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 i bare my skin and i count my sins and i close my eyes (agripiter)

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MessageSujet: i bare my skin and i count my sins and i close my eyes (agripiter)   Sam 20 Aoû - 16:29


   

   
i bare my skin and i count my sins

jupiter & agrippine

 
Les passants déambulent sur le Chemin de Traverse, ménagères pressées de rentrer pour s’occuper de leur maison, fonctionnaires profitant de leurs rares demi-heures de pause, ou bien encore jeunes sorciers retrouvant quelques amis sur la grande avenue sorcière de Londres. Le soleil brille d’une force qu’on ne lui avait pas connu depuis quelques jours, et se réverbère dans les grandes baies vitrées de Fleury & Botts. Cela donne une atmosphère étrange à l’ancienne librairie, songe Agrippine, le regard presque détaché de la scène qui se joue devant elle. Elle détourne le regard des fenêtres, des passants impatients, la poussière se lève autour d’elle. Elle a la sensation que le temps s’est arrêté, qu’une bulle se forme autour d’elle et de la boutique. Elle n’a pas réellement l’esprit concentré depuis la matinée, et la journée passée n’arrange rien. Elle se sent vide, comme si toutes les forces qu’elle possédait s’étaient évaporées. Tout ce qui lui reste lui permet de continuer à maintenir son visage de marbre en un parfait masque de désintérêt. Le silence est d’or. Si elle ne se sentait pas si épuisée, elle pourrait être impatiente de retrouver Jupiter. Mais l’impatience demande une énergie qu’elle ne possède pas. Alors elle attend son ami dans la librairie, aux alentours de seize heures, comme tous les vendredi. Agrippine en profite pour se promener dans la boutique, observant chaque livre d’un œil avisé. Les titres en lettres d’argent et les couvertures en cuir coloré attirent son regard. Chaque ouvrage lui donnant réellement envie, elle les indique d’une main à Opaline. Celle-ci agit sans un mot, entente silencieuse passée entre Agrippine et sa liée. Les propriétaires de la librairie la connaissent bien désormais, et encaissent chacun de ses livres avec plaisir, ajoutant même un ou deux ouvrages en cadeaux.

Néanmoins, une heure passe sans que Jupiter ne fasse une seule apparition, et Agrippine sait que quelque ne va pas. Il ne déserte jamais un de leurs rendez-vous, en tout cas pas sans la prévenir à l’avance. Sa décision est prise rapidement, la question ne se pose pas. « Rentre au manoir Opaline. Si père te demande où je me trouve, dis-lui que je me renseigne sur de nouveaux artistes. » Elle sait que la jeune femme n’aura aucun problème à mentir à Neron, elle est sa liée et sa loyauté est sans failles. Quittant la librairie d’un dernier mot attentionné, Agrippine se dirige vers un coin déserté de la rue sorcière, afin de pouvoir transplanner en paix. Elle connaît bien l’appartement de Jupiter pour y avoir déjà été plusieurs fois, même si elle préfère ne pas se remémorer ses premières visites à l’assassin. Agrippine lisse sa longue robe rouge, geste habituel d’une apparence qui se veut parfaite. Elle pousse la porte de Jupiter sans un mot, sans un frapper. Elle sait qu’il l’attend. La demeure est sombre, d’une journée qui ne s’est pas commencée, les rideaux fermés. Agrippine pose sa baguette sur la table qui lui fait face. Elle n’en aura pas besoin. Elle tire les rideaux, laisse le soleil inonder la pièce, se dirige ensuite vers la chambre de Jupiter. Elle entre à nouveau, sans un bruit. Elle sait qu’il l’entendra. La pièce est sombre ici aussi, mais elle perçoit Jupiter, assis sur son lit. Chemise défaite, pantalon plissé. Verre d’alcool posé à ses côtés. Elle ne lui jette pas plus d’un regard, ouvre les rideaux ici aussi. « Jupiter. »

Agrippine s’assoit sur son lit, son jupon recouvrant délicatement ses jambes. Elle glisse sa main sur sa joue, l’oblige à la regarder, plante ses grands yeux verts dans son regard perdu si loin. « Je t’attendais à Fleury & Botts. Tu n’es pas venu. » Sa voix est aussi douce qu’Agrippine peut l’être, conserve ses accents abrasifs. La douceur n’est pas son domaine, à la jeune Travers. Pourtant, pour Jupiter, elle s’efforce de s’améliorer. Elle sait qu’elle n’a pas besoin de changer en sa présence, elle est bien plus elle-même qu’elle ne puisse l’être à tout autre instant. Il a tout vu d’elle, de ses larmes à ses colères. Il sait tout d’elle. Néanmoins, elle le connaît aussi bien, et sait reconnaître les signes de sa dépression. Si elle s’est brisée dans ses bras, il s’est confié dans les siens. Deux âmes détruites, secret de tout instant, excepté quand ils sont ensemble. Pour lui, elle peut faire un effort. Elle ne veut pas le brusquer, elle sait ce dont il est capable. Elle sait ce dont il a besoin. Sa main s’attarde sur la joue de Jupiter, telle une caresse légère, ses longs doigts grattant doucement la peau de l’homme perdu devant elle. Puis elle se lève, saisit le verre d’alcool, qu’elle éloigne de sa portée. Il n’en a pas besoin. « Lève-toi. » Son intonation n’a plus rien de sa douceur précédente. C’est sa voix autoritaire qui s’exprime ici, pas agressive mais directe. ’Sa voix royale’, telle est ainsi qu’Azalea la qualifie. « Tu ne peux rester enfermé ici Jupiter. Lève-toi. Viens prendre l’air avec moi. Je ne te laisserai pas te perdre au fond d’un verre d’alcool. »

© TITANIA
 


Dernière édition par Agrippine Travers le Mar 8 Nov - 23:28, édité 7 fois
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MessageSujet: Re: i bare my skin and i count my sins and i close my eyes (agripiter)   Sam 20 Aoû - 22:47

Il y a des jours où on n’a pas envie de sortir, vraiment pas, des jours où la morosité reprend le dessus et où la tristesse paralyse. Jupiter a juste eu le courage de s’extirper de son lit et d’attraper la première bouteille d’alcool qui lui passait sous les doigts (du rhum ambré, évidemment, il fallait que ça soit un véritable alcool et pas une simple bouteille de vin). C’est pas glorieux, c’est pas brave, c’est juste pitoyable et insupportable, et en temps normal, il ne veut absolument pas renvoyer cette image, celle d’un homme complètement cassé que rien ne peut remettre sur pieds, en temps normal, il cache tout sous des couches de sarcasme et de quiétude, l’eau qui dort et ces conneries-là. Mais ce matin, non, ce matin est un matin à se bourrer la gueule et à ressasser, à penser au temps perdu, au passé, au présent, à tout ce qui a foutu le camp dans sa vie. Il a quand même pris un verre, parce que boire au goulot n’est définitivement pas dans ses habitudes, a attrapé un vieil album de photographies et s’est assis sur le rebord du lit. Le livre sur les genoux, il a feuilleté les pages, une à une et simplement éclairé de sa baguette, jusqu’à ne plus en pouvoir, jusqu’à ce que les vannes lâchent et que les larmes coulent en cascade sur ses joues trop pâles. Le plus douloureux, c’est sûrement de les voir s’animer sous ses yeux, comme s’ils étaient encore là, encore vivants, comme s’il venait de les quitter à l’instant. Ils sont beaux, tous autant qu’ils sont, absolument parfaits, définitivement présents et pas morts, jamais morts, jamais pour lui parce qu’il n’arrive pas à passer à autre chose. Il ne va pas au cimetière, Jupiter, simplement parce qu’il ne le peut pas, déposer des fleurs sur des tombes et lire leurs noms gravés dans la pierre. Il compte sur Claire pour le faire, Claire pour se préoccuper encore et toujours de leur petite bande d’amis. Il n’a jamais été le responsable, Jupiter, il n’a jamais été celui qui prend des décisions et celui qui épaule les autres. Ça, c’était le rôle de James, toujours, parce qu’il faisait une tête de plus que lui et qu’il était bâti pour ça, conçu pour protéger, pour être le phare dans la nuit, pour être l’ange gardien. Bien meilleur que Jupiter, bien plus vivant que lui dans chaque centimètre carré de peau et d’âme, bien plus méritant par-dessus tout. Jamais il ne serait devenu un assassin, jamais il n’aurait abandonné ses idéaux par pur esprit de vengeance. Deuxième, troisième verre. Les minutes passent et l’alcool enivre, l’alcool bloque les larmes et sèche le cœur, ne laisse qu’une trace amère et mordante. Jupiter pose le livre à côté de lui, se sert une nouvelle fois, désormais simplement guidé par son envie de boire encore plus, toujours plus, jusqu’à ne plus tenir assis, jusqu’à s’écrouler sur son lit et ne pas s’en relever. Mais il n’en a pas l’occasion. La porte s’ouvre, les rideaux aussi. Sans même regarder, il connait l’identité de la personne qui vient troubler sa tranquillité, parce qu’il aurait dû la rejoindre quelques heures plus tôt et qu’il ne l’a pas fait, parce qu’il sait qu’elle est probablement furieuse et il sent le fiel dans sa voix, la dureté lorsqu’elle lâche son prénom auquel il répond par un simple « Agrippine » froid, déclaratif. Et pourtant, elle semble douce, douce quand elle lui parle, qu’elle lui dit qu’elle l’attendait, beaucoup trop tendre, et il sait qu’il devrait l’être aussi mais il ne le peut pas, parce que l’alcool lui paralyse le cerveau et qu’il doit faire un effort surhumain pour garder un visage neutre, ne montrer aucune émotion, mais qu’il le fait parfaitement, comme toujours. « Tu es très observatrice » il lâche entre ses dents, les yeux dans les siens, sans même se formaliser de sa main sur sa joue, lui qui abhorre les contacts humains, c’est Agrippine et ils ont vécu beaucoup trop de choses pour qu’une simple caresse ne le déstabilise. En revanche, il a conscience de son comportement, conscience qu’il est une véritable ordure à cet instant, bien loin du Jupiter habituel, bien loin de celui qu’elle connait elle, de celui que connait Hermès. Et les ordres claquent soudain dans l’air, le lève-toi autoritaire, sans appel, alors qu’elle éloigne son verre de lui. En temps normal, Agrippine obtient ce qu’elle veut. Sauf peut-être aujourd’hui.

« Non », répond simplement Jupiter, un non murmuré mais un non ferme et impérieux auquel elle ne peut rien rétorquer. Il pose l’album à côté de lui, se lève et marche vers la cuisine, parce que la bouteille est sur la table et qu’il veut simplement boire encore. Faute de verre et sans égard pour les convenances, il porte le goulot à sa bouche, avale quelques gorgées avant de reposer la bouteille dans un claquement sonore. « Trouve quelqu’un d’autre pour sortir, aujourd’hui. Je suis certain que Stitch serait ravi de te voir, lui. » C’est cruel, cruel de lui dire ça et surtout, cruel de le penser, parce qu’il le pense à ce moment, il le pense avec chaque fibre de son corps. Stitch, tout taré qu’il est, est bien plus apte à la recevoir que lui, bien plus qualifié pour la faire rire et pour la rendre heureuse, ne serait-ce qu’un instant. S’il y a quelque chose que Jupiter s’est toujours refusé à faire, c’est entraîner les autres avec lui dans sa chute. « J’ai juste besoin d’être seul, Agrippine. Pars, s’il te plait. » La formule de politesse est moins là par réelle conviction que par envie de faire passer la pilule. Il ne veut pas de son aide, il n’en a pas besoin. A vrai dire, c’est la dernière chose qu’il souhaite, son aide, sa présence, c’est la dernière chose dont il ait besoin aujourd’hui. Droit, fier, il rouvre la porte d’entrée, invitant par ce biais la jeune femme à s’éclipser, avant de retourner s’asseoir sur le lit, le livre aussitôt rouvert sur ses genoux. Seules deux personnes pourraient faire quelque chose pour lui, à cet instant : Claire et Hermès. Agrippine ne peut rien, Agrippine est inutile, Agrippine est indésirable et c’est bien ce dont il essaie de se convaincre, le plus difficilement du monde, alors qu’il l’ignore royalement.


Dernière édition par Jupiter Parthalon le Dim 21 Aoû - 22:30, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: i bare my skin and i count my sins and i close my eyes (agripiter)   Dim 21 Aoû - 2:46


   

   
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jupiter & agrippine

Aucune émotion ne passe sur son visage de porcelaine, et Agrippine ne fait que planter son regard dans celui de Jupiter, sans jamais se détacher. Intelligente ou inconsciente, elle esquisse souvent ses pas entre les deux lignes. Son manque de peur n’est pas une tare, une erreur dans son éducation. Neron l’a modelée ainsi, Agrippine, telle une rose blanche, une rose rouge, telle une fleur sanguine. Sa beauté est son arme, et toujours elle la porte sur elle. Pourquoi avoir peur, ses épines sont trop profondes, elle ne peut être touchée. Jupiter est un assassin, mais Jupiter est Jupiter. Jamais il ne lui fera de mal. C’est bien pour cela qu’elle ne saisit pas sa baguette, alors qu’elle le suit jusqu’à la table où elle est posée, près de la bouteille de rhum ambré. Évidence même qu’elle ne le craint pas. Elle ne craint personne Agrippine, elle ne craint plus personne. Victoire restera à jamais sa plus grande erreur, sa plus grande peur. Elle n'est plus de ce monde aujourd'hui, tout comme la frayeur d'Agrippine. Elle ne craint rien, elle ne craint personne. Et encore moins Jupiter.

Ses réponses ne l'impressionnent pas. Elle reste impassible Agrippine, en toute circonstance. Son masque de marbre est sans faille, aucune fissure sur sa surface. Elle lève un simple sourcil, unique signe de sa réaction face aux paroles de Jupiter. Et pourtant. Et pourtant, sa colère est froide, tel ce blizzard qui dévore tout sur son passage. Jamais sa colère n'est de feu. Le feu fait perdre contrôle, le feu dévore et consume. Agrippine ne peut perdre ses moyens de manière aussi enflammée. Même dans sa douleur, elle a quelque chose de princier Agrippine, un quelque chose de glacial. Ses larmes, ses pleurs, ses cris, et ses souffrances sont des milliers de petites lames lui déchirant la peau. Des entailles que seul Jupiter, à jamais, a pu assister. C'est bien pour cela, qu'elle n'accepte d'autant plus pas sa réaction cynique et négative face à sa présence. Elle le connaît Jupiter, même s'il préférerait le contraire, même s'il voudrait la voir fuir au loin. Elle le connaît et elle ne lui tournera pas le dos. Malgré les paroles qu'il pense douloureuses pour elle. Elle a infligé pire, elle a subi pire. Elle ne cédera pas. Elle ne le laissera pas seul à son sort.

« Ce n'est pas Stitch que je suis venue voir aujourd'hui. » Elle ignore la pique, Agrippine, elle ignore la cruauté des propos de Jupiter. Elle n'est pas touchée. Il faut un cœur pour souffrir, et elle a perdu le sien deux années auparavant. Son sourcil s'arque encore plus haut, alors que la politesse semble s'arracher de la bouche de Jupiter. Pense-t-il qu'elle va le prendre en pitié ? Une autre personne, peut-être. Ce n'est pas de pitié qu'il a besoin Jupiter, mais d'un bon sort entre les deux yeux. Ce n'est jamais de la pitié qu'il lui a montré, alors qu'elle s'effondrait entre ses bras. Aucun d'eux n'est fait pour accepter la pitié, émotion niaise qui ne sert à rien en ce monde. « Si tu penses réellement que je vais partir, tout simplement parce que tu me le demandes Jupiter... c'est alors que tu ne dois pas me connaître si bien que cela, finalement. » Ses mots sont aussi durs que les siens. Elle s'en moque, Agrippine. Elle s'est toujours moquée d'être dure, ou cruelle, ou bien encore abrasive. Ses mots sont toujours directs, quand elle l'estime nécessaire. Et face à Jupiter, la nécessité est depuis longtemps atteinte.

Elle ne lui laisse pas le temps de réagir, Agrippine, alors qu'elle saisit la bouteille entre les mains de Jupiter. Sans un regard pour l'assassin, de l'homme qui ressemble plus à une loque qu'à sa figure habituelle, elle vide le liquide ambré dans l'évier juste derrière elle. Elle repose la bouteille sur la table, ne touche toujours pas à sa baguette. Elle n'en a pas besoin. « Nous ne nous sommes pas bien compris Jupiter. Je ne te laisse pas le choix. » Son regard est orageux, bien plus gris que ses habituelles pupilles hazel. Ses mots sont claquants, précis. « Crois-tu vraiment que je vais te laisser te morfondre sur un passé qui n'est plus ? » Elle le sait, ses mots aussi cruels que les siens précédemment. Ses amis sont morts. Il a tout perdu. Ce n'est pas une raison. Il vit, Jupiter, et elle ne le laissera pas gâcher ainsi son temps en suspens. C'est une guerre qui se dessine devant eux, qui sait quand leur dernier souffle expirera. Elle n'est pas naïve, ne l'a jamais été. Elle n'est pas émotionnelle, non plus, sauf quand cela concerne ses amis. Jupiter en est un, aussi étrange que cela puisse donner. Elle ne lui tournera pas le dos. Sa loyauté, si dure à obtenir, est éternelle. Ne la trahissez pas, Agrippine, et à jamais elle sera dans votre vie. Elle n'abandonnera pas Jupiter à sa crise. S'il lui faut le secouer jusqu'à ce qu'il réagisse, alors elle agira ainsi. « Va te laver. Tu empestes l'alcool. Et change-toi. Nous sortons. » Sa main est plate sur la plate, aucun signe d'anxiété. Son regard est planté dans le sien et jamais elle ne tremble. Sa voix est posée, mais vibrante de cet ancien accent écossais qu'elle reprend inconsciemment quand elle est agacée. « Je ne partirai pas Jupiter. Tu peux faire avec ou me mettre toi-même à la porte. » Agrippine le défi, elle le sait. Tout est volontaire dans ses paroles. Sa posture est droite, elle le conteste. Oseras-tu réellement.

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Dernière édition par Agrippine Travers le Mar 8 Nov - 23:27, édité 5 fois
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MessageSujet: Re: i bare my skin and i count my sins and i close my eyes (agripiter)   Dim 21 Aoû - 11:18

Jamais Jupiter n’aurait cru penser un jour, aussi vivement, je déteste Agrippine. Peut-être parce que, jusqu’à maintenant, il n’avait jamais été en position de faiblesse avec elle, il n’avait jamais eu les yeux trop humides et le cœur trop serré, il n’avait jamais eu l’amertume plein les papilles et l’âme déchiquetée en un millier de morceaux. Aujourd’hui était une journée un peu particulière, et il sait parfaitement qu’elle ne peut pas comprendre, même avec toute la volonté du monde, même en essayant vraiment très fort. Elle ne peut pas comprendre que c’est la date anniversaire, la fameuse, celle où il a appris la mort de ses amis et de son amour, celle où il s’est effondré au milieu de ce même salon, une photo serrée contre le cœur. Elle ne peut pas comprendre parce qu’elle n’était pas là, Agrippine, elle ne peut pas comprendre parce qu’elle a quelque chose de terriblement égoïste qui bout en elle, jusqu’à lui demander de tuer la personne qu’elle aime, jusqu’à faire passer sa propre vie avant celle de ses proches. Les mots tournent depuis longtemps dans l’esprit de Jupiter, se concrétisent enfin, cette impossibilité de totalement faire confiance à Agrippine parce qu’elle est bien trop narcissique, parce qu’elle n’est pas suffisamment comme Hermès, lui qui s’est trop souvent mis en danger pour le sauver, lui qui a mérité mille fois son amitié et sa gratitude. Et les mots de la jeune femme sont incroyables de dureté, mais ils glissent sur Jupiter comme des gouttes de pluie sur un imperméable. Il n’aime pas la manière qu’elle a de parler de son passé, la façon avec laquelle elle lui crache les ordres, le juge sur son comportement alors qu’il ne s’est pas effondré une seule fois face à elle avant aujourd’hui, alors qu’il fait toujours face aux évènements sans trembler, sans frissonner un instant. Il n’a jamais montré à quel point il était fêlé, brisé, bien plus irrécupérable que Stitch au fond, parce que la seule différence, c’est l’absence de tasses, mais il connait l’aliénation du cerveau, il connait les rengaines qui tournent en boucle et les voix qu’on entend toujours, même des années plus tard. Il connait les visages qui ne s’oublient pas et les mots qui tapent dans la tête, échos qui rebondissent sur les parois roses, les dernières paroles et les mots d’amour prononcés sans se douter du futur qui les frapperait. Il est bien plus pété que tous les Stitch et tous les gens aliénés par des sortilèges impardonnables, il est bien plus esquinté que tous les assassins engagés par Voldemort pour faire son sale boulot, et c’est sans doute ce qui a plu au début, cette brisure irréparable, ce besoin de tuer pour se venger jusqu’à ce que ça devienne un mode de vie à part entière, avec le meurtre pour seul guide. Agrippine ne s’aperçoit pas des efforts surhumains que fait Jupiter, jour après jour, pour garder la tête hors de l’eau. Elle ne voit pas que pour un seul passage à vide, il y a des centaines de je vais bien qui ne sont que de la poudre aux yeux. Elle ne le voit pas parce qu’il fait beaucoup trop d’efforts pour tout dissimuler sous des couches de sérieux et de droiture et de fierté, alors qu’à l’intérieur, plus rien ne tient debout.

Et les mots sont douloureux à son oreille, douloureux jusque dans son cœur, tellement qu’il ne cherche pas à lui répondre tout de suite, simplement désireux de reprendre la contemplation de son livre. Mais elle insiste, Agrippine, piquante et acide comme un serpent, elle insiste alors qu’elle sait qu’elle se heurte à un mur, le plus solide d’entre tous, celui de la tristesse et de la désespérance, celui qui ne cèdera pas sous la menace parce que ça fait des années qu’il a été érigé et que la construction est bien trop solide. « Je ne sortirai pas », il dit simplement, les yeux de nouveau baissés sur son livre, larmes à la bordure des yeux, parce qu’elles ont déjà trop coulé mais qu’elles reviennent à la charge, traitresses éternelles, lames assassines qui tracent des sillons sur ses joues, de nouveau. « J’ai le droit, Agrippine. J’ai le droit à ma journée de désespoir, j’ai le droit à mon jour de deuil et j’ai le droit d’être triste et de me lamenter, une fois dans l’année. Et tu as le droit de vouloir me retirer ça, mais je me battrai bec et ongles pour le garder, quitte à te blesser. » Les mots sont soufflés à travers la gorge nouée et les yeux embués, les mots sont méchants parce qu’il ne veut pas lui mentir, parce qu’il sait qu’il lui fera du mal si elle continue sa litanie, si elle s’obstine à vouloir le transformer en parfait petit soldat toujours prêt l’attaque et jamais faible, jamais las, parce qu’il l’est aujourd’hui plus que jamais et que s’il ne peut pas le montrer à elle, il ne peut le montrer à personne. Il relève les yeux vers la jeune femme, ose la regarder, pas si déstabilisé que ça par l’alcool qui court pourtant dans ses veines. Si elle croit qu’il obéira sans sourciller, qu’il courbera la tête et pliera le dos sous les ordres sans chercher à imposer son point de vue, c’est qu’elle ne le connait pas si bien que ça elle non plus. Il est pourtant prêt à un infime compromis, Jupiter, parce qu’il sait qu’elle a raison, qu’il embaume l’alcool et qu’il déteste ça, cette odeur, ce sentiment de crasse et de saleté, comme une couche de honte sur son épiderme. « Je vais me laver », il lâche dans un souffle, avant de se lever et de se diriger vers la salle de bain. Peut-être est-ce la faute de l’alcool, mais il ne prend pas la peine de fermer la porte derrière lui, inconscient du manque de pudeur de sa démarche. Il n’a jamais été gêné par ça, Jupiter, par les regards qui glissent sur lui et les murmures lorsqu’il marche dans la rue, parce qu’il sait parfaitement qu’il est un bel homme selon les standards et qu’il plait, même s’il n’en joue jamais, même s’il se trouve parfois banal, particulièrement lorsque les cernes marquent son visage et lui donnent un air malade, ou lorsque son teint est trop pâle pour laisser penser qu’il va bien. Les vêtements tombent au sol alors que la baignoire se remplit, et lorsqu’il pénètre enfin dans l’eau tiède, il soupire, soulagé, bien, pour la première fois de la journée. Un instant, il croit entendre du mouvement dans l’appartement, et espère presque qu’Agrippine a compris qu’elle n’est pas la bienvenue et qu’elle a enfin pris la clé des champs. Mais non. Le claquement des pas se fait encore entendre, et il ignore ce qu’elle peut bien être en train de faire (s’en fiche un peu, aussi), alors qu’il glisse dans le bain et plonge sa tête sous l’eau, quelques secondes seulement, avant d’émerger de nouveau. Jamais il n’aurait cru qu’un simple bain serait le meilleur moyen de décuver, mais l’eau a un effet régénérateur sur lui. Les images sont moins floues, les sons moins assourdissants. Et alors que la buée l’enveloppe, il ferme les yeux et respire lentement, dans une simple tentative de calmer les battements de son cœur, bien trop rapides pour une raison qui lui échappe.
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MessageSujet: Re: i bare my skin and i count my sins and i close my eyes (agripiter)   Lun 22 Aoû - 12:53


   

   
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jupiter & agrippine

 
Les paroles de Jupiter sont d'une violence rare. Jamais n'a-t-il fait preuve de ce ton avec elle. Jamais. Il est possible que ses mots aient été aussi durs, les premières fois qu'Agrippine l'ait rencontré. Alors qu'elle le suppliait de tuer Victoire, de se débarrasser de ce poids dans sa vie. De cette fille qui l'avait trahie, détruisant son cœur d'un seul rire. Jupiter avait refusé, et elle l'avait haï, et elle avait crié, et elle l'avait tellement détesté. Mais Jupiter avait aussi été son soutien, sans failles, sans un mot de reproche, sans un seul jugement. Ses bras autour d'elle, ses mots rassurants, sa présence réconfortante. Deux années qu'Agrippine fréquente Jupiter, et soudainement elle ne peut s'empêcher de penser, je ne le connais pas. Ils ne se connaissent pas. Il l'a vue plus brisée que jamais, il sait pour Victoire, il sait pour sa vie, ses larmes, et sa douleur. Le reste, il n'en a aucune idée. Sa colère continuelle envers Hermès. Sa mère, femme brisée qui jamais plus ne sera là pour elle. Et cette rage constante en elle, cette rage contre elle-même, contre la société, contre tous ceux qui s'opposent à elle et tous ceux qui ne croient pas en elle, contre ses parents pour avoir fait d'elle une femme, et contre elle à nouveau pour détester ce sexe dont elle fait sa force. Le secret de sa froideur, de son masque de marbre, est là, elle ne se met jamais en colère car au fond, elle est toujours en colère.

Et tout menace d'exploser, et tout menace de se détruire, et tout menace de ne plus être balancé. Elle ne peut pas se permettre, elle ne peut pas céder. Elle a travaillé si dur, Agrippine, à atteindre ce point de justesse. Et pourtant, alors que Jupiter se glisse dans la salle de bain, alors qu'il cède enfin et part se doucher... Agrippine se sent tomber. Elle s'effondre, et elle ne peut pas. Sa main gauche se serre autour du dossier de la chaise, ses jointures blanches de la force qu'elle met pour ne laisser ses jambes se dérober sous elle. Son autre main, contre sa poitrine, agrippe le tissus de sa robe. Elle ne peut plus respirer, elle ne peut plus penser. Des pointes glacées lui percent l'esprit, alors que des étoiles dansent devant ses yeux. Elle ne s'effondrera pas, pas devant Jupiter, pas alors qu'il la méprise comme il ne l'a jamais méprisé. Elle n'aurait pas dû venir. Son regard glisse vers la porte. Elle considère l'idée de s'enfuir. La balaye aussitôt. La lâcheté n'a jamais fait partie d'elle. Elle n'est pas téméraire, Agrippine, pas comme ces stupides lions de feu, mais elle est bien trop obstinée pour fuir et disparaître. Si elle passe le pas de cette porte, elle ne pourra jamais plus revenir. Elle le sait ; elle ne le supporterait pas.

Sous sa main, elle sent son cœur battre à toute allure. Si seulement, elle pouvait défaire son corset, se libérer, même un bref instant. Elle ne le fera pas. Se redressant, elle inspire profondément. Elle prie pour que Jupiter ne l'ait pas vue. Elle ne se tourne pas vers la salle de bain, continue de lui faire dos. Même si c'est le cas, elle fera comme si de rien n'était. C'est son jeu, à Agrippine, sa manière de survivre sans devenir folle. Ignorant les larmes - traîtresses - qui perlent au bord de ses yeux, elle se diriger vers la chambre de Jupiter. De son armoire, c'est une tenue propre qu'elle extrait. Elle se glisse ensuite dans la salle de bain, pose les vêtements sur un bout de meuble, son dos toujours tourné vers Jupiter. Ce n'est pas la pudeur, qui la fait agir ainsi. Elle se moque de voir Jupiter nu, elle n'est plus une enfant de chœur depuis bien des années. Elle refuse simplement qu'il remarque les traces rouges dans ses grands yeux hazel. Elle refuse de lui montrer ainsi sa faiblesse, refuse de se dévoiler devant lui, pour la première fois depuis longtemps. « Je suis désolée. » Les mots écorchent son ego, mais ils sonnent clairs dans la petite pièce d'eau. « Je n'aurais pas dû me montrer ainsi insensible face à toi. Pas après tout ce que tu as fait pour moi. La vérité Jupiter... » Agrippine se lèche les lèvres. Elle ne cherche pas ses mots, simplement la force de les délivrer. Il est tellement plus simple de se dévoiler au milieu de ses larmes, lorsque son esprit est embrumé par la douleur et par la colère. Se mettre ainsi à nue, alors qu'ils viennent de se disputer, lui donne la sensation de s'arracher la peau avec ses longs ongles manucurés.

« La vérité, c'est que je ne sais pas consoler. Je ne sais pas quels mots prononcer, quels gestes accomplir. Il est plus simple pour moi d'agir de manière détachée, de t'ordonner comme avec n'importe quelle autre personne, que de te consoler. » Elle expose sa faiblesse, Agrippine, et son âme se tord, et son esprit hurle, et son cœur tambourine encore plus fort. Elle déteste ça, elle déteste tellement ça. Elle qui se bat pour se montrer si forte, pour se montrer parfaite, ne peut accepter d'admettre qu'il y a des choses qu'elle ne sait pas. Néanmoins, il est nécessaire que ces mots passent sa bouche rouge, pour Jupiter, pour elle. « Je sais que tu préférerais que mon frère soit là, Jupiter. Mais je ne suis pas Hermès. Je ne le serai jamais. » Jamais, jamais, jamais, jamais elle n'atteindra son frère. Jamais elle ne pourra être lui. Et ça la tue, ça la déchire, ça la rend folle. Et encore une fois, c'est son frère qui a l'ascendant. C'est son frère que Jupiter préfère, c'est son frère qu'il voudrait avec lui quand il s'effondre. Elle n'en doute pas un instant. « Je t'attends dans la cuisine. »

Sur la table de la cuisine, sa main glisse sur le livre que Jupiter observait auparavant. Ses doigts caressent le cuir de la couverture, avant de passer derrière. Elle ouvre le livre, découvre un album photos. Elle s'assoie, autant pour se mettre plus à l'aise que parce que ses jambes se coupent devant ce qu'elle découvre. Ses yeux parcourant, ses doigts tournent, et Agrippine découvre un Jupiter qu'elle n'a jamais connu.

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Dernière édition par Agrippine Travers le Mar 8 Nov - 23:28, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: i bare my skin and i count my sins and i close my eyes (agripiter)   Mar 23 Aoû - 22:29

Ce n’est pas souvent que Jupiter a pu voir la véritable Agrippine, celle qui pleure et qui tremble et dont la voix frissonne lorsqu’elle s’échappe dans les airs, celle qui ne se cache pas sous les beaux vêtements et les phrases toutes faites, celle qui chante et rit lorsque tout va bien. C’est très rare, trop rare peut-être, d’une fugacité qui suspend l’instant dans le temps, laisse penser que ce n’est pas réel, que ce n’est pas possible, parce qu’Agrippine Travers ne peut décemment pas montrer ses émotions aussi facilement, parce qu’Agrippine Travers est, par essence, une Travers, et que paraître est sa principale préoccupation, paraître est son mode de vie, paraître est la base de sa personnalité et sans ses artifices, Agrippine, elle est nue, sans ses jolis mots et ses petites piques et son air suffisant, elle n’est plus, plus Agrippine, plus une Travers, juste une femme dans toute sa simplicité. C’est difficile de l’entendre parler, difficile de décoder le sens de ses mots alors qu’elle lui tourne le dos, difficile de dire quelque chose pour rattraper leur relation qui se casse la gueule. C’est elle qui fait tout le boulot, Agrippine, elle qui s’excuse parce que c’est elle qui a merdé, définitivement, elle et pas lui, parce qu’elle n’a pas cherché à comprendre, parce qu’elle a confondu sa tristesse avec de la faiblesse et l’a fait se sentir minable. En temps normal, Jupiter aurait poursuivi sur le chemin de la dispute, enchaînait sur un nouveau point de discorde, parce que c’était ce qu’ils faisaient, Agrippine et lui, ils se détestaient ou s’aimaient mais ne trouvaient jamais de juste milieu dans leurs sentiments, dans leurs attentes, dans leurs promesses. Il n’a pas le temps de dire un mot, parce qu’elle part déjà, Agrippine, port altier et pas rapide, elle part et lui signale qu’elle l’attend dans la cuisine, ce qui suffit amplement à Jupiter pour mettre fin à son bain de manière prématurée.
Alors qu’il s’extirpe de l’eau et s’enroule dans une serviette de coton, il pense, se demande si James et Esther et Thelonious aimeraient le voir comme ça, se dit que non, définitivement pas, mais qu’on s’en fout parce qu’ils sont morts et que les morts n’ont pas leur avis à donner. C’est dur et triste de penser cela après seulement quelques années, c’est terriblement cynique et absolument pas Jupiter, parce qu’il se soucie trop, lui, parce qu’il a le cœur trop plein de sentiments et de nostalgie et d’amour pour ceux qu’il a perdus et ceux qu’il risque de perdre, mais que l’humour noir est la seule manière de garder le cap, de ne pas définitivement sombrer. Un instant il ouvre alors les yeux, retrouve la réalité et l’enlace l’espace d’un instant, se dit que les vêtements qu’Agrippine lui a choisis sont beaux, peut-être les plus beaux qu’il ait, sûrement trop beaux pour quelqu’un au fond du trou qui ne compte pas sortir de chez lui, mais il accepte, mais il ne dit rien, simplement parce qu’il considère qu’il en a déjà trop dit, Jupiter, à se lamenter et à pleurer et à se rendre ivre pour une poignée de souvenirs. Il enfile le pantalon, la chemise, la boutonne jusqu’au cou sauf quelques boutons, car il a déjà suffisamment de mal à respirer comme ça. Un coup d’œil dans la glace, surtout pour contempler l’ampleur des dégâts, le creux qui se dessine sous ses pommettes et les larmes qui pointent au bord de ses paupières.  Il a l’air fatigué, Jupiter, il a l’air vieux et usé et détruit, comme quelqu’un qui aurait trop vécu et n’attendrait que la mort, et il se demande un instant si Agrippine ne voit que ça en lui, si elle ne voit que l’ancien Serpentard noyé dans son chagrin jusqu’à en devenir bleu, les cernes trop marqués et la bouche pâteuse. A cette pensée, il ouvre le robinet, prend un peu d’eau entre ses lèvres et la recrache, juste histoire de ne plus puer l’alcool et les regrets et le chagrin. Des efforts qu’il ne ferait pas pour Hermès, parce qu’il le connait trop et trop bien et parce qu’il n’a pas peur de se montrer sous son pire jour en sa présence, mais qu’il multiplie pour Agrippine, parce qu’elle est elle et trop spéciale et trop Travers et trop elle, parce qu’il ne l’aime pas autant qu’Hermès mais qu’il l’aime différemment, à sa manière, il l’aime l’Agrippine écorchée, celle qui pleure parfois contre son torse lorsque le monde est trop dur et lorsqu’elle n’en peux plus, il aime l’Agrippine fragile, celle qui semble hurler intérieurement mais qui retient tout, il aime Agrippine comme il aime trop peu de gens et il aimerait être mieux, tellement mieux pour elle. Pas ça, pas lamentable, pas dégoulinant de peine et de tristesse et de reproches, il aimerait être brave, affronter ses peurs au lieu de se faire bouffer par elles, complètement, entièrement, il aimerait être l’homme qu’elle attend de lui mais il ne l’est pas, pas vraiment, mais il ne l’est pas et il suffoque dans le costume qu’elle lui a apporté, mais il transpire dans ces habits trop beaux et trop chauds, il transpire sans vraiment s’en rendre compte, d’une sueur qui sent le savon et qui perle sur le front. Les pas qui l’entraînent vers la cuisine sont lents et mesurés, comme un rythme binaire, une marche funèbre, un, deux alors qu’il observe Agrippine du coin de l’œil, la voit avec l’album. Un instant, il prend peur, peur qu’elle le juge ou peur qu’elle brûle les photos pour chasser le passé omniprésent, peur qu’elle s’aperçoive qu’elle aime celui qu’il était et qu’elle déteste celui qu’il est devenu. Il avance, lentement, prend place face à elle. Les yeux d’Agrippine se sont arrêtés sur une photo en particulier, une photo d’eux quatre devant Fleury & Botts. Presque hésitant, Jupiter pointe du doigt la photo, indique les visages alors qu’il les présente, déroule un bout de leur histoire à son amie. « Là c’est James, il dit en montrant le plus costaud d’entre eux, un joli garçon aux yeux clairs et fossettes dans le creux des joues, là Claire, une jeune fille aux cheveux sombres et à l’air mutin, Thelonious, un petit bonhomme chétif au sourire bien trop écarté et aux cheveux bouclés qui tombent sur les oreilles, et là, Esther, il désigne la jolie rousse qui ose un sourire presque timide. Ici, c’est moi. » Son visage est différent, totalement différent, plus jovial et plus doux, moins tiré, moins fatigué, et la décennie qui sépare ces deux photos se voit très nettement lorsqu’on l’observe aujourd’hui et que l’on compare les deux silhouettes. Pas très sûr de ce qu’il faut faire ou de ce qu’il faut dire, de ce qu’il faut ajouter ou non, il pose une main sur celle d’Agrippine, doucement, et caresse ses doigts comme s’il les touchait pour la première fois. « Si tu veux, je peux t’en parler, mais ce n’est ni joyeux, ni extraordinaire, c’est juste l’histoire d’une poignée de gamins. » Les doigts jouent, s’entremêlent, jusqu’à ce qu’il serre simplement la main d’Agrippine fort dans la sienne. « Je te demande de me pardonner ce comportement déplorable. » Et les mots sont juste soufflés, pas forcément honnêtes car un peu forcés, mais c’est l’intention qui compte, et il s’agrippe à sa main comme à nulle autre.
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MessageSujet: Re: i bare my skin and i count my sins and i close my eyes (agripiter)   Mar 6 Sep - 17:39


   

   
i bare my skin and i count my sins

jupiter & agrippine

 
Ses doigts sont délicats sur le papier de l’album, alors qu’elle tourne les pages d’une douceur qui ne la connaît pas. Agrippine sait que son comportement précédent ne lui a pas fait honneur, et elle ne veut pas renouveler une nouvelle erreur. Elle a vu à quel point Jupiter semble tenir à cet album, et elle ne compte pas l’énerver à nouveau en l’abîmant. La pensée manque de la faire rire. Pas d’un vrai rire, non, mais d’un rire presque nerveux, tendu. Si cela avait été une toute autre personne, elle se serait moquée de l’énerver. L’avis des gens ne l’intéresse pas, et cela depuis qu’elle a perdu toute forme d’innocence, des années auparavant. Néanmoins, avec Jupiter, tout est différent. Leur éclat précédent le lui a confirmé, préférant s’excuser plutôt que fuir par la porte d’entrée. Elle aurait pu être si loin de tous ces soucis à l’instant même, mais n’en a pas trouvé le courage. Ironique. Elle n’est pas encore prête à réfléchir réellement à ce que cela implique, alors elle préfère se concentrer sur les photos qui lui font face. Elle s’arrête sur une photo qui attire son regard, un groupe de jeunes devant Fleury & Botts. Elle reconnaît l’endroit instantanément, y ayant passé tant de moments depuis si longtemps. Ses doigts glissent sur le papier glacé, s’attardent sur Jupiter. Elle le reconnaît instantanément, évidemment, même s’il est… différent. Plus jeune, plus joyeux, plus souriant. Plus heureux. Agrippine ne l’a jamais connue ainsi, et elle sait que cela a un rapport avec ce qui est arrivé à ses amis. Ils semblaient tous si insouciants sur cette photo, ne sachant pas ce qu’il leur arriverait dans un futur proche. Regarder la photo n’en est que plus douloureux.

Jupiter interrompt sa contemplation, et un bref instant, Agrippine se sent presque coupable de regarder l’album, d’envahir ainsi sa vie privée, de se mêler de ce qui ne la regarde pas. Une nouvelle sensation qu’elle ne ressent que rarement. Mais la voix de Jupiter a perdu ses accents de colère, sa dureté précédente, et a retrouvé la teinte de velours qu’elle lui connaît si bien. Même si elle manque de sa force habituelle, Agrippine en est certaine. Elle le laisse s’assoir face à elle, ne prononce pas un mot de plus, se contente d’observer la photo. Ses yeux suivent l’explication qu’il lui donne, et elle acquiesce, presque inconsciemment. « Néanmoins, c’est ton histoire Jupiter. Je suis curieuse de l’entendre. »

Elle accepte ses excuses d’un mouvement de tête, ne le fixe pas, restant fascinée par la photo devant elle. Si elle était une autre personne, Agrippine lui aurait peut-être dit quelque chose comme « tu n’as pas à t’excuser », ou encore « c’était entièrement ma faute ». Si elle était Azalea, ces mots auraient pu être les siens. Voire Hermès, elle est persuadée que c’est ce qu’il pourrait dire à Jupiter. Il ne l’a jamais fait pour elle, évidemment, mais pour Jupiter… mais elle n’est pas Azalea, ni Hermès. Elle est elle-même, Agrippine, aussi égoïste et imperturbable que toujours, et elle ne refuse pas ses excuses. Elle estime qu’elle mérite ces excuses, un juste retour des propres mots qui ont franchi la barrière de ses lèvres. « Vous semblez si tous si jeunes sur la photo… quand a-t-elle été prise ? » Elle pourrait prononcer mots simplement pour faire la discussion, entretenir des paroles sans réellement le souhaiter. Pourtant, Agrippine se surprend à réellement vouloir en apprendre plus sur Jupiter, sur cet homme qui semble bien trop mystérieux à ses yeux, alors qu’elle pleure si souvent entre ses bras. « Cette photo me fait penser à Soyan, Azalea et moi-même, étiez-vous tous dans la même maison ? » Agrippine relève finalement le regard, et accroche les yeux de Jupiter avec ses grandes pupilles noisette. Un fin sourire dessine ses lèvres, un vrai sourire. Elle espère que cela signifie la fin de leur dispute. « Je devrais probablement te laisser parler, si je veux les réponses à mes questions. »

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MessageSujet: Re: i bare my skin and i count my sins and i close my eyes (agripiter)   Sam 10 Sep - 18:47

Dire qu’il se sent à l’aise serait un mensonge. A l’instant, Jupiter ressent surtout un embarras pesant, encombrant, insupportable, une gêne qui lui appuie sur le cœur, alors qu’il regarde Agrippine feuilleter son album, assimiler ses souvenirs de jeunesse, s’en imprégner, jusqu’à cette photo et les dix ans passés, dix foutues années dans la gueule, les sourires des gamins qu’ils étaient et la nostalgie des adultes qu’ils ne sont plus. Cette journée n’est pas facile, jamais, pour la quatrième fois consécutive, parce qu’elle est davantage qu’une année sans eux, elle signifie littéralement trois vies brisées et des familles endeuillées, des amis inconsolables, elle lui rappelle Claire étouffant ses sanglots contre sa chemise à l’enterrement et les cercueils soulevés dans les airs, le parfum de lavande bien trop entêtant et l’encens du prêtre dans les airs. C’est quelque chose qu’on ne peut pas comprendre avant de l’avoir vécu, la mort si proche, les visages livides alors qu’on dit au revoir, les lèvres trop pâles d’Esther et l’atmosphère étouffante de la salle où il l’avait vue pour la dernière fois, belle dans la mort, immortelle et immobile. C’est une chose dont on ne peut pas saisir la complexité, les conséquences, la douleur qu’elle entraine avec elle, c’est une chose qui pique le cœur et laisse hagard, bouche ouverte, pâteuse, yeux perdus dans le lointain, c’est une chose qui écrase, qui détruit et qui tue, une chose que rien ni personne ne peut faire oublier.
Jupiter l’aurait souhaité, pourtant.
Il aurait aimé qu’Agrippine lui permette d’oublier, qu’elle soit assez même s’il sait d’avance que c’est peine perdue, parce que même Hermès n’est pas suffisant et que si lui ne l’est pas, elle ne peut certainement pas l’être. Il aimerait lui dire, à Agrippine, que son amitié lui suffit, qu’elle les remplace du mieux qu’elle peut et qu’elle est absolument parfaite, qu’avec elle, il semble oublier un instant sa vie misérable et ses choix douteux, qu’avec elle, il a l’impression d’être presque normal, d’être presque bon. Mais les visages sont des fantômes du passé bien trop vifs, bien trop culpabilisants, et alors que ses yeux se posent sur le garçon qu’il était, la vérité le frappe en plein visage, non tu n’es pas quelqu’un de bien, tu n’es qu’un tueur, ils ne seraient pas fiers de toi et tu le sais pertinemment. Les mots d’Agrippine, il ne les entend pas, pas vraiment, n’en saisit qu’une partie, en réalité, celle où elle lui demande de raconter son histoire, d’en parler, comme si ça pouvait l’aider d’une quelconque manière, comme si ça pouvait effacer la peine trop pressante qui l’empêche de sourire vraiment, de sourire sincèrement depuis quatre longues années. « Agrippine », il commence, souffle lourd et regard fuyant, Agrippine il murmure alors qu’il replie les coudes, glisse ses mains dans ses cheveux encore humides, soupir au bord des lèvres, Agrippine il prononce parce que les autres mots ne semblent définitivement pas vouloir sortir. « C’était il y a une dizaine d’années, après Poudlard. Nous venions tous de maisons différentes, sauf James et moi… Serpentard. » Il parle à peine, lâche seulement les mots dans un seul long soupir, comme s’il souhaitait se débarrasser du sujet, comme s’il souhaitait simplement changer de sujet, évacuer la question le plus rapidement possible. Pas qu’il ne veuille pas en discuter, non ; au contraire, il aurait tendance à se noyer dans les souvenirs, à s’enivrer de la moindre évocation de ce passé auquel il s’accroche, encore et toujours. Mais ce n’est pas le bon moment pour se souvenir. Pas aujourd’hui, pas comme ça, pas en présence d’Agrippine qui ne comprend pas, qui ne comprend plus, parce qu’elle a tout fait pour oublier, pour enterrer le secret sous des couches d’apparat, pour ne pas montrer aux yeux du monde qu’elle avait une faiblesse pour les formes féminines. Et il se doute que c’est dur, Jupiter, que c’est terrible de faire quelque chose contre son gré, simplement parce que la société le veut, simplement parce que le monde l’exige, simplement parce qu’une poignée de personnes pensent que ce n’est pas normal et qu’il faudrait arrêter, se battre contre sa nature et contre son amour. Il se doute que c’est terrible, et même s’il ne peut pas comprendre, il peut compatir, il peut aider, parce qu’il sait que la plaie béante dans le cœur d’Agrippine ne s’est jamais vraiment refermée et qu’elle a mal, qu’elle souffre elle aussi, qu’elle pleure parfois quand elle est seule et trop souvent devant lui, et il a beau aimer Hermès davantage comme elle le dit, parce qu’il est son meilleur ami, parce qu’il est celui qui l’aide dans chaque épreuve, elle s’ouvre à lui, elle se montre autrement, plus simple et plus fragile, et ça doit forcément vouloir dire quelque chose, quelque part, ça doit forcément signifier qu’ils sont bien, ensemble, qu’ils sont bien en tant qu’amis et en tant qu’autre chose parce qu’il est impossible d’étiqueter leur relation, de mettre un mot sur les longues heures à parler de choses beaucoup trop personnelles. Il se souvient, souvent, de la fois où Agrippine a franchi sa porte pour lui demander de l’aide, de la fois où elle lui a demandé un service bien particulier et où il a refusé, évidemment, parce qu’il n’aurait jamais pu faire une telle chose et qu’il était un homme bon, au fond, un homme qui ne voulait pas être la cause de plus de morts que nécessaire. Il se souvient souvent d’Agrippine contre lui, des larmes qui avaient transpercé sa chemise et de l’arête de son nez contre son cou, il se souvient des doigts agrippés désespérément à sa nuque et des sanglots qui avaient agité sa cage thoracique, et c’est sans doute pour ça qu’il l’observe un moment, les yeux bordés de larmes, avant de finalement demander : « elle te manque, parfois ? »
La phrase est simple, soufflée comme une évidence, presque pas une question. Il sait qu’elle a compris de qui il parlait, il sait qu’elle se souvient de l’ordre chuchote un soir en confidence, de l’ordre, du refus, il sait qu’elle n’a pas oublié la douleur de perdre la personne qu’on aime le plus au monde. « Esther me manque », répond simplement Jupiter à la question qu’il vient pourtant de poser à son amie, parce que ce n’est pas grave si elle ne dit rien, parce qu’il comprend que ça puisse lui faire trop de mal, il comprend qu’elle veuille peut-être oublier, ne plus jamais y repenser. Il comprend, mais il demande, sachant pertinemment qu’Agrippine ne dira rien d’elle-même, même si elle souffre, simplement parce qu’elle semble décidée à laisser sa propre peine de côté, pour lui. Et c’est sûrement ça qu’on appelle l’amitié.
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MessageSujet: Re: i bare my skin and i count my sins and i close my eyes (agripiter)   Dim 18 Sep - 16:47


   

   
i bare my skin and i count my sins

jupiter & agrippine

 
Un instant, un bref instant, et Agrippine sent la culpabilité l’envahir, l’étouffer, lui écraser la poitrine, et elle a envie de vomir, mais elle se retient, elle se retient parce qu’elle ne peut plus recommencer, elle ne peut pas retourner en arrière et retirer toutes les paroles qu’elle a prononcé à Jupiter. Quand elle regarde cette photo, les lignes sont floues, et ce n’est plus Jupiter et ses amies qu’elle voit, c’est Azalea, Soyan et elle-même. Ce sont ses amis qu’Agrippine voit, ses amis qui risquent tout sous Grindelwald, ses amies qu’elle aime plus que tout au monde. Elle voit une de leurs multiples photos, prises à peu près à chaque endroit où ils sont passés, Azalea et son sourire aussi lumineux que le soleil ; Soyan de sa pudeur presque touchante quand il est avec elles ; et Agrippine toujours aussi désabusée, mais l’ombre d’un sourire au coin des lèvres. Et elle imagine les perdre, elle imagine vivre sans eux, elle imagine ne plus les voir à tout instant, et elle se noie, elle suffoque, elle se sent mourir. Pourtant, ce n’est que son imagination, ce ne sont que des ‘et si’, ce sont que des hypothèses qui brisent son cœur en milliers de petits morceaux… et elle sait que Jupiter l’a vécu, lui, l’a réellement vécu, a subi cette perte, a subi cette douleur. La subit encore. Et elle se sent égoïste, Agrippine, égoïste comme jamais elle n’a été. Alors elle se promet, réellement, d’écouter Jupiter. D’être là pour lui, et de lui offrir son soutien, et de l’aider à avancer, sans oublier. Parce qu’on n’oublie jamais vraiment une telle perte. Elle le sait, tant elle a pleuré pour… elle. Mais elle ne pensera pas à elle. Ce n’est ni le lieu, ni le moment. Il n’y a aucun temps pour penser à elle, en cet instant, Jupiter est au centre de ses intérêts.

Elle est pendue à ses lèvres, Agrippine, comme lorsque sa mère lui racontait des histoires quand elle était petite. Elle se souvient de sa voix envoûtante, et Agrippine se laissait bercer. Elle coupe cependant la voix de Moïra de son esprit, se concentre uniquement sur Jupiter. « Serpentard, oui, tu m’avait dit. L’un d’entre eux – Claire, Esther, Thelonious – venait de Serdaigle ? » Elle est curieuse, sincèrement curieuse. C’est plus fort qu’elle, ces questions, cet intérêt. Savoir ces détails, connaître tout ce qu’elle peut sur les amis de Jupiter, c’est les rendre plus réels, plus consistants. Apprendre à les connaître au travers des mots de Jupiter, c’est effacer leur condition de fantômes, en faire des humains à nouveau. Et elle se perd, à nouveau, devant ces photos, devant des personnes qu’elle ne connaît pas et qu’elle aurait aimé connaître. Devant le passé d’un Jupiter qu’elle n’a jamais vu, et elle se demande si elle l’aurait voulu, le voir, le connaître, pas seulement à travers des mots, mais réellement, concrètement, devant elle. C’est idiot, comme pensée. Ce Jupiter est celui du passé et elle ne pourra jamais le connaître, elle ne pourra jamais le fréquenter, et désirer quelque chose qu’elle n’aura jamais, c’est simplement s’ouvrir à une douleur inutile. Elle refuse de se l’imposer, tout simplement.

Presque souriante, Agrippine va pour relever le relever le regard vers Jupiter, lorsque sa phrase suivante la bloque dans tous mouvements. Elle sent son souffle qui se coupe dans sa poitrine, elle sent son cœur qui se met à se battre à vive allure, elle sent ses mains qui tremblent violemment sur l’album. Son regard resté vrillé sur la photo, et c’est son ancre, c’est son poids de repère, c’est tout ce qui la garde dans la réalité, qui l’empêche de retourner deux années en arrière. Elle voit de longs cheveux blonds, des boucles qui cascadent le long d’un dos, deux grands yeux gris envoûtants, une moue boudeuse prête à être dévorée. La nausée la prend, et pourquoi, pourquoi, pourquoi parle-t-il d’elle, pourquoi lui impose-t-il, alors qu’il sait qu’elle a mal, alors qu’il qu’elle en pleure encore. Et pourtant, mutine, rebelle, elle voudrait lui répondre cyniquement, elle voudrait être acide, aussi venimeuse que ses serpents. Et elle voudrait lui dire « évidemment, la femme qui m’a trahie, la femme qui m’a brisée le cœur, la femme que j’ai faite tuer, que j’ai éliminé de la surface de cette terre, me manque… tu as d’autres questions stupides ? ». Mais elle se tait, Agrippine, elle ne peut laisser le ‘non’ qui brûle sa langue passer entre ses lèvres. Elle se tait, parce qu’elle sait que ce serait un mensonge. Ce serait un mensonge, et Jupiter ne mérite pas qu’elle lui mente. « Oui. Oui, elle me manque. » Et c’est tout, rien de plus. Rien de plus ne sort de sa bouche. Elle ne veut pas parler de Victoire, elle ne veut pas évoquer cette femme qui l’a détruite comme jamais. Et Jupiter, qu’il soit loué, lui tend une perche, lui offre une sortie, lui permet de ne plus penser à elle. « As-tu déjà ressenti les mêmes sentiments, que tu éprouvais pour Esther, pour une autre depuis… que tu l’as perdue ? » Il paraîtrait que c’est le propre de l’humain d’aimer, du moins c’est ce que dit Azalea. Elle a peur que sa question soit offensante pour Jupiter, elle a peur de le braquer, à nouveau. Alors elle décide, contre toute attente, contre tout ce qu’elle s’était promis, de parler à nouveau de Victoire. Volontairement. « Si j’ai un jour aimé Victoire… non. Je l’ai aimée, je le sais. Et je n’ai jamais éprouvé pour quelqu’un ce que j’ai pu ressentir pour elle. C’est probablement mieux, pour tout le monde. » Agrippine se mord la lèvre inférieur, les mains toujours tremblantes sur l’album photo. « Tu me dois détester. Alors qu’on t’a arraché la femme que tu aimais, j’ai tué celle pour qui j’éprouvais de tels sentiments. J’ai détruit volontairement dans ma vie, ce dont toi tu as été privé dans la tienne. » Et finalement, Agrippine relève le regard. Finalement, elle accroche les yeux de Jupiter avec les siens, un sourire tremblant aux lèvres.

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Dernière édition par Agrippine Travers le Mar 8 Nov - 23:30, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: i bare my skin and i count my sins and i close my eyes (agripiter)   Sam 24 Sep - 23:24

Souvent, Jupiter avait eu envie de se confier à Agrippine, de lui expliquer pourquoi, pourquoi il est comme ça, pourquoi son cœur est noir et froid et dur, pourquoi il ne fait jamais de longs discours et pourquoi il ne parle pas vraiment de lui. Souvent, il avait dessiné l’ébauche d’un geste à son égard, l’esquisse d’une caresse qui avait fendu l’air et s’était arrêtée en plein vol, parce qu’il n’était pas comme ça, parce que ça semblait incongru, parce qu’Agrippine l’acceptait et qu’une partie de lui pensait qu’elle aimait l’homme distant qu’il pouvait parfois être. Souvent, il avait senti son cœur arrêter de battre alors que les cils de la jeune Travers papillonnaient, coléoptères d’or et d’argent qui prenaient subitement leur envol lorsque leurs regards se croisaient et lorsque leurs sourires se répondaient, sûrement parce qu’ils savaient tous deux que ce n’était qu’une façade, que leurs airs enjoués n’étaient que de pieux mensonges, uniquement faits pour rassurer leurs amis, leur faire croire qu’ils allaient bien alors qu’ils étaient au bord d’un gouffre sans fin. C’aurait été stupide de lui dire ces choses, de lui avouer qu’il avait parfois eu envie de la serrer contre lui, d’embrasser son front et ses lèvres, stupide de confesser que tout cela n’était que fantasme parce qu’il y avait Esther et Victoire, présences fantomatiques qui les suivaient absolument partout, parce qu’il y avait Claire qui avait creusé un trou béant dans son cœur, et parce qu’il y avait Hermès et que la petite sœur d’un meilleur ami ne pouvait définitivement pas être considérée comme un potentiel trophée. Pourtant, Agrippine n’est pas ça, un prix, une aventure, elle ne l’a d’ailleurs jamais été. Agrippine est le soupçon de raison parmi tous les grains de folie qui le composent, ce qui le maintient sur terre, les deux pieds au sol, Agrippine est celle qui lui prend la main et la serre fort mais qui ne le ménage pas, jamais, celle qui fout des coups de pied dans la fourmilière lorsqu’elle le voit s’enfoncer et craint qu’il ne refasse jamais surface. Agrippine n’est pas Hermès, ni Claire, ni personne d’autre, parce qu’elle s’occupe de lui à sa manière, bien loin de la délicatesse de son frère et de l’apparente indifférence de Claire. Il la détaille un instant alors qu’elle parle, demande si l’un de ses amis appartenait à la maison Serdaigle. « Claire », il murmure, content qu’elle ne lui ait pas demandé de parler de l’un des autres, l’un des morts, heureux de pouvoir clore le sujet sur ce seul prénom, Claire qui glisse sur sa langue comme il l’a toujours fait, doux et sucré et absolument pas triste. Mais évidemment, il lui avait fallu évoquer Victoire, et la langue d’Agrippine se délie, doucement, progressivement, avoue le manque d’elle et lui demande de parler à son tour de ses sentiments. C’est difficile pour Jupiter, difficile de trouver une réponse et difficile de vraiment savoir, tout comme c’est difficile d’avouer, éventuellement, ce qu’il ressent pour Agrippine, parce qu’il pense évidemment à elle. Heureusement, elle revêt de nouveau sa tenue de sauveuse et lui laisse le temps de réfléchir, parce qu’elle parle, de Victoire et d’elle et du pêché, du vice, de la relation, du lien que l’on n’avoue pas mais que l’on cache parce que le monde n’est pas prêt, parce que la société ne le veut pas, parce que la famille le conspue. Jupiter la trouve dure, Agrippine, lorsqu’elle parle d’elle-même, dure lorsqu’elle sous-entend ce qu’il doit ressentir, tellement, tellement éloignée de la réalité, tellement à côté de la plaque sur tellement de sujets, lui et Victoire et elle et la vie, l’amour, le temps qui passe, tellement enfermée dans une petite boîte qui l’étouffe et qui la tue. Ça lui fait mal, à Jupiter, de la voir souffrir, de la voir sourire alors que ses lèvres tremblent, alors que tout son corps suggère qu’elle a simplement envie de pleurer, de s’effondrer une nouvelle fois, Agrippine la forte, la froide, la dure, Agrippine pourtant poupée aux joues mouillées et au cœur brisé.
Il soupire, Jupiter, soupire parce qu’il ne sait pas vraiment quoi dire, parce que les larmes engourdissent aussi ses yeux et parce qu’il en a assez de pleurer, même si elle est sans doute celle qui comprendrait le mieux son chagrin. Il soupire parce que les mots ne sont pas suffisants, parce qu’ils ont le cœur vide et l’âme en peine, parce que ça fait des années mais que ça semble être hier, Esther et Victoire, leurs vies abattues comme des oiseaux en plein vol, pan t’es mort et la plaie purulente qui ne se referme jamais. Il soupire, enfin, parce que les mains d’Agrippine tremblent sur l’album et parce qu’elle semble au bord des larmes, même si elle contient tout, même si elle ne montre rien ; un état dans lequel il aurait aimé ne jamais la revoir. « Tu es dure avec toi-même, Agri », il souffle, Agri parce que Agrippine sonne trop lourd pour lui, trop cérémonieux, et il attend un instant avant de continuer, simplement pour qu’elle s’imprègne de ces mots, les comprenne, les digère et, enfin, se corrige, cesse de se punir pour ça et comprenne que ses réactions, ses émotions sont les plus humaines qui soient, justes ou non, terribles ou pas. « Tu l’as aimée, et c’était réciproque, et c’était beau et fort et terrible à la fin. Mais tout est toujours terrible, à la fin. » Il déglutit, baisse un instant le regard. Ça fait bien longtemps qu’il a appris ces choses, Jupiter, appris que l’amour est éphémère et que l’amitié l’est aussi, appris qu’on est définitivement seul, toujours, que toutes les chansons ont un début, un milieu et une fin mais que ce n’est pas grave, que ce n’est pas une raison pour ne pas aimer la musique, et ses mains pianotent un instant. « Pour répondre à ta question, l’important n’est pas de savoir si j’ai aimé depuis elle, mais de savoir de quelle façon j’ai aimé. » Il plaque ses mains sur la table, tentative désespérée de cacher les mouvements désordonnés qui les agitent, tremblements vicieux qui trahissent ses émotions et permettent à Agrippine de lire en lui comme dans un livre ouvert. « Je vais te dire quelque chose qui va te sembler odieux, sûrement », il commence, suspend ses paroles parce qu’il craint de dire ces mots, d’éveiller des souvenirs enfouis trop loin et depuis trop longtemps. Agrippine n’a pas besoin de savoir tout ça. Elle n’est ni sa sœur, ni son amie, ni sa confidente, elle n’est même pas quelqu’un en particulier, elle est juste Agrippine, la sœur de son meilleur ami, Agrippine, une commanditaire dont il avait refusé l’ordre, une gamine perdue qui se retrouve toujours chez lui quand quelque chose ne va pas, irrémédiablement, comme l’écume s’échoue sur la plage. Elle n’est pas grand-chose, elle est trop de choses, et c’est peut-être pour cela aussi qu’il se sent enclin à s’épancher, même si ce n’est pas sage, même si la confession lui brûle les veines et l’estomac et le corps entier, parce qu’elle est acide, cruelle, honteuse. « Je ne sais pas si j’étais amoureux d’Esther. Je l’aimais… vraiment… énormément » il ajoute, comme pour se justifier, yeux soudain baissés par peur d’affronter le regard d’Agrippine. « Mais j’ai parfois l’impression que je ne l’aimais pas autant que j’aurais dû », il lâche dans un souffle, fatigué, las, parce que la révélation est dure, parce qu’il n’avait jamais admis ça à voix haute. Enfin, il relève la tête vers Agrippine, sent ses joues brûler, ses yeux se border de l’eau salée trop familière de ses larmes. « Je l’ai aimée très fort, tout simplement, comme j’ai aimé Claire, comme je t’aime toi », et l’aveu est soufflé, pas vraiment maîtrisé, pas vraiment voulu. Malgré les larmes qui ternissent ses billes noires, il ose un sourire, léger, fugace, priant pour que les relents d’alcool ne le trahissent pas. « C’est juste que depuis elle, je ne me permets plus d’aimer. Plus librement. Plus à voix haute. Ça fait trop mal. » Il est presque sûr qu’il n’avait pas autant parlé depuis des années.


Dernière édition par Jupiter Parthalon le Mar 22 Nov - 10:37, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: i bare my skin and i count my sins and i close my eyes (agripiter)   Lun 7 Nov - 11:10


   

   
i bare my skin and i count my sins

jupiter & agrippine

 
Claire, le nom résonne entre eux, un murmure qui lui semble être hurlé, une barrière qu’ils ignorent à voix haute tout en sachant très bien où elle se situe. Agrippine voudrait haïr Claire, voudrait la détester, lui en vouloir pour sa colère envers Jupiter, lui en vouloir pour tenir Jupiter bien qu’elle ne le pourra jamais. Lui reprocher la distance qu’elle pose entre Jupiter et Agrippine. Mais elle ne peut en vouloir à Claire, elle ne peut en vouloir à ce sourire aussi faux que le sien et à ce regard brisé qu’elle ne connaît que trop bien. Claire l’a touchée, bien plus qu’elle ne le pensait, bien qu’elle ne voulait ; Claire l’a touchée et Agrippine s’est attachée. Ce serait mentir, que d’en vouloir à Claire, ce serait mentir que de lui reprocher son éloignement avec Jupiter. Ils savent très bien se déchirer, tous les deux, savent parfaitement s’éloigner. Ils n’ont jamais été aussi proches, n’ont jamais été aussi éloignés. Leur vie avance, parcelle après parcelle, et ils changent. Ils se reconstruisent mutuellement, tout en sachant que ce ne sera jamais pour l’autre. Ils se reconstruisent, jusqu’au jour où ils se diront au revoir. Ce n’est pas aujourd’hui, néanmoins, ce n’est pas aujourd’hui alors Agrippine n’a pas y penser dans la seconde même. C’est si facile, pourtant, de penser à Jupiter, de penser à Claire, de penser à sa vie à lui et pas sa vie à elle. De ne pas penser à Victoire. A Victoire qui lui manque, sans pourtant regretter son geste. Elle n’a jamais eu de remords, Agrippine, d’avoir arraché cette vie à ce monde. Il avait fallu qu’elle agisse, elle avait agi. Il avait fallu protéger son cœur, protéger son esprit, et elle l’avait fait. Elle en avait souffert, elle en souffrait encore, aujourd’hui. Elle avait tenté de l’oublier, désormais elle essayait de vivre avec le fantôme de Victoire dans son esprit. Mais jamais elle n’avait regretté. Loin de l’image de poupée de porcelaine qu’elle offre, Agrippine agit avec une force qu’on ne lui soupçonne pas. Elle a forgé autour de son cœur une solide barrière, lui offrant son surnom de reine des glaces. Laisser entrer des émotions, c’est aller contre les leçons de son père, mais c’est surtout souffrir, s’affaiblir, s’exposer comme une délicate jeune femme qu’elle n’est pas. Alors elle renferme tout, ne se laisse aller que rarement, ne se laisse aller qu’avec Jupiter. C’est plus simple ainsi.

Mais c’est aussi ce qui explique ses mains tremblantes, son souffle erratique. Laisser sortir ses émotions est douloureux, la plonge dans des mers qu’elle ne sait pas naviguer. Jupiter est son ancre, ici, celui qui la rattache au monde réel et l’empêche de sombrer. Et pourtant, elle est lasse, Agrippine, lasse de ne faire que pleurer en sa présence, lasse de leur constante mélancolie, de leur constante douleur. Ils se reconstruisent tout comme ils se détruisent, et c’est bien pour cela qu’ils ne pourront jamais continuer ensemble. de quelle façon j’ai aimé, lui dit Jupiter, et le regard d’Agrippine se tord, alors qu’elle vient mordiller ses lèvres. Elle n’a jamais eu une façon d’aimer, Agrippine, éprouvant ce sentiment alors qu’elle ne l’aurait pas dû, préférant le renier plutôt que d’y penser. Elle l’écoute, Jupiter, elle l’écoute souffrir, se fouetter encore, se le reprocher toujours. Elle l’écoute pleurer Esther, subir sa mort depuis des années, et tout renier. Il lui fait penser à elle-même, tout en étant si loin d’elle. Elle a pleuré Victoire, elle la pleure toujours, parce que rien n’a jamais été désiré entre elle, parce que rien ne s’est passé comme elles voulaient, parce que tout était repoussé, et jusqu’à la fin elle a éloigné Victoire d’elle, jusqu’à la faire disparaître entièrement. « Peu importe que tu ne l’ait pas assez aimée, Jupiter… tu l’as aimée. Et si j’en crois Claire, vous étiez heureux. Si heureux que tu ne peux plus supporter de te laisser aller à l’amour aujourd’hui. » Agrippine trouve cela étrangement ironique, de parler d’amour, de conseiller sur l’amour. Ce sentiment, si elle l’a connu, elle l’a rejeté de tout son être. Elle le rejette encore, aujourd’hui, rejette cet amour romantique, cet amour charnel, qui ne lui a laissé qu’une mauvaise expérience. Seul l’amour amical a de la place dans sa vie… l’amour familial, aussi, si tout était plus simple. Elle referme doucement l’album, le glisse vers Jupiter. Ils sombrent, tous les deux, sombrent dans ce passé qui n’est plus. Cela ne peut que les blesser, c’est tout ce qu’ils savent faire. Elle préfère mentionner Claire, naturellement, terrain neutre, sujet léger à aborder. « Je ne sais pas si  j’ai une bonne manière d’aimer. Mon expérience aurait tendance à répondre négativement à cette question. Je sais que j’aime, mais pas de la manière dont tout un chacun l’entend. J’aime Azalea, j’aime Soyan, tout comme je t’aime toi. Je ne croise juste pas qu’il soit bon être aimé par moi… » La main d’Agrippine glisse vers Jupiter, saisit la sienne, sa petite main si fine, si délicate, se glissant dans la sienne, usée par son travail, par les morts qu’il administre. « J’aime Hermès aussi, je l’aime autant que je le déteste. Nous, Travers, il nous est enseigné que l’amour n’est qu’une faiblesse. Nous ne savons pas communiquer ce sentiment, et si mes amis me l’apprennent, je ne peux l’éprouver naturellement de manière romantique. Ma relation avec mon frère m’empêche également de me laisser aller à ce sentiment dans ma famille. » A nouveau, elle se sent étouffer, elle se sent perdue, et elle est lasse de ne parler que de ça, de n’évoquer son incapacité sentimentale. « Hermès vient au manoir, par ailleurs, en fin de semaine. Père estime que je ne peux gérer seule le manoir et mère en son absence, en raison des multiples demandes que je dois gérer à côté. Cela fait très longtemps que je ne l’ai pas vu… nous n’avons plus réellement de relation. »

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MessageSujet: Re: i bare my skin and i count my sins and i close my eyes (agripiter)   Lun 14 Nov - 19:21

Elle dit des choses stupides quand elle est triste, Agrippine, des choses comme je ne crois pas qu’il soit bon d’être aimé par moi sans se douter une seule seconde du bien que son amour peut procurer, même si elle ne le montre pas forcément de la bonne manière, même si ça a parfois un goût de gamelle, même si on a l’impression de gratter les ongles contre un mur de briques. Elle n’a pas idée, Agrippine, de la beauté de son amour, tout abîmé qu’il est, de la sensation d’accomplissement que l’on éprouve lorsqu’on l’obtient enfin, au prix de nombreux efforts, elle ne se doute absolument pas de ce que l’on ressent quand on a gagné un regard ou un sourire et que tout notre corps s’effrite. Elle ne sait pas, Agrippine, parce qu’elle se persuade tout le temps qu’elle est défectueuse, qu’elle est comme un vieil objet dont il vaudrait mieux se débarrasser parce qu’il encombre le grenier et que le grenier, dans cette métaphore, c’est la tête. Et oui, elle encombre la tête, elle y met tout son petit bazar et tout ce qu’on peut faire, c’est observer les engrenages tourner encore et encore, se frotter les uns aux autres, mais cette mécanique n’est jamais lassante, jamais superflue, ces rouages sont essentiels et parfaits et il est absolument inconcevable de penser sa vie sans eux. Dans les yeux, Agrippine, elle a une obscurité qui est maintenant familière à Jupiter, une vieille amie qu’il a su apprivoiser au fil des années à force de travail et de détachement, pour ne pas toujours penser que c’est lui qui la rend triste, pour ne pas toujours s’imaginer qu’elle serait mieux si elle ne le fréquentait pas. Il a beau être parfois trop candide, il sait que la vérité est plus simple, plus cinglante, Victoire, les traces de larmes en bordure de paupières, Victoire, les soubresauts dans la voix et les mains tremblantes, Victoire, les faux sourires et les nœuds dans la gorge. Elle cache tout, Agrippine, et elle le fait très bien, tellement que s’il n’était pas au courant de l’existence de Victoire, s’il n’avait pas recollé les morceaux de son cœur brisé un à un, il n’en saurait rien. Il se dirait juste qu’elle est un peu sensible, sûrement trop fragile, qu’elle le cache pourtant bien mais qu’on la voit, cette douleur qui transpire par chacun de ses pores, qu’on la devine, qu’on la sent. Elle cache tout, Agrippine, mais ça, ce n’est pas quelque chose qu’elle peut vraiment dissimuler, parce qu’il la connait beaucoup trop. Elle est la sœur de son meilleur ami, celle qui était là, derrière, comme une ombre lorsqu’il était invité à manger chez eux, celle qui parlait peu mais avait de la répartie, celle qui gardait toujours la tête haute et le port digne. Elle est la sœur de son meilleur ami, et ce simple constat permet de tout comprendre. Il la connait.
Et elle aussi, elle le connait. Elle le connait, et elle sait, les regards et les sourires et les embrassades, elle sait, les baisers sur la joue et les soirs à s’endormir sur son canapé miteux parce qu’ils s’étaient épuisés à trop pleurer, elle sait tout de lui, quasiment tout, presque plus que n’en sait Hermès, et c’est terrifiant. Elle sait, aussi, qu’il ne la jugera pas, jamais. Il ne l’a pas fait pour Victoire. Il n’a pas questionné son goût pour les femmes, ne l’a pas regardée différemment. Il l’a simplement aidée, du mieux qu’il a pu, il l’a aidée alors que lui-même a les deux pattes prises dans le ciment de la démence, il l’a aidée alors qu’il n’arrive même pas à s’aider lui-même. Il l’a aidée, et peut-être est-ce pour ça qu’elle s’épanche, qu’elle parle d’Hermès et de leur famille et d’eux, frère et sœur déchirés à cause d’un homme stupide qui n’a jamais eu d’autre dessein que de les séparer. Les mots d’Agrippine n’ont pas vraiment de sens, parce qu’Hermès avait déjà confié ce qu’il pensait de la situation à Jupiter, parce qu’il lui avait avoué à quel point il tenait à sa sœur et la peur qu’il ressentait à l’idée de la perdre définitivement. Et c’est normal. Normal, parce que Jupiter n’a jamais eu de famille mais que Malka est ce qu’il a de plus proche d’une sœur, et qu’il sait qu’il en crèverait s’il la perdait, surtout à cause de quelqu’un d’autre. Il caresse un instant sa main, trop petite, trop douce, trop inconnue encore, et ose finalement la regarder. « Il t’aime, Agrippine. » C’est murmuré mais c’est impérieux, quelque chose qu’elle ne peut pas contredire, car si elle le connait parfaitement, elle ignore tout de son propre frère. Elle ignore les nuits de solitude et d’ivresse, elle ignore les pleurs retenus et les regards détournés, elle ignore qu’il cache aussi bien sa tristesse qu’elle, si ce n’est mieux. Elle ignore qu’il a souffert, terriblement souffert, et qu’il souffre encore de leur éloignement, bien plus qu’il ne le montre. Elle ignore qu’il y a des tonnes de choses pour lesquelles Jupiter est nul (l’amour, la délicatesse et les beaux discours) mais qu’il est excellent lorsqu’il s’agit de parler des personnes qu’il aime le plus au monde et, envers et contre tout, Hermès fait partie de ces gens-là. Il lâche la main de son amie, attrape doucement son menton pour qu’elle le regarde, et plus aucune échappatoire n’est alors possible. « Il t’aime » il répète, un peu plus fort, parce qu’il voit dans ses yeux qu’elle ne le croit pas vraiment. Elle pense qu’il dit toutes ces choses pour qu’elle se sente mieux, une espèce de cornet de glace qui réconforte mais qui fond en cinq secondes, et ce n’est pas ça, absolument pas. « Tu devrais savoir que je ne mens pas, Agrippine. Je connais Hermès mieux que je ne me connais moi-même, et je peux t’affirmer une chose véritable, belle et essentielle : il t’aime. » Les doigts effleurent la joue de la poupée brune, glissent sur ses tâches de rousseur, caressent l’ovale de son visage. Elle est douloureusement belle, Agrippine, lorsqu’elle retient ses larmes. « Je n’ai pas de famille, alors je n’ai sûrement aucune idée de ce dont je parle, les soucis d’héritage, la relation avec votre père et toutes ces choses là, mais Hermès et toi, vous vous aimez. Vous êtes juste trop fiers pour faire un pas l’un vers l’autre », il souffle avant de se pencher et d’embrasser tendrement sa joue. En réalité, il est heureux qu’elle soit venue le voir aujourd’hui, heureux qu’elle ait foutu son grain de sel dans l’engrenage et qu’elle lui ait parlé de ses propres problèmes. L’espace d’un instant, il en aurait presque oublié Esther, James, Lony, Claire seule à Edimbourg, les conneries qu’il a pu faire et le mal qu’il a pu semer, toutes ces choses dont il n’est pas fier et qu’il changerait si seulement il le pouvait. L’espace d’un instant, il en aurait presque oublié la douleur au fond de sa poitrine lorsqu’il pense à ses amis et l’odeur du sang dans ses narines, les mains écarlates et tremblantes du tueur qui sont habituellement les siennes et le calepin avec ses dessins de morts à chaque page. L’espace d’un instant, il se sentirait presque bien, et c’est sûrement pourquoi il recule, l’observe, et ose un sourire qui n’a rien de joyeux mais qui esquisse quand même le début d’un effort. « Je peux lui parler, si tu veux. Si tu penses que ça arrangerait les choses. Je dois le voir demain. » Les mots ne sonnent pas vraiment comme une promesse mais plutôt comme une proposition, indécente, peut-être indélicate. Il s’en moque. Si ça peut permettre à Agrippine de s’épancher, si ça peut faire entrevoir l’espoir d’une réconciliation entre eux, il est prêt à oser les choses les plus stupides. Pourvu qu’ils se retrouvent.
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