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 you and i must fight to survive (malkiter)

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MessageSujet: you and i must fight to survive (malkiter)   Mer 17 Aoû - 23:50

Il y a des fourmis au bout des doigts de Malka lorsqu'elle fait glisser sur ses paumes la monnaie qu'Archibald lui a tendu. Ce n'est pas grand-chose, c'est certain, mais ce n'est jamais grand-chose et Malka est habituée à vivre de rien. Ce n'est pas pire qu'avant et c'est déjà quelque chose, parce que les années ont été dures, parce qu'elle a vécu la peur, la solitude, l'abattement, et qu'elle a le loisir de se tenir debout à présent. Amusée, elle fait sauter un gallion entre ses doigts. Il y a quelque chose de grisant dans le contact du métal contre sa peau, quelque chose de réconfortant, aussi, la sensation de toucher du bout des doigts la fin du tunnel, celle de sortir la tête de l'eau. La pièce tournoie une nouvelle fois en l'air. Lorsqu'elle la rattrape, elle sait ce qu'elle veut en faire.

C'est une sensation inhabituelle, d'avoir de l'argent à dépenser. Inhabituelle parce qu'elle n'en a jamais eu beaucoup mais aussi parce qu'on lui a toujours appris à économiser. Elle économise ses mots, en général, ses mouvements, ses sourires, elle économise sa confiance et son optimisme, elle économise sa rage et son argent, stocke tout pour plus tard, stocke tout en cas de besoin. Elle ne roule pas sur l'or, Malka, et ça lui a appris quelques choses sur la vie, quelques choses sur la survies, quelques choses sur la nature humaine et sa propension à tout foirer, à tout désirer, à tout envier, même les quelques mornilles dans la main de ton voisin qui n'a pas mangé depuis aussi longtemps que toi, même quelques croûtons de pain qui ferait le bonheur de plus démuni que toi ; elle est économe de son savoir, aussi, Malka, d'une façon un peu différente, d'une façon un peu étrange, elle engrange mais ne partage pas forcément, détaille mais n'en fait pas profiter les gens. Elle sait des choses pourtant. Elle connaît le grec, le français, la discrétion et l'arnaque, des sorts élaborés pour camoufler et des potions pour soigner les rhumes, elle connaît des astuces idiotes, comment nettoyer ses casseroles avec du vinaigre ou éplucher un oignon sans pleurer, des choses que nana lui a soufflé à l'oreille en tressant ses cheveux, des choses que sa mère lui a enseigné avec patience aussi, la couture et la cuisine, des choses de moldus, des choses un peu trop triviale sans doute. Elle économise ce qu'elle sait des gens aussi. Elle économise les manies d'Archibald, les sourires d'Azalea, la crispation de la mâchoire d'Agrippine. Elle économise la délicatesse des traits de Jupiter, aussi.

Jupiter et Malka, c'est tout une poésie, c'est les mots qu'elle lui a craché à la tête le jour où un cadavre a touché le sol alors qu'elle avait presque la main dans sa poche, c'est le regard beaucoup trop doux de ce type qu'elle aurait dû fuir mais qu'elle ne craint pas, c'est une amitié qui n'aurait pas dû voir le jour mais qui existe, infaillible et stable et pleine de confiance, malgré Lux, malgré Voldemort, malgré la mort et le vol, malgré le fait qu'ils ne soient pas des gens fréquentables. Jupiter c'est la maison et l'affection, c'est le grand frère qu'elle n'a jamais eu, c'est les sourires trop faciles et la méfiance qui s'est pétée la gueule, petit à petit, détachée feuille par feuille de leurs interactions. Jupiter, c'est la main de Malka qui se tend pour attraper gentiment la manche de sa chemise pour le forcer à rester avec elle, pour le forcer à rester sur terre, la main de Malka qui ne serre pas assez mais qui reste là, incapable de le lâcher, incapable de le laisser. Jupiter, c'est l'homme qu'elle cherche aujourd'hui. Elle ne sait jamais bien où le trouver mais elle l'a croisée plusieurs fois dans ce coin à cette heure-là, elle ne sait jamais bien où le trouver parce qu'elle ne lui pose jamais réellement la question, parce qu'elle sait bien que Jupiter a une vie compliquée et qu'elle ne veut pas en rajouter, elle ne sait jamais bien où le trouver et elle n'est pas sûre qu'il sache réellement la localiser lui non plus, ça n'a pas réellement d'importance, mais ça l'ennuie ce jour-là, ça la ralentit, et elle espère qu'il n'ait pas déjà mangé, parce que l'horloge file et que s'il était midi au moment où elle est entrée dans le quartier, il est maintenant treize heures et l'estomac a peut-être déjà parlé. Dans le fond, ça n'a pas réellement d'importance : si le repas est passé, elle lui offrira le goûter.

Elle finit par le repérer, dans la rue, elle reconnaît son pas, le mouvement de ses épaules, quelque chose dans sa façon de se tenir. Elle ne cherche pas à le surprendre, pas à le faire sursauter, trop dangereux, trop stupide. À la place, elle presse le pas, se hisse à ses côtés, les mains dans le dos et la rune trop rouge qui brûle contre le tissu de ses vêtements.

« Je venais t'inviter à manger. » lance-t-elle, sans préambule, sans bonjour, sans comment vas-tu, parce que c'est superflu, qu'elle lui demandera plus tard, qu'elle est là parce qu'elle s'inquiète, parce qu'il a les traits creusés et des cernes trop lourdes, qu'elle voudrait arracher un sourire à sa bouche, un rire à sa gorge. « Je sais qu'il est tard, mais tu n'es pas un homme facile à trouver, sache-le. » plaisante-t-elle en se plantant devant lui, un sourire léger sur les lèvres. « Je pensais à un fish and chips, si l'idée te tente. C'est moi qui paye. »

Il y a quelque chose d'impérieux, dans sa voix, quelque chose qui appuie sur le moi, quelque chose qui n'appelle pas à la discussion, pas réellement, parce qu'elle refuse même qu'il discute et qu'elle ne l'écoutera pas.

« Si tu es occupé, on peut voir une prochaine fois. » C'est plus poli que sincère mais elle plante son regard dans le sien, tend la main, pour effleurer gentiment son avant-bras, familière et paisible. « Tu as l'air d'avoir besoin de passer un peu de temps avec quelqu'un qui t'aime, Pi. »

C'est bête, ce surnom, mais ça lui échappe toujours tout seul. Elle refuse de l'appeler Peter, parce qu'il y a des ombres sur son visage lorsqu'il croit que personne ne le regarde, elle refuse de l'appeler du nom des dieux romains qui ont pillé sa Grèce bien aimée, elle refuse de l'appeler par son nom, elle refuse de ne pas l'appeler. Elle l'appelle Pi, parce qu'elle a fait des mathématiques, avant, elle l'appelle Pi, parce qu'il est infini, irrésolu, cyclique et circulaire, elle l'appelle Pi parce qu'elle aime les images, elle l'appelle Pi parce qu'il est important pour elle. Gentiment, elle baisse la main, pointe du menton une ruelle, un questionnement dans les yeux, l'immobilité dans le corps. Il a le choix, évidemment. Il a toujours le choix.
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MessageSujet: Re: you and i must fight to survive (malkiter)   Jeu 18 Aoû - 23:48

La lavande. Il y a une odeur de lavande dans la foule, et impossible de savoir d’où elle provient. Ce n’est pas faute de chercher, pourtant. Le regard de Jupiter rebondit sur chaque visage pour tenter d’y associer la fragrance qui lui saisit les narines, la lavande, qui lui serre doucement le cœur, la lavande qui lui rappelle beaucoup trop Claire, ses larmes et son cœur trop grand pour quelqu’un comme lui. Parfois, il se demande si elle va bien, parfois seulement parce qu’il ne peut pas se permettre de trop penser à elle, parce qu’il est obligé de vivre après elle, après eux, leur petit groupe disloqué, parti en fumée au bout d’une baguette meurtrière. Il doit oublier Claire et James et Lony, il doit oublier Esther et ses lèvres à la cerise (quatorze véritables baisers, il avait compté), leur idylle canardée en plein vol et son cœur brisé en un milliard de morceaux quand il avait appris sa mort. Il doit oublier tout ce qui l’a conduit à devenir ce qu’il est aujourd’hui, un tueur sans états d’âme, l’ombre de lui-même et moins que ça encore. Il doit oublier et se reconstruire un personnage, absolument, irrémédiablement seul. Il pourrait dire qu’il a des gens autour de lui, Hermès et sa présence rassurante, Stitch et ses délires loufoques, Malka et ses moues boudeuses ou encore Agrippine et ses bras frêles, mais ce serait nier l’évidence, celle qui consiste à le dépeindre comme quelqu’un de froid, sans scrupules, quelqu’un qui tuerait père et mère pour obtenir ce qu’il veut et. Diantre, cette odeur de lavande est obsédante. Il n’ose pas détailler la foule, Jupiter. Il a trop souvent imaginé voir Claire, son amie, sa seule amie, Claire et son sourire, ses larmes trop salées et ses soupirs dans son oreille, Claire et son absence pendant quatre ans par peur, par lâcheté peut-être, encore et toujours elle, un visage parmi des millions mais sûrement le plus important d’entre tous. Il a trop souvent vu son regard lui répondre dans la foule, trop souvent pensé reconnaître une tignasse brune qui n’était finalement pas la sienne, bien trop souvent imaginé sa réaction si elle devait le revoir, les reproches et les embrassades. Il a aussi pensé à elle quand il ne le fallait pas, quand Agrippine lui confiait ses secrets et qu’il revoyait son amie quelques années plus tôt, quand leurs mains se touchaient et que ça ne semblait pas étrange, quand il embrassait sa joue et qu’il sentait ce même parfum de lavande sur sa peau. Ni Claire, ni Agrippine aux alentours, pourtant. Et toujours ce parfum qui l’obsèderait presque, le forçant à arrêter sa promenade pour fermer les yeux, se ressaisir, respirer un air autre que celui qui empuantit ses poumons. Répit de courte durée, car il sent une présence à ses côtés. Il n’a pas besoin d’ouvrir complètement les yeux pour deviner la rune rouge qui scintille au vêtement de l’inconnu.
Il avait connu Malka par hasard, alors qu’elle dépouillait sa cible, alors qu’ils étaient supposés ne jamais se croiser. Il ne saurait dire ce qui l’avait poussé à la revoir, une fois, deux fois, à l’apprécier (particulièrement lorsqu’il l’entendait pester après lui et son « foutu Voldemort ») et, finalement, à l’aimer. Aimer Malka est sûrement la chose la plus facile au monde, comme respirer, boire ou manger. Malka, c’est les feuilles ocres qui parsèment le sol en octobre, Malka c’est des couchers et levers de soleil sur une plage, pieds dans l’écume, Malka c’est un son de saxophone tout doux dans les oreilles. Malka c’est un bijou, un bien précieux à ne surtout pas abîmer, ni prêter, ni quoi que ce soit, Malka est indépendante et fière et digne, Malka est terrible de beauté, avec ses grands cils et ses tâches de rousseur. Et le plus gros avantage que Malka a sur beaucoup d’autres, c’est qu’elle l’aime, inconditionnellement. C’avait été un peu dur à accepter pour Jupiter, que quelqu’un l’aime vraiment, que quelqu’un se soucie de lui et veuille lui rendre la vie plus douce, ç’avait été surprenant et bizarre et maladroit d’abord, parce qu’elle ne savait pas bien s’y prendre, parce qu’elle ne comprenait pas ce qu’il pouvait bien ressentir même si elle aussi avait connu l’horreur, même si elle aussi savait à quel point perdre nos proches peut nous détruire. « Je venais t'inviter à manger » elle dit, Malka, simplement, parce qu’elle a tout compris, parce que Jupiter n’attend pas de longs discours ni de belles déclarations, il est trop tard pour ça et de toute façon, ça ne viendra sûrement pas d’elle. Elle, elle est là, et c’est tout ce qui compte. « Je sais qu'il est tard, mais tu n'es pas un homme facile à trouver, sache-le. » Et elle se plante devant lui, sourit de toutes ses dents, impertinente comme à son habitude et surtout pas préoccupée par la possible de réaction de Jupiter, preuve qu’elle le connait trop bien. Il s’arrête de marcher, ne dit toujours rien. Il n’a jamais vraiment rien à dire, en fait. C’est pas comme s’il était devenu sourd du jour au lendemain ; on peut plutôt dire que c’est une sale habitude qui s’est installée au fil du temps. L’habitude d’écouter plus que de parler, l’habitude de ne rien dire tant qu’on ne lui demande pas. « Je pensais à un fish and chips, si l'idée te tente. C'est moi qui paye. » Il hausse un sourcil, ne parvient pas à réprimer le très maigre sourire qui se dessine sur sa lippe, pas rigoler pas rigoler, alors qu’il trouve ça assez hilarant de bouffer soit avec 1) l’argent du meurtre 2) l’argent du vol. « Si tu es occupé, on peut voir une prochaine fois. » Une prochaine fois, c’est pas très Malka. Il pince les lèvres, s’apprête à répondre sans vraiment savoir quoi dire. S’il refuse, elle lui en voudra, mais s’il accepte, il prend le risque d’ouvrir les vannes à des milliards de questions. Il sait pertinemment que Malka n’est pas avare quand il s’agit de lui tirer les vers du nez, et c’est bien la dernière chose dont il ait envie. Cela étant dit, c’est agréable, cette caresse sur son avant-bras, plaisant et familier, suffisamment pour l’apaiser, même si son bras recule significativement pour l'intimer implicitement d'arrêter. « Tu as l'air d'avoir besoin de passer un peu de temps avec quelqu'un qui t'aime, Pi. »

Il soupire, baisse les yeux. La vérité, c’est qu’il est crevé. S’il s’écoutait, il rentrerait simplement dormir, tenter du moins (parce que les fantômes ne partent jamais vraiment), mais quelque chose lui dit que Malka n’en démordra pas, qu’elle continuera d’insister pour aller manger quelque part et, bordel, ça fait trop longtemps qu’il n’a pas passé un moment avec elle. « D’accord », il finit par lâcher, avant de reprendre sa marche en direction du restaurant, sans prendre la peine de s’assurer qu’elle le suive bien. Il reste silencieux un instant, pas certain des bons mots à dire, de la façon dont il devrait évoquer son travail (qu’il réprouve, évidemment), de ce qu’il pourrait demander pour en savoir un peu plus sur elle. Il n’a jamais été très inquisiteur, Jupiter, ce n’est pas dans sa nature ni dans son éducation, et d’aucuns diraient qu’un sang-mêlé n’a de leçons à donner à personne, mais il ne tient pas à la questionner si elle n’est pas d’abord volontaire pour répondre.
Les pas se suivent dans le silence, alors que le jeune homme cherche le meilleur moyen d’engager la conversation, pour finalement grommeler dans sa barbe : « je déteste te voir porter cette foutue rune. » Il sait qu’elle n’y peut rien, que c’est comme ça, qu’un malheur en entraine un autre et qu’elle ne se doutait probablement pas qu’elle quitterait l’étoile jaune pour ça, mais c’est quelque chose qui le débecte, profondément, qui le rend malade jusqu’aux tripes, la simple idée de la voir arborer de nouveau un outil de ségrégation. « J’espère que ça ne te cause pas trop de problèmes. » Ce n’est pas une question, plutôt une phrase affirmative. Il sait que ça lui cause des problèmes, évidemment qu’il le sait. Il serait fou de dire qu’il n’en est pas conscient, fou de nier l’impact de ce petit symbole sur les vies de milliers de nés moldus. Mais ce qu’il veut dire par là, c’est qu’il est prêt à détruire ceux qui l’importunent. Sa main gauche se glisse dans son pardessus, tâtonne jusqu’à trouver sa baguette qu’elle serre un instant alors qu’ils croisent un groupe de sorciers pris dans une discussion des plus agitées. Mesure de précaution, pas envie d’avoir de problèmes. « Si je pouvais, je les tuerais tous. » Les mots ne sont pas innocents venant de lui, et il sent Malka se tendre à ses côtés, elle qui réprouve la violence, elle qui ne comprend évidemment pas son travail. Comment le pourrait-elle. « Désolé », il murmure alors, la main sur la poignée de la porte du restaurant qu’il ouvre sans trop de cérémonie, invitant Malka à y pénétrer la première.
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MessageSujet: Re: you and i must fight to survive (malkiter)   Sam 20 Aoû - 22:07

C'est quelque chose d'étrange à dire mais Jupiter est quelqu'un de gentil. C'est quelque chose d'étrange à admettre parce que Jupiter ressemble à peu près à l'opposé de ce que l'on pourrait imaginer de quelqu'un de gentil, de quelqu'un de bon, de quelqu'un de généreux, c'est étrange à admettre parce que ça met en lumière ses propres préjugés, parce que Jupiter tient tout des garçons qu'elle aurait haï à l'école alors qu'elle ne s'imagine plus sans lui à présent, c'est étrange parce qu'il met en lumière quelque chose chez elle, quelque chose qui palpite, quelque chose qui radie, quelque chose qui ressemble un peu à son espoir d'avant, cet espoir naïf qui n'était pas teinté de larmes, cet espoir maladif qui n'avait pas été mutilé, tronqué, abâtardi, quelque chose qu'elle ne pensait plus ressentir après. Jupiter est étrange en lui-même, dans le fond, avec ses contradictions, avec ses actes et ses mots, et sa tristesse et sa douceur, avec ses yeux et ses mains, Jupiter est étrange, et fascinant, et attachant. Par certains côtés, peut-être est-ce parce qu'il lui rappelle Zohar, dans sa sobriété, dans la lueur sérieuse qui brûle au fond de ses yeux, peut-être est-ce à cause du sentiment de confort, ou parce qu'elle se sent en sécurité, peut-être est-ce parce qu'il sent la maison, et la famille, et l'affection, peut-être est-ce parce qu'elle a besoin d'affection, peut-être que ça n'a pas d'importance dans le fond. Lorsqu'il ouvre la marche, Malka sourit de toutes ses dents. Elle est consciente, de lui avoir un peu forcé la main, consciente qu'il aimerait sans doute être ailleurs ou avec quelqu'un d'autre, consciente qu'elle interrompt sa journée sans vergogne et sans se poser de question, que ce n'est pas un comportement acceptable, pas un comportement recommandé, qu'elle devrait se poser plus de question, se remettre plus en cause, battre en retrait mais Jupiter n'a pas reculé le bras immédiatement lorsqu'elle l'a touchée, mais le fantôme d'un sourire a éclairé son visage, mais il y a quelque chose de presque tendre dans son regard lorsqu'il lui adresse la parole, ensuite, la voix basse et bougonne, l'air presque renfermé.

Le sujet est difficile, le sujet est risqué, parce qu'il met en lumière leurs ressemblances et leurs différences, leurs désaccords et leurs douleurs, parce qu'il est intriqué et compliqué, parce que tout est enroulé, entremêlé et que tirer un bout c'est attirer toute la pelote, le visage de son père et celui des gens qu'a perdu Jupiter, le visage de son frère et celui des gens qui meurent sous sa baguette, le fantôme d'une étoile jaune et le présent d'une rune écarlate, un mélange de sujets épineux et de larmes qui finiront pas être versées s'ils continuent à patiner dans cette direction. Elle ne dit rien, un moment, parce qu'elle sait qu'il a remarqué ses muscles se tendre, parce qu'elle sait qu'il a mal interprété ou en tout cas pas tout à fait exactement, qu'il connaît ses envies de pacifisme mais ignore le fait qu'elle ne croit plus en rien. Il n'est pas cruel, Jupiter, même barbouillé de sang, il n'est pas méchant, pas odieux, pas abominable. Elle sait que certaines morts sont nécessaires, elle sait que chacun fait ce qu'il a à faire, elle sait qu'elle ferait la même chose si elle n'avait pas le choix. En silence, toujours, elle s'assoit face à lui, hésite une seconde, traque du bout du regard les traces d'une quelconque émotion sur les traits de Jupiter tout en sachant qu'elle n'en trouvera pas et que ça ne voudra rien dire. Il y a des choses qui bouillonnent en son interlocuteur, des choses qu'elle n'est simplement pas capable de lire. À la place, elle secoue la tête en s'installant près de lui :

« Je sais. » dit-elle simplement. Je sais que tu détestes ça, je sais que tu tuerais, je sais que tu espères que je n'ai pas d'ennui, je sais que tu ne dis pas ça parce que tu ne sais pas ce que je traverse, je sais que tu te soucies, que tu te soucies bien trop, je sais que tu as de l'affection pour moi, je sais que j'en ai pour toi aussi. Elle sourit, Malka, et c'est un sourire sincère et lumineux malgré le poids de la conversation, malgré le poids des souvenirs que cela ramène. « Ils n'en valent pas la peine, Pi. » ajoute-t-elle, et cela désigne tous les gens qui lui ont fait du mal depuis que la rune brille sur sa poitrine. Du bout des doigts, elle natte ses cheveux, les fait reposer devant, parce qu'elle aime déranger les gens qui fuient du regard la marque de son asservissement mais qu'elle ne veut pas rendre la conversation plus difficile pour Jupiter. « Ce ne serait pas juste pour toi de te demander cela. Je tuerais moi-même les gens qui m'ont spoliée, si j'en avais la possibilité. » Parce que Jupiter est son ami, parce qu'elle méprise les gens qui lui demandent d'éliminer pour se débarrasser d'êtres qui entravent leur chemin plutôt que de le faire eux-même, parce qu'elle hait les gens qui délèguent, parce qu'elle ne peut supporter ceux qui creusent un peu plus le gouffre qui existe chez Jupiter. « Si je devais te demander de tuer quelqu'un ce ne serait pas eux, de toute façon. » Et ses yeux vagabondent, se perdent vers la France, et elle sent sa voix chanceler avant de se reprendre. « Je te demanderais d'éliminer ceux qui ont soufflé Sofer à l'oreille des Allemands. » Elle n'a pas de noms, seulement des doutes, et cela n'a plus d'importance parce que son père a promis, parce que son père va la rejoindre, que les années passent mais la promesse tient. La gorge nouée, un instant, elle secoue une nouvelle fois la tête, tout en passant commande, lorsqu'elle a l'occasion de le faire, le menton posé dans le creux de sa main et un sourire une nouvelle fois sur les lèvres.

« Parle-moi de Poudlard. » demande-t-elle, subitement. « Pas de ce que tu y faisais, mais de l'école. Je me suis toujours demandé pourquoi je n'avais pas pu finir mes classes là-bas. »

Elle est précise dans ses demandes pour éviter d'envahir complètement Jupiter, parce qu'elle sait qu'il répugne à se livrer, parce qu'elle ne tient pas à jouer les craque-noix dans un lieu public, parce que ce n'est ni le moment, ni le lieu et qu'elle est sincèrement curieuse. Archibald ne lui a jamais répondu et peut-être n'a-t-elle jamais posé la question en ces termes non plus mais il lui a toujours semblé absurde et aberrant, ce concept d'école en vase clos, absurde et aberrant, ce rejet des aléas de la vie et des nouveaux arrivants. Une seconde, elle pense à Beauxbâtons, la seconde d'après, elle est à Thessalonique et, nerveuse, elle s'humecte les lèvres, éjecte aussi fort que possible ces fantômes du passé.

« J'étais très douée en potion, tu sais. »

C'est plus un état de fait qu'autre chose, une mélancolie passagère. Peut-être serait-elle encore aujourd'hui bonne si elle avait l'occasion de pratiquer ; elle ne le saura probablement jamais.
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MessageSujet: Re: you and i must fight to survive (malkiter)   Dim 21 Aoû - 10:32

C’est toujours difficile de voir des gens qu’on aime souffrir. Il sait qu’elle cache les choses, Malka, qu’elle ne montre pas à quel point elle a souffert, l’étoile jaune et toutes ces horreurs qu’elle a vues de ses propres yeux, ces actes de barbarie atroces dont personne ne peut se remettre, jamais, même en essayant, même en le faisant de toutes ses forces. Il sait aussi qu’il ne comprend pas vraiment, qu’il ne peut pas comprendre, parce qu’il n’a jamais été persécuté, parce qu’il n’a jamais particulièrement souffert lui-même. Il aurait parfois préféré que tout tombe sur lui, les spaseni et la mort, il aurait parfois préféré ne pas être celui qui reste mais être celui qu’on pleure, parce que les survivants ont toujours un poids supplémentaire, celui d’être là alors que les autres sont partis, celui de se demander pourquoi, pourquoi moi plutôt qu’eux. C’est quelque chose qu’ils ont en commun, Malka et Jupiter, quelque chose de fin et ténu et pas tout à fait similaire malgré tout, parce que Malka a souffert dans sa chair, parce qu’elle a arboré cette étoile jaune et qu’elle a été touchée par ce drame de manière beaucoup plus personnelle, mais c’est une analogie touchante qui les rassemble depuis plusieurs années déjà. Sans Malka, Jupiter aurait pu sombrer, parce qu’il ressent cette fameuse culpabilité du survivant et toutes ces choses qui peuvent rendre fou, cette illégitimité à avoir un cœur qui bat alors que tant d’autres sont tombés. Il aimerait être aussi important pour elle qu’elle l’est pour lui, être essentiel et ouvrir les yeux en grand, être celui qui guide et celui qui fait sourire, mais ce n’est pas le cas, et il en est conscient. Jupiter est entouré d’ombres, drapé de ténèbres, Jupiter est bien trop austère, bien trop mélancolique et pourtant, il n’a pas directement souffert des spaseni. Il y a des tressaillements dans la voix de Malka alors qu’elle lui avoue tout bas la triste vérité, ce seul désir de tuer ceux qui ont décimé sa famille, « je le ferais » répond Jupiter avant de passer commande comme si de rien n’était, parce que c’est tout ce qu’il y a à dire, il le ferait cent fois, mille fois, il le ferait même si ça ne ramènerait certainement pas tous ceux que Malka a perdus, même si ça ne servirait à rien, il le ferait simplement si ça pouvait apaiser ce désir de vengeance qui brûle chez son amie et qui ne lui ressemble définitivement pas. Elle n’est pas belliqueuse, Malka, même pas rancunière pour toutes les fois où Jupiter lui a répondu à côté, toutes les fois où il s’est refermé sans lui expliqué pourquoi, où il l’a tenue éloignée, volontairement. Elle est juste comme lui, toute changée par la rancune et la colère, toute bousculée par des émotions contradictoires de paix et de vengeance qui ne peuvent décemment cohabiter dans un monde idéal. C’est quelqu’un de bon, Malka, foncièrement bon, bon à ne vivre que pour les autres, bon à ne jamais montrer à Jupiter qu’il est mauvais. Beaucoup de choses auraient dû les séparer, depuis le temps, le misérabilisme dans lequel se vautre Jupiter, l’éclat de vie qui agite Malka alors qu’elle a tout perdu. Elle n’aurait pas dû s’acharner, Malka, elle n’aurait pas dû s’accrocher de toutes ses forces à ce fantôme d’homme, autrefois bien plus glorieux que ce qu’il est devenu, elle n’aurait pas dû vouloir le sauver comme l’héroïne qu’elle est, parce que rien ne peut vraiment sauver Jupiter. Elle l’a pourtant fait, elle est restée, pas franchement par pitié mais très clairement par choix. Il le voit dans ses yeux, Jupiter. Il voit qu’elle ne le prend pas de haut, qu’elle ne le plaint pas. Elle veut simplement qu’il redevienne comme avant, avant même qu’elle ne le connaisse, avant la guerre et Grindelwald et les spaseni, avant la mort et le changement brutal de personnalité, avant la mort de Peter et la naissance de Jupiter. C’est drôle comme elle l’appelle Pi, drôle et attendrissant, le sérieux avec lequel elle s’est appliquée à chercher un surnom, mais pas Peter, surtout pas, quelque chose de différent et de doux et de lui, quelque chose qui lui colle à la peau et qui lui rappelle celui qu’il était avant. C’est agréable, aussi, la manière tout à fait naturelle qu’elle a de changer de sujet, pour ne pas trop ressasser le passé, la douleur, l’abomination, c’est agréable, la manière innocente qu’elle a d’évoquer Poudlard (et pas ses amis, Jupiter le comprend bien, uniquement Poudlard).

Il ne peut pas s’empêcher de sourire, discrètement, furtivement, parce que Poudlard, c’est des milliers d’éclats de rire, c’est Claire qui était toujours la première en cours et James qui était capitaine de l’équipe de Quidditch, c’est les expériences de Lony (toujours désastreuses) et les Noëls avec Esther, à se barrer en douce de la salle commune de Serpentard dès l’aube pour pénétrer chez les Poufsouffles, le plus innocemment du monde, et serrer contre lui la fille qui faisait battre son cœur un peu plus vite que les autres. Mais ce n’est pas ce qu’elle veut entendre, Malka, surtout pas. Elle veut en savoir plus sur l’école, pas sur les souvenirs qui font saigner le cœur parce qu’ils rappellent une époque plus douce, un temps où tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. « Il y a quatre maisons, à Poudlard. Gryffondor. Si vous allez à Gryffondor vous rejoindrez les courageux, les plus hardis et les plus forts sont rassemblés en ce haut lieu, il récite, sans lâcher Malka des yeux, petit sourire aux lèvres, oui, je connais les devises des maisons par cœur, il ajoute, léger rose aux joues parce que ça fait quinze ans mais que ça lui semble être hier. Serdaigle, ensuite, si vous êtes sage et réfléchi, Serdaigle vous accueillera peut-être, là-bas, ce sont des érudits qui ont envie de tout connaître. Poufsouffle. Si à Poufsouffle vous allez, comme eux vous serez juste et loyal. Ceux de Poufsouffle aiment travailler et leur patience est proverbiale. Et Serpentard : vous finirez à Serpentard si vous êtes plutôt malin, car ceux-là sont de vrais roublards qui parviennent toujours à leurs fins. » Il ne croit pas avoir déjà autant parlé en présence de Malka, ni même en six ans. C’est comme si la seule évocation de Poudlard débloquait quelque chose en lui, quelque chose d’enfoui depuis trop longtemps (de la nostalgie ? de la joie ?). « J’étais à Serpentard, et je sais que notre devise nous fait passer pour d’horribles personnes, mais je ne pense pas en être une… si ? », il demande innocemment, et son sourire s’élargit alors qu’il se penche vers elle et murmure : « Merlin était à Serpentard. » Il se redresse, appuie ses avant-bras contre la table, pas vraiment sûr de ce qu’il peut lui dire de plus sans évoquer ses anciens amis. « Ça ne m’étonne pas que tu sois bonne en potions. C’est la matière des gens savants. J’adorais ça, même si je n’étais pas le plus doué. » Un sourire supplémentaire se dessine sur son visage. « J’aurais aimé t’avoir comme amie, là-bas », il dit simplement, comme si ça suffisait pour clore la conversation, comme si ça mettait un point final à sa très vague explication de Poudlard.
Il ne veut pas vraiment évoquer Beauxbâtons parce qu’il sait la douleur que ça doit être pour Malka, il sait qu’elle a connu beaucoup de départs pas franchement joyeux et de traumatismes encore présent, Thessalonique et la France, des lieux aimés, chéris mais désormais inaccessibles, alors c’est avec toute la légèreté du monde qu’il dit : « J’ai entendu dire qu’à Beauxbâtons, les toilettes étaient en or massif. » Et il a envie de rire, ce qui est bien trop rare quand on le connait, bien trop rare quand on sait  à quel point il est bousillé.
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MessageSujet: Re: you and i must fight to survive (malkiter)   Lun 22 Aoû - 16:55

Il y a quelque chose qui se débloque dans le cœur de Malka lorsque Jupiter s'anime, quelque chose qui se gonfle et qui s'épanouit, qui élargit encore son sourire alors qu'elle cale son menton dans le creux de ses mains pour le regarder. Il y a quelque chose d'incroyablement heureux dans ses yeux, d'incroyablement attendri dans son visage, quelque chose qui tambourine et qui bat, quelque chose qui vit, qui vit grand, qui vit immensément, qui vit maintenant, quelque chose qui transcende la mort et la douleur et la peur, quelque chose qui surpasse le passé et le futur et l'incertitude, une flamme stable et imperturbable, une flamme qui brûle plus fort encore, confrontée au bonheur. Il y a quelque chose qui se débloque dans le cœur de Malka lorsque Jupiter parle et parle et parle, mais rien qui débloque, mais pas de raté, il n'y a plus de pensées douloureuses, pas de mélancolie, il n'y a pas de regrets ou de malheur, il y a juste Malka qui sourit à s'en faire mal aux joues, Malka dont les fossettes se creusent, Malka qui a les yeux qui brillent si fort qu'elle a l'air prête à pleurer, Malka qui est sur le point d'éclater de rire, en vérité. Elle aime la façon dont sa voix tressaute et sa façon d'être si vivant, elle aime le fait qu'il connaisse par cœur encore les devises de toutes les maisons, elle aime le voir rougir, le voir si incroyablement présent quand il se confond parfois avec un spectre, si incroyablement grand et confiant et presque, presque, presque heureux alors qu'il parle, alors qu'il s'exprime, et elle n'est pas sûre d'avoir jamais autant entendu sa voix, pas sûre d'avoir été aussi satisfaite d'elle, pas sûre de s'être jamais sentie aussi pleine d'affection pour quelqu'un, aussi prête à serrer quelqu'un dans ses bras pour lui dire je t'aime et je suis heureuse et tu es là, tu es là, tu es là, c'est un petit miracle en soi. C'est étrange à penser et étrange à dire mais elle se demande, souvent, si Jupiter a déjà manqué de disparaître, s'il a déjà failli sombrer, tomber à jamais hors de la face du monde et la pensée lui serre la gorge et elle tend la main pour lui appuyer gentiment sur l'avant-bras, une demi-seconde à peine, pour se rassurer qu'il est bien là, une demi-seconde avant d'exploser de rire parce que Jupiter parle de Beauxbâtons et qu'il n'y a pas une once de tristesse dans le cœur de Malka.

C'est nouveau, grisant, presque, de pouvoir parler des choses et des endroits et des gens qu'elle aime sans avoir l'impression de se crever le cœur, c'est une liberté incroyable de se sentir débarrassée de ses chaînes, même pour une seconde, même pour une minute, juste le temps d'un battement de coeur, peut-être. Et elle rit, Malka, elle rit, et c'est un éclat de rire qui remonte à loin, qui remonte à l'enfance, parce qu'on lui a volé trop de temps mais qu'elle fini toujours par ressurgir, parce que malgré tout elle n'est pas complètement esquintée, parce qu'il y a la vie et le bonheur et l'espoir et la tendresse quelque part dans le fou rire qui part de son ventre et secoue tout son être, parce qu'il y a quelque chose d'incroyablement complexe et décomplexé dans ce rire et que c'est la faute de Jupiter, et que c'est grâce à Jupiter, et qu'elle n'a plus de souffle et les joues rouges et les larmes aux yeux mais que cela fait des siècles qu'elle ne s'est pas sentie aussi bien, aussi elle-même, aussi posée sur terre.

« Rien de tout cela, j'en ai peur. » répond-t-elle, finalement, quand elle peut enfin parler, quand le rire s'étiole en lambeau de bonheur aux coins de ses yeux et de son sourire qui ne s'en va pas tout à fait. « Mais nous avions une fontaine à chocolat, tu apprendras. Et des cygnes qui parlaient. Des sales bêtes, ces bestioles là. » Elle secoue la tête, les yeux baissés vers l'assiette qu'on vient de déposer devant elle, relève, taquine, les yeux vers Jupiter : « J'aimerais te montrer tout ça. »

Et ce n'est pas une promesse en l'air, pas une promesse qui ne se réalisera pas, c'est Malka qui dit à Jupiter qu'elle l'emmènera un jour là-bas, c'est Malka qui affirme à Jupiter qu'elle attrapera sa main et qu'elle lui montrera son pays, qui lui murmure que les mauvais jours ne sont pas éternels et qu'elle y croit, qu'elle y croit, qu'elle y croit plus qu'à n'importe quoi, plus qu'à n'importe quelle autre chose, plus qu'au dieu auquel elle avait cru et plus qu'à la magie, c'est Malka qui fixe Jupiter et qui lui sourit, plus fort encore, plus brillant encore, parce qu'elle est heureuse et qu'elle veut lui dire, parce qu'il est là et que c'est de sa faute, parce qu'il lui a dit des mots qu'elle n'avait jamais pensé entendre et que même si elle pèse ses mots pour y répondre, ils n'ont pas été perdus, parce que les mots de Jupiter ne sont jamais perdus, pour Malka, parce qu'elle ne suit pas forcément ses conseils mais qu'elle l'écoute, parce qu'elle engrange, parce qu'elle mémorise, parce que sa voix est rare et qu'elle l'aime trop, parce qu'il lui adresse la parole et qu'elle a toujours envie de lui répondre.

« Je suis heureuse d'être ton amie maintenant. » répond-t-elle finalement, de toute façon, et ce sont des mots simples, des mots basiques, des mots qui tintent et qui résonnent alors qu'elle trempe joyeusement une frite au vinaigre dans du ketchup, un peu de rouge sur le menton. « J'aurais été heureuse d'être ton amie n'importe quand. » corrige-t-elle avant de se fendre d'un léger rire. « Mais tu ne te rends pas compte d'à quel point le fait de t'avoir rencontré tue mon mal du pays. »

Il n'y a pas que lui, c'est vrai, mais c'est une grande partie. Il y a Azalea, aussi, et Archibald, et les lettres qu'elle reçoit de Zohar, il y a Agrippine, aussi, même si Agrippine l'enrage, même si Agrippine lui donne envie d'étrangler quelqu'un, il y a d'autres gens, bien sûr, mais personne ne dégage la même aura, mais personne ne lui donne ce sentiment absolu, cette implacable certitude, d'être à sa place et en sécurité, de ne pas être seule et oubliée. Sans vergogne, elle pique une frite dans l'assiette de Jupiter, étend les jambes sous la table et renifle, amusée :

« La même maison que Merlin, alors ? Mazette, je pensais que les français étaient d'horribles prétentieux mais vous en tenez une couche aussi, en fait. »
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MessageSujet: Re: you and i must fight to survive (malkiter)   Sam 27 Aoû - 14:26

Le rire de Malka est beau. Ce n’est pas quelque chose que Jupiter pense souvent lorsqu’il l’entend, parce qu’il aime se complaire dans un univers trop sombre et trop dur et qu’elle, elle est beaucoup trop vivante pour lui, mais le rire de Malka est beau, beau comme un coucher de soleil à l’horizon, beau comme la naissance d’un enfant, beau comme une fleur qui perce la terre, beau beau beau, et il sourit en l’entendant, il sourit jusqu’à en avoir presque mal, et ça le rend beau lui aussi, plus beau qu’il ne l’est en temps normal, avec son air renfrogné et ses sourcils froncés et sa peur du bonheur. Le rire de Malka est magnifique lorsqu’il se mêle aux explications hasardeuses, à la fontaine en chocolat et aux cygnes qui jacassent, il est superbe lorsqu’il se termine en un soupir alors qu’elle lui fait la promesse de lui montrer un jour Beauxbâtons. Lui aussi aimerait lui montrer Poudlard, parce que c’est une immense part de sa vie et qu’il a l’impression qu’il serait temps de réconcilier son passé et son présent, temps d’introduire Malka auprès de leur bande, au sein de laquelle elle aurait mille fois eu sa place, Malka, toute exceptionnelle qu’elle est, absolument parfaite et dérangée et absolue de complexité. Il aimerait lui montrer les dédales des couloirs et la froideur des cachots, l’espièglerie presque humaine avec laquelle les escaliers se déplacent et les fantômes qui hantent les tours, il aimerait lui montrer le lac et la forêt interdite qui n’avait d’interdite que le nom (pour les élèves débrouillards) et où il s’était perdu bien trop de fois. Il aimerait lui montrer les saisons qui tombent sur les pierres grises, les bonshommes de neige qui roulent tous seuls sur le sol en hiver et le parfum du parc au printemps, il aimerait lui montrer comment on chevauche un balai et lui parler du frisson d’excitation que l’on ressent lorsqu’on est sur le point d’attraper le Vif d’Or, et d’ailleurs, comment ça se dit en français ? Ses pensées sont un brouhaha, comme à chaque fois qu’il est avec elle, parce qu’elle lui donne envie de crier et de rire et de chanter, parce qu’elle est beaucoup trop vivante pour lui, qu’il semble l’oublier à chaque fois qu’ils se rencontrent mais que la vérité le frappe toujours, brute et crue, la vérité le noie sous des hectolitres de sentiments. Malka, il l’aime, comme il aimerait une amie, une sœur, une promise, comme il aimerait quelqu’un dont il ne voudrait absolument pas se séparer, il aime Malka comme il n’a plus aimé depuis Esther et Claire et la souffrance qui l’a étreint en les perdant toutes les deux, pour des raisons bien différentes. Il aime Malka comme il n’aimera jamais, moins qu’il n’aime Hermès mais plus qu’il n’aime n’importe qui d’autre. Et c’est idiot, c’est stupide et c’est tellement lui mais ce sont des moments comme celui-là qui lui rappellent ces évidences, son amour absolu pour elle et son envie d’être meilleur, d’être moins cassé et tordu et mal foutu, d’être idéal parce que c’est exactement ce qu’elle mérite. Souvent, il a l’impression de ne pas être à la hauteur, Jupiter, et pas parce qu’elle lui fait ressentir mais parce qu’il le perçoit, sensiblement, parce qu’il voit les regards qu’elle lui jette en biais pour s’assurer que tout va bien et sa façon de lui montrer qu’elle est bien là, quand elle effleure son avant-bras ou qu’elle le bouffe des yeux parce que quelque chose en lui s’est allumé, quelque chose de différent, quelque chose qui n’est pas mort, gris, plat, quelque chose de bien vivant, quelque chose d’extatique. Elle a cette manière de se préoccuper de lui en toute innocence, Malka, sans aucune autorité mais avec une réelle inquiétude dans la voix, une véritable intention quand elle lui avoue qu’elle est heureuse d’être son amie, frissons dans la bouche et gestes doux, fins, si bien que Jupiter en oublie qu’ils ne sont que deux gamins paumés, que lui n’a plus personne et qu’elle non plus, ou trop peu de gens, trop peu pour se préoccuper de ce qu’elle fait et de ce qu’elle vit. Au final, ils n’ont que l’un l’autre, au final, ils s’en contentent, et tout se lit dans leurs sourires, dans la manière qu’ils ont de se regarder et de se dire des belles choses, dans leur façon d’ignorer les assiettes qui ont été déposées devant eux parce qu’ils sont trop occupés à s’observer, comme s’ils craignaient que l’instant ne leur échappe un jour, bien trop tôt.
A contrecœur, Jupiter finit par détacher son regard du visage de Malka pour observer un instant l’assiette de poisson pané dans laquelle il plante sa fourchette, au-delà des convenances, gosse mal élevé qui ne sait pas tenir ses couverts, avant de porter un bien trop gros morceau à sa bouche. Il y a quelque chose de maladroit dans sa manière de mâcher sans fermer le bec, quelque chose de naturel aussi lorsqu’il lève une main vers Malka pour essuyer le ketchup qui s’est attardé sur son menton, quelque chose d’extrêmement simple et évident et délicat dans la manière qu’ils ont de ne presque pas parler, ou simplement pour se dire de jolies choses, poètes à la manque qu’ils sont, et lorsqu’elle lui avoue qu’il a tué son mal de pays, il avale sa bouchée de poisson avant de répondre, petit sourire au coin des lèvres : « c’est mon job, non, tuer des trucs emmerdants. » C’est dit naturellement et sans intention de mal faire, c’est dit innocemment comme il dirait t’es belle ou tu sens bon, c’est dit sans cérémonies parce que c’est simplement vrai, parce que c’est juste ce qu’il est depuis quelques années, un tueur, une arme, une gâchette. Et Malka le prend juste pour ce que c’est, juste une déclaration innocente ayant pour seul but de détendre l’atmosphère, alors qu’elle lui pique une frite qu’elle plante entre ses dents et qu’elle se met à évoquer Merlin et l’arrogance de Jupiter. En vrai, il ne se vante pas beaucoup, Jupiter, surtout parce qu’il n’a pas beaucoup de raisons d’être fier de lui, de ce qu’il fait, surtout parce qu’il n’est pas satisfait de sa vie et qu’il rêverait de quelque chose de plus doux, de plus pastel. Mais c’est vrai, après tout ; Serpentard est la maison de Merlin, et c’est suffisamment classe pour s’en vanter, suffisamment classe pour le dire à voix haute. Sous la table, il croise les pieds, négligemment enfoncé dans sa chaise, puis choisit précautionneusement une frite qu’il trempe dans la moutarde qui borde de son plat. « Je suis prétentieux, Mal. C’est pour ça que tu m’aimes, aussi. » Aussi parce que pas que. Il sait que Malka l’aime pour plein de raisons, les câlins impromptus et les déjeuners à l’improviste, l’étrange sentiment de sécurité qu’ils se prodiguent mutuellement et les petites attentions semées sur leur passage, elle l’aime et il le sent, il le voit, et son sourire s’élargit alors qu’il attrape une autre bouchée de poisson, parce que c’est divinement bon et qu’il se sent merveilleusement bien. « Alors, t’as gagné le gros lot ? Je veux dire, c’est pas encore un cinq étoiles mais y a du progrès, par rapport à l’autre fois, là où j’avais mangé cette délicieuse soupe aux mouches. » Le sourire est là mais un poil moins présent, parce qu’il sait que la vie de Malka n’est pas toute rose, qu’elle est prisonnière des griffes d’Archibald et qu’il a peur, souvent, peur qu’elle se fasse exploiter et maltraiter et bouffer, alors il ajoute, presque automatiquement : « j’espère que tu ne fais rien de dangereux pour toucher tout ce fric. » Il sait que c’est bête, que Malka est une grande fille qui peut gérer sa vie toute seule sans l’aide d’un chaperon, mais l’inquiétude est là, bien présente, bouillonnante, l’inquiétude est là et Jupiter détourne un instant les yeux, feignant d’appeler la serveuse pour commander deux verres de vin alors qu’il cherche simplement à détourner son attention de la jeune femme.

Sa main se lève, petit geste discret mais suffisamment marqué pour que la serveuse les rejoigne en quelques pas et lui propose la carte des vins. « Je paye les boissons. » Stupide, parce que lui non plus n’a pas d’argent, lui aussi est fauché, mais après tout, c’est Malka, c’est elle, c’est eux, et elle n’a sûrement pas souvent eu l’occasion de goûter du bon vin malgré le temps passé en France. Il ne s’y connait pas beaucoup, Jupiter, parce qu’il n’a jamais eu tellement les moyens, petit orphelin des rues, parce qu’il n’a jamais eu vraiment l’envie d’y goûter non plus, ayant vu trop de clochards crouler sous l’ivresse pour ressentir une quelconque envie de s’enivrer. Mais lorsque les deux verres arrivent, quelques instants plus tard, il sait qu’ils ne seront pas déçus, absolument pas, parce qu’il a choisi le vin le plus cher de toute la carte et que d’expérience, il sait que le prix et la qualité vont de paire. « A ta santé », il murmure, avant de porter le verre à sa bouche et d’y tremper les lèvres, les yeux fermés alors qu’il laisse le goût du vin sucré glisser sur ses papilles.


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MessageSujet: Re: you and i must fight to survive (malkiter)   Mar 6 Sep - 15:07

Il est beau Jupiter, à ce moment-là, beau et magnifique, et vivant, et les pattes d'oies qui apparaissent au coin des yeux de Malka lorsqu'elle est heureuse se creusent un peu plus. Il est beau, Jupiter, d'une beauté différente de la beauté froide et dangereuse qu'il incarne habituellement, il est beau comme un feu d'artifice, beau comme les premières années qui riaient aux éclats dans l'herbe dense des jardins de Beauxbâtons, beau comme la neige au soleil et comme les vagues de la mer, beau comme un visage familier, beau comme un sourire trop rare sur un visage trop solennel. Elle a envie de l'étouffer dans ses bras et de lui embrasser la joue, de lui dire qu'elle l'aime grand et fort et immensément, parce qu'il est unique et très vivant, parce qu'il n'est pas un cercueil qui marche et que son sourire n'est qu'une confirmation de plus. Elle plisse le nez, lorsqu'il tend la main pour essuyer le ketchup, remue le nez lorsqu'elle louche pour essayer de regarder s'il en reste, sourit de plus belle, même si les sujets sont épineux, parce que Jupiter fait parti de sa famille, parce qu'elle ne lui a pas demandé son avis mais qu'elle s'en moque, qu'ils ne partagent pas le même sang mais que c'est sans importance. Elle voudrait lui dire, parfois, à Jupiter, qu'il est une famille, qu'il a une famille, qu'elle sera sa sœur, sa cousine, sa mère, sa tante, n'importe quelle femme de sa vie, parce qu'il est son frère, son cousin, son père, son oncle, et que les choses n'ont aucune importance tant qu'on trouve un foyer chez les gens. Elle voudrait lui dire, parfois, mais ravale tout soigneusement, parce qu'ils ne sont pas de ceux qui font de longues déclarations, parce que ce serait étrange, bancal et délicat et qu'elle n'est pas prête pour ça, même après des années, même après toute cette attente, même après toute cette peine, que sa famille s'est envolée et qu'elle craint d'ajouter Jupiter à la liste des disparus si elle vient jamais à le formuler. Elle ne le verbalise pas. Elle lui montre, par des sourires, des gestes, des phrases détournées, qui veulent tous dire la même chose, qui amènent tous au même point, tu es ma famille, ma famille, ma famille, et personne ne te remplacera.

Les yeux brillants de bonheur, elle le laisse choisir la boisson. Jupiter et Malka, c'est un miracle de petites attentions et de sujets qu'on contourne, des ajustements dans les façons de parler et de se tenir, dans la façon dont on tolère l'autre près, plus près, Jupiter et Malka c'est Malka qui ne fait pas un foin lorsque Jupiter parle de son métier, Malka qui accepte de le laisser payer une partie du repas, Jupiter qui tolère lorsqu'elle tend la main et effleure son bras, sans y réfléchir, sans y penser, et Malka qui accepte de retirer ses doigts bien plus vite qu'elle ne l'aurait normalement fait. Ce sont des attentions fragiles, dans le fond, des concessions autour des angles des gens qu'on aime, pour éviter de s'y écorcher, pour éviter de les blesser ou de les rendre plus anguleux qu'ils ne le sont déjà, pour éviter de faire ce que les autres leur font, exister à leurs côtés sans les prendre en compte, exister et fermer les yeux, exister et ignorer que leurs gestes ont des conséquences, qu'on ne peut pas tendre la main et ignorer qui est de l'autre côté de ses doigts. Elle tend la main quand même, cette fois, pour poker gentiment le poignet de Jupiter lorsqu'il engloutit une bouchée trop grosse, se cale contre le dossier de sa chaise, comme pour le taquiner, faire durer le mystère sur la provenance de son argent alors qu'elle observe d'un air curieux le vin versé dans son verre. Elle ne boit pas d'alcool, Malka, ou alors très peu souvent. Elle trempe ses lèvres dans la bière, avale une gorgée de champagne quand Archibald a des idées ridicules, mais ne boit pas réellement. Elle n'a pas la culture du vin, ne connaît pas les associations, les goûts, la façon dont il est censé sublimer tout. Elle buvait de l'hydromel, la veille de la Samain, quand Beauxbâtons vibraient d'ondes magiques, elle buvait un peu de vin, lorsqu'on lui demandait, reposait son verre après une gorgée. Ce n'est pas une obligation, cette fois-ci, et elle trempe des lèvres précautionneuses dans le liquide, la langue piquée par l'alcool et les yeux plissés alors qu'elle repose son verre, engouffre une nouvelle frite.

« C'est bon. » lâche-t-elle, presque étonnée d'apprécier, les yeux attirés par le verre alors qu'elle se fend d'un nouveau sourire. « Merci. » Elle fait tourner le verre une seconde avant de rebondir, plus malicieuse, moins sérieuse, l'ombre chassée de ses yeux : « Quant à ma fortune, tu apprendras qu'elle est tout à fait légale puisqu'il s'agit de mon salaire. » Elle joue sur les mots, elle le sait bien, parce que c'est le salaire versé pour la pratique d'actes illégaux, elle joue sur les mots, c'est certain, mais elle sait que Jupiter le sait lui aussi et que tout ira bien. « Je fais attention, Pi. Je t'aime trop, vaniteux ou pas, pour risquer de me faire attraper. Je ne sais pas qui viendrait te kidnapper pour manger, si je n'étais pas là. »

Oh, sans doute quelqu'un, ou peut-être personne et que ça ne lui manquerait pas, elle ne sait pas trop bien, ne sait pas trop non plus si c'était réellement important. Elle lui sourit, une nouvelle fois, parce qu'elle ne peut pas ne pas lui sourire, parce qu'elle ne sourit pas assez mais qu'elle a envie de lui sourire à lui, dans ce bouiboui pourri entre deux effluves de friture et de vin. Gentiment, elle lui file un petit coup de pied sous la table pour attirer son attention, parce qu'elle est joueuse, Malka, joueuse et spontanée et que, le menton enfoncé dans le creux des mains, elle a l'air adorablement moins soucieuse qu'à l'accoutumé.

« Et ma soupe aux mouches, elle était délicieuse, arrête de faire ta tête de pioche. » Délicieuse et pas réellement aux mouches, il était bon de le préciser, même si le bouillon était trop clair et les légumes trop rares, parce qu'il était difficile de faire manger des légumes à Archibald et qu'elle n'avait pas de quoi en acheter plus. « Tu te moqueras moins de moi le jour où je te ferais des dolma. » Elle rit, plaisante, mais son regard fuit et, subitement, elle a l'air plus pensive. « Enfin si on trouve des feuilles de vigne ici. Ce qui n'est pas gagné parce que la cuisine anglaise est terrible. » Et elle force son accent grec pour le drame de la chose, le regard brillant alors quelle se penche vers Jupiter, comme pour lui confier un secret, un sourire bien trop malicieux aux lèvres pour être réellement sérieuse : « Et toi, alors, est-ce que tu as un plat fétiche ? Est-ce que tu sais même cuisiner, hein, Pi ? »

Parce que ça ne pouvait pas être épineux de parler de cuisine, parce que c'était un angle sûr et rassurant, que Jupiter ne risquait pas de se refermer, qu'elle ne voulait pas assommer la bonne humeur qui les nimbait, pour une fois, qu'il était hors de question de le laisser glisser sur des pentes plus dangereuses.
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MessageSujet: Re: you and i must fight to survive (malkiter)   Ven 7 Oct - 22:03

Elle a des sourires aux coins des yeux, Malka, quand elle veut lui faire croire qu’elle gagne son argent de manière honnête, quand elle semble lui dire « ne t’inquiète pas gros crétin » et qu’elle s’enfonce dans la foule grouillante à reculons, quand elle s’éloigne en lui faisant un petit signe de main comme si elle n’allait jamais reparaître, elle a des rides au coin des lèvres et des soleils dans la voix, Malka, quand elle fait mine qu’il ne se passe rien de grave, quand elle prétend pouvoir tout gérer seule comme une grande. Mais elle a aussi un fond de je-ne-sais-quoi dans la gorge, de la tristesse et des larmes et du vin, le souvenir du passé et la crainte de l’avenir, parce qu’il est fou, terrible et incertain, parce qu’elle risque plus qu’elle ne veut bien l’avouer, persuadée à juste titre que Jupiter ne supporterait pas de connaître la vérité. Elle est devenue trop importante, Malka, avec ses idées arrêtées sur les choses et son accent qui roule dans ses syllabes, elle est devenue essentielle, comme la clé de voûte de sa vie entière, sournoisement entrée dans son cœur sans pouvoir s’en déloger, malgré tous ses efforts pour ne pas entretenir une promiscuité qui serait douloureuse sur le long terme, parce que tout le monde part un jour et parce que les gens mentent mais Malka, douce Malka, tempétueuse Malka, n’est pas les gens, Malka ne ment pas et ne part pas, reste accrochée comme un chewing-gum à la chaussure qu’il est dans cette métaphore, Malka l’aime et c’est écrit, c’est dit, c’est su, ça ne connait pas de supposition, c’est naturel et doux et charmant, et il sourit, même s’il pense qu’elle lui ment, comme tous ces gens, même s’il pense qu’elle partira peut-être un jour, parce que c’est toujours ce qu’ils finissent par faire. Elle n’est pas totalement honnête lorsqu’elle lui dit qu’elle fait attention, qu’elle ne se ferait pas choper, jamais, sous aucun prétexte, elle n’est pas totalement franche lorsqu’elle fait preuve d’une telle assurance au travers de ses mots alors qu’elle prend sûrement beaucoup trop de risques. Elle n’est pas vraiment sincère, et Jupiter se contente de murmurer, pour toute réponse : « si seuls les animaux stupides se faisaient prendre dans des filets, les chasseurs n’auraient plus rien à se mettre sous la dent. » Simple, court, essentiel. Eux. Ils se regardent un instant, suspendus dans le temps, comme si rien d’autre ne pouvait les atteindre, insubmersibles, imbattables, au-dessus de la mêlée, Malka et Jupiter contre le reste du monde, persuadés pourtant que leurs heures de bonheur ne sont qu’un lointain souvenir, que les moments agréables qu’ils vivent aujourd’hui ne dureront qu’un instant, une poignée de secondes jetées dans l’air avant le tumulte, avant Grindelwald et la mort et la folie.
Le sujet change, rapidement, parce qu’ils ne veulent pas être tristes, parce qu’ils l’ont déjà trop été, parce qu’ils ne supporteraient pas de se voir détruits, l’un comme l’autre, de se voir à terre, ils ne supporteraient pas d’être impuissants face à leur détresse mutuelle, ils ne supporteraient pas de ne rien pouvoir faire pour s’aider, pour surpasser la douleur et la solitude. Ils ne supporteraient pas, par-dessus tout, de ne pas être utiles l’un à l’autre, de ne pas se servir mutuellement et ne pas s’aider comme ils l’ont toujours fait jusqu’à présent. Et Malka lui met un petit coup de pied sous la table, gentil, discret, une taquinerie comme elle en a le secret. Malka c’est sa vie, sa vie entière, même lorsqu’elle n’est pas cohérente, même lorsqu’elle évoque des choses dont il ignore jusqu’à l’existence, des dalma ou domla ou un truc du genre qu’il devine être une spécialité culinaire grecque, même lorsqu’elle rebondit sur ce sujet plus léger, moins angoissant, moins oppressant, moins lui, Jupiter toujours noir et toujours triste, Jupiter si différent de Malka mais pourtant, Jupiter qui aime Malka, tout autant que Malka aime Jupiter, tout autant qu’il lui est indispensable malgré toutes ses imperfections. Elle lui demande innocemment s’il cuisine et il sourit, d’abord simple rictus innocent mué en véritable étalage de ses dents blanches, et il un petit rire sincère franchit la barrière de ses lèvres alors qu’il lui répond. « Oui, je cuisine. Il faut bien que je me rattrape pour toutes ces fois où tu m’emmènes dans des bistrots douteux. » Et il sourit toujours, de toutes ses dents, alors qu’il attrape son verre et en boit une gorgée, puis une autre, pas totalement sûr que c’est bien, correct, convenable, parce qu’il a un problème avec l’alcool et qu’il le sait, parce qu’il ne peut pas prétendre ne pas le savoir, parce qu’il est conscient que ça découle de quelque chose de profond, ancré en lui, d’une tristesse et d’une noirceur qui lui sont propres, mais Malka le fait rire et le vin n’est pas triste, le vin n’est pas acide, le vin n’est certainement pas amer, il est doux comme un sucre qui fond sur la langue, doux comme le regard que pose son amie sur lui lorsqu’elle détaille ses mimiques et qu’elle semble réaliser que Jupiter, comme tout homme, comme tout être, peut lui aussi connaître des instants de bonheur.
« Le magret de canard », il souffle entre deux gorgées de vin rouge, alors que ses yeux se reposent sur Malka et son ciel de tâches de rousseur étalé sur la peau, Malka et son sourire à trois millions de livres, Malka et ses doigts en tenaille autour d’un bâtonnet de poisson frit, alors qu’il ajoute : « et je le cuisine vraiment très bien, sans vouloir me vanter. Le meilleur magret de tout Londres. » L’ajout des derniers mots semble superflu, parce que Jupiter se vante toujours, parce qu’il aime appuyer sur ses qualités, comme si être parfait était un but ultime qu’il se devait d’atteindre pour s’accomplir totalement. Il hausse les épaules, sourit encore avant d’enfourner une bouchée de poisson, soudain plus calme, comme s’il s’apprêtait à ajouter quelque chose de sérieux. Ça ne lui ressemble pourtant pas, et ses prochains mots sont tout autant incisifs. « Je t’en ferais bien, mais tu me demanderais en mariage la seconde qui suit », et son rire coupe la conversation, alors qu’il ajoute, petite moue au coin de la bouche : « probablement. » Probablement, elle voudrait l’épouser. Probablement, il accepterait. Probablement, ils seraient heureux ensemble, se contenteraient de leur présence, se suffiraient, silencieusement et discrètement, toujours entre deux éclats de rire, toujours entre deux blagues qui ne feraient rire qu’eux. Probablement, ils ne parleraient plus de Poudlard ni de Beauxbâtons, probablement, ils n’évoqueraient pas les dolmas et le magasin de vieilleries de Claire Barrow. Probablement, ils s’engueuleraient comme des chiffonniers, à un moment-donné, et probablement, ils ne s’aimeraient pas toujours. C’est l’essence de leur amitié, les disputes, les mots enflammés et les cris, c’est aussi la douceur, d’ailleurs, et plein d’autres choses, l’indifférence et la jalousie et la possessivité, mais aussi la bienveillance et l’amour, le vrai, pas celui qui vient et repart mais celui qui reste, bien planté au sol, celui qui crève le cœur et donne envie de s’envoler. « Ma Malka », il soupire alors qu’il l’observe, fossette creusée au creux de sa joue, ma Malka parce qu’aucun autre mot n’est aussi fort et parce qu’elle est à lui et qu’il est à elle, son Pi et tous ces surnoms à la con qu’elle lui donne. Il secoue la tête, sourire toujours exhibé comme étendard, alors qu’il baisse les yeux et pioche au hasard dans son plat, plus pour ne pas dire quelque chose de sirupeux que par réel intérêt pour sa nourriture. Ma Malka.
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