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 things we lost in the fire (travers)

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MessageSujet: things we lost in the fire (travers)   Dim 21 Aoû - 18:21

Il y avait quelque chose d'austère dans la demeure familiale, quelque chose de sombre et de gelé, quelque chose qui le glaçait jusqu'à l'os. Hermès avait aimé cette maison, à une époque, il avait aimé les parquets de bois sombre lustré, avait aimé les hauts-plafonds peint, les tapis aux couleurs riches, il avait aimé courir dans les couloirs éloignés de la chambre de son père, avait aimé sourire aux elfes de maison, rire aux éclats, pelotonné près de la cheminée de la bibliothèque, les portraits immenses de leurs ancêtres écossais qui se disputaient les uns avec les autres. À une époque, Hermès avait aimé cette demeure, l'avait considérée comme une maison, un lieu où il se sentait chez lui, à une époque, il avait serré sa petite sœur dans ses bras et lui avait raconté des histoires, à une époque, ils s'étaient cachés dans les recoins sombres pour discuter avec les enfants qui vivaient dans les tableaux, à une époque, il était heureux. Ce n'était pas que ce n'était plus le cas aujourd'hui, pas vraiment, ce n'était pas qu'il était ostensiblement malheureux, ostensiblement triste ou déprimé, pas réellement, c'était simplement qu'il avait conscience de ses vides, qu'il connaissait par cœur ses manques, vivait avec des fantômes, coexistait avec les choses qui le hantait et que cette maison n'était qu'un mirage de plus, comme le visage d'une personne aimée qui aurait disparu, comme un oasis dans le désert. Ce qu'il aimait d'elle n'existait plus, ce qu'il pouvait avoir n'était plus ce qu'il voulait. Il n'avait d'autres choix que d'être là, ce jour-là. Il avait prévenu Jupiter, au cas où, qu'il allait sans doute passer quelques jours loin de Londres et qu'il pourrait difficilement le couvrir, il avait prévenu Stitch, aussi, plus étrangement, juste pour être certain qu'il ne passe pas au bureau lorsqu'il n'était pas là, qu'il ne se heurte pas à ses collègues, pour être sûr qu'il ne lui arrive rien, il avait prévenu Kacem, forcément, avait prévenu sa secrétaire, avait empaqueté quelques affaires, quelques dossiers qu'il devait finir de rédiger et était passé par la cheminée pour atterrir dans la salle des apparitions du Manoir dans lequel vivait ses parents. Personne n'était pas là pour l'accueillir, forcément, personne n'était jamais là, et il avait incliné la tête en direction d'un elfe de maison lorsqu'il était apparu à ses côtés pour emmener ses bagages.

Il avait été convoqué, ce week-end là. Ce n'était pas une habitude mais ce n'était pas extraordinaire, non plus, d'autant plus depuis qu'il s'était évaporé du manoir familial, d'autant plus depuis qu'il s'était échappé mais il avait reçu une lettre, quelques jours plus tôt, une lettre qui l'invitait – lui intimait – de se présenter ce week-end là, pour prendre soin de sa mère. Il ne savait pas bien pourquoi maintenant, n'avait pas demandé, il avait seulement accepté, avant de comprendre qu'Agrippine serait là, avant de comprendre qu'ils seraient tous là, famille d'éclopés, à se regarder aux repas dans le blanc des yeux sans pouvoir s'échapper. Hermès n'était pas certain de pouvoir le supporter. Hermès n'était pas certain de pouvoir regarder sa mère dans les yeux alors qu'Agrippine était à côté, alors que Néron était dans leur dos, Hermès n'était pas certain de pouvoir conserver son masque d'indifférence, pas certain de pouvoir rester l'héritier parfait, pas certain. D'un geste nerveux, il avait roulé les manches de sa chemise, pour tromper la chaleur, laisser le tatouage qui défigurait son avant-bras accrocher un instant la lumière des bougies qui illuminaient la pièce. Il fallait qu'il bouge, vite, qu'il pense, tout aussi vite, et ses pas l'avait conduit dans la bâtisse, bercé par le claquement de ses chaussures sur le marbre du sol de l'entrée avant de grimper l'escalier majestueux qui prenait une place folle, se glisser dans les étages. Il avait salué d'un geste de la tête respectueux le portrait de Cathbad qui avait agité la main en sa direction, s'était perdu dans un dédale de couloir avant d'arriver à la bibliothèque. Il avait hésité, une seconde, à pousser la porte, se réfugier entre les livres, fuir une seconde encore la froideur de la chambre de leur mère, une seconde avant que son sens des responsabilités ne le rappelle à l'ordre, une seconde avant que ses pas ne le conduise ailleurs dans le manoir silencieux, qu'il ne gagne une autre aile, une autre partie. Il avait laissé ses souvenirs courir le long des couloirs familier, s'était rappelé des dizaines de parties de chat qu'ils avaient joué sur ces tapis persans, des sourires sur ses lèvres et des grands yeux d'Agrippine, de la voix de sa mère qui les appelait, de l'odeur des tartes aux pommes que l'on cuisinait en bas, dans les cuisines. Il avait reconnu la porte de loin, dans le fond, avait reconnu le portrait de Deirdre qui la surplombait et qui lui avait soufflé « Geis » le jour où Moïra avait eu son accident, « Geis » et il n'avait pas compris, « Geis » et il aurait dû savoir, incantation, interdit, obligation, malédiction, sortilège, non-sens. Il avait accroché le regard de la femme du tableau. Elle n'avait rien dit, ce jour-là.

Du bout des doigts, il avait poussé la porte.

La pièce était comme dans son souvenir, tons sombres et lit à baldaquin, le corps de sa mère bien trop petit sur l'imposant matelas, sa peau trop pâle, les cernes sous ses yeux. Elle ressemblait à Agrippine, par bien des aspects, et Hermès avait rattrapé cette pensée, paniqué subitement à l'idée de penser à sa sœur. Évidemment, qu'elle ressemblait à Agrippine, évidemment, elles étaient de la même famille, du même sang, et il y avait de la royauté dans la finesse de leurs traits, dans leur port de tête, dans leur façon d'exister. Il aurait aimé serrer sa mère dans ses bras, profiter de l'absence de son père, de celle de sa sœur, profiter d'une brève rencontre, d'un court tête-à-tête. Il avait abandonné l'idée. Sa mère dormait, sa mère ne le reconnaîtrait pas ou ferait semblant, ne le regarderait même pas. Il avait abandonné l'idée, il ne voulait pas se fendre le cœur plus qu'il ne l'était déjà. De toute façon, la porte se poussait déjà.

Hermès s'était laissé tomber assis sur un des fauteuils qui peuplaient la pièce, avait relevé les yeux pour accrocher le regard de sa sœur.

« Agrippine. » avait-il soufflé, fragile, subitement, un peu vulnérable, peut-être, déstabilisé par sa mère qui ressemblait plus à un cadavre qu'à un être vivant. « Je suis arrivé en avance. »

Ce n'était pas une justification, juste un simple état de fait, juste une façon de lui dire qu'il n'avait pas attendu dehors pour ça, parce qu'il ne voulait pas rester en compagnie de Deirdre, parce qu'il ne voulait pas devoir une nouvelle fois discuter avec cette femme beaucoup trop belle et beaucoup trop dangereuse, parce qu'il craignait que les mots lui échappent, parce qu'il ne voulait pas s'y confronter, pas aujourd'hui.

« Père est absent. » avait-il plutôt signalé, parce que c'était toujours une bonne chose à savoir, parce qu'il savait que cela les changeait, tous les deux. D'un geste de la baguette, il avait fait planer un deuxième fauteuil près du sien, avant demandé : « Comment vas-tu ? »

Et il parlait bas, Hermès, pour ne pas réveiller Moïra, pour ne pas troubler le silence de la pièce.
Pour ne pas qu'Agrippine puisse sentir le tremblement dans sa voix.
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MessageSujet: Re: things we lost in the fire (travers)   Lun 22 Aoû - 16:46


   

   
things we lost in the fire

hermès & agrippine

 
Tic, tac, tic. Ses ongles frappent contre sa tasse, rythme mélodique qu'elle ne peut cesser. Le seul bruit dans la chambre bien trop sombre, bien trop impersonnelle. Si elle ne supporte pas le bruit, Agrippine aurait voulu éviter le silence à l'instant même. Alors elle recommence. Tic, tac, tic. Elle prend une gorgée de son breuvage, un simple thé noir à la mangue d'Egypte. Elle est revenue aux bases, ce jour-là. Elle le connaît, ce thé, et il est rassurant. Un simple détail auquel s'accrocher pour ne pas sombrer. Ses ongles claquent encore. Elle glisse la tasse et sa soucoupe sur le guéridon, tend la main vers sa mère. Ses doigts fins caressent ceux tremblants de sa mère. Elle sait, elle sait que Moïra n'est pas vraiment là, que sa mère ne la reconnaît plus. Et pourtant, jamais elle ne la quitte. Jamais elle ne lui tourne le dos. Des six années avec sa mère, Agrippine se rappelle des rires, une chaleur au creux de l'estomac, une joie, une lumière faisant briller le manoir Travers. Cette lumière, ils l'ont tous perdu avec l'accident. Mais Agrippine ne peut se résoudre à l'abandonner, cette mère tant aimante qu'elle l'a marquée à jamais. Elle ne peut lui tourner le dos. Moïra n'a plus qu'elle. Elle lui parle, toujours. Moïra garde les secrets comme personne. Et ne plus lui parler reviendrait à la laisser seule. Elle refuse cette possibilité.  « Hermès arrive aujourd'hui, mère. J'espère que vous serez heureuse de le voir. » Si sa mère ressent quelque chose, alors elle ressentira de la joie pour elles deux. Agrippine ne peut se réjouir de l'arrivée de son frère, c'est au-dessus de ses forces.

Tant de colère en elle, elle en a conscience. Le lien qui l'unissait à Hermès s'est brisé depuis bien des années. Ils ne sont plus que des étrangers, des inconnus qui ne se connaissent pas réellement. Aucune unité entre ceux que rien ne relie.
Si seulement-
Si seulement elle était la première.
Si seulement elle n'était pas une femme.
Si seulement son père décidait...
Si seulement.
Elle pourrait refaire son monde. Et pourtant, Agrippine sait qu'il ne vaut mieux pas être pris à rêver. C'est s'offrir un espoir inutile, seul le concret a de l'importance. Mais elle ne peut s'empêcher d'en vouloir à Hermès. Pas de le jalouser, de lui en vouloir. D'une colère si vive qu'elle la fait suffoquer, si froide qu'elle la fait frissonner. Hermès l'héritier, qui n'assume pas sa place. Hermès le parfait, préféré même par Jupiter et Stitch. Hermès le lâche, qui a fui la demeure, qui a fui leur mère, qui les a abandonnées... Agrippine ferme les yeux. Inspire profondément. Elle ne peut laisser ses émotions prendre le pas sur elle. Encore moins alors que son frère se doit d'arriver dans à peine quelques heures. Elle se contrôle mieux que cela, Neron le lui a enseigné lui-même. Une dernière caresse, son pouce lisse sur la peau blanche de sa mère, un sourire à donner envie de pleurer, et Agrippine lâche sa mère. Elle a besoin de quelques instants pour elle, avant que le masque ne se remette en place, avant que son frère ne vienne envahir les lieux.

Agrippine est dans le salon d'ocre et de noir lorsqu'elle entend Hermès pénétrer dans le manoir. Elle ne bouge pas. Elle sait qu'elle sera sa première destination, et elle est encore assez humaine pour lui offrir ces quelques minutes de pudeur. Debout, devant la fenêtre, Agrippine observe le ciel brillant de lumière qui semble se moquer d'elle, alors qu'elle sent l'étau se refermer autour d'elle. Les bras croisés, elle laisse échapper un profond soupir. Elle se redresse, lisse sa longue robe noire et or. Il est temps pour elle de faire connaître sa présence. Alors qu'elle grimpe les escaliers, aussi lentement qu'elle le peut, Agrippine se souvient encore de la discussion avec son père. Elle n'a pas besoin d'Hermès, lui a-t-elle affirmé, elle peut prendre soin de sa mère seule. Elle s'en occupe seule depuis des années. Mais Neron avait déjà pris sa décision, et c'est bien de lui qu'Agrippine a hérité son esprit borné. Il ne veut pas la laisser seule, il ne veut pas qu'elle se fatigue plus que nécessaire alors qu'elle sort d'un marché épuisant avec les exigeants Varenkova, et il estime que le rôle d'Hermès est aussi de s’occuper de Moïra. Elle a eu envie d'hurler Agrippine, il ne prend plus soin d'elle depuis qu'il a fui le manoir, mais elle s'est tue, a accepté la décision de son père, son regard fixé dans le sien.

Alors qu'elle pousse la porte de la chambre, Agrippine retient de justesse son mouvement de recul. Hermès semble si étrange, dans cette pièce, près de leur mère. Il ne fait plus partie du tableau, occupe une place qui n'est plus la sienne. Une demeure qui n'est plus la sienne. Elle a grandi sans lui, a occupé les lieux sans lui. Elle croise son regard, l'accroche brièvement. Elle sait que d'ici ce soir, elle sera vidée de toute énergie, tant il va lui falloir lutter contre tous ses instincts. « Hermès. » Elle incline la tête, politesse. Elle veut rire à l'entente de ce je suis arrivé en avance, si pauvre à ses oreilles. Elle veut rire et pleurer à la fois, alors elle ne dit rien. Tu ne devrais pas arriver en avance, tu n'aurais jamais dû partir. Ses lèvres restent soudées, muettes de toute réponse piquante de colère. « Je suis au courant qu'il n'est pas là Hermès. C'est pour cela qu'il t'a demandé de venir. »

Elle s'assoit sur le fauteuil, sans un mot de plus. Son regard est fixé sur sa mère, son dos est droit contre le dossier, ses bras tendus sur les accoudoirs. Et elle recommence, tic, tac, tic, le son étouffé par le cuir du fauteuil. Hermès peut-il voir les ongles de sa main s'agiter sans s'arrêter, et ceux de son autre main agripper le fauteuil s'en blanchir les phalanges ? Elle n'espère pas. Et son frère, son frère qui ne change pas et que pourtant elle ne connaît pas, et son frère qui essaye de discuter avec elle. Pourquoi ne l'a-t-elle pas laissé seul ? Le voir au dîner aurait été suffisant. « Je vais bien. J'ai un conclu un marché assez difficile avec les Varenkova, ces sang-purs russes présents à la dernière réception, je... » Sa voix se stoppe nette. Elle pourrait continuer à réciter une litanie parfaite, mêlée de politesse et d'automatisme, mais les mots ne dépassent plus la barrière de sa gorge. Elle a la sensation de se noyer, et elle ne peut pas regarder Hermès dans les yeux. Son regard reste obstinément fixé sur le lit de Moïra, sur le visage de sa mère qu'elle connaît par cœur. « Pourquoi es-tu là Hermès ? Pourquoi as-tu accepté la demande de père ? » Tant de choses qu'elle veut dire, tant de choses qu'elle ne peut prononcer. Elle ne sait même pas par où commencer. « Mère et moi pouvons nous en sortir seules. Nous n'avons pas besoin de toi Hermès, plus depuis des années. » Plus depuis que tu as nous abandonnées.

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MessageSujet: Re: things we lost in the fire (travers)   Ven 26 Aoû - 18:00

Elle était belle, Agrippine, belle et digne et dangereuse, et Hermès était resté silencieux, les yeux rivés sur elle qui regardait leur mère à se demander pourquoi il avait fuit, pourquoi il était parti, pourquoi il avait tout lâché. C'était une question qu'il s'était posé souvent, au cours des années, quand il avait foutu le camp après les dix-sept ans d'Agrippine, quitté le manoir et claqué la porte, quitté l'ombre pour agripper toutes griffes dehors son indépendance durement gagnée. C'était une question qui était revenue, souvent, dans la bouche de Néron, dans la bouche de ses anciens amis, dans la bouche des autres riches, le pourquoipourquoipourquoi pourquoi tu vis plus là-bas, pourquoi tu vis ici, pourquoi tu fais pas ci, pourquoi tu fais pas ça, les questions sans réponses, les réponses sans questions, les mots qu'ils voulaient dire et ceux qu'ils n'avaient jamais pu prononcer. Il y avait le silence au-dessus des Travers, une chape de plomb de rancœur et de non dit, une épée de Damoclès de colère jamais hurlée. Il aurait voulu pouvoir prendre librement la main de sa sœur et lui dire qu'elle lui avait manqué, la serrer dans ses bras et lui murmurer pardonpardonpardon je te promets que ce n'était pas contre toi, je te jure, je te jure, que ce manoir nous rendra fou, que je ne voulais pas céder, que je ne voulais pas m'évaporer, je te promets, il aurait voulu lui chuchoter, et il en était incapable, incapable parce que c'était la vérité, incapable parce qu'on les avait poussé à se méfier et à se détester, incapable parce que l'honnêteté le brûlait comme l'eau bénite aurait fait fondre un vampire, incapable parce que tout ça lui faisait peur, parce que tout cela le terrifiait, parce qu'il avait les yeux grands ouverts et les pupilles écarquillés mais qu'il était incapable de la comprendre, incapable de la discerner. Agrippine avait toujours été un mystère, pour Hermès, un meurtre non élucidé, une enquête froide et au point mort, Agrippine, c'était la petite sœur qu'on lui avait intimé de haïr mais qu'il avait aimé à s'en briser le cœur, Agrippine, c'était le ventre rond de sa mère et l'oreille d'Hermès collée contre, les grands yeux de l'enfance et le bonheur de pouvoir la porter, la première fois, Agrippine, c'était celle qui devait lui voler sa place, celle qu'il devait combattre, celle qui devait être le moteur de sa hargne mais qui était le déclencheur de sa reddition. Agrippine, Agrippine, Agrippine, le mot qui courrait, sur ses lèvres, sous sa plume. Agrippine, Agrippine, Agrippine.

Il n'avait jamais su lui parler.

« Agrippine. » avait-il rappelé, une fois, au milieu des questions, des reproches, de la haine qu'elle lui vouait. Agrippine, avait-il appelé, et il y avait quelque chose dans sa voix, quelque chose d'écorché et de mis à nu, quelque chose de fatigué, épuisé, à bout. « Je sais que tu n'as pas besoin de moi. Tu n'as jamais eu besoin de moi. Je sais que vous vous débrouillez très bien toutes les deux. » Il avait secoué la tête, doucement, avait détourné les yeux de sa sœur pour observer sa mère. « Je sais aussi que tu me détestes, je sais que tu as des raisons de m'en vouloir, je sais que j'ai tout fait pour le mériter. » Et c'était une plate liste, sans émotions, sans sentiments, un listing de fait et de douleurs, de choses qu'il aurait voulu glisser sous un tapis pour ne plus jamais les regarder. « Je suis parti parce que Père me rendait fou. » C'était dit, lâché et le ton était plat, terriblement plat. « Je suis parti parce que je ne voulais pas me faire laver le cerveau, je suis parti parce que je ne voulais pas te voir comme un ennemi, je suis parti parce que sans Mère pour le stopper nous étions reparti à notre relation de quand tu étais encore trop petite pour comprendre, où il m'expliquait que tu allais me voler ma place, que j'allais devoir te battre. J'avais six ans, Agrippine. » Six ans et il fixait Néron avec de grands yeux, six ans et son père aurait dû être la voix de la sagesse, six ans et il était terrifié parce que sa sœur ne pouvait pas être mauvaise, parce qu'il aimait sa sœur, parce qu'il ne voulait pas que ça se passe comme ça. « Je ne pense pas que tu t'en souviennes mais la première fois que je t'ai prise dans mes bras tu as arrêté de pleurer. J'étais fou de joie. » Il avait hésité, s'était tordu les mains, avait fini par lâcher : « Je t'ai aimée dès le premier moment. Tu n'étais pas née et je te chantais des chansons et puis... »

Il n'avait pas l'air certain à cet instant, pas l'air certain du tout et il avait esquissé un geste de la main, parce que ce n'était que des phrases, des mots qu'il n'arrivait pas à dire avec émotion parce qu'il était cassé, incapable de ressentir et de dire, incapable de lui montrer. Il n'était pas fort à ça, à la sincérité, et même s'il essayait, fort, très fort, ce jour-là, il était conscient que ça ne ressemblait qu'à des excuses, de pathétiques tentatives de se faire pardonner quand elle n'avait aucune raison de le faire, quand elle n'avait aucune raison même de l'écouter. Démuni, il avait secoué la tête, avait agrippé ses genoux pour arrêter de se tordre les mains, avait recommencé à parler :

« Je suis venu ici pour te parler. Je veux que tu reprennes l'entreprise. »

Et c'était dit, c'était lâché, c'était des années à mûrir l'idée, des années à planifier, des années à admettre qu'il ne voulait pas faire ce métier quand sa sœur était bien mieux taillé pour, des années à chercher comment se retirer, comment arrêter de se mettre en avant, sortir de l’œil de son père, arrêter d'être un héritier, des années à ne pas savoir comment aborder le sujet, à ne pas savoir même comment s'y prendre, des années perdues à chercher.

« Je veux que tu sois l'héritier. »

Et c'était tout ce qu'il y avait à dire, tout ce qu'il avait à donner. Les yeux trop sombres, il avait redressé le regard pour la fixer, pour la sonder, pour essayer de comprendre et de lire, pour tenter d'imaginer.
Comme à l'accoutumé, il n'y était pas arrivé.
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MessageSujet: Re: things we lost in the fire (travers)   Mar 6 Sep - 19:24


   

   
things we lost in the fire

hermès & agrippine

 
Agrippine n’a jamais voulu haïr Hermès. Agrippine s’est toujours battue contre ses instincts, contre leur père, contre tout ce qu’il lui disait qu’elle devait détester son frère. Agrippine a toujours admiré Hermès, voulant être comme lui, voulant être lui. Puis Agrippine a grandi, et elle a perdu sa capacité d’aimer. Agrippine est devenue adulte, et Hermès lui a tourné le dos. Hermès l’a abandonnée. Hermès l’a laissée seule. Alors Agrippine a détesté Hermès. Elle l’a détesté à en hurler jusqu’à se briser la voix, à en pleurer jusqu’à ce qu’elle n’ait plus de larmes. Et Agrippine hait Hermès, parce que c’est plus simple de haïr Hermès. Et elle ne veut pas de lui, et elle ne veut pas le voir ici, et elle peut très bien se débrouiller toute seule. Elle est forte, Agrippine, bien plus forte que ce qu’on ne lui accorde. Elle n’a besoin de personne, encore moins d’un frère qui n’existe plus dans sa vie, elle le sait.

Pourtant. Pourtant chaque parole d’Hermès est un coup de poignard de plus dans la plaie qu’il a laissé béante, six années auparavant. Chaque mot qu’il prononce donne envie à Agrippine de hurler, et de le frapper, et de lui demander ce qu’il lui passe par la tête. Où est passé son frère, c’est un lâche qu’elle a face à elle. Un lâche qui courbe l’échine, qui pense la connaître alors qu’il a perdu ce droit il y a des années. « Ne crois pas me connaître Hermès. Cela fait bien des années que ce n’est plus le cas. » Sa colère est amère, et elle sait qu’elle se ressent dans chacun de ses mots. Elle s’en veut, de laisser ainsi ses émotions saisir le meilleur d’elle et se montrer ainsi à la surface. Ses doigts se crispent violemment sur les accoudoirs de son fauteuil, jusqu’à ce qu’elle n’en puisse plus. Elle se lève vivement, sans un regard pour son frère, et vient se poser devant les grandes fenêtres de la chambre de leur mère. Tourner son dos à Hermès, ne plus le voir, observer ce parc qu’elle connait par cœur, tout cela l’apaise. Son cœur bat à toute allure, elle le sait. Elle écoute son frère, malgré tout, écoute les paroles de son frère. Et elle veut pleurer tout comme elle veut rire. Elle se sent hystérique. Ses paroles sont touchantes, vraiment. Il est bien dommage que ses actions n’aillent pas de pair avec ses mots. Mais ce sont les dernières paroles qui finissent de l’achever. Elle pourrait pleurer à l’instant même, s’effondrer en sanglots, dans une crise que seul Jupiter a eu à gérer jusque-là. C’est un rêve qu’Hermès lui présente, une utopie. Une impossibilité qui la déchire rien que d’y penser. Et il ose, pourtant, il ose prononcer ces mots comme s’il pouvait émettre l’idée aussi simplement.

Un rire échappe finalement la barrière de ses lèvres, nerveux, distant, fatigué. « Connais-tu le pire dans cette situation Hermès ? Je ne t’ai jamais détesté. Père nous a élevé dans cet esprit de compétition constant, et pourtant jamais je n’ai pu t’en vouloir. Tu étais mon grand frère, ma lumière, mon modèle. Et puis je t’ai haï. Sais-tu depuis quand la colère a remplacé la chaleur dans mon esprit, alors que je pense à toi ? Quand tu es partie, Hermès. Quand tu m’as abandonnée, que tu as abandonné mère. Tu m’as laissée, seule, dans ce manoir, alors que je n’avais que dix-sept ans. Tu étais mon grand frère, tu étais mon protecteur, et tu m’as abandonnée dans ce manoir trop sombre, dans cette société qui me diminue simplement parce que je suis une femme. Tu as cessé d’agir comme mon frère ce jour-là Hermès. Pas à cause de père, pas à cause de notre compétition. Simplement, par ton égoïsme. »

Agrippine se tourne vers lui. Elle sait qu’elle pleure, elle sent les larmes couler sur ses joues translucides. Elle s’en moque. Hermès ne l’a pas vue pleurer depuis qu’elle a quatorze ans, elle s’en est assurée. Elle s’en moque. Tout se chamboule en elle, tout ce qu’elle a voulu dire un jour, et qui n’est jamais sorti jusqu’à maintenant. « Tu n’as pas le droit de me proposer l’héritage Hermès. Pas alors que tu sais que c’est mon rêve et que cela ne sera jamais possible. C’est cruel de ta part. Peut-être que si tu étais resté, peut-être que si tu avais continué à parler avec père – et je ne parle pas de prendre l’entreprise, simplement d’être présent – tu aurais pu avoir assez de poids pour faire de cela une réalité. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Je dois continuer de me battre, constamment, pour être plus que l’ombre d’un rôle que tu as abandonné il y a longtemps. » Sa respiration est difficile, son regard est brouillé, mais elle ne lâche pas son frère du regard un seul instant. « Bon sang, comment peux-tu… ! Sais-tu combien de fois ai-je eu besoin de mon grand frère ? Je sais très bien que notre famille est loin d’être parfaite, et que les Travers ne sont pas connus pour leur amour débordant. Mais mère nous a élevé autrement, et je pensais que nous ferions une différence. Tu n’as pas le droit de débarquer ainsi, et de tout briser de quelques mots. Tu n’as pas le droit d’agir ainsi, alors que dans deux jours tu seras de nouveau partie et que je serais de nouveau seule. Comme toujours, tu vas m’abandonner Hermès, comme à chaque fois depuis six années. Alors comment peux-tu seulement… tu donnes le droit de tout briser, sans jamais ne rien réparer ! Je deviens folle de ce comportement Hermès. J’ai besoin de mon frère, pas d’une ombre fuyante. »

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Dernière édition par Agrippine Travers le Mar 8 Nov - 23:34, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: things we lost in the fire (travers)   Mer 7 Sep - 18:42

Il était fatigué, Hermès, fatigué de ce tango infernal qu'ils menaient, de cette valse absurde qui menait à rien. Il était fatigué, Hermès, fatigué des reproches et des faux-semblants, fatigué d'Agrippine qui mettait du coton autour de sa haine comme si ça la rendait moins prégnante, comme s'il était le seul responsable de la lente détérioration de leurs relation. Il était fatigué, Hermès, fatigué d'Agrippine qui lui jetait au visage les années qu'elle avait passé dans ce manoir quand il avait passé trois ans à se noyer lentement, fatigué de se voir traiter en traître, fatigué de ce voir traiter en intrus. Il était prêt à encaisser, prêt à assumer, oui, il était parti, oui, il l'avait quittée, oui, il avait disparu, mais il n'avait jamais été loin, mais leur père l'avait gardé à courte distance, mais elle avait toujours été la bienvenue, mais ça se passait de commentaire, mais ça faisait bien plus longtemps que ça qu'ils avaient abandonné toutes prétentions à se connaître. Elle était imbue d'elle-même, Agrippine, imbue d'elle-même et toute puissante quand elle regardait Hermès et pensait connaître plus que ce qu'il ne lui laissait voir, imbue d'elle-même lorsqu'elle imaginait qu'il pensait même savoir ce qui se tramait dans son crâne, imbue d'elle-même lorsqu'elle pensait qu'il était frivole et lâche et qu'il n'avait réfléchi à rien, qu'il était là, la bouche en cœur, à réclamer rédemption pour des fautes qu'il n'était pas le seul à avoir commise, pour des fossés qu'il n'était pas le seul à avoir creusé. La mâchoire contractée, il avait serré les doigts sur les accoudoirs. Les dents serrées, il l'avait regardée.

Il l'avait regardée, vraiment, comme il ne l'avait plus regardée depuis des années parce qu'ils n'étaient qu'un gâchis depuis la disparition de leur mère, qu'un bordel imprononçable depuis qu'ils étaient livrés à leur père. Il l'avait regardée pour de vrai, comme il regardait les gens qu'il aimait, comme il regardait les gens qu'il laissait s'approcher, les yeux rivés au nœud dans ses épaules et les mains crispés pour ne pas se lever, pour ne pas la secouer, pour ne pas la prendre dans ses bras quand il crevait d'envie de le faire malgré tout, parce qu'il n'avait pas le droit de se laisser aller, pas le droit de s'introduire dans sa sphère privée, pas le droit d'imaginer qu'un contact ferait que tout serait pardonné. Il aurait fallu qu'il ait une armure, Hermès, une armure pour se protéger, une armure pour parer tout l'acide qu'elle lui envoyait, toute la douleur, toute la violence, tout l'aveuglement. Elle ne se pensait pas coupable, Agrippine, et c'était peut-être le plus dur à encaisser. Elle ne se pensait pas coupable, Agrippine, mais elle ne lui adressait déjà plus la parole quand ils étaient tous les deux à l'école, mais elle était incapable de tendre la main vers lui, mais elle était incapable de faire un pas vers lui. Elle ne se pensait pas coupable, Agrippine, mais elle avait dressé autant de mur qu'il avait mis de kilomètres derrière lui, mais elle n'avait jamais cherché à le connaître, mais elle avait comme leur père, dans le fond, cantonné à un rôle où il n'existait plus que pour servir les desseins qu'elle imaginait, livide, blafard et sans envies propres, sans besoin, sans possibilités qui lui serait propres. Elle ne se pensait pas coupable, Agrippine, et elle ne l'était pas, pas entièrement, mais elle était injuste de faire peser la faute sur ses épaules quand ils avaient passé autant d'années qu'ils avaient pu à prendre grand soin de ne pas se connaître.

« Tu es injuste. » avait-il lâché, comme une sentence, entre ses dents serrées. « Tu es putain d'injuste, Agrippine. J'ai passé trois ans seul ici, moi aussi, je n'ai pas fermé la porte quand je suis parti, Père m'a mis une laisse autour du coup qu'il tient très serré, pourquoi crois-tu que je me fiance ? » Et c'était des persifflements, entre ses dents serrées, la colère qui faisait rage, derrière ses yeux, alors qu'il se levait, alors qu'il saisissait son épaule, pour qu'elle se retourne, pour qu'elle lui fasse face, pour qu'elle regarde le bras qu'elle levait, la marque qui lui dévorait l'avant-bras. « Pourquoi tu crois que c'est, ça ? » Il avait serré ses doigts sur son épaule et c'était terrible, parce que c'était la première fois qu'ils se retrouvaient aussi près, la première fois qu'il la touchait, la première fois qu'ils se voyaient, face à face, et qu'il était en colère, et qu'il était triste, et qu'il avait envie d'hurler. « Si je viens te voir c'est que j'ai un plan, Agrippine. Ne prétends pas me connaître non plus. Ça fait longtemps que tu ne sais plus qui je suis, tu avais déjà commencé à creuser des tranchées à Poudlard. »

Il l'avait lâché, presque brusquement, s'était laissé retomber sur son fauteuil, rabaissant la manche de sa chemise dans un vain espoir de cacher la marque, dans un vain espoir qu'elle oublie, qu'elle ne creuse pas, qu'elle ne mette pas à jour les doutes qui l'habitait. Les yeux flambants, il l'avait traquée du regard :

« Tu peux me traiter de lâche, Agrippine, parce que peut-être que je le suis, mais je n'ai pas creusé le fossé seul, tu y a bien contribué aussi. » Et c'était venimeux mais sans reproche, parce qu'il était acculé et qu'il essayait de ne pas attaquer, parce qu'il était acculé et que c'était ça ou s'en aller. « Tu crois que je n'ai jamais eu besoin de toi, moi ? Tu crois que j'avais pas besoin de toi, toutes les années où on a soigneusement tenté d'effacer la moindre trace d'individualité ? Tu crois que j'avais pas besoin de toi, toutes les années que j'ai passé à me demander si j'étais un monstre ? Tu crois que j'avais pas besoin de toi le jour où j'ai failli mourir et que y avait personne ? Tu crois que j'avais pas besoin de toi toutes les fois où j'ai compris que je n'étais rien et que c'était comme ça que Père le voulait ? Toutes les fois où je n'étais qu'un putain d'instrument ? » Il avait serré les dents, plus fort. « Mais c'est ça que tu veux, aussi, non ? Quelqu'un qui cocherait les cases dans ta liste du grand frère parfait et qui te demanderait pas de regarder toutes les fois où t'as pas non plus été une frangine idéale, non ? » Il avait inspiré, les mains tremblantes. « Je ne t'ai jamais quittée toi, Agrippine. Mais ça fait des années que tu n'étais déjà plus avec moi, arrête de prétendre le contraire. »

Il s'était penché, pour appuyer son front contre ses genoux, les doigts dans les cheveux et l'air épuisé.

« Je ne viens pas pour parler de ça, dans tous les cas. » avait-il fini par souffler. « Je viens pour te dire que si tu veux la tête de l'entreprise et la thune tu l'auras. »

Ni plus, ni moins.
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MessageSujet: Re: things we lost in the fire (travers)   Mer 7 Sep - 19:23


   

   
things we lost in the fire

hermès & agrippine

 
Elle étouffe, Agrippine, de tristesse ou de colère, elle ne sait pas vraiment. Elle étouffae, et elle se noie, depuis si longtemps déjà. Depuis que son père a décidé d’en faire la parfaite demoiselle dont il a besoin. La rose écarlate qui charmerait et subjuguerait pour le profit de Neron Travers. Elle n’a que vingt-trois ans, et pourtant elle a la sensation d’avoir vécu tant de vies déjà. Elle a vingt-trois ans, mais s’en sent bien plus. Elle a vingt-trois ans et son frère la haït, et elle ne peut plus supporter cette idée. Elle s’est toujours sentie si juste, Agrippine, du haut de sa lutte acharnée, du haut de ses avis et de ses préjugés. Et elle sait qu’elle n’est pas parfaite, et elle sait qu’elle égoïste, et elle sait qu’elle donne la sensation d’être imbue d’elle-même. On la pense froide, on la pense sans cœur, on la pense reine de glace, et elle se tait, encore et encore. Parce qu’un masque est plus facile à arborer la vérité. Elle voudrait lui hurler à Hermès, lui hurler « je t’aime, mais putain, je t’aime. tais-toi, tais-toi, je t’aime, ne pars pas », mais elle n’a jamais osé, n’a jamais eu le courage, a préféré se taire, une nouvelle fois. Et elle a creusé des tranchées Agrippine, espéré que la distance qu’elle mettait entre son frère et elle la sauverait de toute douleur. Elle savait que leur père voulait les séparer, les confronter, en faire des rivaux, des ennemis de sang, et elle a préféré prendre ses devants. S’éloigner pour ne pas souffrir. Et elle a eu tort Agrippine. Ô qu’elle a eu tort, qu’elle s’est trompée, faux, faux, c’est faux. Elle l’a réalisé quand Hermès a claqué la porte et l’a abandonnée derrière lui. Elle voulait courir derrière lui, lui hurler « emmène-moi avec toi ». Mais le silence a été maître, et elle s’est tue, encore une fois. Et toutes ses habitudes, toute son éducation, lui dit de hurler encore plus à son frère, de continuer reproche sur reproche, jusqu’à ce qu’il fuit, jusqu’à ce qu’il la haïsse réellement, jusqu’à ce qu’elle le dégoûte au point qu’il ne puisse plus la regarder.

Mais elle est fatiguée, Agrippine. Elle en a marre de se battre, elle en a marre de lutter. Elle a besoin de son grand frère Agrippine, pas pour l’héritage, pas pour l’argent, pas pour les Travers, mais parce qu’au fond d’elle, elle a un cœur. Un cœur qui saigne de cette haine entre eux, un cœur qui ne supporte chaque épreuve qu’elle lui inflige pour être la parfaite fille de son père. Elle a envie de lui rétorquer à Hermès, que s’il souffre dans une société d’hommes, il ne peut imaginer ce qu’elle ressent en étant une femme, considérée comme ne tenant pas à sa place, considérée comme trop puissante pour la confiance des hommes. Mais Agrippine n’en peut plus de se battre. Et quand Hermès la saisit par l’épaule, la secoue violemment, la main agrippée contre sa peau blanche, une seule pensée lui traverse l’esprit, la seule qui peut passer la barrière de ses lèvres. « Tu me fais mal Hermès. » Hermès ne lui a jamais fait mal, pas physiquement. Hermès n’a jamais été violent avec elle, Hermès ne l’a jamais frappée ou touchée de manière inappropriée. Ils se sont blessés par leurs mots, mais il y a peu encore, Agrippine s’en moquait. Mais elle n’arrive plus à s’en moquer, elle n’arrive plus à faire comme si tout cela ne l’atteignait pas, comme si elle était au-dessus de toute considération humaine. Et son frère lui fait mal, physiquement mal, et cela la touche plus que cela ne l’a jamais touchée. La marque noire hante ses yeux brouillés, et elle a l’impression qu’Hermès a passé un acte avec le diable. Et elle pourrait s’y attarder, mais elle s’en fiche, elle s’en fiche de Grindelwald, et de la politique, et de la résistance qui monte. Tout cela n’a aucun intérêt, pas alors que son frère est aussi brisé qu’elle, pas alors qu’il la détruit un peu plus avec chaque mot, avec chaque parole. Et sa coquille se détruit, morceaux par morceaux, elle se brise en milliers de petits éclats, et elle se noie, Agrippine.

Hermès a failli mourir. Agrippine est écœurée, d’elle-même, et de son père, et de leur famille, et de ce qu’ils sont devenus. Hermès a failli mourir, et elle n’en savait rien, et elle en a envie de vomir. Et le plus écœurant, le plus fou, c’est qu’elle ne peut même pas couper court à toute dispute, elle ne peut pas s’horrifier de ce qu’Hermès lui dévoile, parce qu’elle ne sait pas. Elle ne sait pas comment agir avec son propre frère, elle ne le connait pas tout comme il ne sait rien d’elle, et ils sont de parfaits étrangers. Et il est là, il lui parle d’héritage et d’argent, et Agrippine sent qu’elle va vomir. Elle regarde leur mère, les yeux écarquillés, le visage vidé de toutes ses couleurs. Et elle sait en cet instant, qu’elle a un choix à prendre. Qu’elle peut perdre son frère à tout jamais, en agissant comme si leur dispute n’avait pas eu lieu, en écoutant son plan, avant de se séparer tels de parfaits étrangers. Ou elle peut faire honneur à leur mère, et cesser d’écouter leur père, et cesser d’écouter chaque morceau de son éducation parfaite, et suivre son instinct. S’écouter, pour une fois, parler, enfin. « Je ne veux pas de l’héritage Hermès. » Et si, une seule heure auparavant, on lui avait dit qu’elle prononcerait cette phrase, elle aurait bien ri, avant de balayer la personne d’un revers de main. Et pourtant. « Pas si cela signifie que nous continuerons d’entretenir cette relation malsaine. » Un autre mouvement, vif, et Agrippine s’effondre aux pieds de son frère, son visage caché contre ses jambes, ses mains agrippées à Hermès, et elle pleure, elle pleure tout ce qu’elle n’a jamais pleuré durant toutes ces années. Elle pleure de lourds sanglots que jamais, elle n’a laissé sortir, et elle se brise devant Hermès, parce qu’elle n’en peut plus. Elle est lasse Agrippine, lasse de se détruire. « Je suis désolée, je suis désolée, je suis tellement désolée Hermès, tellement désolée, pardonne-moi, par morgane, pardonne-moi, pitié, je ne peux pas, je ne peux plus, je suis désolée… » Et elle répète ses excuses encore et encore, telle une litanie. Et elle ne regarde pas son frère, elle n’ose pas confronter son regard, parce qu’elle a peur, elle est terrifiée d’un nouvel abandon, qu’il la rejette une fois encore, et elle ne pourrait plus supporter. « Je ne peux plus me battre avec toi, Hermès. J’ai besoin de toi, pas en tant qu’Hermès Travers, pas en tant qu’héritier, mais comme mon frère. J’ai besoin de toi Hermès, je vais en mourir si ça continue, je suis tellement désolée. Hermès, ne m’abandonne pas. » Et elle le dit, enfin, après toutes ces années, après tous ces secrets et ces luttes, et ce temps passé à se déchirer. « Emmène-moi avec toi. »

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MessageSujet: Re: things we lost in the fire (travers)   Mer 7 Sep - 20:25

Quelque part dans une autre vie Hermès devait être champion d'apnée, la tête sous l'eau et le souffle coupée, les yeux grands ouverts sous les flots qui le submergeait. Quelque part dans une autre vie quelqu'un avait dû lui apprendre à retenir son souffle pour ne pas se noyer, pour ne pas se laisser emporter, avaler, assassiner par les remous. Quelque part dans une autre vie Hermès ne devait pas être en train de se noyer. C'était dommage qu'il ait la tête sous l'eau dans cette vie-là. C'était l'eau, bien sûr, c'était toujours l'eau, c'était l'eau dans son bain quand il se laissait glisser en-dessous et l'eau de la pluie lorsqu'il se laissait errer trempé dans la rue, c'était l'eau dans ses poumons lorsqu'il inspirait, l'eau dans ses yeux lorsque ses paupières étaient closes, c'était l'eau dans sa tête et dans sa bouche et ses lèvres qui laissaient échapper des tempêtes, c'était l'eau, l'eau, l'eau, et il n'était pas sûr de savoir encore nager. Il avait su, à une époque, il avait su redresser la tête et donner des coups d'épaules pour parfaire son image, oublier qu'il était humain pour mieux se laisser porter à la surface. Il avait su à une époque, parce que c'était plus simple de savoir nager que de penser, parce que réfléchir était douloureux, parce que tout était sombre et tout était douloureux et que c'était encore la seule chose qui le faisait avancer. Il avait oublié. Il s'était laissé traîner sous la surface, avec la conscience d'exister et celle de se laisser agoniser. Il n'était pas champion d'apnée, Hermès, pas grand nageur, pas grand penseur, mais il se tenait là, le monde effondré au bout des bras, à se demander si Agrippine le détestait, s'il avait tiré le boulet de trop, si tout allait se briser comme tout s'était fendu nombre de fois avant, si elle allait le gifler, le cogner, hurler. Il le méritait. Il le méritait parce qu'elle avait dit j'ai mal et que c'était lui qui l'avait fait, il le méritait parce qu'il avait posé ses doigts sur elle et qu'il avait serré, qu'il n'avait pas le droit, qu'il n'avait pas voulu ça, qu'il voulait simplement qu'elle le regarde, qu'elle le voit, qu'elle prenne note, qu'elle fasse face. Il n'avait jamais voulu la blesser. C'était ce qu'il faisait, pourtant, à chaque fois.

Il le faisait parce qu'on lui avait appris que sa sœur n'avait pas de sentiments, il le faisait parce que c'était plus facile de penser ça, plus facile de se cacher derrière ce fait, comme c'était plus facile pour les autres de penser qu'il n'en avait pas non plus, parce que ça leur évitait de chercher à creuser, parce que ça leur éviter d'imaginer qu'ils puissent être blessés, ou sensibles, ou avoir besoin qu'on soit doux, pour une fois, un peu précautionneux. C'était plus facile d'imaginer que la personne en face était insensible parce que ça ne donnait pas de poids à nos mots, peu importe qu'ils soient durs ou violents ou mesquins si l'autre ne ressent rien, si l'autre n'est rien, une poupée sans sentiment, un être vivant aux yeux morts. Il savait, pourtant, que ce n'était pas le cas, il avait connu les sourires d'Agrippine et ses yeux qui brillaient et ses mains qui agrippaient farouchement les siennes et ses rires. Il avait connu Agrippine avant que leurs carapaces ne les séparent, avant qu'ils n'oublient qu'ils s'étaient aimés. Il aurait dû pouvoir prévoir. Il aurait dû pouvoir prévoir les larmes et les mains d'Agrippine et son cœur qui ratait un battement qui cherchait désespérément à aller à sa rencontre, qui luttait bec et ongle pour se jeter contre elle, pour assécher ses larmes, pour assécher sa peine. Il se moquait de l'héritage et leurs querelles, il se moquait des moments où elle lui manquait si viscéralement qu'il était incapable de penser, il se moquait du temps passé à apprendre à boiter parce qu'il était incapable de marcher droit sans elle. Il se moquait. Il voulait juste la prendre dans ses bras, et lui dire que ça allait aller, lui dire qu'il ne l'abandonnait pas, lui dire que sa porte, ses bras, son cœur, que tout était toujours ouvert, qu'elle était importante, beaucoup trop, qu'il n'imaginait pas son monde sans elle, qu'il ne l'avait jamais envisagé. Et c'était trop dur, trop compliqué, mais il avait tendu les mains, pour les glisser dans ses cheveux, pour caresser lentement sa nuque avant de se pencher vers elle pour la serrer dans ses bras en une étreinte maladroite, parce qu'il ne savait pas comment se montrer affectueux, parce qu'on ne lui avait jamais dit, jamais appris, mais qu'il voulait, voulait, voulait, parce qu'elle était sa sœur, qu'il n'avait jamais cessé de la pleurer, qu'il n'avait jamais cessé de l'aimer.

« C'est moi qui te demande pardon. » avait-il murmuré, contre ses cheveux, les lèvres posées au sommet de son crâne comme on souffle un secret. « Pour tout, pour moi, pour t'avoir fait mal, pour t'avoir blessée. Je t'aime, Agrippine. Ce n'est pas juste le sang. Je t'aime, je t'aime, je t'aime, tu entends ? » Et c'était comme apprendre à respirer à nouveau, chasser de ses poumons le poids des mots qu'il n'avait jamais eu l'occasion de lui dire parce que Néron avait tout fait pour les séparer, parce qu'ils étaient beaucoup plus dangereux à deux qu'ils ne l'étaient seuls, parce qu'ils avaient été polis, bien éduqués, bien transformés, armes dangereuses à la tête de la dernière génération de Travers. « Je ne pars pas, je te promets. » Il avait glissé sa main, dans la sienne, pour la serrer aussi fort qu'il le pouvait, avait laissé les larmes qui le rongeait couler, parce que ça n'avait plus d'importance, parce que sauver la face n'était pas ce qui comptait, pas tout de suite, pas maintenant, plus jamais. « Je veux retrouver ma sœur, moi aussi. Tu m'as manqué beaucoup trop longtemps. Je ne veux pas de ce que Père a prévu pour nous, je ne veux pas qu'on se déchire, je ne veux pas qu'il se complaise dans notre sang. »

Et c'était plus un murmure qu'une déclaration, alors qu'il se laissait glisser de la chaise pour se retrouver à son niveau, parce qu'Agrippine était son égale, parce qu'elle l'avait toujours été, qu'il été inenvisageable de la laisser à ses pieds, que ce n'était pas facile de la serrer dans ses bras dans cette position-là et que c'était tout ce qu'il souhaitait, alors qu'il passait ses bras autour d'elle pour la caler contre lui, pour étouffer ses larmes dans ses cheveux, pour étouffer tout ce qui le dévorait depuis des années déjà.

« Je t'emmènerais où tu veux. »

Parce que c'était la seule promesse qui importait.
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MessageSujet: Re: things we lost in the fire (travers)   Dim 18 Sep - 16:48


   

   
things we lost in the fire

hermès & agrippine

 
Elle pleure, Agrippine, elle pleure comme jamais elle n’a pleuré. Elle pleure, non seulement pour elle, mais aussi pour Hermès et pour leur mère. Elle pleure pour toutes ces années qui leur ont été arrachées, et tout ce temps qu’ils ont perdu. Et alors que les mains d’Hermès glissent dans ses cheveux, alors que son frère fait preuve de tendresse en elle, elle sent un espoir naître en elle. Elle se permet de voir la lumière, elle se permet d’espérer et plus seulement de rêver. Elle a tant espéré qu’ils se réconcilient, au fond d’elle, tandis qu’elle passait son temps à le détester. Le haïr de ne pas s’être battu pour elle, ne réalisant pas qu’elle s’en voulait à elle-même de ne pas s’être plus batture pour leur relation. Tout était si compliqué depuis la mort de leur mère. Leurs différences n’avaient fait que s’accroître, la fissure entre eux était devenue un ravin. Ils sont bien trop semblables, Hermès et Agrippine, et c’est ce qui les sépare depuis tout ce temps. Désormais, ils ne se connaissent plus, et malgré l’espoir, Agrippine est effrayée pour le futur. Effrayée pour eux. Et si leur relation ne fonctionnait ? Et s’ils se déchiraient à nouveau ? Elle ne pourrait le supporter. Mais les mots d’Hermès résonnent jusque dans son âme, et elle resserre sa prise sur lui. Elle ne veut pas être séparée de lui, pas à l’instant, pas alors que tout fait mal et que tout est fragile. « Je t’aime aussi, Hermès, je n’ai jamais cessé de t’aimer. » Sa voix est tremblante, sa voix n’est que murmure, alors que la force de la colère a quitté son corps. Elle se sent telle une poupée de chiffon, et seule la main de son frère dans la sienne la tient encore en place. Et ses mots, ses mots sont des promesses auxquelles elle veut s’accrocher, un serment qu’elle gardera gravée en elle. Et lorsqu’Hermès glisse contre elle, lorsqu’il la prend réellement dans ses bras, elle se laisse aller contre lui, elle se perd contre son corps, elle savoure une étreinte qui lui manquait sans qu’elle ne réalise. « Promets-le moi, Hermès. Moi, je t’en fais le serment. Je ne veux plus être séparée de mon frère, je ne veux plus te perdre. Peu importe ce que père pourra penser. Ce n’est plus lui mon intérêt. »

Le silence s’installe entre eux, pas froid, pas maladroit, pas tendu comme chaque année depuis si longtemps, mais calme, chaleureux, agréable. Agrippine se laisse simplement aller à se reposer contre son frère, ses larmes séchant doucement sur ses joues de porcelaine. Ses prunelles s’égarent sur sa mère, et un fin sourire vient étirer ses lèvres. Sa voix n’est que chuchotis alors qu’elle s’exprime à nouveau, ne souhaitant pas briser le calme qui règne enfin entre Hermès et elle. « Encore aujourd’hui, mère est celle qui nous réconcilie. » Et si ses mots sont simples, elle sait le poids qu’ils portent. Moïra n’est plus celle qu’elle était, elle n’est plus vraiment la mère qu’ils ont connu, mais c’est bel et bien dans sa chambre, dans le besoin de s’occuper d’elle, qu’Hermès et Agrippine ont enfin pu parler. La tête posée contre l’épaule d’Hermès, ses mains ne le lâchant pas une seule seconde, Agrippine se surprend à parler à nouveau. Tant de choses qu’elle ne sait pas sur son frère, tant de choses qu’il ignore sur elle. Elle a la sensation d’une plaie béante entre eux, qu’il leur faudra cicatriser peu à peu. Elle a bien conscience que cela ne pourra pas se faire en une journée, ni même en une semaine, mais elle a espoir, Agrippine, elle a espoir comme jamais elle n’a connu. « Je ne veux pas de l’héritage pour l’argent. Je ne le veux pas pour t’en dépouiller. Je l’ai toujours désiré pour moi. Pour toi. Pour mère. Pour me révéler dans une société qui pense que les femmes ne sont bonnes qu’à agir comme de jolies poupées qui restent enfermées dans leurs grandes maisons. Pour me battre en l’honneur de mère, pour avoir la vie qu’elle a toujours souhaité pour moi, qu’elle me murmurait au creux de l’oreille avant de m’endormir. Pour que tu me voies, enfin, pour que tu fasses attention à moi, pour que tu sois obligé de me confronter… même si c’était pour nous battre à nouveau. » Un petit rire glisse en-dehors de sa gorge. Il est triste, il est nerveux, il est honteux, il est lasse. Elle est fatiguée, Agrippine, du haut de ses vingt-trois années, fatiguée de se battre constamment pour simplement vivre. Une autre pensée lui traverse l’esprit comme un éclair, une réminiscence soudaine de paroles récentes, et son souffle se coupe, et sa main se resserre sur le bras d’Hermès. « Hermès… tu m’as dit que tu avais manqué de mourir. Raconte-moi. » Elle a besoin de savoir.

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MessageSujet: Re: things we lost in the fire (travers)   Mer 28 Sep - 18:46

Il y avait le silence entre eux. Il y avait le silence entre eux lorsqu'Agrippine était née, poupon silencieux aux grands yeux, petite merveille de chair et sang de laquelle il était incapable de détourner les yeux. Il y avait le silence entre eux, lorsqu'ils jouaient calmement, un silence doux et cotonneux, quelque chose de fondamentalement vivant. Il y avait le silence entre eux, au début, un silence en soie et en délicatesse, un silence qui ne pesait rien, un silence que seul l'affection provoquait. Il y avait le silence entre eux, et c'était ce silence qui s'était épaissi, avec les années, qui s'était fait rugueux et douloureux, trop lourd pour être bougé, il y avait ce silence qu'ils ne savaient plus comment briser, cette espèce de gangue dans laquelle ils n'étaient pas entendu quand bien même ils hurlaient. Il y avait le silence, chez les Travers, ce silence pesant depuis que Moïra n'était plus, ce silence qui n'était ni d'or, ni d'argent, ni de rien du tout en réalité et avait juste contribué à les diviser, à les rendre moins que ce qu'ils étaient, moins que ce qu'ils auraient pu être, à faire d'eux des ennemis plutôt qu'une famille. Il y avait le silence, chez les Travers, un silence qui était une guerre et pas un apaisement, un silence qui était une lutte, une cloche de verre, une prison, un silence qu'il détestait. Ce n'était pas ce silence-là, cette fois, ce n'était pas le silence, non plus, de leurs jeunes années, c'était un autre type de silence, un silence fait de sel et de regrets, un silence fait de précaution et d'une tendresse presque insupportablement fragile, un silence qui s'apprivoisait et se domptait, un silence qui écoutait, attentif, qui guettait les battements de cœur et le rythme des respirations, qui se perdait, un instant, alors qu'Hermès bougeait légèrement pour l'enlacer plus étroitement encore. C'était étrange comme un geste aussi peu naturel quelques heures auparavant semblait lui avoir manqué comme de respirer, étrange comme ses larmes avaient redoublé lorsqu'elle avait dit l'aimer, étrange comme il avait murmuré lui aussi des promesses, au creux de ses cheveux, lorsqu'elle lui avait promis de ne pas le quitter. C'était cruel, comme ils se ressemblaient, cruel de les avoir tenus à l'écart l'un de l'autre aussi longtemps, cruel de s'être imposé cette pénitence quand tout avait plus de sens avec Agrippine à ses côtés. C'était cruel et absurde et il avait envie de hurler, parce qu'il faisait des choix cruels et absurdes, parce que d'autres lui étaient imposés. Il avait secoué la tête, pour chasser les pensées qui le polluait, avait failli parler, s'était laissé devancer.

Plutôt que de s'offusquer, il avait ri.

« Elle serait si affligée par notre comportement, en vérité. » avait-il murmuré, en se passant une main sur le visage, un mince sourire épuisé sur les lèvres. « Nous n'avons pas été élevé comme ça, c'est vrai. Pas au début. Elle nous aimait tellement. » Et c'était difficile à dire, difficile d'utiliser le passé, difficile d'enfoncer des mots, de faire le deuil de quelqu'un d'encore vivant, difficile, difficile, difficile, d'avoir dû se passer d'une mère qui les avait tant aimé et avait laissé derrière elle un homme mort et froid qu'il avait fallu appeler Père, difficile. Il avait cherché les yeux d'Agrippine, parce qu'il n'avait rien à cacher, avait dégluti sa peine, difficilement, parce que tout était compliqué lorsqu'il était question de leurs parents, finalement, que rien n'était simple, que rien n'était instinctif et que leur relation était branlante et chancelante mais qu'ils avaient quatre mains pour s'y agripper.

« Agrippine. » avait-il tenté de l'interrompre, lorsqu'elle avait parlé de l'héritage. Agrippine, avait-il articulé avec une douceur infinie parce qu'il savait, qu'il savait tout cela, que c'était pour cela qu'il était plus que jamais déterminé à lui obtenir cet héritage, plus déterminé que jamais à faire reconnaître au monde entier à quel point elle valait mieux qu'eux, à quel point elle détrônait chaque héritier de cette satané famille. « Agrippine. » avait-il répété, mais elle avait déjà changé de sujet et il avait fui ses yeux, subitement, parce que c'était compliqué à articuler, parce qu'il y avait sa fierté et sa peine et sa douleur et qu'il ne savait pas comment en parler. « Je t'ai envoyé une lettre, une année, avant l'anniversaire de maman. Pour te demander d'aller chercher un cadeau à mon appartement. Je t'ai parlé d'un empêchement. » La nuque brûlante, il s'était passé nerveusement une main dans les cheveux. « J'étais à Sainte-Mangouste, ce jour-là. C'était. Une bête mission tu vois ? On avait trouvé une planque et on était censé désactiver les sorts lancés pour nous piéger. On fait ça… Littéralement tout le temps en ce moment. Ce jour-là j'étais distrait parce que l'anniversaire de maman approchait et que les réunions de famille m'angoissent un peu. » Il avait ri, désabusé, avant de reprendre : « C'est ridicule. Mais du coup, j'ai activé un sort, qui en a activé un autre, et tu vois l'idée. J'ai failli pas m'en tirer parce que le feu a commencé à bouffer la planque et que j'étais incapable de bouger. Il fallu reconstituer mes os et soigner mes brûlures et... » Il avait eu un rire amer. « J'étais terrorisé. Pas sur le coup. Après. Quand je me suis rendu compte que je n'ai pas eu peur de mourir ce jour-là, que j'avais juste… accepté qu'éventuellement un jour je mourrais seul, tu vois ? »

Il avait poussé un long soupir et avait relevé les yeux vers elle.

« Gi. » avait-il lancé, et c'était le surnom qu'il lui donnait, lorsqu'ils étaient petits, vague réminiscence de la complicité qui les avait liée à l'époque. « Je sais que tu as changé de sujet, mais je veux que ce soit clair entre nous : je veux que tu hérites. Père est un abruti et je n'ai aucune envie de cette argent. Ce dont j'ai envie, c'est de leur donner à tous une bonne leçon. » Il avait fait une pause et avait souri : « Tu es plus compétente que moi et nous le savons tous les deux. Je suis plus beau-parleur que toi et ils ne sauront même pas que nous les menons par le bout du nez. » Il avait cligné des yeux, doucement, comme un chat subitement satisfait : « Si tu vois ce que je veux dire. »

Et il était prêt à parier qu'elle voyait tout à fait.
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MessageSujet: Re: things we lost in the fire (travers)   Lun 7 Nov - 11:58

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things we lost in the fire

hermès & agrippine

 
Il y a ce regret, dans le creux de sa poitrine, il y a ce regret qui se propage dans chacune des fibres de son être. Il y a ce regret, qu’elle n’a jamais ressenti pour une autre personne, il y avait ce regret qu’elle n’a pas eu pour Victoire. Il y a ce regret, qui serre son cœur, qui l’empêche de respirer, qui l’étouffe tout comme il la libère. Il y a ce regret, que seul Hermès peut lui faire ressentir, que seul son frère peut susciter en elle. Il y a ce regret, le regret de toutes ces années perdues, le regret d’avoir laissé son père dicter chacun de ses mouvements, ce regret de n’avoir pensé qu’à elle et ce regret d’avoir rejeté Hermès, ce regret de s’être fermé à son frère, et ce regret de ne jamais lui avoir parlé. Ce regret qu’il ait fallu qu’ils se hurlent dessus pour qu’enfin ils puissent dirent ce qu’ils pensent réellement, ce regret de l’avoir fait face à leur mère, ce regret de toute cette haine, toute cette colère, toute cette rancœur, qu’elle a laissé la dévorer pendant tout ce temps. Ce regret que son frère, que celui qui l’a tenu du bout de ses bras, que celui qui l’a bercée ces nuits agitées, l’ait un jour observé avec peur, avec tristesse, avec méfiance, avec culpabilité et colère et rancœur. Ce regret que son aîné soit un étranger pour elle, un inconnu dont elle ne sait rien, dont elle n’a que d’anciennes ébauches et rien de tout ce qu’il est aujourd’hui. Le regret est nouveau, pour Agrippine, un sentiment qu’elle n’a jamais ressenti, qu’elle n’aurait jamais voulu éprouver. C’est ce regret qui la pousse à resserrer Hermès contre elle, à caler son visage contre son cou, à sentir qu’il est là, près d’elle, contre elle, pas un mirage, pas un cauchemar, mais son frère vraiment, son frère réellement, là pour elle tout comme elle l’est pour lui. « C’est si difficile, depuis qu’elle est partie. » Un murmure, rien de plus, un murmure prononcé simplement et qui pourtant porte toute la douleur, tout le poids de cette disparition. Leur mère est ce qui les ancrait l’un avec l’autre, qui les protégeait des préceptes de leur père, qui les avait unis dès leur naissance. Si elle était encore là, réellement, si elle les avait élevés pendant ces années, tout aurait été différent. Mais cela ne l’est pas, et Agrippine ne peut se permettre de ressasser le passé, ne peut se permettre de songer à un présent qui n’est pas réel. S’il y a bien une leçon de Neron Travers qu’Agrippine gardera toujours avec elle, c’est bien celle-ci. Tant d’autres, pour dire la vérité, mais celle-ci lui a toujours permis d’avancer sans se noyer, sans regretter. Hermès brise ce principe, celui de ne jamais avoir de remords, mais elle s’en moque. Elle s’en moque, tant serrer son frère contre elle est bien plus important, bien plus précieux, que tout ce que la vie lui a enseigné jusqu’ici.

Ses mains se resserrent sur son frère, alors qu’elle se souvient de ce jour. Agacée par Hermès, elle l’a été, agacée de devoir accomplir une tâche qu’il lui était dévolu. Agacée de voir qu’elle ne pouvait pas compter sur lui, une nouvelle fois. Sa nuque est brûlante, alors qu’elle retient ses larmes à nouveau, sa gorge est brûlante alors qu’elle s’en veut, et elle sait que c’est ridicule, mais elle s’en veut, de cette colère qu’elle a éprouvé contre son frère alors qu’il agonisait à Sainte Mangouste. « Je t’en ai voulu, ce jour-là. Je t’en ai voulu de ne pas faire la simple tâche qui t’était attribué, j’étais agacée que tu ne puisses pas l’effort pour maman. Je t’ai maudit, alors que tu gisais à Sainte Mangouste. Et je sais que je ne pouvais pas savoir, je sais que tu vas me dire de ne pas m’en vouloir, mais… si tout avait été différent entre nous, tu me l’aurais dit. Je n’aurais pas risqué de te perdre, sans jamais avoir la chance de m’excuser. » Son inspiration est rauque, alors qu’elle s’éloigne légèrement de lui. Agrippine plonge son regard dans celui d’Hermès, glisse ses mains contre ses joues, l’observe intensément, l’observe comme si elle ne l’avait jamais, comme s’il était une nouvelle personne. Il l’est, en quelque sorte, il l’est puisqu’elle ne le connaît pas, qu’il est son frère mais aussi un étranger. « Je remercie Morgane de t’avoir ramené près de moi… de ne pas t’avoir perdu, ce jour-là. » Tout aurait été bien pire, bien plus douloureux, et elle l’aurait pleuré, elle le sait, et le regret aurait plus atroce, tel un feu la dévorant sans ne rien laisser d’elle derrière lui. Le Gi, qui résonne soudainement entre eux, la fait trembler de tous ses membres, lui donne envie de pleurer tout comme il répand une chaleur oubliée au creux de son cœur. « Mès », lui répond-elle, de ce surnom né de sa bouche d’enfant, de ce surnom attribué alors qu’elle commençait tout juste à parler et qu’il est le premier à avoir passé la barrière de ses lèvres. Mès, son grand frère, son héros, celui qui lui a tant manqué, pas Hermès l’étranger, Hermès le honni, Hermès le haï. Juste Mès. Celui qu’elle apprendra à apprivoiser, celui qui deviendra à nouveau son frère, en temps voulu, doucement, sans précipitation. Ils ont le temps, désormais, le temps de s’aimer, de se découvrir, d’apprendre à agir avec l’autre et pas contre l’autre.

Les paroles de son frère amènent un sourire mutin sur ses lèvres, le premier de cette journée épuisante, le premier qui orne son visage après le torrent de larmes qu’elle a laissé s’échapper. Ses pouces caressent les pommettes de son frère, et elle sait que son regard est aussi brûlant que celui d’Hermès. Aussi terrible. « Père doit penser que nous nous méprisons toujours. Il ne peut, de toute manière, envisager une autre situation. Il nous a élevé pour nous opposer, et c’est à nous de lui prouver que nous ne sommes plus les marionnettes qu’il a créé. Avec patience, avec subtilité. Je n’ai aucun doute sur les capacités alliées de Serpentard et de Serdaiglé… sur nos capacités combinées. Il a élevé deux démons, sans se douter de ce qu’ils pourraient faire une fois unis. Leur prouver, à tous, qu’on ne joue pas impunément avec les Travers. » L’esprit d’Agrippine virevolte vers toutes les possibilités que leur combinaison puisse offrir. Sa main quitte la joue de son frère, glisse vers sa main gauche, alors qu’elle noue ses doigts à ceux d’Hermès. « Hermès, je ne le ferai que si tu es certain de toi. Je ne veux pas t’arracher l’héritage, qui te revient de droit. » Avant elle s’en moquait, avant elle le détestait trop pour s’en soucier. Désormais, s’il agit avec elle, elle veut être aussi certaine de son frère qu’il l’est de lui-même. Son regard, posé sur leurs mains nouées, l’amène à observer la marque noire sur le bras pâle de son frère. « Sais-tu que j’ai considéré rejoindre votre mouvement, il y a quelques temps ? Considéré l’idée de me faire marquer, moi aussi. Je méprise Grindelwald, pour ce qu’il a fait à tant de mes amis. Néanmoins, je sais la liberté qu’offre notre neutralité éternelle. Je ne peux m’opposer ouvertement à ce tyran, je ne peux pas agir à ta mnière… tu ne m’en veux pas ? »

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