son épaule, avec toutes les fois où il l'avait imaginé nu et entre ses draps. Et ça n'avait pas d'importance qu'il soit dans ses bras à ce moment-là, pas d'importance qu'il le fixe comme ça, pas d'importance, parce que Jupiter avait toujours compté plus que tout et qu'il ne voulait pas mettre en danger cela, parce que c'était un baiser comme un dernier sursaut avant le réveil, un baiser qui disait j'ai compris et je te connais, un baiser qui disait je t'aime mais c'est trop tard, un baiser qui disait nous sommes de ceux qui n'aurons jamais eu la possibilité d'exister, et il avait glissé ses doigts, contre la nuque de Jupiter, et il avait collé son front contre le sien, et il avait inspiré, pour reprendre son calme, pour reprendre son souffle, parce qu'il était trop fragile, trop déstabilisé, et que ce n'était pas grave parce que c'était lui, et que c'était grave parce que c'était lui, aussi. « Ne me regarde pas. » avait-il soufflé, alors qu'il appuyait une main contre les yeux de Jupiter pour s'essuyer les yeux de l'autre main. « Je ne veux pas que les choses changent. » Il y avait eu un sursaut, dans sa voix, alors qu'il ajoutait : « Je ne veux pas que tu me prennes en pitié. Je n'ai pas besoin de pitié. Je suis heureux. Tu me rends heureux. Je n'ai jamais voulu plus. »

Et c'était vrai, c'était vrai la plupart du temps, et il avait laissé sa main appuyée sur Jupiter le temps de tracer du bout des doigts le dessin de son arcade sourcilière, d'apprendre la finisse de ses paupières et la douceur de ses cils, avant de se pencher vers lui et de l'embrasser, une dernière fois, contact à peine esquissé, effleurement, à peine, sa bouche contre la sienne et son cœur qui battait beaucoup trop rapidement une dernière fois.

« Jure-moi que ça va aller. » avait-il intimé alors qu'il abaissait sa main, alors qu'il rivait ses yeux dans les siens, trop près, beaucoup trop près, alors qu'il s'écartait. « Jure-moi, Jupiter. »

Parce que Jupiter tenait ses promesses.
Parce qu'il y avait des serments qui ne pouvaient être brisés.
Revenir en haut Aller en bas


Invité
Invité
avatar
MessageSujet: Re: these bitter storms (juphermès)   Mer 24 Aoû - 0:28

Il y a un goût d’absolu dans ce baiser, un goût de une fois dans une vie et de jamais je ne revivrai ça, parce qu’il ne se souvient pas avoir connu autant de frissons que ceux qui l’étreignent alors que leurs lèvres se trouvent, parce qu’il ressent une bouffée de chaleur et des papillons au creux de son bas-ventre et que ce n’est pas quelque chose qu’il peut mettre sur le compte de la fatigue ou de l’ivresse ou de tout autre sentiment qui l’anime habituellement. Parce que le prénom d’Hermès se glisse en fantôme entre leurs lèvres, Hermès il souffle alors qu’il l’embrasse, Hermès il murmure alors que le bout de ses doigts s’égare sur sa joue et tout est parfaitement à sa place et rien ne semble incongru mais rapidement, il sent la tiédeur du sel se glisser sur leurs papilles, les larmes humecter les joues du jeune Travers, il sent les sursauts qui animent sa cage thoracique et ne comprend pas, pas vraiment, parce qu’il devrait être heureux, pas misérable, et surtout pas triste au point d’en pleurer dans ses bras. La caresse contre sa joue se fait plus douce, plus tendre, les bouches se touchent délicatement, comme s’il avait peur de le briser davantage, comme s’il craignait d’avoir déjà suffisamment fait de dégâts, parce qu’Hermès pleure et qu’il ne devrait pas pleurer, parce que sa détresse le happe totalement, comme quinze ans auparavant, comme toujours quand il lit le chagrin dans ses iris clairs et la douleur sur ses paupières, et Jupiter aimerait chuchoter au creux de son oreille, ça va aller, Hermès, je suis là, tout va bien et tous ces mots illusoires qui ne veulent pas dire grand-chose parce qu’ils savent parfaitement quand ils se mentent, au fond. Le baiser se termine bien trop tôt et ça fait mal, comme un bout de cœur qui se déchire, ça fait mal comme une moitié qui part pour aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte, et Jupiter aimerait dire à Hermès qu’il l’aime, lui avouer des mots qu’il n’avait jamais osé lui susurrer avant, tout bas, secrètement, je t’aime Hermès, et c’est pas grave si tu as peur, et c’est pas grave si c’est pas normal pour la plupart des gens, mais Hermès le coupe, parle, et il ne le comprend pas vraiment, ne cherche pas à le comprendre, parce que c’est un charabia, un méli-mélo d’expressions sans queue ni tête qui se succèdent. Il crève d’envie de lui dire qu’il ne le perdra pas, jamais, que les âmes sœurs ne peuvent pas se perdre et qu’ils s’aiment trop pour ça, trop pour s’en vouloir et se détester un jour, trop pour s’éloigner. Il n’a jamais compris, Jupiter, pourquoi les gens qui s’aiment passent la moitié de leur vie à se quitter parce qu’il ne le pourrait pas, lui, parce qu’il donnerait tout ce qu’il a et bien plus encore pour revoir une seule fois Esther, même si elle ne l’aimait plus, même si elle n’était plus qu’une âme passante à l’horizon. Et ça lui semble étrange qu’Hermès ait peur, qu’il l’exprime par des mots stupides, une notion de danger qui leur est étrangère et un goût de fer bien trop présent à la bouche, et il murmure son prénom « Hermès », n’a rien d’autre à dire que ça, Hermès, parce qu’il sent qu’il n’a pas tout à fait fini de s’exprimer alors que leurs fronts se collent et que, de nouveau, les phrases s’enchaînent, incohérentes et insensées, le je n’ai jamais voulu plus qui blesse Jupiter sans qu’il ne comprenne pourquoi, le mot pitié jeté comme un bout de viande à un chien affamé, stupide et irréfléchi, parce que Jupiter n’a jamais eu pitié d’Hermès, surtout pas. Et les reproches semblent moins adressés à l’héritier Parthalon qu’à l’héritier Travers, parce qu’Hermès essaie de se voir à travers les yeux de Jupiter et qu’il se voit mal, terriblement mal, comme s’il était presque aveugle, comme si les visages et les couleurs n’étaient que des tâches vaguement discernables dans un paysage trop vague, et c’est douloureux de voir à quel point il a tort, douloureux de s’apercevoir qu’il n’a rien compris. Et leurs bouches se touchent, encore, de nouveau, alors qu’il réclame une promesse, une promesse absurde qui n’a aucun sens, alors qu’il demande des mots de la part de Jupiter qu’il ne pourra pas lui offrir, jamais, parce que c’est l’évidence, parce que bien sûr que ça ira et bien sûr qu’il ne le perdra pas. Mais Jupiter est censé être l’adulte responsable, celui qui a six ans d’histoires et de promesses idiotes en plus, celui qui a des rides supplémentaires au coin des yeux et des souvenirs plein la tête et plein le cœur, et c’est pour ça qu’il attrape la main d’Hermès, c’est pour ça qu’il la serre dans la sienne et que leurs regards se rencontrent d’une façon nouvelle, terrible, frémissante. « Hermès, il n’y a pas un seul univers, une seule réalité où je ne t’aimerais pas totalement, complètement, inconditionnellement. »

Les mots sont impérieux, sans appel, les mots sont prononcés avec cette sorte de supériorité qui les rend presque divins et absolus, et Jupiter caresse la joue d’Hermès, et Jupiter le regarde comme pour lui assurer, une nouvelle fois, que tout ira bien, que rien n’ira de travers, parce qu’Hermès n’a de biscornu que son nom et que son âme, elle, est toute droite et digne et totalement parfaite, et qu’il ne pourrait pas l’aimer davantage même s’il le souhaitait. Il n’est pas doué pour jurer, Jupiter, parce que jurer n’a jamais fait partie de ses habitudes, parce qu’il n’a qu’une parole mais qu’il préfère ne pas le dire à l’avance, garder l’effet de surprise et, simplement, étonner positivement les gens, mais Hermès n’est pas les gens mais Hermès mérite d’avoir de vrais mots articulés en vraies phrases, et de la poésie et des sentiments, Hermès mérite le monde et Jupiter lui aurait donné avant, bien avant, mais désormais, il lui donnerait bien plus, parce qu’il a compris ce vide qui avait occupé le centre de son cœur pendant tant d’années et qu’il est prêt à le combler, même s’il sait qu’il n’est pas le bon et qu’il n’est pas l’unique, et qu’Hermès n’est pas le sien non plus. S’ils n’étaient pas Hermès et Jupiter, si ce n’était pas 1951 et si Grindelwald ne régnait pas sur le monde sorcier, ils pourraient s’en sortir, ensemble, ils pourraient s’en sortir parce qu’ils n’ont jamais eu besoin de personne d’autre et qu’ils ont, à deux, cette force qu’ils n’auraient jamais eue tous seuls, séparément, ils ont, à deux, ce courage que peu de couples ont après toute une vie côte à côte, et ce n’est pas l’alcool ni le chagrin ni la mélancolie qui expliquent ça, mais simplement la confiance aveugle qui les lie depuis toujours. Lentement, Jupiter s’approche, jusqu’à ce que son souffle percute les lèvres d’Hermès dans une caresse aérienne aux parfums de tabac. « Jamais tu ne me perdras. » Pour quelqu’un qui déteste les promesses, celle-là est claire, nette, celle-là semble résonner dans la pièce trop vide et sombre et silencieuse, alors qu’il comble les millimètres qui les séparent pour l’embrasser encore, incapable de s’éloigner trop longtemps de lui, convaincu que si ça lui semble aussi normal, c’est peut-être que ça l’est. Le baiser est bref, tendre, les laisse lèvres contre lèvres encore un instant, et Jupiter murmure « tu aurais dû me le dire », presque douloureusement, un sursaut dans la voix, parce qu’il avait su mais qu’il n’avait rien dit de peur de se tromper, parce qu’il avait su mais qu’il avait observé sans oser déclarer l’ombre de sentiments qu’il ne pensait pas aussi réels, parce qu’il avait su mais peut-être n’avait-il pas réalisé. Et son cœur se serre et se brise et s’émiette parce qu’il sait qu’Hermès a trop voulu oublier, tellement qu’à la fin, il a fini par y arriver.
Revenir en haut Aller en bas


Invité
Invité
avatar
MessageSujet: Re: these bitter storms (juphermès)   Mer 24 Aoû - 12:03

Jupiter aurait dû le repousser à ce moment-là. Il aurait dû être dégoûté, écoeuré, par son besoin de réconfort, repoussé, révulsé, par les larmes qui avaient cavalé sur son visage. La vérité, c'était qu'Hermès n'était pas triste, la vérité, c'était que ce n'était pas ça qu'il pleurait, pas la douleur, pas la peine, mais le temps perdu, mais le temps sans se trouver, mais le temps passé avec un nœud dans l'estomac, mais toutes les fois où il avait voulu pleurer et où il n'avait pas pu, mais le bonheur qui l'avait envahi, trop fort, trop brutal, trop grisant, lorsque la bouche de Jupiter avait rencontré la sienne alors qu'il ne s'y attendait pas. Il n'était pas malheureux, il n'était pas malheureux, il n'était pas malheureux, et c'était la première fois qu'il le disait, il n'était pas triste, pas triste, pas triste, et c'était terrible d'avouer que c'était la première fois depuis longtemps, terrible de se dire que c'était l'aboutissement de quelque chose et qu'il se sentait bien, terrible de se dire qu'il ne savait plus si c'était une fin ou un début ou un milieu mais qu'il se sentait vivant, vivant, vivant, vivant et heureux et que c'était le poids qui pesait dans sa poitrine qui s'échappait par ses yeux, et que ce n'était pas la tristesse, pas l'horreur, mais que c'était le trop, trop de sentiments et trop d'amour et trop de tout, trop de peau contre sa peau et de bouche contre sa bouche et d'affection bien trop palpable et trop de temps passé. À tâtons, il avait posé à nouveau ses doigts sur Jupiter, parce que Jupiter venait à nouveau le chercher, parce que son corps pulsait sous ses doigts, parce qu'il avait besoin, besoin, besoin de se convaincre que tout n'était pas un rêve, que tout n'était pas un mirage, qu'il était bien là, que ce n'était pas que la fatigue ou la fièvre ou la douleur, que c'était Jupiter, Jupiter, Jupiter, Jupiter qui souriait à Esther, Jupiter qui fixait Claire, Jupiter qui était en deuil, Jupiter qui l'embrassait, Jupiter qui était beau, Jupiter sur qui il s'était trompé, Jupiter qui avait toujours été là, toujours à ses côtés, qui avait veillé sur lui, qui s'était tenu à sa droite sans jamais plier, Jupiter qu'il aimait et qui l'aimait, Jupiter qui n'avait jamais baissé les bras, qui ne l'avait jamais abandonné et d'un coup il ne lui importait plus toutes les Esther et toutes les Claire qui avait existé, et d'un coup elles n'avaient plus de sens, parce qu'aujourd'hui c'était dans ses bras que Jupiter était, parce que c'était à lui qu'il parlait, parce qu'il y avait quelque chose dans ses yeux qui dépassaient tout le reste, parce que c'était une dernière fois et une première, et une toujours fois, parce qu'il était un autre genre de toujours, parce qu'il était un autre genre de jamais. C'était évidemment, comme il s'emboîtait, comme ils étaient un trop tard de la pire sorte, un trop tard qui aurait pu fonctionner, à un autre temps, une autre époque, mais qui ne pourrait jamais courir sur le long terme, un trop tard qui aurait pu durer, un temps, un trop tard qui aurait pu exister s'ils ne s'étaient pas manqués, un trop tard qui ne pouvait pas prendre racine aujourd'hui. Il avait fermé les yeux, quand les lèvres de Jupiter s'était posées sur les siennes, avait profité du contact, l'air serein, l'air en paix, avant de relever les cils, avant de le fixer. Il était beau, Jupiter, beau et cassé, beau et puissant, beau et terrible. Il était beau, Jupiter, et ce n'était pas qu'une question de physique, il était beau quand il riait, il était beau quand il fronçait les sourcils, il était beau quand il s'obstinait à dire qu'il ne voulait s'attacher et qu'Hermès le surprenait avec tous les gens qu'il aimait en réalité, beau parce qu'il était complexe et contradictoire, beau parce qu'Hermès l'avait aimé avant et qu'il l'aimait maintenant, pas par obligation ou par culpabilité mais parce qu'il aimait chaque partie de lui, même celles qui le mettaient en rage, même celles qui le mettaient en colère. Il avait ri, tout bas, avait hoché de la tête, accepté la remarque, avait laissé traîner ses doigts sur les clavicules de l'homme.

« Je sais. » avait-il répondu, parce que c'était vrai. Il aurait dû en parler avant, avant que tout ne soit enfoui, avant qu'il ait assassiné ses sentiments, avant que la résolution ne se soit installée. Je sais, répondait-il, parce que Jupiter simplifiait le problème mais qu'il avait raison, qu'il aurait dû le faire, qu'il aurait dû tout avouer, le bouillon furieux de sentiments et de jalousie et de colère et de tout ce qui le rendait laid. Il aurait dû, bien sûr, évidemment, et peut-être l'aurait-il fait, s'il y avait eu un moment, si tout ne s'était pas enchaîné si brutalement. « Mais quand ? » Il avait remonté ses doigts dans ses cheveux, les avait fait glisser dans ses doigts. « J'étais trop jeune. Il y a eu Esther. Il y a eu Claire. Je suis devenu Mangemort. » Et la marque avait brûlé son bras. « Je suis devenu auror. J'ai été fiancé. Tu avais besoin d'un ami, plus que de n'importe quoi d'autre. J'avais le bon âge mais nous nous étions manqué. Je ne pensais pas que... » Il avait secoué la tête, avait pressé un baiser sur sa bouche, moins fugace, plus appuyé, un baiser parce que c'était plus simple que de lui dire qu'il ne pensait pas que ses sentiments avaient la moindre importance, un baiser parce que l'admettre lui faisait trop penser à Néron et qu'il se demandait ce que Néron ferait à Jupiter s'il lui avait avoué ses sentiments à l'époque et qu'il n'avait pu le masquer en rentrant à la maison, qu'il se demandait ce que Néron ferait à Soyan ou à Stitch si jamais il apprenait, qu'il se demandait ce que Néron lui ferait à lui s'il réalisait que son fils aîné était fêlé et tordu et abject. Il avait fermé les yeux, pour contrôler le flux de pensées qui l'assaillait, pour contrôler la panique, pour contrôler le reste, avait serré entre ses doigts les cheveux de Jupiter pour le forcer à s'approcher, pour le regarder avec un sérieux implacable, pour souffler, entre deux baisers, deux contacts volés à la vie et au temps et au passé et au présent et au futur : « Il n'y a personne que j'aimerais comme je t'aime, Jupiter. Ni dans ce monde, ni dans un autre, ni avant ni après ni maintenant. » C'était un serment comme un miroir déformant, similaire et différent, et il avait relâché l'étreinte de ses doigts, sans le lâcher tout à fait, l'air sérieux, trop sérieux, alors que son cœur agonisait dans sa poitrine, alors qu'il lâchait ses lèvres pour embrasser son front, sa tempe, l'aile de son nez et le dessin de sa mâchoire, les veine bleuâtre de ses paupière et l'arrondi de son arcade sourcilière, alors qu'il gravait du bout des lèvres le dessin de son visage, alors qu'il essayait de l'apprendre, plus soucieux de le perdre mais soucieux de se raccrocher aux secondes, avant que l'instant ne meurt, avant que tout ne s'évapore.

« Tu aurais pu m'en parler aussi. » avait-il murmuré, tout bas et sans reproche. « Avant que le temps file, avant que je bâtisse des barricades pour ne pas me noyer. » Il avait fermé les yeux, secoué par un rire. « On est stupide, toi et moi. On s'est bien trouvé. »

Bien trouvé, bien aimé, bien cherché, bien raté. Sans hésiter, il s'était penché, pour l'embrasser, encore une fois, parce que tout son corps hurlait, appelait, suppliait, parce qu'il n'arrivait pas à le lâcher, qu'il ne parvenait pas à décoller ses mains, que ça avait été toujours comme ça, même quand il s'agissait de ses sentiments ou de ses pensées, parce que tout revenait à Jupiter, souvent, parce que tout était revenu à Jupiter, pendant très longtemps, bénédiction ou malédiction, il ne savait pas trop, n'avait jamais su.

Tout comme il n'avait jamais su faire la cuisine. Ce qui était un sujet complètement annexe mais pas si éloigné, parce que ça l'avait arraché des lèvres de Jupiter et que, l'outrage sur le visage mais un fou rire dans la voix, il avait lâché : « Je crois que je viens de faire cramer les lasagnes. » avant de commencer à pleurer de rire, l'air libéré et heureux et stupide, le visage planqué contre l'épaule de Jupiter tant la situation était absurde, tant tout semblait s'additionner. Mais il était heureux, heureux, heureux, le visage contre son cou, malgré l'odeur du brûlé, malgré le manqué, malgré le temps passé, mais il était heureux, heureux, heureux, et son fou rire le secouait tout entier.
Revenir en haut Aller en bas


Invité
Invité
avatar
MessageSujet: Re: these bitter storms (juphermès)   Sam 27 Aoû - 21:53

Il y a quelque chose de trop parfait chez Hermès, quelque chose qui effraie un peu Jupiter, quelque chose d’achevé, quelque chose de complet, rien de véritablement bousillé comme chez lui ou chez Stitch, quelque chose de différent mais différent bien et pas différent psychopathe, quelque chose de doux et d’acquis et de grandiose. Parfois, parfois seulement, Jupiter se demande pourquoi Hermès perd son temps avec un déchet comme lui, avec un truc pas finalisé et pas bien assemblé et pété de partout, pourquoi il lui offre son amitié, pourquoi il lui sauve la peau à chaque fois, pourquoi pourquoi pourquoi et c’est un doute incohérent qui s’insinue en lui, un doute qui s’infiltre dans ses veines et qui le paralyse comme un poison. Il ne devrait pas douter, il ne devrait même pas se poser la question, parce qu’Hermès est son ami depuis quinze ans et qu’il est sûrement la seule personne en qui il ait véritablement confiance, la seule personne pour qui il donnerait sa vie, mais Jupiter n’est pas habitué à ça, aux actes altruistes sans aucune contrepartie attendue en retour, à la confiance mutuelle et il n’est surtout pas habitué à croire les gens sans remettre leur parole en doute. C’est un sentiment étrange, donc, que celui de se retrouver si proche de lui, lèvres contre lèvres alors qu’il n’a jamais embrassé d’homme avant, c’est étrange et ça l’agite de tourments, ça l’effraie complètement, parce qu’il n’a jamais compris pourquoi Hermès faisait tout cela pour lui mais qu’il le comprend enfin parce qu’il se voit aujourd’hui à travers ses yeux et parce qu’il réalise que ce n’est pas de la pitié, ni une erreur de jugement, ni une façon de le surprotéger, c’est simplement de l’amour, de l’amour brut et fort et indestructible. Et il ne sait pas pourquoi il lui dit qu’il aurait aimé savoir plus tôt, qu’il aurait voulu qu’il lui déclare ses sentiments, parce qu’en réalité, Jupiter ne les lui aurait sans doute pas rendus, par bêtise ou par orgueil, par honte aussi, peut-être, parce qu’il aurait été surpris par le moment et qu’il n’aurait pas su quoi répliquer, parce qu’il en aurait eu envie mais n’aurait pas pu s’empêcher de se dire c’est pas normal. Et pourtant, il avait su, Jupiter, il avait su au premier regard, avait vu les maladresses de son cadet, ses mains tremblantes et ses regards de côté, il avait vu l’assiduité qu’il accordait à leurs échanges épistolaires et la façon qu’il avait de lui demander des nouvelles, toujours hésitant, toujours inquiet, toujours concerné, il avait su, Jupiter, et il n’avait pas eu peur, et il n’était pas parti, et il n’avait pas été dégoûté, certainement pas. Il avait su, mais comme murmure Hermès, il y avait Esther, et il y avait Claire, et les mots semblent incongrus parce que Claire n’a jamais été plus qu’une amie, publiquement, parce que Claire était à James et que Jupiter était à Esther et que c’était très bien ainsi. Apparemment, il était le seul à ne pas voir ce qu’il y avait entre eux, le seul à le cacher, du moins, parce que les mots d’Hermès frappent fort et dur, laissant un Jupiter coi, incapable d’articuler ses prochaines syllabes parce que son ami continue, parle de lui, de ses fiançailles et de son engagement auprès des Mangemorts, et une nouvelle fois, il murmure « je sais » pour seule réponse, parce qu’il comprend tout ce qui a gangréné leur relation, parce qu’il l’entend, parce qu’il l’admet même si ça lui crève le cœur. Il comprend aussi les mots soufflés, presque chantés, alors que la main d’Hermès se glisse dans ses cheveux et qu’il lui fait le pire genre de promesse : celle que l’on ne peut pas tenir.

Jupiter n’aime pas les serments, il n’aime pas les souhaits jetés à la dérobée et il n’aime absolument pas ressentir de l’espoir lorsqu’il n’y en a aucun. Et ça ne devrait rien lui faire d’entendre ces mots sortir des lèvres d’Hermès, parce qu’il reste son meilleur ami même s’ils s’embrassent depuis cinq minutes, parce qu’il reste son absolu et son âme sœur et que ça n’a pas forcément besoin de devenir romantique, parce qu’ils ne seront peut-être jamais ensemble et que c’est très bien, au final, mais son cœur brûle, ses poumons s’asphyxient, et il n’en montre rien, reste droit, observe simplement l’Auror alors qu’il vient embrasser chaque centimètre de son visage, alors qu’il appose sa bouche comme un sceau sur sa peau et le fait totalement sien sans qu’ils ne s’en aperçoivent. « Tu aurais pu m'en parler aussi », il dit, ajoute quelques mots incohérents, et Jupiter secoue légèrement la tête, ne dit rien, le laisse poser la tête contre son épaule, secoué par un rire, alors qu’il constate que leur repas du soir est en train de cramer à quelques mètres de là. C’est bon de le sentir contre lui, bon, bon, bon, c’est nouveau et fabuleux et tendre, c’est quelque chose qu’il n’a pas connu depuis des années et ça lui fait du bien, ça le fait se sentir humain, et il renchérit, Jupiter, glisse ses bras autour d’Hermès et le serre contre lui, alors qu’il embrasse doucement sa tempe, comme s’ils avaient toujours été ensemble, comme s’ils s’étaient toujours aimés. « Je cuisinerai un truc », il souffle, nouvelle promesse, je cuisinerai un truc qui signifie tu m’as encore dans les pattes pour un moment, alors qu’il berce un instant Hermès qu’il tient précieusement contre lui, comme s’il s’agissait d’un trésor, du bien le plus précieux qu’il ait. C’est sûrement le cas d’ailleurs, il pense, alors qu’il s’assied sur un bout de canapé libre. « A propos de ce que tu disais un peu plus tôt, sur le fait que j’aurais dû dire quelque chose », il commence, la voix un peu trop sérieuse, lasse, rauque, alors qu’il s’éloigne de nouveau de lui et l’observe, une main machinalement posée sur sa chemise, au niveau de l’abdomen, comme s’ils s’étaient toujours appartenus. « Je n’aurais rien dit, parce que j’étais moi et que tu étais toi, parce qu’il y avait Esther et que j’aime les femmes. Je n’aurais rien dit, Hermès, parce que la vérité, c’est que j’aurais eu trop peur. » Il hausse un peu les épaules, le contemple, se demande comment il a pu passer à côté d’une évidence aussi énorme, écrite en lettres de béton, Jupiter et Hermès gravés sur un trottoir au centre d’un cœur, Jupiter et Hermès parce qu’il n’y avait toujours eu qu’eux deux, depuis trop longtemps, depuis des années, parce qu’il y a toujours eux même quand il n’y a plus rien et que c’est beaucoup trop évident et qu’ils étaient beaucoup trop stupides. La vérité, c’est que l’évidence n’était peut-être pas si évidente, justement, la vérité, c’est que trop de choses les séparaient, que trop de choses les séparent encore, la vérité, c’est que Jupiter se voit toujours comme le rat d’égouts alors qu’Hermès est le prince, et que même dans un monde où deux hommes pourraient vivre ensemble, cette différence fondamentale subsisterait. « Je n’aurais pas eu peur parce qu’on est deux garçons, j’aurais eu peur parce que », il commence, et les mots se perdent alors que son regard dévie, qu’il semble réfléchir, conscient qu’il risque de dire une bêtise, conscient qu’Hermès ne le comprendra sûrement pas, parce qu’il a toujours tout eu et qu’il ne voit probablement pas la misère, même lorsqu’elle frappe à sa porte. Il déglutit, baisse les yeux, sa main jouant machinalement avec le tissu de la chemise de son ami, comme pour se convaincre qu’il est bien là et qu’il ne partira pas, pas tout de suite, pas à cause de ce qu’il est sur le point de lui avouer. « Regarde-toi, et regarde-moi. »
C’est assez difficile pour Jupiter d’avouer ses faiblesses, assez difficile de dire qu’il a souvent rêvé d’avoir une famille, une véritable famille, assez difficile d’admettre qu’il n’a pas suffisamment d’argent pour penser à la semaine suivante. Il en est conscient, Jupiter, comme il est conscient qu’il y a une bonne poignée de jeunes femmes qui seraient ravies d’avoir Hermès pour elles seules et qui le mériteraient plus, bien plus que lui. Par honte ou par embarras, Jupiter n’a pas reposé les yeux sur son ami, comme s’il s’efforçait autant que possible de ne pas lire dans son regard le désarroi, de ne pas y lire l’amour, de ne y voir toutes ces choses qui rendraient la séparation plus dure alors qu’elle est inéluctable. « Je sais que c’est pas possible, que c’est fou, que c’est précipité, que l’on ne sera jamais ensemble, je sais que normalement, j’aime les femmes, et je sais surtout que je ne suis pas assez bien. Mais je t’aime, Hermès. Je t’aime et je te veux, même si ça me brise le cœur, même si ça me tue, et c’est ce qui m’effraie le plus. » L’aveu est presque sourd, résonne dans la pièce, il n’est pas pire que tout ce qui a pu être dit avant, les il n'y a personne que j'aimerais comme je t'aime, les il n’y a pas un seul univers où je ne t’aimerais pas totalement, mais c’est un véritable je t’aime, un qui lui arrache le cœur et le blesse parce que c’est mettre des sentiments sur quelque chose d’abstrait, parce que c’est jeter une bouteille à la mer dans l’espoir d’un futur qui n’existera pas. Et alors qu’il relève la tête, Jupiter s’approche et l’embrasse de nouveau, doucement, une main dans sa nuque, à la naissance de ses cheveux, comme pour l’attirer encore à lui, comme pour l’intimer de ne surtout jamais le quitter.
Revenir en haut Aller en bas


Invité
Invité
avatar
MessageSujet: Re: these bitter storms (juphermès)   Ven 2 Sep - 21:23

Être un Sang-Pur était quelque chose d'affreusement simple. Ce n'était jamais qu'un mot sur un papier, jamais qu'un statut, quelque chose d'arbitraire. Quelqu'un, un jour, avait décidé que ça avait de l'importance et c'était tout, un pouvoir fugace et futile qui ne reposait sur rien, et c'était tout, tout, tout. Il n'y avait rien d'admirable là-dedans. Être un Travers était plus compliqué. Cela impliquait de penser à la Famille avant de penser à soit, cela supposait que l'on avait quelque chose à apporter. Être un Travers, c'était vouloir être au sommet mais sans risquer, se frayer un chemin par le sommet en empruntant toutes les voies possibles. Être un Travers, c'était accepter qu'on n'était que ce que l'on pouvait donner, que l'on n'avait aucune valeur, aucun intérêt si l'on avait rien à apporter, que l'on était qu'un amas de génétique incarnant un carcan de chair. Ni plus, ni moins. Il n'y avait de la place pour rien d'autre, de toute façon, pour rien de plus émotionnel, pour rien de plus émotif. Être le fils de Néron Travers, dans le fond, était peut-être la chose la plus pointue et la plus compliquée. Il fallait être assez souple pour se plier à ses exigences, assez dur pour ne pas y céder, il fallait jongler entre la manipulation et le manque d'amour, entre les rêves d'indépendances et la laisse qu'on lui avait accroché autour du coup. C'était difficile, d'être le fils de Néron Travers, encore plus dur, depuis que Moïra s'était évaporée, encore plus dur, depuis qu'Agrippine le détestait. C'était dur et ça ne le rendait pas meilleur, c'était dur et il avait eu envie de pleurer lorsque la bouche de Jupiter s'était écrasée contre la sienne, envie de pleurer parce qu'il avait trop de choses à lui dire, envie de pleurer parce que tout était complexe et douloureux, envie de pleurer parce qu'il ne se souvenait plus quand on lui avait dit pour la dernière fois qu'on l'aimait. C'était il y a vingt ans, peut-être, sans doute, vingt ans depuis que sa mère lui avait soufflé en écartant les cheveux de son front, vingt ans depuis qu'elle lui avait offert l'ours qu'il serrait fort entre ses bras, vingt ans depuis que la dernière personne qui comptait lui avait dit, vingt ans, vingt ans, vingt ans, et Jupiter se pensait moins bien que lui. C'était presque risible, complètement ridicule, et il s'était écarté, pour le regarder, parce qu'il avait trop de mots, dans la bouche et dans le crâne et dans le cœur, et qu'il ne pouvait pas tous les prononcer.

« Jupiter. » avait-il appelé, la voix ferme, sans appel, comme pour interrompre le flot de pensées qu'il pouvait presque sentir se déverser. « Tu m'as. » C'était court, trop court, mais ça avait un goût d'absolu, de toujours et de promesses et Hermès ne faisait jamais à Jupiter de promesses qu'il ne pouvait pas tenir. Tu m'as, disait-il, comme si c'était la chose la plus simple au monde. Tu m'as, insistait-il, lorsqu'il agrippait ses mains pour les emmener sous sa chemise. Tu m'as, avouait-il, lorsqu'il cherchait ses yeux des siens et que son cœur battait fort, beaucoup trop fort. Tu m'as, tu m'as, tu m'as, parce que c'était la seule vérité qui importait, parce que Jupiter parlait d'impossibilité et de folie et de précipitation mais qu'il avait de la poussière plein la bouche, mais que tout cela existait depuis bien trop longtemps. Tu m'as, tu m'as, tu m'as, parce qu'il n'y avait rien de plus à expliquer, parce qu'il disait « Je te veux » et que la seule réponse valable était celle-là. Tu m'as depuis quinze ans, tu m'as depuis le Sourire, tu m'as depuis trop longtemps, tu m'as, tu m'avais, tu m'auras, différemment à chaque fois, une palette de formes et de couleurs. Tu m'as, tu m'avais et tu m'auras, et les doigts d'Hermès s'étaient resserrés autour des poignets de Jupiter, pour le supplier de ne pas bouger, de ne pas se blesser plus aux éclats de verre qui semblaient l'habiter. Lentement, il avait laissé traîner ses ongles au creux de ses poignets, pour suivre ses veines, remonter au creux de ses épaules pour enrouler à nouveau ses bras autour de lui, s'assurer de le garder près. « Jupiter. » avait-il soufflé, à nouveau, comme une invocation, une prière, une bénédiction. « Je sais d'où je viens. Je sais qui je suis. » Il avait froncé les sourcils, pesé ses mots, hésité. « Je sais que ça va te paraître atrocement privilégié et ça le sera parce que c'est ce que je suis et je ne peux pas le changer, j'ai toujours tout eu, je suis né avec une cuillère en platine dans la bouche mais. » Il s'était humecté les lèvres, doucement, s'était raclé la gorge : « Ce que je sais aussi c'est qu'on m'a appris à me taire, qu'on m'a appris à n'être qu'une quantité négligeable, qu'on m'a appris que j'avais une valeur et que si je la perdais je n'étais ni irremplaçable, ni unique, ni intéressant. » Il l'avait lâché, pour se passer une main sur le visage, lui adresser un sourire affreusement embarrassé : « Ça fait vingt ans qu'on ne m'a pas dit qu'on m'aimait, Jupiter. Tu vaux tellement plus que tous ces gens, tu vaux tellement plus que moi. Je suis égoïste, pourri gâté, et je me regarde, je me regarde tous les jours pour être sûr d'être l'image parfaite et lisse de l'héritier, je me regarde tous les jours en me demandant comment je pourrais être ce qu'on attend de moi plutôt que d'être moi parce qu'être moi me terrifie parce que je ne vaux rien, parce que je n'ai rien à apporter à ma famille si je ne suis que moi. Même ma sœur me hait, tu sais. Tu peux me demander de me regarder et je le ferais, je le fais, tu vois ? Mais je te regarde aussi et je vois quelqu'un qui survit, qui a survécu, qui n'a jamais arrêté de survivre, quelqu'un de courageux, et de fort, et de fiable. Quelqu'un que j'aime. »

Et c'était trop long, cette fois, beaucoup trop long et il avait secoué la tête, le regard fuyant, rouge des racines des cheveux au creux du cou, l'estomac noué.

« Je suis navré, je m'étale trop. » Il s'était raclé la gorge, encore une fois. « Ce que je voulais dire c'est que. Je sais que c'est impossible, parce que je ne veux pas risquer ce qu'on a, parce qu'on a raté le coche mais tu m'as. N'en doute pas. »

Parce qu'il ne pourrait jamais rien dire de plus vrai que ces trois mots-là.
Revenir en haut Aller en bas


Invité
Invité
avatar
MessageSujet: Re: these bitter storms (juphermès)   Dim 4 Sep - 11:37

Le parfum qui flotte autour d’eux est différent de celui qui les entoure d’habitude. Il y a quelques petits éléments qui sont les mêmes, qui ne changent pas, immuablement, l’odeur de la cigarette qui se consume dans le verre de whisky, celle des lasagnes qui crament, celle du baume, entêtante, qui leur donne l’impression de se trouver dans une apothicairerie, et quelque chose de nouveau, au milieu de tout, une effluve que Jupiter n’avait jamais pris la peine de sentir avant mais qui colle désormais à ses vêtements, qui l’enivre et le charme, le musc et les épices et le citron, l’odeur d’Hermès, si particulière, si douce, si parfaitement lui. Un instant, il tremble, Jupiter, à l’idée que tout ça ne soit pas réel, à l’idée que ça le soit aussi, prisonnier d’un moment qu’il chérit autant qu’il le craint, parce qu’il l’a dit, parce qu’il le pense, ils ne pourront jamais être tous les deux et parce que leur amitié est trop, beaucoup trop importante pour la confondre avec des sentiments de passage, même s’il sait que ce n’est pas une passade, la lubie de quelques minutes, il sait que c’est davantage, que c’est plus, que c’est infini et céleste, que c’est écrit dans les étoiles et qu’ils ne peuvent absolument pas lutter parce que ça les dépasse largement. Et c’est terrifiant, ça l’est, précisément parce que Jupiter ne s’y attendait pas, précisément parce qu’il n’espérait rien, parce qu’il n’y pensait même pas, parce qu’avant aujourd’hui, il n’avait jamais regardé Hermès de cette manière, avec amour, envie, admiration et désir, parce que c’est dur de détourner ses yeux et d’ignorer les sentiments qui cognent contre sa poitrine, et que ça l’est encore plus lorsqu’Hermès lui répond tu m’as, comme s’il ne pouvait pas en être autrement, tu m’as et tu m’auras toujours semble-t-il murmurer alors qu’il encercle ses poignets, remonte ses ongles le long des nervures de ses bras et attrape ses épaules pour l’étreindre encore, tu m’as il dit, et Jupiter serre un peu la mâchoire, baisse les yeux, parce que cette promesse a des accents d’adieux et qu’il attend ses prochains mots avec une angoisse toute nouvelle qui ne lui ressemble définitivement pas. Et les syllabes sortent en flots, en cascade, des phrases que personne ne lui a jamais dites parce que personne n’a jamais véritablement considéré que Jupiter était digne de les entendre, des confessions qui le terrifient parce qu’il ne s’imagine pas Hermès rester vingt ans sans un seul acte de tendresse à son égard, parce que s’il avait su, peut-être aurait-il pu agir, à son échelle, peut-être aurait-il pu lui dire plus tôt, tu es important et je t’aime, car il le pense depuis toujours et pour toujours. La douleur se sent à travers la voix de son ami, filtre, distinctement, transparente, parce qu’Hermès est comme lui, un écorché vif, preuve vivante que la pureté du sang n’aide pas à être plus heureux, à avoir une plus belle vie, et c’est naturellement que la main de Jupiter se pose sur sa joue, la caresse d’un effleurement affectueux, et il l’écoute encore, toujours, capte ses mots avec une attention certaine, ne détournant pas un seul instant son regard de celui de son ami. Il est déjà foutu, Jupiter, et il le sait, parce qu’il a mal au plus profond de ses entrailles alors qu’Hermès répète ce mot, impossible, se contredit lorsqu’il dit tu m’as, parce qu’il ne l’a pas vraiment, ne l’aura jamais vraiment, parce qu’ils ne s’appartiendront pas, parce qu’ils auraient pu s’avoir mais qu’ils n’avaient rien fait pour, et Jupiter attend un moment avant de sourire, juste le temps de digérer les mots, de les assimiler, de les comprendre définitivement. Impossible.

C’est difficile de blâmer Hermès pour un constat qu’il a lui-même établi, difficile de l’accuser de ne pas se battre suffisamment alors qu’il a attendu quinze ans, quinze ans pour que Jupiter le remarque, quinze ans pour qu’il réponde à son je t’aime par un je t’aime aussi, quinze ans pour qu’il ose dire tout haut ce qu’ils savaient tous deux depuis bien trop longtemps. C’est impossible parce qu’ils ont trop attendu, parce que le temps a fait son œuvre et qu’il les a transformés en ce qu’ils sont aujourd’hui, deux hommes perdus et désespérés, deux personnes à qui la vie n’a pas souri et qui n’en sont pas sortis indemnes mais qui sont couverts de cicatrices, de contusions et d’ecchymoses, deux hommes qui ne peuvent pas s’aimer parce qu’ils le feraient mal, comme tout ce qu’ils entreprennent. C’est impossible et Jupiter le sait, Jupiter le dit, alors il ne comprend pas pourquoi il a mal, pourquoi ses yeux s’embuent, pourquoi pourquoi pourquoi il crève d’envie d’embrasser Hermès et de le serrer contre lui, parce qu’il est trop beau et trop idéal et qu’aucune personne saine d’esprit ne pourrait penser le contraire.  « Ton prénom te va bien », il murmure finalement, maigre rictus au coin des lèvres, alors qu’il attrape la main d’Hermès dans un geste qui ne ressemble plus aux attentions romantiques qu’ils s’adressaient quelques instants plus tôt, un geste purement amical, presque froid, comme s’il remettait soudain son habituel masque de froideur. « Le dieu donneur de chance, mais aussi celui qui conduit les mortels aux enfers. » Ce n’est pas censé être méchant, parce qu’il n’y a aucun fiel dans la voix de Jupiter, aucune amertume et aucune mesquinerie, parce que ce sont des sentiments qui n’entrent jamais en compte lorsqu’il s’agit d’Hermès, mais il y a pourtant de la tristesse, un soupçon de douleur alors que le sourire se fait plus discret, presque pincé, un semblant d’âpreté lorsqu’il baisse les yeux et soupire, tout doucement, soupire comme s’il n’y avait plus rien à dire, comme s’il venait de tout résumer en deux petites phrases ridicules qui ne veulent rien dire, si ce n’est une chose : tu me brises le cœur. « C’est impossible, tu as raison », et les mots résonnent dans la pièce, se font écho à eux-mêmes, trouvent leur réponse dans les prochaines paroles de l’assassin. « Je me sens stupide, Hermès. Stupide d’avoir su depuis si longtemps mais de ne pas avoir immédiatement compris, stupide de ne prendre conscience de mes sentiments qu’aujourd’hui, stupide de t’avoir embrassé alors que je savais comment ça se terminerait. » Et il rit alors qu’il écrase une larme qui vient de couler sur sa joue, maladroitement, sèchement. « Tu restes mon meilleur ami. Tu le seras toujours. » C’est une promesse, encore, un souhait aussi, parce qu’il sent que tout change autour d’eux, que tout change à l’intérieur d’eux, et qu’il le refuse, expressément, tout comme il rejette l’idée de ne plus avoir Hermès dans sa vie.
C’est brusquement qu’il se relève, rajuste son col et glisse une main dans ses cheveux, tentative modérément convaincante de les repeigner, attrape son calepin et tente de se souvenir de la dernière victime, la femme aux cheveux blonds, alors qu’il la revoit gisant sur le sol froid de son salon. « J’ai tué une mère de famille, ce soir », il lâche, sans un regard à Hermès, comme s’il voulait simplement changer de sujet, retourner aux banalités qu’ils s’adressent habituellement, les qu’est-ce que tu as fait au travail aujourd’hui qui ne trouvent jamais de réponse normale avec eux parce que, précisément, leurs métiers ne sont pas banals. « Je ne vaux pas mieux que tous les autres. Je suis pire, mille fois pire. » Le constat est lâché sans une seule trace d’émotion, parce que c’est la simple vérité, crue, violente, je suis pire parce que tuer des ordures ne fait pas de vous quelqu’un de bien. « Tu sais pourquoi je fais ça, Hermès ? » La question est rhétorique, n’appelle pas de oui ou de non, car la réponse arrive tout de suite après, terrifiante, glaçante. « Parce que je n’ai plus envie de vivre et que j’espère qu’un jour, l’une de mes cibles dégainera la première. » Il tourne la tête, l’observe, ose un sourire alors qu’il attire son manteau à lui à l’aide d’un Accio. « Alors c’est mieux de se dire que c’est impossible, Hermès. C’est mieux parce que quand je pense à toi, j’ai presque envie de vivre », il souffle en enfilant le vêtement, à l’affût du moindre signe d’Hermès qui pourrait signifier reste près de moi ce soir.
Revenir en haut Aller en bas


Invité
Invité
avatar
MessageSujet: Re: these bitter storms (juphermès)   Mar 6 Sep - 0:33

C'était la terreur. C'était ça, ce sentiment qui lui cramponnait l'estomac, c'était ça, le goût dans sa bouche. Ce n'était pas la peur, la peur qu'il savait combattre, la peur qu'il connaissait par cœur, qu'il avait apprivoisé, dompté, dominé, ce n'était pas l'angoisse, qui lui piquait les doigts et lui faisait serrer la mâchoire, pas la crainte, plus douce et plus fugace, rien de tout cela. C'était la terreur. C'était la terreur et les lames dans son ventre, la terreur et les tremblements qu'il ne parvenait plus à maîtriser, c'était la terreur, violente et laide, Dame Terreur et ses bras de velours autour de son cou, une corde qui se resserrait comme une étreinte et l'envie de hurler, la terreur qui l'envahissait. C'était la terreur et c'était compliqué à formuler, c'était la terreur et c'était dur à avouer, la terreur et ses longs doigts osseux qui se glissaient dans sa bouche pour mieux étouffer les mots qu'il voulait hurler. C'était Impératrice Terreur, assise sur son torse, un cadavre comme oripeaux, les lèvres pressées contre sa gorge pour en percer la peau, Reine Terreur et sa danse lascive dans ses poumons, Madame Terreur et son sourire de macchabée. C'était la terreur, la terreur toute simple, la terreur toute nue, la terreur qui le plaquait là, comme un papillon écartelé, les yeux rivés sur Jupiter et les larmes prêtes à tomber. C'était la terreur qui valsait là où il aurait aimé voir se dresser l'affection, la terreur là où ils construisaient des temples, la terreur là où leurs mains se touchaient, parce qu'il était responsable, parce qu'il aurait dû mentir et fuir, parce qu'il était plus Charon qu'Hermès, parce que lui aussi connaissait ses tragédies grecques et qu'il se ferait Orphée s'il fallait aller chercher Jupiter dans les enfers où il s'enfonçait, c'était la terreur parce qu'il était le dernier pas avant le précipice, parce qu'il était égoïste et dément et malheureux, parce que Jupiter était trop loin, beaucoup trop loin subitement et qu'il n'avait pas assez de mains pour le retenir, pas assez de courage et de recul, pas assez de foi pour l'implorer de ne pas le quitter. C'était ridicule, c'était ridicule et il était terrorisé, parce que les toujours de Jupiter avait subitement un goût de jamais, parce qu'il avait la sensation que tout allait se terminer une fois le pas de la porte franchi, que tout allait se tordre et se distordre, que Jupiter allait s'éloigner jusqu'à se laisser engouffrer, jusqu'à se laisser dévorer, envahi par une obscurité qui l'enveloppait déjà mais dans laquelle Hermès avait toujours réussi à le retrouver, aveugle et à tâtons, les mains tendues devant lui jusqu'à le rencontrer, les mains agrippées à son existence comme pour sauver un noyé.

C'était ce qu'il avait fait, encore une fois, parce qu'il était accroché, agrippé, parce qu'il avait le coeur au bout d'un hameçon même quand la terreur l'envahissait, parce que Jupiter était beaucoup trop important pour être jamais lâché, parce que Jupiter comptait trop pour qu'il puisse le laisser s'échapper, parce qu'il n'était pas terrorisé par l'homme mais qu'il était terrifié parce qu'il pouvait se faire à lui-même, pas directement, pas consciemment, parce qu'il n'était pas comme cela, mais qu'il était du genre à laisser sa vie prendre feu et à ne pas chercher à l'éteindre, parce qu'il était du genre à laisser l'eau monter sans ouvrir les fenêtres pour l'évacuer, du genre à laisser l'autre dégainer pour mieux se laisser choir au sol. Hermès ne pouvait pas le supporter. Hermès ne pouvait pas l'envisager. C'était terrible et odieux et abominable, c'était terrible et stupide et infernal, parce que c'était impossible et qu'ils le savaient, parce que ce n'était pas envisageable, et qu'ils l'avaient appris par cœur, mais que la simple idée de le laisser partir était un impossible plus puissant encore, deux forces inarrêtables qui se rencontrent et puis la collision des corps. Il avait décollé, et c'était presque majestueux, si ça n'avait pas été si désespéré, presque gracieux, si ça n'avait pas été aussi terrifié, mais il avait décollé, comme un corbeau dans ses habits noirs, les ailes d'Hermès sous les semelles alors qu'il rencontrait Jupiter sans lui demander son avis, violent et puissant, et frontal, alors que leurs corps se percutaient et qu'il se moquait bien du déséquilibre et de la gravité, parce qu'il avait les ongles plantés dans sa nuque et les yeux qui brûlaient, parce qu'il y avait l'enfer quelque part entre leurs bouches et qu'il était prêt à le traverser, parce qu'il y avait la douleur quelque part entre leurs corps et qu'il s'en moquait. Et il était grand, trop grand, Jupiter, et Hermès était suspendu, et il s'agrippait plus fort, pour le retenir, pour l'empêcher de partir, parce que ça n'avait pas d'importance, parce que plus rien n'en avait, parce que plus rien ne devait en avoir.

« Je sais. » avait-il lâché, et sa voix était dure, et froide, je sais pourquoi tu fais ça, je sais qui tu es, arrête de faire comme si je pouvais l'ignorer, arrête de penser que personne ne peut t'apprendre, arrête d'imaginer que je suis aveugle ou stupide, arrête de mettre l'océan entre nous quand les vagues nous ramènent inlassablement, arrête, arrête, arrête, criait le gel contre sa langue, arrête, arrête, arrête, hurlait l'incendie qui allumait son regard. « Reste. » Et ce n'était plus une supplique, plus une demande, plus une proposition, c'était sûr et déterminé, c'était un ordre et un appel, et il y avait cette tension, dans sa gorge et dans sa mâchoire, alors qu'il agrippait le col de Jupiter pour le repousser, pour forcer le manteau hors de ses épaules, pur produit de son éducation, gamin capricieux et autoritaire. Reste, disait ses doigts qui tremblaient malgré l'assurance qui habitait sa voix, reste parce que tu ne peux pas me quitter, reste parce que je n'existe pas sans toi, reste parce que mon monde ne peut être que si tu es là. Reste, reste, reste, ne transforme pas tes toujours en plus jamais, ne te laisse pas engloutir, avaler.

« Regarde-moi. » avait-il intimé, alors qu'il forçait son front contre le sien, sur la pointe des pieds et les ongles toujours fermement plantés, la voix serrée et le corps trop près, le Tartare sous le corps, prêt à l'avaler. « Regarde-moi ! » avait-il répété, en cherchant ses yeux, parce que tout était trop dur, parce que tout était trop compliqué. « Je te connais. » Par cœur, les choses importantes, les choses qui en valait la peine, un peu du passé, beaucoup du présent, son odeur et la façon dont ses cheveux rebiquaient quand il y avait de la pluie, la façon qu'avait la nuit de l'envahir et l'alcool qu'il buvait, la façon dont il se tenait, la façon dont ses mains étaient plus douces que ses mots, comment ses yeux glissaient sur les pièces, comment il s'asseyait, comment il détestait être touché. « Tu ne peux pas mettre un gouffre entre nous et attendre de moi que je ferme les yeux quand tu te jetteras dedans, parce que je ne le ferais pas, parce que j'irais jouer les filles de l'air après toi, parce que tant qu'il y aura une chance de t'attraper je la prendrais parce que Jupiter, mes toujours sont des toujours, je n'ai jamais fait de promesses que je ne tiendrais pas. Surtout pas à toi. » Parce qu'ils étaient un accident, une collision, un amas de chairs froissés et d'amours bafoués, parce qu'ils étaient trop tôt et trop tard, parce qu'ils étaient avant et après, parce qu'ils étaient synchrone et désynchronisés, qu'ils étaient un oxymore, qu'ils étaient et ne devaient pas être, parce que les doigts d'Hermès s'étaient resserrés autour de sa nuque pour ne pas le laisser s'échapper. « Reste. » avait-il répété, et c'était plus une prière, parce que la tristesse était revenue, parce que le feu s'était tu, parce qu'il était démuni, après de trop longues tirades, démuni et fatigué, mais qu'il ne pouvait pas lâcher.

« Tu m'as promis de me faire à manger. » avait-il murmuré, une dernière fois, avant de le relâcher, sans reculer, la main posé sur son épaule, et c'était ridicule, comme argument, ridicule de penser que ça pouvait l'arrêter, ridicule et trivial mais il n'avait rien d'autre à ajouter, rien d'autre à donner, rien d'autre à souffler, parce qu'il avait dit je t'aime et que ça n'avait pas suffit, parce qu'il avait dit je t'appartiens et qu'il n'avait pas compris, parce qu'il avait dit impossible et que c'était tout ce qui était resté. « S'il te plaît. »
Revenir en haut Aller en bas


Invité
Invité
avatar
MessageSujet: Re: these bitter storms (juphermès)   Mer 7 Sep - 23:20

L’inattendu est ce qui définit l’entièreté de leur relation, des prémices jusqu’à la fin, jusqu’à l’épilogue qui arrivera aussi tard que possible l’espère Jupiter, tant qu’ils auront encore la force de ne jamais trop se repousser, tant qu’ils auront encore l’envie de s’appartenir même si ce n’est pas totalement le cas. Elle est violente, la rencontre de leurs corps, la manière qu’a Hermès d’harponner sa nuque pour y planter les ongles, violente aussi la façon dont ils s’ignorent sans vraiment le faire, parce qu’ils ne le pourraient pas même s’ils le voulaient. Les mots de l’Auror, lâchés dans la semi-obscurité, sont durs et impérieux, et si Jupiter tarde à planter ses iris dans les siens, c’est simplement parce qu’il craint de tomber complètement, subitement, parce qu’il craint que l’absolu qui y figure, que l’abysse qu’ils représentent ne l’engloutisse totalement. Pourtant, l’ordre claque dans les airs, et comme à chaque fois qu’Hermès lui parle, Jupiter l’écoute, boit ses paroles et par-dessous tout, lui obéit, tentant d’occulter l’effet qu’a leur promiscuité sur son cœur et la rafale d’émotions qui déferle dans chacune de ses veines, parce que oui, il le regarde et oui, il est là et oui, il est vivant, bien vivant, même si ce n’est que pour quelques minutes ou quelques heures, il est vivant contre Hermès, vivant au contact de sa peau, vivant près de lui, et c’est un sentiment grisant qui pourrait le tenir en haleine plusieurs siècles, au moins. C’est dur de se l’avouer, dur de se dire que quelques heures auparavant, Hermès n’était qu’un ami, un confident, un protecteur sans aucune espèce de lien à tisser entre eux, et qu’il est désormais le plus important, l’essentiel, celui qui le complète et qui le rend entier. Entier, et vivant. Et ce serait tellement plus simple de dire non, je pars, tellement plus facile et couard et ridicule de tourner le dos et de partir, tellement plus raisonnable, parce que le mot impossible revient lui mettre une claque, le secouer tout entier, le mot impossible apparaît en lettres d’or et tambourine contre ses côtes alors qu’il écoute son ami parler, s’abreuve de ses mots, reste, et le non, je pars semble soudain incongru, stupide, inenvisageable. Il ne peut pas faire quelque chose qu’il n’a pas envie de faire, Jupiter, il ne peut pas forcer sa nature et aller contre son envie, se comporter comme l’ours qu’il est trop souvent, dénué d’émotions et distant et glacial alors que ses joues s’empourprent et que son souffle devient lourd. Les mots d’Hermès n’ont plus de sens, l’évocation du repas comme prétexte et la supplique lancée dans l’air, la formule de politesse, le s’il te plait, vulgaire et tellement décalé qu’il n’appelle aucune réponse hormis le dédain. Leur relation n’est pas un s’il te plait. Elle est un ordre proclamé haut et fort, scandé par les foules, un murmure impérieux qui tait soudain tous les autres, parce qu’ils s’ordonnent des choses mais ne se forcent jamais, parce qu’ils s’imposent en se respectant et en s’aimant, et c’est sans doute la dernière pensée sensée qui traverse la tête de Jupiter avant qu’il ne perde pied.
S’il parvenait à garder ses esprits, à rester serein et paisible, en pleine possession de ses moyens, il lui répondrait évidemment qu’il ne peut pas faire comme si de rien n’était, cuisiner quelque chose à quelques mètres de lui sans crever d’envie de laisser tomber les marmites pour un exercice plus sommaire et bien moins chaste. Une partie de lui pense cela, se contient, garde en elle des choses qu’elle voudrait exprimer mais qu’elle tait parce que ce n’est pas bien/normal/juste, ce n’est pas eux, ce n’est pas sain, et en même temps, rien n’est sûrement plus naturel que de découvrir des sentiments pour la personne que l’on préfère au monde, rien n’est sûrement plus évident que d’avoir envie d’être avec quelqu’un d’insaisissable alors même qu’il se trouve juste à côté. C’est ça, Hermès. C’est l’absolu et l’impossible, l’envie et la peur, celle qui se cramponne au ventre et qui fait oublier toute rationalité, celle qui accroche l’âme et la blesse jusqu’à n’en laisser qu’un bout de chair, une épave de ce qu’il était, parce que c’est ce qu’elle fait, l’âme, elle ressent et doute et souffre, et sans elle, nous ne serions que des robots, sans personnalité, sans saveur, des robots comme dans les fictions que l’on voit parfois au cinéma, envahisseurs sans réel but parce que ressentir, parce qu’éprouver ne fait pas partie d’eux. Et c’est quelque chose que Jupiter ne peut pas occulter, même en le souhaitant, même en le désirant de toutes ses forces, je ne suis pas un robot et je suis bourré de sentiments lui hurle son cerveau, inconscient des ravages de cette simple constatation. Il aimerait dire quelque chose à Hermès, répondre à ses lamentations et à ses ordres et à ses prières, mais tout ce qui lui vient à l’esprit, c’est « je t’en prie, Hermès », un simple murmure, lèvres pincées et yeux bien trop humides, ne me brise pas le cœur semble-t-il ajouter alors qu’il l’observe de bien trop près, mirettes perdues dans les siennes, ne tombe pas avec moi il voudrait lui hurler, parce qu’il peut supporter de se détruire mais certainement pas d’entraîner Hermès dans sa chute. Et il hésite à ajouter quelque chose, à laisser parler son âme, lui accorder la scène qu’elle mérite pour s’exprimer pleinement, à bonne dose de je t’aime et de je t’aimerai toujours, mais Jupiter n’est définitivement pas de ceux qui montrent leurs émois, et c’est doucement qu’il recule, à contrecœur, les doigts cerclant délicatement le poignet de son ami, étreinte qui pourrait paraître froide mais qui semble soudain infiniment plus chaleureuse lorsque l’on sait qu’elle vient de lui. « Je vais te cuisiner quelque chose », il souffle, alors qu’il retire le manteau qu’il vient d’enfiler, et sa voix semble dénuée d’émotions si ce n’est le petit tremblement qui l’agite en fin de phrase, le chose soufflé comme si ce n’était définitivement pas la bonne réponse mais que c’était la seule possible. L’usage du te, lui aussi, n’est pas innocent, sous-entend l’imminent départ de Jupiter parce que son cœur est sur le point d’imploser, parce qu’il n’aurait sûrement jamais dû venir ce soir et parce qu’il sent qu’une nuit de repos lui sera bénéfique, ne serait-ce que pour digérer la nouvelle, assimiler ses sentiments et leur importance étouffante, gigantesque, tellement qu’il s’étonne de n’avoir rien vu venir.
Jupiter s’éloigne, pose soigneusement le manteau sur le canapé, avant de se diriger vers le coin cuisine et de fouiller les placards à la recherche d’ingrédients. Il ne parle plus, reste muet, comme s’il craignait de dire une ânerie, de se répandre en explications qui ne satisferaient aucun des deux, attrape quelques légumes, un couteau, se lave méticuleusement les mains et commence à couper les tomates en petits dés. « Mets un peu d’huile à chauffer dans une poêle, s’il te plait », ordre froid digne d’un chef de cuisine, alors qu’il garde les yeux figés sur la nourriture qui s’éparpille sous sa lame, tac tac tac, bruissement familier, cliquetis reposant. Ça dure quelques minutes comme ça, quelques minutes à rester silencieux, à ne lancer que de vagues directives à Hermès, sale, poivre, mets le couvercle, un comportement impersonnel qui ne leur ressemble pas et qui l’épuise, moralement, physiquement, une distance qu’il leur impose volontairement pour ne pas souffrir, pour ne pas aimer, pour ne pas se retrouver seul sur le bord de la route, et au bout d’un moment, alors qu’un doux grésillement s’élève de la poêle et que le fumé de la ratatouille se fait enfin sentir, alors que Jupiter a les paumes posées contre le comptoir, fermement décidé à ne pas s’approcher d’Hermès, les barrières cèdent, les vannes lâchent, et dans un soupir, il tourne vers son ami, attrape son visage entre ses mains et embrasse ses lèvres avec une soif nouvelle, bouche déjà avide de retrouver sa jumelle. Il entend quelque chose tomber, quelque chose d’autre, un truc qui se casse, apparemment, mais il s’en moque, en réalité, parce qu’il pourrait bien être sur Mars ou Pluton, il pourrait être en hiver ou en été, à minuit ou en pleine journée, rien n’égalerait le sentiment de complétude qui l’étreint à cet instant, et leurs dents cognent, et leurs corps se serrent, et leurs souffles deviennent irréguliers, rauques, alors qu’ils s’embrassent encore et désespérément, comme s’ils ne pouvaient désormais plus s’arrêter. « Hermès », il murmure contre ses lèvres, mains sur son abdomen, fermement accrochées à sa chemise, parce qu’il comprend enfin, de plus en plus, qu’il préfère avoir mal, il préfère cet amour bancal et mortifère plutôt qu’une ombre de sentiments, qu’un semblant d’amitié, qu’un mensonge qu’ils se tisseraient et qui les consumerait bien trop vite.
Revenir en haut Aller en bas


Invité
Invité
avatar
MessageSujet: Re: these bitter storms (juphermès)   Jeu 8 Sep - 16:25

C'était le silence, avant tout, qui l'avait assailli. C'était le silence entre eux, le mutisme de leurs gestes, le retrait, la restriction, c'était le vide, d'un coup, qui s'était abattu, et ça lui avait fait peur, plus que le reste, plus que son égoïsme, plus que ses sentiments, parce qu'il avait peur d'avoir trop poussé, peur d'avoir enfoncé ses ongles trop profond, peur de l'avoir contraint plus que convaincu, parce que les mots qui dévalaient de sa bouche étaient des ordres, parce qu'il avait besoin de lui comme de l'air qu'il respirait et qu'il ne pouvait pas supporter de le voir tenter de s'évaporer, parce qu'il lui avait extorqué la vérité comme un braqueur de banque et qu'il fallait qu'il assume, parce que ça faisait quinze ans qu'Hermès vivait avec la vérité de leur impossibilité et qu'il avait déjà mal, qu'il avait déjà le cœur brisé mais que ce n'était pas important, que ce n'était pas l'essentiel, parce qu'ils étaient eux et qu'il avait besoin de lui, amoureux ou pas, sentimentalement ou pas, qu'il avait besoin de lui parce qu'il était son ami, son meilleur ami, et que l'affection qu'il lui portait ne se limitait pas à ça , aux remous qu'il causait dans son ventre, dans son cœur, aux rêves qu'il occupait la nuit, à ses mains moites ou à ses joues rouges, à la façon qu'il avait de le suivre du regard quand Jupiter ne le regardait pas, à la façon dont son monde avait un jour tourné autour de lui avant qu'il se force à s'en arracher, à s'en détacher, parce que c'était malsain et douloureux, parce que c'était violent et terrifiant, parce qu'ils n'étaient pas une tragédie grecque, parce qu'ils méritaient mieux que la mort et les larmes, que la douleur et le sang. Il avait compté jusqu'à douze, un chiffre par heure, la respiration qui se cale, les yeux qui se fermaient, il avait compté jusqu'à douze, Jupiter dans son dos, avait écouté les bruits, la veste qui tombait sur le canapé et la voix de son ami trop lointaine et trop froide, trop distante et trop absente, comme s'ils venaient d'une autre dimension, comme s'il avait tout cassé en attrapant sa main, comme s'il avait fait une erreur en crachant finalement la vérité. Il n'avait pas l'habitude des erreurs. Les autres en faisaient et il les réparait, souvent, il en faisait et ça n'avait pas de conséquences, régulièrement. Il n'avait pas l'habitude des erreurs qui comptaient, des erreurs qui blessaient, des erreurs qui ne se réglaient pas, des erreurs qui laissaient le silence envahir chaque recoin, des erreurs qui tuaient, sans doute, peut-être, qui plantaient leurs ongles et leurs dents dans son cœur et qui plus jamais ne lâchaient. Il avait compté jusqu'à douze, lentement, avant de se mettre en mouvement, mécanique, les yeux baissés, à suivre les instructions comme on lui demandait, parce que c'était plus simple, plus facile, plus évident, de ne plus être au volant de l'accident qui les guettait, parce que c'était plus simple, plus facile, plus évident, de ne plus être responsable de ce qui leur arrivait et peu importait ses jointures blanchies à force de serrer le comptoir, et peu importait le reste, la boule dans sa gorge et la peur dans son ventre, peu importait. Huile, sel, poivre, couvercle, le bruit du couteau qui tranchait quelque chose dans son dos, le bruit du silence, aussi, fracassant, déconcertant, parce qu'il y avait un gouffre qui se creusait entre eux, un gouffre qui s'était ouvert, subitement, entre leurs pieds, et qu'Hermès n'était pas sûr de savoir comment l'aborder, comment le gérer, comment retomber sur ses pieds malgré la douleur qui tambourinait dans sa poitrine, malgré l'enfant qui hurlait en lui, démuni et abandonné, parce que tous les gens qu'il aimait s'en allait, parce qu'il avait perdu sa mère et Agrippine, parce que Jupiter prenait la tangente pour s'écarter de lui.

Il n'avait même pas réagi lorsqu'il avait senti Jupiter se tourner vers lui. Il n'avait pas réagi, parce que tout se passait au ralenti, parce qu'il n'était là qu'à moitié, parce qu'il tournait en rond, au final, en rond dans sa propre tête, en rond, en rond, en rond, alors que le monde progressait, alors que les mains de Jupiter était brutalement sur lui, et qu'il ne savait plus dans quel monde il était, si c'était le sien ou un de ces étranges mondes parallèles qu'il s'était imaginé, ces mondes alternatifs où tout était semblable et différent, où ils n'étaient pas un peut-être, où ils étaient un maintenant, où ils n'étaient pas dévorés par les tranchées qu'ils creusaient, et peut-être qu'il rêvait, parce que les mains de Jupiter étaient fermes et chaudes, parce que sa bouche avait rencontré la sienne comme une nouvelle collision, comme s'ils n'avaient pas le temps, et c'était un baiser plein de dents, plein de surprise, plein d'avidité, les sept pêchés capitaux en un seul baiser parce que ce qu'il tenait dans les mains lui échappe, parce qu'il y a un bruit d'effondrement et de chutes et qu'il s'en foutait, que ses mains cherchaient mécaniquement Jupiter, pour l'attirer plus près, parce qu'il y avait le même goût de désespoir dans sa bouche, parce qu'il avait le goût familier de l'amour qui brûle et qui se tait. Il avait frissonné, électrisé, lorsque son prénom s'était échappé, lorsqu'il l'avait entendu, lorsqu'il avait rouvert les yeux, dans le carnage qu'était sa cuisine pour mieux regarder Jupiter, pour mieux admettre qu'il le voulait, que ce qui pulsait dans son ventre n'était pas passager, que c'était autre chose, quelque chose de familier, quelque chose de triste et d'esseulé, quelque chose d'empressé parce que Jupiter chuchotait son nom et qu'il le touchait, que ça ressemblait à un rêve mais que c'était trop douloureux pour en être un, trop réel, trop à vif, parce que chaque parcelle de sa peau qui percevait sa chaleur était en révolution, parce que la révolte grondait d'avoir été trop contenue, parce qu'il y avait un appétit violent dans les yeux d'Hermès lorsqu'il le regardait, incapable de se détacher de lui, incapable de l'envisager, incapable de le laisser partir, les joues rouges et le souffle court, les cheveux en bataille.

« Jupiter. » avait-il soufflé, tout bas, comme en réponse, les lèvres toujours collées contre les siennes et les bras enroulées autour de lui parce qu'il ne pouvait se résoudre à s'écarter, parce que c'était trop, parce que ce n'était pas assez, parce qu'il n'en pouvait plus et que ça faisait trop longtemps que ça durait, parce qu'il avait lutté, dompté, asservi ses désirs adolescents mais que ce n'était plus ça, mais que c'était beaucoup plus que ça et qu'il avait la tête qui tournait. « J'ai envie de toi. » Et c'était cru, lâché, mais il n'avait pas honte, les yeux rivés dans ceux de Jupiter, parce qu'il le savait être homme de peu de mots et que c'était les seuls qu'il n'avait pas déjà prononcé, parce que c'était quitte ou double, coup de poker, tapis, parce qu'il guettait dans les yeux l'éclair du dégoût, parce qu'il l'attendait, parce que les sentiments étaient déjà compliqué mais que ce n'était rien à côté de l'envie, que ce n'était rien à côté du besoin, que ce n'était rien à côté de la complexité de désirer un homme quand on lui avait enfoncé dans le crâne qu'il lui fallait une femme, que ce n'était rien à côté de la pulsation qui lui ravageait le creux du ventre, rien à côté de tout ce qu'il avait eu quinze ans pour intégrer, pour accepter, pour faire sien. J'ai envie de toi, disait Hermès, et c'était une façon de permettre à Jupiter de reculer, une façon de tester les eaux troubles dans lesquels ils nageaient, une façon de comprendre ce qu'il se passait, une façon pour Hermès de cracher la peur qui lui perçait le ventre à l'idée même que Jupiter puisse se réveiller et réaliser qu'il le haïssait et que tout ça l’écœurait, que c'était finalement bien une question d'homme et pas de statut social. « Je peux ? » avait-il finalement demandé, et ses mains avaient glissé contre les boutons de sa chemise alors qu'il le sondait, qu'il cherchait une réponse, incapable de se passer de son accord, incapable de se laisser porter quand il risquait tout, bien plus qu'il ne pouvait même le formuler.
Revenir en haut Aller en bas


Invité
Invité
avatar
MessageSujet: Re: these bitter storms (juphermès)   Dim 11 Sep - 15:31

C’est soudain, incongru, c’est fou et impossible, mot qui revient encore et toujours alors qu’il mordille la lèvre inférieure d’Hermès, impossible comme les frissons qui traversent son échine, impossible et bon à la fois, parce que la rencontre de leurs corps a un goût d’interdit et de jamais et de toujours, parce qu’ils n’auraient pas dû vivre ça ensemble et qu’ils sont pourtant là, contre un meuble de cuisine, collés l’un à l’autre, parce que leurs mains cherchent leurs repères sur cet autre qu’ils connaissent trop et pas assez. J’ai envie de toi murmure Hermès, et il n’en faut pas plus pour extirper un souffle de désir à Jupiter qui ne répond pas, reste muet, se contente d’apposer doucement sa bouche sur celle de son ami, avec tendresse, bien loin de ce qu’il connait d’habitude, lorsqu’il ose partager des moments d’intimité avec des passantes qu’il quitte dès le lever du soleil. Hermès n’est pas l’une de ces amours temporaires, il n’est pas une aventure éphémère qui ne connaitra aucune suite, il est plus, tellement plus, il est tout et il n’est rien, rien que Jupiter n’ait connu auparavant, parce qu’il surpasse tous les autres, les écrase, parce qu’il n’y a pas de compétition avec lui, il est hors-catégorie, au-delà des souhaits et des fantasmes qui l’agitaient avant aujourd’hui, au-delà des envies de mariage et de famille et de femme en robe blanche devant l’autel. Hermès est son meilleur ami, et pour lui, ça ne semble pas incongru de remettre en cause tout ce qu’il a toujours voulu, femme, enfants, tout ce qu’il a toujours souhaité, vivre un amour en plein jour et oublier la tristesse et la mort et la souffrance, parce que c’est évident qu’Hermès peut remplir ce rôle, protecteur et confident, ami et amour, parce qu’hormis le dernier, ce sont des costumes qu’il a toujours revêtus pour lui. Hermès est son sauveur, son chevalier blanc, Hermès est son protecteur, son dieu-guide, le bras contre lequel il prend appui lorsque plus rien ne va, et c’est évident, évident, évident, absolument plus impossible, c’est touchant, touchant, touchant, la façon dont Hermès lui demande s’il peut le déshabiller, comme s’il avait besoin d’une espèce de consentement, comme si Jupiter ne lui avait pas montré à plusieurs reprises les sentiments qui l’animent. « Tu peux », il répond pourtant, explicitement, parce qu’il sait que jamais son ami ne ferait quelque chose sans obtenir son consentement, parce qu’il n’y a personne sur terre à qui il fasse autant confiance, complètement, entièrement, parce qu’il aurait pu ne rien demander par crainte d’obtenir une réponse négative mais qu’il l’avait fait malgré tout, conscient que ce soir est celui qui marquera le tournant de leur amitié vers un autre chose, indéfinissable, inexplicable, un autre chose pourtant manifeste, indiscutable, un autre chose contre lequel ils ne peuvent pas lutter, même en essayant de toutes leurs forces.
Il n’a pas peur, Jupiter, malgré l’inconnu, malgré le changement, malgré tout ce qui devrait le terrifier à cet instant, si proche d’un ailleurs, d’un horizon différent de ce à quoi il aspirait jusqu’à maintenant. Il n’a pas peur parce qu’il se sent en sécurité, chez Hermès, contre lui, parce qu’il sait que s’il y a bien une personne qui ne le blessera jamais volontairement, c’est lui. La seule chose qui l’effraie, c’est de ne pas savoir s’y prendre, d’être gauche et maladroit et inadapté, d’être vulgaire ou absurde, parce qu’il ne sait rien de l’amour entre hommes, parce qu’il sait simplement qu’il aime Hermès et qu’il veut rester dans ses bras, contre lui, sexe ou non, et qu’il craint de le décevoir, quelque part, après ces quinze ans de fantasmes inavoués. Ses peurs, il ne les confie pas, parce que ce n’est ni le lieu ni le moment, parce qu’Hermès est contre lui et qu’il frémit, parce qu’il ne contrôle plus vraiment ses gestes et que sa main se glisse un peu plus bas, effleure le caleçon de son ami (merde, il est toujours en caleçon), se pose sur sa cuisse, presque timidement. Il a fermé les yeux, Jupiter, ne se laissant désormais guider que par ses émotions, ses sentiments immédiats, les mains d’Hermès contre sa chemise qu’elles déboutonnent et son torse nu la seconde qui suit, la langue d’Hermès contre la peau de son cou et son petit sursaut, mélange de surprise et d’extase, ses paupières qui se rouvrent alors qu’il entraîne Hermès avec lui, marche à reculons dans cet appartement dont il connait, par cœur, chaque porte et chaque meuble, jusqu’à sa chambre, jusqu’à son lit, et rien n’est calculé lorsque leurs corps tombent sur le matelas, rien n’est planifié lorsqu’ils se serrent l’un contre l’autre, s’explorent, les mains de Jupiter copiant leurs jumelles et entreprenant d’ôter à leur tour les vêtements de l’Auror. Les mots sont dérisoires à cet instant, parce qu’il a seulement envie de lui dire qu’il l’aime, vérité absolue, qu’il l’a toujours aimé, pieux mensonge, mais que ce n’est pas le moment des longs discours, alors qu’ils sont à moitié nus et partagent une intimité qu’ils pensaient, jusqu’alors, ne jamais connaître ensemble. « Hermès », murmure une nouvelle fois Jupiter, prénom lancé comme une prière, et Hermès semble être, à cet instant, le plus beau mot qui soit, le plus saint, le plus doux, Hermès mon amour il semble lui dire, même si ça peut paraître incongru et déplacé, même si c’est inédit, nouveau, violent. Hermès, il souffle, et les syllabes se perdent contre le cou de son ami alors qu’il y appuie le nez, respire son parfum, incapable d’ignorer le feu qui consume son bas-ventre, qui lui saisit le cœur et l’empêche de battre correctement, de fonctionner comme il le devrait. « J’ai peur de ne pas savoir », aveu presque silencieux, peur qu’il exprime clairement parce qu’il refuse de mentir à Hermès, parce que ses doutes ne le concernent pas lui seul mais les implique eux, tous les deux, eux dans un lit et eux faisant l’amour, et que s’il ne dit rien, Hermès risquera de penser à autre chose, à un doute substantiel, à une peur plus ancrée que la simple crainte de mal faire. Leurs torses se collent, se détachent, les yeux se cherchent dans la quasi obscurité et Jupiter souffle, Jupiter exhale, Jupiter cherche un moyen de mieux respirer mais c’est impossible parce qu’Hermès est trop près et bien trop désirable, parce qu’Hermès est tout ce qu’il souhaite et que sa peur change au fil des secondes, que désormais il craint de se réveiller le lendemain et de découvrir qu’ils ne sont rien, qu’ils ne sont qu’un de ces amours de passage et qu’ils ne seront définitivement jamais un tout, jamais un couple, jamais rien de plus qu’une erreur d’un soir. « J’ai peur d’être maladroit, de ne pas être assez bien. Alors je veux que tu saches que quoiqu’il arrive, je t’aime », il chuchote, comme une promesse, comme un souhait lancé à la belle étoile, je t’aime alors qu’il fait glisser le dernier vêtement de l’Auror pour découvrir ses fesses, je t’aime alors qu’il semble être l’image même de la douceur et de la tendresse, lèvres contre celles d’Hermès, caresse suave et presque pudique, parce qu’il craint encore de trop le toucher, de tout changer, de ne plus jamais être le meilleur ami mais de n’être qu’un il parmi d’autres. Hermès trouverait ça stupide, s’il le formulait à voix haute, idiot, je ne veux pas être un nom sur une liste, peur insensée, sans fondement, parce qu’il ne pourrait jamais l’être, parce que son ami est amoureux de lui depuis trop longtemps pour se jouer de ses sentiments, pour le piéger, pour l’esquinter, parce que dans tous les cas, c’est un risque qu’il est capable de prendre, un risque qui n’en est pas vraiment un parce qu’ils se sont promis de s’aimer et de ne jamais devenir des inconnus, et que s’il y a une personne dont il sait que les promesses sont saintes, c’est bien lui.
Revenir en haut Aller en bas


Invité
Invité
avatar
MessageSujet: Re: these bitter storms (juphermès)   Mar 13 Sep - 22:49

S'il te plaît, chuchotait la peau d'Hermès, s'il te plaît, s'il te plaît, s'il te plaît, imploraient chacune de ses cellules, chacun de ses synapses, s'il te plaît, s'il te plaît, sanglotait tout son corps quand il cherchait ses mains, et sa bouche, et son corps, et son contact, comme désespéré de combler le vide qui avait dévoré des puits sans fond au creux de son ventre, de satisfaire l'être affamé qui habitait ses chairs, privé de contact bien trop longtemps, privé d'affection, incapable de s'en remettre, incapable d'en recevoir sans en demander plus. Il avait les doigts qui tremblaient sur les boutons de Jupiter alors qu'il le déshabillait, la bouche collée à sa peau parce qu'il voulait lui dire des choses qu'il ne pouvait avouer que comme cela, les mains fébriles et le cœur qui ne savait plus s'il battait ou s'il se stoppait, s'il tambourinait ou s'il mourrait, s'il était là ou parti, entre les mains de Jupiter ou entre ses bras, alors qu'il ne savait plus où ils allaient et qu'ils s'affaissaient sur le matelas, le souffle coupé et les yeux écarquillés, une émotion étrange dans la gorge et dans le cœur, parce qu'il y avait quelque chose de sacré à être autorisé à le toucher, quelque chose de mystique et d'étrange de se retrouver là, ses mains sur lui, les dermatoglyphes imprimés dans sa peau et les hoquets, surprisesupriseplaisir, qui guettaient contre sa bouche alors qu'ils roulaient l'un contre l'autre et qu'il se laissait dévêtir, la bouche posée contre celle de Jupiter pour cueillir son prénom contre ses lèvres, le regard paisible, subitement, paisible et calme, comme s'il était à sa place, comme s'il était rentrée, comme si plus rien ne pouvait lui arriver. Il y avait les frissons, bien sûr, parce que les mots de Jupiter lui donnaient envie de pleurer, parce qu'il les avait attendu quinze ans et qu'il les savait sincère, parce que Jupiter avait peur mais pas peur de lui, parce qu'il avait peur et qu'il était incroyablement touchant, parce qu'Hermès se sentait sale, presque, sale et disgracieux, parce qu'il avait un monstre avide coincé dans le ventre et qu'il savait que rien ne le décevrait jamais. Il était nu, lorsqu'il avait bougé, finalement, lorsqu'il s'était libéré des doigts de Jupiter pour s'asseoir sur ses cuisses, les deux mains plantées sur ses épaules et les yeux dans les siens, comme s'il pouvait l'apprendre dans la semi-obscurité, comme s'il pouvait ignorer quoi que ce soit même dans l'ombre, comme s'il pouvait ne pas le voir, comme si ses yeux étaient importants quand c'était avec ses mains qu'il parlait, les doigts qui glissaient contre sa peau pour en chercher les imperfections, pour mieux parler le braille dans lequel s'exprimait les corps.

« J'ai peur aussi. » avait-il murmuré, et il avait frissonné de tout son long, électrisé par un mouvement de hanches imprudent alors qu'il attrapait ses mains dans les siennes, pressait un baiser au creux de ses paumes, alors qu'il guettait un mouvement, un geste, un mouvement de recul. « J'ai peur de m'y prendre mal parce que c'est toi. » C'était un aveux délicat,  un aveux prononcé d'une voix douce, c'était un aveux qui le rendait vulnérable et à vif et frissonnant parce que leurs corps étaient brûlants mais que l'air semblait glacial, parce que la chaleur était plus forte encore alors qu'il se penchait pour l'embrasser, beaucoup moins violent, beaucoup moins affamé, beaucoup plus lent, comme pour l'apprendre, millimètre par millimètre, le graver dans un coin de son esprit au cas où tout mourrait, l'imprimer pour ne plus jamais l'oublier. Il avait fermé les yeux, une seconde, alors qu'il s'écartait pour reprendre son souffle, le front pressé contre le sien. « Je t'aime aussi. » C'était dit, c'était lâché, c'était beaucoup de aussi, parce qu'ils étaient atrocement semblable, reflets des peurs et des regrets, miroirs fêlés et abîmés. Il y avait eu un tout petit rire, quelque part dans sa gorge, alors qu'il appuyait ses doigts contre ses hanches de Jupiter, un éclair joueur dans les yeux malgré le rouge qui lui dévorait le visage et le cou, le rouge qui faisait ressortir les constellations de tâches de rousseur qui noircissaient sa peau, le rouge qui brûlait tout contre sa peau. « J'ai dit peur ? Je suis terrorisé. » Il s'était mordu la lèvre inférieure en un fantôme de sourire, l'amusement palpable quelque part dans ses yeux alors qu'il laissait à nouveau sa bouche courir le long de son cou. C'était étrange, l'adrénaline, la façon dont le désir agrippait la terreur, la façon dont sa peau était beaucoup trop sensible et ses gestes trop précautionneux, alors qu'il effleurait Jupiter du bout des doigts, infernal et joueur, alors qu'il laissait sa bouche courir, comme pour mieux le goûter, parce que c'était un tout et qu'il voulait se souvenir de chaque seconde, de chaque instant, de sa chaleur et de la douceur de sa peau, de son odeur et de son goût, de son contact, surtout, de tout ce qui faisait que c'était particulier, et intense, et hallucinant, alors qu'il s’arque-boutait, les mains plantés sur ses pectoraux et le regard trouble, l'envie à fleur de peau alors qu'ils ondulaient, comme des bateaux ivres qui finiraient leur course, échoués l'un contre l'autre, le souffle court et la sueur qui roulait contre la peau, une sensation de manque au creux du ventre alors même qu'il le serrait encore entre ses cuisses. Jupiter, avait-il pensé, et il n'était pas sûr de s'il l'avait prononcé ou pas, de s'il l'avait lâché, s'il avait gémit ou s'il était resté silencieux, un mélange trouble de respirations trop rapides et de battements de cœur trop fort, s'il était un désordre, un bordel, ou s'il avait chuchoté son prénom comme s'il était le début et la fin de tout, JupiterJupiterJupiter, le regard d'Hermès trop flou, JupiterJupiterJupiter, et il s'était penché pour l'embrasser, tout en dents et en besoin et en avidité, incapable de le lâcher, les doigts perdus dans ses cheveux et l'envie de pleurer au bord des yeux alors qu'il perdait son visage contre son cou, torse contre torse et épuisé, délavé, lessivé, les muscles tressaillants et la gorge trop sèche.

« Serre-moi dans tes bras. » avait-il demandé, tout doucement, malgré le caprice de la demande, alors qu'il roulait sur le côté la tête vissé sur l'épaule de Jupiter et les yeux rivés sur lui, comme dans l'attente du revers de la médaille, du rejet, de la peur, de quelque chose qui viendrait pourrir l'instant comme cela se produisait toujours, de quelque chose qui viendrait gâcher son souffle court et son cœur trop rapide et ses yeux troubles, de quelque chose qui viendrait lui faire peur ou lui donner envie d'hurler. Serre-moi dans tes bras, demandait-il, parce qu'il avait besoin d'être rassuré, que c'était stupide et qu'il l'était parfois, parce qu'il avait besoin qu'on lui épelle les choses ou qu'on lui redise une seconde fois, trop habitué à être trahi, déçu, malmené et esseulé, trop habitué à fuir avant que quelqu'un puisse même espérer l'attraper, trop habitué à prétendre plutôt qu'à espérer. Serre-moi dans tes bras, exigeait-il avec un aplomb qu'il aurait été incapable d'avoir des années plus tôt, serre-moi dans tes bras parce que j'en ai besoin, parce que j'ai envie, parce que je suis déboussolé et perdu, parce que tout est trop fort et que tout est sensible, parce que tu as emporté mon esprit et que le plaisir a tout balayé, parce que je me sens fragile et que c'est terrible, parce que j'ai peur, j'ai peur, parce que je suis terrorisé.

Serre-moi dans tes bras, soufflait-il, parce qu'il y a tous ces mots que je pense et que je ne dirais pas.
Revenir en haut Aller en bas


Invité
Invité
avatar
MessageSujet: Re: these bitter storms (juphermès)   Lun 19 Sep - 23:12

Il y a des moments dont on se souvient, comme la première fois qu’on reçoit ce camion de pompiers dont tous les gosses rêvent ou le premier baiser, gauche et maladroit, celui qui sent trop fort le dentifrice et pas assez les sentiments, il y a des instants qui restent gravés en mémoire comme recevoir sa lettre pour Poudlard à l’aube de ses onze ans ou la première peine de cœur, et puis il y a les autres. Ces autres, les étoiles, les infinis, indénombrables, incalculables, ces autres qui paralysent et qui changent tout, bouleversent la vie dans son intégralité, remettent en question des choses qui paraissaient évidentes auparavant. Pour Jupiter, il y avait eu les femmes, Esther et d’autres, parfois Claire dans ses rêves les plus fous, Agrippine même s’il n’osait jamais vraiment l’admettre, il y avait eu les autres, les frissons et les pleurs et la folie, tout ce qui endigue le cœur lorsqu’on ne peut plus lui faire entendre raison, il y avait eu les soirées trop arrosées, les jupes trop échancrées et l’esprit trop confus, il y avait eu les baisers entre les cuisses et les mains posées sur le galbe des seins, il y avait eu les vallées et les collines et les forêts de ses amantes. Il lui arrive de repenser à tous ces souvenirs, lorsqu’il est seul le soir et qu’il ressent le besoin d’imaginer de jolies courbes, et jusqu’à maintenant, c’était suffisant, c’était assez, c’était tout ce qu’il voulait et tout ce dont il avait besoin. Une étreinte fantôme, la sensation d’une hanche contre sa main, l’odeur d’une femme tendue sous son corps, la chair de poule affleurant son épiderme, c’était suffisant et c’était bon. Ça n’appelait pas à plus d’engagement, ce n’était pas un toujours ni un jamais, c’était un ce soir outrageux qui les laissait haletantes, souffle court et joues rougies, c’était un maintenant qui leur tirait des cris de désespoir et les laissait sans voix à l’heure de se quitter. C’était suffisant et bon, ça satisfaisait toutes ses envies et ses plus profonds appétits et pourtant, rien ne peut égaler ce que Jupiter ressent alors qu’Hermès se presse contre lui, alors qu’il lui murmure des mots d’amour et des stupidités, comme toujours, des peurs irrationnelles et des frayeurs sans fondement qui font presque écho aux siennes. Ils ont peur, tous les deux, peur parce que c’est nouveau et sérieux, peur parce que ça changera tout et qu’ils le savent, même s’ils le nient, peur parce qu’ils sont désormais nus l’un contre l’autre et que cette simple sensation, inconnue, différente, troublante, fait soudain oublier à Jupiter la date et l’heure, l’endroit où ils sont et ce qu’ils font précisément. C’est une chaleur qui lui rappelle tout ça, une brûlure vive dans son bas-ventre qui s’amplifie, grandit au fil des secondes, à mesure que leurs bassins bougent et qu’ils s’approprient, d’abord subtilement puis totalement. Leurs bouches sont avides de se retrouver, leurs dents s’entrechoquent, et Jupiter laisse tomber les barrières, s’affranchit de tout ce qu’on lui avait appris jusqu’alors, parce qu’il gémit, parce qu’un seul nom occupe toutes ses pensées, Hermès Hermès Hermès, parce qu’il exulte enfin au bout de longues minutes dans un cri plus fort que les autres et parce qu’ils ne sont plus que deux lambeaux de chair, moites et désordonnés, deux corps enchevêtrés qui se perdent dans une ultime étreinte, leurs hanches attirées comme des aimants, le souffle court alors qu’ils retombent enfin sur le matelas.
L’espace de quelques instants, Jupiter ne parvient pas à retrouver ses esprits, à mettre de côté les étoiles qui lui occultent la vue et les acouphènes qui l’assourdissent, trop figé par le plaisir qui l’habite soudain, lui qui est nu sur le lit de son meilleur ami, lui qui sent encore la présence fantôme d’Hermès entre ses jambes, un Hermès désormais coi, presque absent, presque mort, qui laisse échapper une supplique au bout de quelques instants, une demande, un souhait, que Jupiter s’empresse d’exaucer en glissant un bras autour de ses épaules et en l’attirant contre lui. C’est étrange et fou et bizarre mais ça semble terriblement juste, eux deux dans un lit, ça semble normal et évident, tellement qu’il se demande pourquoi maintenant et pas y a dix ans, mais la réponse est simple, évidente, tient en un mot : aveugles. Ils avaient été aveugles, aveugles de ne pas comprendre que leur amour était bien là, puissant, vibrant, aveugles de penser que ça ne marcherait pas pour plein de raisons stupides et sans fondement, aveugles de s’être limités à une zone de confort qui était terriblement étriquée et qui ne leur ressemblait pas. « Hermès », murmure Jupiter, les yeux plantés au plafond, son prénom, encore, toujours, Hermès quand il n’y a plus rien d’autre à dire et quand les mots ne suffisent pas, Hermès pour ne pas avouer autre chose de plus personnel, de plus intime, de plus tendre ou chaleureux. Il aimerait dire que ça ne compte pas, qu’ils se sont laissés emporter et que demain matin, tout sera redevenu comme avant, mais il n’est sûr de rien, absolument rien, parce qu’il est éreinté, parce qu’il a les joues rouges et la peau ruisselante de sueur mais qu’il le désire toujours, farouchement, parce qu’il resserre son étreinte et tourne un peu la tête pour coller sa joue contre la tignasse de son ami. « Je suis là. Je reste ici ce soir. Ne t’inquiète pas. » C’est un chuchotement rassurant, une promesse, à l’heure où ils ne devraient plus en faire, au moment précis où ils devraient cesser de se dire de belles paroles parce qu’ils n’ont jamais été aussi proches de ne pas pouvoir les tenir. Doucement, il appuie ses orteils contre la jambe d’Hermès, comme pour y fixer une empreinte, comme pour apposer sa marque et faire de lui sa propriété exclusive, jaloux et possessif Jupiter qui ne sait rien, au final, de la vie amoureuse d’Hermès, qui ignore s’il est le premier, le dernier ou celui du milieu, celui qui n’est qu’un nom parmi d’autres, celui qui n’est certainement pas unique ni exceptionnel. « Je reviens », il lâche au bout d’un instant avant de se redresser pour aller chercher un peu de sa seule et unique drogue, pas véritablement préoccupé par sa nudité qu’il expose à Hermès, pas totalement gêné mais profondément perturbé par le poids qui encombre soudain son thorax, pressant dangereusement contre son cœur. Il plante une cigarette au coin de ses lèvres, fait craquer une allumette et pose le paquet sur le bord du lit, comme pour lui proposer de se servir lui aussi, même s’il sait pertinemment qu’il ne fume pas, avant de se tourner vers la fenêtre entrouverte, yeux figés sur la lune qui brille trop fort, inondant la pièce de sa clarté opaline. « Ça couvait depuis tellement longtemps, Hermès. » La fumée l’enveloppe soudain, et Jupiter ne lance pas un regard à son ami alors qu’il s’éloigne de nouveau pour s’asseoir au bord de la fenêtre, un genou ramené contre son torse, étonnamment calme et serein alors que son être entier bouillonne. « Nous », il complète, comme si sa première phrase pouvait laisser place à une autre interprétation, comme si Hermès n’avait pas lui-même sous-entendu le nous absolu qui flottait comme un spectre au-dessus de chacun de leurs mots. Il soupire, crache une volute par la même occasion, alors qu’il pose de nouveau le regard sur son ami. « Merde, Hermès », il souffle, doucement, parce que les sentiments se bousculent à ses lèvres mais qu’il peine à les nommer, à les avouer explicitement, et il attrape l’arête de son nez entre son index et son pouce, incapable de parler, incapable de faire autre chose que contenir, contenir tout ce qui leur pendait au bout du nez depuis quinze ans et qui leur explose au visage aujourd’hui. C’est lentement qu’il repose l’arrière de sa tête contre le montant de la fenêtre, discrètement qu’il laisse une larme couler sur sa joue, puis une autre, cache un sanglot mais ne parvient pas à faire illusion plus de quelques secondes, et bientôt, tout son corps entier se secoue alors qu’il pleure, concrètement, la cigarette au coin des lèvres frémissant au rythme de ses soubresauts.
Revenir en haut Aller en bas


Invité
Invité
avatar
MessageSujet: Re: these bitter storms (juphermès)   Jeu 29 Sep - 2:28

Parfois, Hermès pensait à Moira. Généralement, c'était le soir, lorsqu'il était allongé sur le dos, quelque part entre l'insomnie et la somnolence, les yeux fixés sur le plafond noir. Du bout des yeux, il traçait encore et encore les tâches qui parsemaient son plafond, les creux et les bosses, les imperfections, faisait dériver son regard dans le vide à la recherche d'autre chose à observer, trébuchait sur le tapis de ses pensées. Parfois, Hermès pensait à Moira. C'était un mensonge. Il n'y pensait pas « parfois » il y pensait « souvent », la gorge nouée et les yeux rivés sur le cadre posé photo contre le meuble sur sa table de chevet, les yeux fermés à s'en faire mal et les poings pressés contre le visage, les yeux perdus dans le vide et accoudé à son balcon, seul et accompagné, matin ou soir. Souvent, Hermès pensait à Moira. Il se souvenait de morceaux, du sourire de mère et de ses lèvres pressées contre son front, des soirées passées assis au pied de son fauteuil à écouter des histoires ou aux derniers noëls passés ensemble, les derniers qui avaient eu du sens avant que plus rien n'en ait, les derniers qui avaient importé avant que tout se dissolve en choses qui le laissait indifférent. Il se souvenait de la voix de sa mère, qui avait changé, avec les années, de la flamme dans son regard qui s'était éteinte et de la façon dont elle battait des mains lorsqu'elle se préparait à dire quelque chose qui la régalait tout particulièrement. Il se souvenait, aussi, plus confusément, d'une fois où elle lui avait parlé d'amour. C'était un étrange concept, l'amour, dans la bouche de sa mère, parce qu'avec du recul il était presque certain que leur père n'avait pas été une choix, presque certain qu'il l'avait aimé plus qu'elle ne l'avait fait. C'était un étrange concept, l'amour, mais il y avait la voix de sa mère et sa main dans ses cheveux, la brise du vent de mai qui ébouriffait leur cheveux et les mots qui se perdaient. Compliqué, avait soufflé sa mère, compliqué et beau et terrifiant, lui avait-elle dit, avant de lui embrasser la joue et de chercher des yeux Agrippine qui cavalait dans le jardin. Compliqué et beau et terrifiant.

Pendant des années, Hermès n'avait pas compris de quoi elle voulait parler. C'était un sentiment confus, l'amour, et il ne pensait pas aimer. Il appréciait des gens, vaguement, en respectait d'autres, mais il avait tué dans l’œuf l'affection galopante qui avait fleuri dans sa poitrine pour Jupiter et il n'avait plus jamais repensé à cela, parce que c'était trop et qu'il n'était pas assez, parce que le trou noir qui l'habitait n'en avait jamais assez. Il avait aimé Jupiter, bien sûr, depuis des années et pendant des années, mais il avait laissé ses sentiments en sourdines, l'écho de ce qu'ils étaient, l'écho de ce qu'ils auraient pu être, lointain et enfermé dans une boite qu'il ne voulait plus jamais ouvrir pour mieux profiter de l'amitié et de la confiance que Jupiter lui offrait. Il ne voulait pas être avide, il ne voulait pas vouloir trop, il ne voulait pas être égoïste ou le perdre, ne voulait pas désirer parce que le désir amenait la perte, parce que le désir était dangereux et instable et qu'il n'était sûr de pouvoir supporter une déception. C'était toujours là, bien sûr. C'était là même quand il y avait eu cette étincelle avec Soyan, même quand il y avait eu ce tâtonnement étrange avec Stitch, c'était là parce que Jupiter était une partie de lui, parce qu'il était toujours à l'arrière de son crâne ou de son cœur, parce que c'était impossible de s'en débarrasser, parce que ce n'était pas ce qu'il voulait. C'était là parce qu'il était aussi naturel d'aimer Jupiter qu'il lui était naturel de respirer, parce que c'était quelque chose qui avait été et qui serait, même si les couleurs étaient fades, même si tout était passé, même si tout cela semblait mort. C'était l'hiver, quelque part, et les fleurs attendaient sous le givre de ses amours endormies.

Évidemment, le printemps avait dû arriver. Jupiter s'était trouvé dans son salon et le couvercle de la boîte avait été soulevé, parce que c'était un secret de polichinelle, sans doute, parce que Jupiter avait demandé cela comme les enfants demandent si le Père Noël existe et qu'Hermès avait été beaucoup trop heureux de céder. Il comprenait, à présent, le nez enfoui dans le cou de Jupiter et l'impression de se sentir entier, pour une fois, compliqué et beau et terrifiant, bien sûr, qu'il comprenait, alors qu'il enroulait un bras autour de la taille de son amant, du sel au fond de la gorge et le bonheur au bout des cils, parce que tout était trop, subitement, trop de bonheur et trop de peur, trop de contentement et trop de terreur, parce qu'il s'attendait à ce qu'on lui demande une contrepartie à chaque seconde qu'il volait, blotti dans les bras de Jupiter, parce qu'il craignait que chaque seconde ne soit la dernière, les lèvres appuyées sur sa peau. Compliqué et beau et terrifiant, et il avait laissé Jupiter se décoller de lui, sans protester, alors qu'il le suivait des yeux à travers la pièce. Jupiter avait promis de rester, Jupiter avait dit qu'il revenait et quelque part, Hermès y croyait aveuglément, malgré la crainte, malgré la peur, malgré tout ce qui menaçait de s'immiscer. Il avait fini par se lever, pourtant, à petits gestes précautionneux, parce que le paquet posé sur le lit était une invitation et que Jupiter parlait, doucement, enfonçait soigneusement des aiguilles dans le cœur d'Hermès tant il semblait perdu. Il avait allumé d'un sort murmuré une des cigarettes et s'était glissé vers lui, pour s'asseoir sur le rebord de la fenêtre, appuyé contre la jambe qu'avait ramené Jupiter contre lui et le regard perdu sur l'intérieur de la chambre alors qu'il soufflait la fumée de sa cigarette en lentes bouffées opaques, le cœur au bord des lèvres.

« Jupiter. » avait-il fini par murmurer, tout doucement, lorsqu'il l'avait senti faillir sous le poids des larmes. « Jupiter. » avait-il répété, précautionneusement, une main tendue pour appuyer contre sa joue alors qu'il se rapprochait de lui, autant que possible, agencé dans une position qui ne ressemblait à rien, à genoux sur le rebord et penché au-dessus de son genou, pour mieux le toucher, pour mieux lui faire entendre qu'il n'était pas seul. Et peu importait, la cigarette à peine entamée qu'il avait laissé choir à l'extérieur, peu importé sa nudité, peu importait l'étrangeté de la situation. Rien ne comptait autant que les larges qui glissaient sous ses doigts alors qu'il attirait Jupiter dans ses bras.

« Jupiter. » avait-il soufflé encore une fois, comme une litanie, le nez perdu dans les cheveux de ce dernier. « Je t'ai déjà parlé de ma mère ? » Et c'était étrange, comme façon de faire, étrange de penser à sa mère quand on était avec son amant, étrange. « Sans doute pas. Mais tu as dû entendre parler de l'accident de Moira Travers par d'autres, de combien ça lui a coûté, de comment elle a perdu la tête. » Il parle, Hermès, à voix basse, pour calmer les sanglots. « Avant ça, ma mère était tellement plus et, tu sais, il y a des choses comme ça qui te poursuivent toute ta vie. Elle m'a dit que l'amour c'était compliqué et beau et terrifiant et je pense qu'on en est là, Jupiter, compliqués, beaux et terrifiés. » Doucement, il s'était écarté, comme pour juger de sa réaction aux rayons de la lune, observer son visage découpé par une lumière qui donnait à la scène un aspect irréel. « Bien sûr qu'on a été aveugles. » avait-il soufflé, tout bas. « Parce que c'est plus facile de l'être, Jupiter, même quand les choses sont évidentes, même quand c'est nous. » Doucement, il s'était penché pour planter un baiser au centre de ton torse, familiarité étrange et incertaine. Même quand c'est nous, disait-il, une pointe de détresse sur le nous, ce nous qu'il avait attendu si longtemps et qu'il recevait au moment où il ne l'attendait plus, ce nous qui l'avait torturé avant de finalement se faner, ce nous qui le faisait vibrer, pourtant, qui avait allumé chaque fibres de son être. « Je t'aime. » avait-il murmuré, doucement. « Les choses vont être compliquées et belles et terrifiantes. Reviens te coucher, s'il te plaît. Il fait froid. »

Il fait froid, sans toi, il fait froid, il fait froid, il fait froid, parce que son coeur était en train de fondre et qu'il était pris dans le torrent du dégel.
Revenir en haut Aller en bas


Invité
Invité
avatar
MessageSujet: Re: these bitter storms (juphermès)   Mar 11 Oct - 23:33

Moira Travers n’est pas un nom familier, pour Jupiter. Sûrement parce qu’il y a des années déjà, Moira Travers n’avait été qu’un bruit de couloirs, une rumeur à laquelle il ne voulait pas prêter attention. Peut-être, aussi, parce qu’il avait remarqué les larmes au bout des cils d’Hermès lorsqu’il l’évoquait, le tremblement inhabituel dans sa voix et la rougeur qui semblait alors peindre ses joues. Il n’avait pas vu, pas pu voir, pas voulu voir, Jupiter, parce que c’était plus simple de prétendre que tout allait bien, que si Hermès voulait en parler, il le ferait sans qu’il n’ait besoin de lui demander. C’était plus facile de prétendre que son indifférence n’était que de la pudeur et qu’il ne méprisait les chuchotements qui bordaient quotidiennement le chemin d’Hermès que parce qu’ils n’étaient qu’affabulations scandaleuses. Un jour, il avait voulu lui demander ; un jour où il faisait froid, un jour où ils étaient seuls, un jour où la voix de son ami avait été plus lourde, plus secouée, plus frémissante. Un jour où il pensait pouvoir tenir son rôle et l’aider, être le grand frère, le mentor qu’Hermès devait sûrement voir en lui. Il n’avait rien dit, pourtant, parce que le moment ne s’y prêtait finalement pas, parce qu’il n’avait pas réussi à trouver les mots, parce qu’il pensait qu’Hermès trouverait ça étrange. Etrange qu’il se préoccupe de Moira aussi soudainement et sans motif apparent, étrange qu’il prononce plus de dix syllabes d’affilée, étrange qu’il s’intéresse à lui alors qu’il paraissait trop souvent distant et hautain, Jupiter loin des rumeurs et des bruissements de la foule, Jupiter à des kilomètres des ragots croustillants après lesquels d’autres couraient. Il avait voulu lui parler de Moira, lui demander ce qui était arrivé, écouter et compatir et rassurer, lui dire que ça passerait, que ça finissait toujours pas passer. Lui avouer, aussi, qu’il avait de la chance dans son malheur, Hermès, la chance d’avoir au moins ses parents quand d’autres comme Jupiter avaient grandi dans un orphelinat, quand d’autres comme Jupiter n’avaient jamais appelé personne papa ni maman, quand d’autres n’avaient connu comme forme la plus familière d’attention qu’une carte postale envoyée par une lointaine cousine tous les débuts d’années pour lui souhaiter ses vœux. Il était chanceux, Hermès, chanceux d’avoir un père et une mère, chanceux d’avoir une sœur, chanceux d’avoir une immense maison et un héritage déjà tout construit, prêt à lui tomber dans la bouche comme une becquée encore frémissante, chanceux, chanceux, chanceux, et longtemps, Jupiter lui en avait voulu, sans vraiment le savoir, sans vraiment s’en rendre compte. C’était sournois, comme sentiment. Sournois de ressentir de la jalousie pour quelque chose qu’il n’avait jamais connu, sournois de penser qu’il serait plus heureux en ayant Néron pour père (ce qui semblait étonnamment optimiste et illusoire), sournois de croire que rien ne manquait au bonheur d’Hermès. Longtemps, il avait ignoré ce que les autres disaient sur Moira, parce que les écouter, les croire, revenait à culpabiliser, à réaliser que toute cette perfection n’était qu’un masque, un leurre, que derrière il y avait les larmes, la souffrance, la peur et le doute, le doute de revoir Moira redevenir un jour elle-même et l’impuissance devant l’implosion de sa petite famille idéale. Ecouter les autres, entendre l’histoire de Moira Travers signifiait ne plus être le plus malheureux d’eux deux, et inconsciemment, c’était quelque chose que Jupiter refusait, catégoriquement.

C’aurait été facile de se laisser emporter par les larmes, de feindre ne pas entendre Hermès approcher. C’aurait été facile de se lever, de se rhabiller et de partir, parce que c’est ce qu’il fait, toujours, avec tout le monde, et jamais il n’aurait dû faire d’exception. Mais Hermès avait dit son prénom trop doucement, Hermès l’avait effleuré du bout des doigts puis attiré contre lui, trop près, bien trop près, et Jupiter avait glissé l’arête de son nez contre son épaule, la mouillant de ses larmes et s’en contrefoutant. Les sanglots avaient continué d’agiter sa cage thoracique et sa tête cognait presque contre ses os saillants. Il avait marqué d’une empreinte de larmes le creux de sa joue contre ses clavicules et il ne pouvait plus reculer, s’éloigner, il ne pouvait plus ignorer leur proximité et tout ce qu’elle rappelait, ces dernières minutes et le frisson qui l’avait traversé lorsqu’il s’était aperçu qu’il était exactement là où il voulait être, avec la seule personne qu’il souhaitait voir à ses côtés. Hermès avait laissé des mots glisser, son prénom puis d’autres phrases qu’il ne comprenait pas totalement, Moira Travers glissée innocemment dans la conversation, témoin d’une culpabilité que Jupiter aurait aimé oublier pour de bon. Il aurait dû lui demander, à l’époque. Le forcer à parler de sa mère, l’empêcher de se retrancher au centre de ces murs de silence qui l’encerclaient trop souvent, quand les souvenirs devenaient trop vifs et que le présent était trop dur, trop éloigné de cette réalité d’autrefois qui lui avait désormais totalement échappé. Hermès avait parlé de Moira, de l’amour, lui avait murmuré qu’ils étaient compliqués et beaux et terrifiants, et Jupiter ne comprenait pas, encore, pourquoi ils devaient être compliqués et beaux et terrifiés, pourquoi ils ne pouvaient pas simplement être beaux et laisser le reste de côté. Cette réflexion mise à part, une seule chose reste de cet échange, suspendue dans l’air. L’amour. Il l’avait soufflé une nouvelle fois, Hermès, je t’aime, lui avait demandé de revenir se coucher parce qu’ils étaient littéralement frigorifiés, chair de poule affleurant leurs peaux, le courant d’air frais les enveloppant comme une veste familière, rassurante, malgré le froid et les pleurs et la peur qui saisissait le tueur de toutes parts lorsqu’il pensait à ce que ça impliquait, l’amour pour eux deux, l’amour véritable et pas une simple amitié qui ne voulait absolument plus rien dire. L’amour avec un A majuscule et des pétales de roses, l’amour et ses pics en plein cœur, sa jalousie et son hypocrisie. L’amour, le vrai, qui les briserait probablement un jour. « Dis-moi qu’on se soutiendra quoiqu’il arrive », il chuchote enfin une fois que les larmes ont cessé, tête toujours baissée, joue apposée contre le bras d’Hermès. « Dis-moi qu’on sera plus forts et plus obstinés que le reste du monde, Hermès. »
Hésitant, il prend sa main, la serre au creux de la sienne, hésitant, balbutiant, comme un môme qui craindrait de faire une bêtise. « Reste avec moi sur ce rebord de fenêtre. Juste un moment. S’il te plaît. » Sa voix est cassée, éraillée, essoufflée, comme s’il peinait à dire ces mots, un vieillard en fin de course, un garçon trop esquintée par la vie qui n’attend plus vraiment grand-chose de l’amour. Il a juste envie de rester là, Jupiter. Dix minutes, une heure, une vie. Pour profiter de ce moment avant que le monde entier ne s’effondre autour d’eux, pour sentir une dernière fois l’odeur de la peau d’Hermès et pour observer encore un peu ses grands yeux bleus pour lesquels il redresse soudain la tête, n’importe quoi pour ces yeux il pense alors qu’il approche ses lèvres et embrasse sa bouche, n’importe quoi pour son corps il pense alors qu’il harponne son épaule de sa main libre, n’importe quoi pour lui il songe enfin alors qu’il murmure son prénom entre deux baisers, complètement, désespérément amoureux. Et définitivement perdu.
Revenir en haut Aller en bas
 
these bitter storms (juphermès)
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Sugar Cane’s Bitter Harvest in the Dominican Republic
» Obama-Hillary et le débat démocrate en Pennsylvanie
» Then the wind, then the rain, singing a song of storms
» Bitter Sweet Home Symphony
» Mafia Wars [PV Storms]

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
-
Sauter vers: