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 Million miles away

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MessageSujet: Million miles away   Mer 24 Aoû - 0:23

Million miles away
Миллион миль от рупора


A
rkady était un être d'habitudes. Là où d'autres souhaitait l'aventure, lui se complaisait dans une existence réglée comme du papier à musique. Une monotonie enveloppante, aussi rassurante qu'un cocon de soie. Bien sûr, beaucoup avait changé. Il n'arpentait plus le manoir familial en sa qualité d'héritier, de maître, de prince. Non, il louait un petit appartement aux boiseries apparentes, un peu typique, mais très étriqué. Il avait du apprendre les sorts ménagers les plus communs -c'était toujours mieux que de le faire à la main, et l'argent qu'il ne filait pas à des femmes de ménages était réinvesti en haute-couture. Avec un peu de sens pratique et beaucoup de déni, il arrivait à supporter sa situation.
Ses rituels quotidiens étaient on-ne-peut-plus simples. Tous les matins, il expédiait une brassée de lettres par hiboux. Des colis en fin de semaine, et les lundi s'ouvraient sur un scandale hebdomadaire. Tous impliquaient le même livreur, dont l'horaire de passage fluctuait autant que le cours de la bourse. Irascible et très partageur en matière de drame, Arkady ne se laissait pas démonter par la crainte d'un scandale sur voie publique. Son registre variait entre le passif-agressif venimeux et les cris mâtinés d'insultes, en passant par toutes les nuances des tragédies shakespeariennes. Le créneau du dimanche midi était voué à la flânerie ; relâche, débandade et futilité. Sa seule originalité était son allure, ses cheveux décolorés, ses cils alourdis de mascaras, ses ongles longs peints de couleurs sombres aux reflets nacrés. Un énième petit prince bourgeois, pas moins raciste qu'un autre, pas meilleur qu'un autre. Bruyant mais inoffensif.

Jupiter faisait plus ou moins partie de cette routine désormais. Trop égocentrique pour se souvenir du visage d'un autre, Arkady avait mis du temps à percuter, à reconnaître. Dès lors, les regards qu'ils jetaient par-dessus son épaule s'étaient fait plus précis, de ceux qui savent, de ceux qui cherchent. Il ne bouleversa pas ses habitudes, pas plus qu'il n'adressa la parole au sorcier qu'il apercevait de temps en temps. Il se contentait de contacts visuels bref, mélange d'arrogance et de défi, comme une femme courtisée se lamentait du peu d'audace de son prétendant. Ce n'était pas lui qui avait commencé, ce n'était certainement pas à lui de faire des efforts et engager la conversation. Fut-ce pour un détail aussi crucial que de briser les illusions sur son genre. Mais -ha- la populace était navrante, il avait l'habitude, il ne se formalisait pas.
Mais la situation durait.
Fidèle à ses principes, il avait pourtant semé derrière lui quelques mots, des carrés de parchemin qu'il gardait plié dans ses poches. La même question glissée entre les livres qu'il consultait avant de reposer, sur les bancs où il venait de s'asseoir. « Qui êtes-vous ? » « Qui êtes-vous ? » Il n'avait, pour l'heure, reçu aucune réponse.
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MessageSujet: Re: Million miles away   Sam 27 Aoû - 14:52

Par orgueil ou par fierté, Jupiter aimerait dire qu’il ne reçoit d’ordres de personne et qu’il est son propre chef. Ce n’est pas grand-chose, des paroles en l’air, ce n’est pas beaucoup et ça ne devrait pas lui importer autant, mais il aimerait prononcer ces mots et qu’ils soient vrais, vraiment, qu’ils claquent dans l’air comme une vérité absolue. Jupiter aimerait dire qu’il ne reçoit d’ordres de personne mais ce serait mentir, évidemment, parce que son gagne-pain consiste précisément à exécuter les sales besognes de quelques individus trop prestigieux pour vouloir se rougir les mains. L’un de ces boulots, récemment, c’est de prendre un jeune slave en filature. Karkaroff, lui avait-on soufflé, Arkady, avait-on ajouté, et comme si les prochains mots gênaient, comme s’ils ne devaient pas être nécessaires mais qu’ils constituaient une information capitale, les mots sexe masculin avaient été soufflés, discrètement, entre deux verres de whisky, soufflés, l’alcool plein la voix. Jupiter ne pensait pas pouvoir se tromper (un homme est un homme après tout), jusqu’à rencontrer l’éphèbe blond qu’est Arkady, androgyne jusqu’au bout des phalanges, définitivement ciblé pour bien plus que de simples mauvaises actions, sûrement, certainement. Il ne s’exécute pas, Jupiter, pas toujours, surtout lorsqu’il sent qu’il n’a pas de raisons de le faire, et cela malgré ce qu’on lui propose et ce qu’on lui offre, malgré les privilèges et les avantages que lui offrent ses services, malgré le besoin d’argent parfois bien trop pressant et la faim qui encombre son ventre. Il ne s’exécute pas parce qu’il s’accroche à cette maigre part d’humanité qui lui tord l’abdomen, à ce semblant de compassion qui bouillonne toujours en lui et le pousse à n’éliminer que les nuisibles, les indésirables, surtout pas des gens qui ne le méritent pas.  Arkady est entre les deux, et c’est ce qu’il note, noir sur blanc, dans son petit calepin. Arkady n’est ni horripilant, ni agréable, une personne sans saveur aux yeux de Jupiter, sans importance même, pourrait-il dire, et c’est pour cela qu’il ne comprend pas, l’ordre, l’acharnement avec lequel son client le relance régulièrement, je vous ai dit de l’éliminer, et les excuses toutes faites de Jupiter pour répondre à cet oubli qui n’en est pas vraiment un. Il ne sait pas pourquoi il en a quelque chose à faire, pourquoi il est réticent à l’idée de simplement obéir à un ordre, parce que ses états d’âme sont tout de même rares et qu’il s’exécute généralement sans discuter. Mais il y a quelque chose à propos d’Arkady, quelque chose qui n’inspire ni le meurtre ni la haine ni même l’ennui, quelque chose d’assez captivant, et c’est comme regarder le monde à travers un kaléidoscope, comme être happé par une image qu’il ne comprend pas tout à fait mais qui le fascine complètement. C’est une accumulation, en réalité ; les cheveux presque blancs, les ongles peints et, depuis quelques jours, les petits mots semés dans les livres et toujours laissés aux mêmes endroits, sûrement pour que l’assassin les y trouve.

Dans d’autres circonstances, Jupiter ne penserait pas être le destinataire de ces attentions, mais les questions posées sur les petits papiers sont évidemment pour lui, parce qu’il l’a vu l’observer, parce qu’il sait qu’il l’a repéré, parce qu’ils ne se connaissent pas et que ce sont précisément des choses que l’on dit à un inconnu. Et il ne devrait pas y prêter attention, vraiment pas, mais il s’agit bel et bien d’une personne qu’il est censé assassiner et  la curiosité l’emporte, celle d’en savoir davantage sur la proie, celle de la connaître le plus possible avant d’asséner le coup de grâce. C’est aujourd’hui qu’il décide de rompre la froide distance qui le sépare d’Arkady, parce qu’il sait pertinemment que s’il ne le fait pas maintenant, il ne le fera jamais. Il ne prononce aucun mot alors qu’il s’assied à côté du garçon, ne le regarde même pas lorsqu’il souffle « bonjour » tout en extirpant une cigarette de sa poche, la plantant au coin de sa bouche, nonchalamment. « C’est à vous, je crois », il dit simplement en lui tendant les quelques bouts de papier semés sur sa route et les incessantes questions auxquelles il ne souhaite pas encore répondre, pas tant qu’il ne lui demande pas.
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MessageSujet: Re: Million miles away   Mar 6 Sep - 23:53

L
e tsarevitch ne laissait rien au hasard. Jamais lorsqu'il était question de vêtement, encore moins quand il se savait suivi, épié, attendu. C'était son petit défilé de mode privé, un moyen -un excuse- pour lui d'étaler son sens de la mode supérieur. Ça faisait deux fois en dix jours qu'il mettait son pantalon en cuir de dragon, preuve s'il en était qu'il aimait ce vêtement, l'audace du couturier, et la façon dont ses jambes étaient mises en valeur. Il avait choisi un manteau sombre constitué de fourrure épaisse et rehaussé de plumes, doublant sa carrure jusqu'à la taille, mettant sur ses f-jambes, une emphase appréciable. Il lui arrivait parfois de se demander s'il en faisait trop. Un vertige passager, un point crucial entre deux retouches de crayons et de mascara. Bien sûr qu non. Arkady n'avait jamais été du genre à se priver, et les tristes années passées à Durmstrang en temps que triste ombre de lui-même l'affligeait plus que la perte de son confort matériel. Presque. Disons un ex-eaquo.

Bref. Arkady était de sortie, et il espérait capter l'ombre mouvante de l'inconnu. Son existence flattait son ego, et il fallait avouer qu'être un sombre connard donnait une vie relativement solitaire. Cette relation de silence, de guets et de coups d'oeil est ce qu'il avait qui s'apparentait le plus à une discussion, juste après ses correspondances. Ce n'était pas que sa vie était misérable, c'est que... c'est que ça irait mieux bientôt.
Il laissa un mot entre les pages d'un bouquiniste -à peine s'il avait lu le titre d'ailleurs ; ça ne traitait pas de potions. Il jouait distraitement de se rendre à la bibliothèque sorcière de Sofia. Pas qu'il était un grand habitué de l'endroit, mais il lui semblait approprié pour recevoir les papiers qu'il semait comme des graines.
Il y avait un square de taille modeste où il aimait s'asseoir, organisé autour d'une statue de Grindelwald. Le sorcier y posait en majesté, baguette théâtralement tendue, jeune, résolu, les visage figé dans une expression à la fois déterminée et assurée. Le visage des conquérants. Arkady aimait la statue pour ses qualité esthétiques. Il se foutait de politique et de propagande, tant qu'il y avait la beauté. Et il préférait le Grindelwald jeune que l'être saisi dans sa vieillesse. À quoi ressemblerait-il, lui, quand les années passeraient, quand sa peau se fanerait et ses cheveux tomberaient ? Il ne serait alors qu'un sorcier sans nom et sans famille. Et s'il était resté ? Quel goût auraient eu ses vieux jours en ayant vu venir la vieillesse sans avoir profité de sa jeunesse ? Il battit des cils, fit la mise au point sur la main de Grindelwald. Ce genre de pensées ne lui ressemblait pas. Ce sérieux, tout ce grave. Il secoua distraitement la tête, captant dans sa vision périphérique la fin d'un mouvement à proximité. On s'asseyait à côté, et il avait déjà à moitié tourné la tête lorsqu'il le reconnut. Oh. Oh. Lui.

Arkady s'astreint à regarder de nouveau la statue, mais l'image rémanente de son voisin hantait l'intérieur de ses paupières. Alors c'était Lui. Tous ses traits changeaient une fois vu de près. Banal au premier coup d'oeil, un rien négligé -Merlin, ce qu'il espérait que cette mode de la barbe trois jours finisse par tomber dans les oubliettes de l'histoire- mais pas seulement. Il y avait autre chose. Comme un arrière-goût, quelque chose qui ne venait que lorsqu'on le quittait du regard, la fraction de seconde avant que son image ne déserte totalement le champs de vision. Quelque chose de troublant qui donnait envie de le regarder de nouveau. Peut-être était-ce simplement la banalité de ses traits qui se dissolvait trop rapidement dans la mémoire. Ou encore un instinct de conservation qu'Arkady n'aurait su ni interpréter ni reconnaître. Il ne le regardait pas, et le Karkaroff lui rendrait la politesse, fort de cette notion d'équité digne du jardin d'enfant. En plus, il fumait, ce qui irritait le russe parce que ses cheveux sentiraient la nicotine pendant des jours -à moins de les laver le soir-même, ce qui bouleversait le rythme de ses shampooings, et à plus longue échéance, le bien-être de ses cheveux.
Il récupéra les papiers du bouts des doigts, les dépliant comme s'il les découvrait pour la première fois. « кой си ти ? » lui renvoyait sa propre écriture. L'accent avait un peu bavé sur ce mot là. L'androgyne se félicita de ne pas être une femme, auquel cas il aurait vraiment pu s'attrister de l'entrée en matière très navrante de son stalker.

« Peut-êtrre, » répondit-il évasivement. Son bulgare était académique, et son accent russe roulait sur sa langue, donnait à ses phrase une intonation presque douce, presque ronronnante quand il tenait sa voix basse. « Des messages pour une ombrrre, qui sait. »

Un léger haussement d'épaule, et ses cils trop longs voilèrent ses yeux un instant tandis qu'il hésitait sur l'attitude, la posture. L'homme n'avait pas l'air si transi qu'il l'imaginait. Qu'importe, qu'importe. Il glissa une main manucurée dans ses cheveux, rejetant les mèches blanches en arrière pour se redonner un semblant de contenance.

« Et vous êtes ? »
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MessageSujet: Re: Million miles away   Dim 18 Sep - 22:39

Ce n’est pas le genre de Jupiter, de mettre autant d’efforts pour une proie, pour un contrat, de s’embarquer dans quelque chose qui le dépasse à des milliers de kilomètres de sa ville et de ses amis. Il s’était pourtant juré de ne plus accepter quoi que ce soit avant d’y avoir réfléchi, de ne plus dire oui sans être intimement convaincu que la personne désignée méritait de mourir, et pourtant. Pourtant, il avait signé, avait juré qu’il suivrait le slave où qu’il aille et qu’il l’exécuterait proprement au moment le plus opportun. Il n’a aucune raison d’apprécier Arkady, absolument aucune, parce qu’il semble superficiel et déconnecté de la réalité, parce qu’il ne s’est pas déclaré comme étant contre Grindelwald et que cela fait nécessairement de lui un ennemi, parce qu’il a une attitude hautaine qui débecte Jupiter. Il pourrait aussi dire qu’il déteste ses longs cheveux blonds parfaitement lisses et ses ongles peinturlurés, qu’il vomit son choix (audacieux s’il en est) en matière de vêtements et qu’il ne supporte pas la manière qu’il a de parler en roulant les r, même si c’est son accent et qu’il n’y peut rien, au fond. Il pourrait faire tout ça, se complaire dans une haine cordiale d’un voisin qui lui ressemble trop peu, mais il ne le fait pas. Parce qu’en réalité, Arkady l’intrigue. Et ce n’est pas parce qu’il est différent, pas parce qu’il semble débarquer d’une autre planète, pas non plus parce que Jupiter aimerait savoir ce qu’il trouve au tyran qui les gouverne. Il l’intrigue parce qu’il ne suspecte pas une seule seconde la véritable raison de sa venue, le véritable motif de cette filature qu’il a pourtant parfaitement repérée, depuis bien trop longtemps. Les mots le prouvent, vagues, furtifs, les lettres déchiffrées à la lueur du feu, pointe de curiosité dans le regard, les qui es-tu lancés au vent et qui pourraient être adressés à n’importe qui, sauf qu’ils ne le sont pas.
Peut-être est-ce trop direct de s’approcher de cette façon, d’humer l’air comme une biche aux aguets, d’allumer une cigarette et de la planter au coin de ses lèvres alors qu’Arkady empeste le parfum et qu’il détestera probablement sentir l’odeur du tabac envahir ses narines, mais Jupiter ose, parce qu’il a un pressentiment, une sensation, une prémonition qui lui souffle que cet échange doit avoir lieu, même s’ils ne le souhaitent pas, même s’ils l’appréhendent depuis trop longtemps déjà. Sans même regarder le jeune homme, il sait qu’il a piqué son intérêt, parce que les mots roulent sur sa langue, sortent, des phrases attisées par leur soif mutuelle d’en apprendre davantage l’un sur l’autre, soif bien plus facile à étancher qu’ils ne pourraient le croire. « Et bien, espérons que cette ombre saura se montrer très prochainement », il souffle, léger sourire au coin des lèvres alors qu’il aspire une bouffée de tabac. Il fait frais, à Sofia. Pas tellement plus froid qu’à Londres, mais l’atmosphère s’accompagne d’une bise qui teinte les joues de rose et souffle de la buée blanche autour des visages. « Jupiter », il ajoute seulement, pour se présenter, persuadé que son nom de famille n’a aucune espèce d’importance, ici comme en Angleterre. Un orphelin reste un orphelin, et lorsqu’il n’est pas noble, tout le monde se fout bien de quelle peut être son ascendance. « Comme le dieu », il murmure en complément, sans savoir pourquoi il ressent le besoin de le préciser, parce qu’il n’a jamais rencontré personne qui ne sache d’où venait son prénom, voire qui ne lui demande pourquoi ses parents l’avaient surnommé ainsi. Lui-même ignore si l’arrogance qui en suinte est imputable à une véritable volonté de ses géniteurs (avec sûrement un gros problème d’égo) ou à un simple souhait d’offrir à leur fils un prénom mythologique que tout le monde retiendrait. Dans les deux cas, c’est plutôt réussi.

Il s’appuie contre le dossier du banc, souffle lourdement, comme s’il ignorait quoi dire ou quoi faire. Il est vrai que Jupiter n’est jamais très à l’aise en société, même s’il maîtrise le protocole et l’étiquette comme un parfait petit Lord, et ici, en l’espèce, s’ajoute à son agoraphobie usuelle une certaine appréhension des mots qu’il pourrait prononcer sans y prêter attention. Il serait tenté de révéler à Arkady la véritable raison de sa venue ici, celle qui le pousse à suivre chacun de ses mouvements et à guetter le moindre détour aux toilettes, mais ce serait stupide, stupide et déraisonnable. Alors, il juge plus sage de parlementer sur des choses plus banales, moins polémiques, temporairement du moins. « Sofia est une ville magnifique », il ose, au bout de quelques secondes, regard planté sur la statue de Grindelwald qui se trouve à quelques mètres d’eux. Il aurait tant de choses à dire sur cet infect personnage qu’il ne sait vraiment où commencer, ni s’il devrait prononcer le moindre mot en présence d’Arkady, lui qui semble tant apprécier le grand manitou. Le cœur est pourtant plus fort que la raison, et au bout d’un moment, il ne peut s’empêcher de grommeler dans sa barbe : « j’arrive pas à croire qu’ils aient construit une horreur pareille dans un endroit aussi splendide. » C’est osé, indélicat, irrévérencieux et presque vulgaire, mais Jupiter s’en moque un peu. Il n’oublie pas que ce n’est pas un ami qu’il a à ses côtés, ni même quelqu’un qu’il déteste : c’est avant tout une cible, quelque chose qui lui fait gagner sa croûte, un nom à rayer d’une liste pour empocher un bon petit paquet de gallions. Alors au diable la bonne éducation, pense-t-il en soufflant la fumée de sa cigarette en une seule volute blanche, épaisse, brumeuse.
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MessageSujet: Re: Million miles away   Sam 22 Oct - 16:50

J
upiter. Le nom eu le mérite de le surprendre, de lui faire hausser les sourcils jusqu'à les faire disparaître sous sa frange.

« Pas n'imporrte quel dieu. »

Non, le dieu des dieux lui-même, et le patronyme était si orgueilleux, si grandiloquent qu'Arkady manqua en concevoir de la jalousie. D'accord, il manquait cruellement d'une connotation slave, mais sinon il frôlait la perfection. Jupiter donc. Maître de l'univers, de la terre et du ciel. Et comme la vie était mal faite, le nom avait échu à un homme d'apparence somme toute normale. Rien d'immense, rien d'écrasant chez lui -à part peut-être l'odeur de sa cigarette. Cette dichotomie résonnait aux frontières de son inconscience. Mais si Arkady avait eu un instinct un jour, il l'aurait étouffé depuis longtemps sous le maquillage, le parfum et les manucure. Seule demeurait ce vague malaise qui ne valait pas la peine qu'on s'y attarde, souligné peut-être par le fait plus pertinent que son « admirateur » ne cherchait pas spécialement à le regarder. Oh bien sûr, il avait du le faire pendant ses filatures, à son insu, et voulait peut-être se rabattre sur une attitude de désintérêt blasé. Une stratégie qu'il ne cautionnait pas (fatalement), mais une stratégie comme une autre. Au lieu de ça, une ouverture sur la ville (ça se faisait, c'était comme parler du temps ; une invitation à la conversation, nouer le dialogue, mesurer la bonne volonté de son interlocuteur) et sur... Grindelwald ? Le Karkaroff leva les yeux vers la statue, comme si elle avait pu lui répondre. Certes, le chef suprême était une personne d'importance mais... Et bien, il était quasiment certain qu'il n'y avait pas besoin de lui rendre hommage par la mention au moindre rendez-vous galant ou informel. Et quant à l'hommage...

« ... »

A vrai dire, en fils de bonne famille élevé du bon côté du pouvoir, Arkady n'avait jamais entendu la moindre critique ouverte concernant Grindelwald. Cette première fois avait un goût d'irréel, d'interprétation malheureuse. En temps que Spaseni, il aurait du monter aux rideaux -il avait déjà une bonne seconde de retard pour ça. Mais outre le fait qu'il n'y avait pas de tentures dans les environs et qu'il tenait trop à ses ongles pour ce genre de fantaisies, il ne savait que dire. Les Spaseni étaient légion. Mais depuis qu'il avait tourné le dos à sa famille, qui était-il ? Qui serait derrière lui ? Qui prendrait la peine de faire payer à un éventuel agresseur ? Personne.
Alors il diluait son vin d'un peu d'eau claire. Ne partait pas à l'assaut pour défendre l'ego d'un autre quand personne ne viendrait s'inquiéter de son intégrité physique.

« Ce n'est pas un avis trrès intelligent à forrrmuler. »

Les mots de sa mère. Temporisation, non-agir, neutralité, c'était tout elle. Et ça le fit sourire malgré lui.

« L'arrtiste serrait blessé de vous entendrre, » offrit-il presque courtoisement comme voie de secours. « Qu'est-ce qui vous amène en Bulgarrie ? Nous n'appelons pas nos enfants ''Jupiterr'' parr ici. Vous venez de l'ouest ? »

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MessageSujet: Re: Million miles away   Mer 9 Nov - 23:50

Pas n’importe quel dieu avait dit Arkady, son accent russe dehors, yeux rivés sur lui, pas n’importe quel dieu et Jupiter n’avait pu s’empêcher d’oser un sourire insolent, canines dehors. « Pas n’importe quel homme », il répond, parce que c’est vrai et aussi parce qu’il aime, parfois, prétendre être un autre, un autre froid et orgueilleux, un autre qui se targue de ne pas être l’illustre inconnu qu’il est pourtant. Il aurait pu faire preuve de davantage de modestie, Jupiter, mais ça ne lui ressemblait pas, parce qu’il avait conscience qu’il était unique, comme chaque être humain, unique et semblable à tous les autres aussi, parce que personne n’est un flocon de neige. Mais c’est tellement drôle de faire croire que l’on est supérieur aux autres, tellement drôle de voir le mépris se dessiner sur les lèvres de ses interlocuteurs lorsqu’il se vante de frasques trop fantasques pour être réelles. Tellement drôle de se faire passer pour quelqu’un qu’il n’aime pas, parce que Jupiter n’est pas vaniteux, au contraire ; il a trop souvent tendance à penser qu’il n’est pas assez bien, et c’est sa force comme sa faiblesse. Comme de dire ce qu’il pense tout haut, d’ailleurs. Il voit sur le visage d’Arkady qu’il n’est pas vraiment à l’aise lorsqu’il s’agit de critiquer Grindelwald, ou du moins, de donner son opinion sur le personnage. Et c’est aisément compréhensible, après tout. Ici, ce genre de comportement doit être fortement déconseillé, sinon prohibé. A Londres aussi, quand on y pense ; sauf qu’on n’est pas à Londres, et que Jupiter n’a aucune bonne volonté. Il ne veut pas user d’hypocrisie, même avec quelqu’un qu’il ne connait pas, particulièrement avec quelqu’un qu’il ne connait pas. Qu’Arkady soit un manant ou un prince, son point de vue reste le même, ferme, indiscutable : Grindelwald est un tyran. Et pourtant, pourtant, Arkady a raison lorsqu’il dit que ce n’est pas intelligent. Il a raison parce que Jupiter est déjà à deux doigts de se faire choper par les Spasenis, raison parce que critiquer ouvertement le pouvoir en place est dangereux, particulièrement lorsqu’il s’agit d’une dictature, raison parce qu’ils sont en public et que n’importe qui pourrait les entendre. Et pourtant, impossible de contrôler ces mots qui dépassent sa pensée, réfrénés depuis trop longtemps, retenus parce qu’il vaut mieux être discret et ne pas se faire bêtement remarquer. Dit l’homme qui porte une dague à la ceinture en permanence. « Je ne blâme pas l’artiste, mais le modèle », réplique-t-il pourtant, léger sourire au coin des lèvres, toujours gonflé d’une arrogance méprisable et d’un cynisme qui glacerait le sang à n’importe qui. Il n’a pas peur, Jupiter, pas vraiment. Qu’a-t-il vraiment à perdre ? On lui a déjà tout enlevé.
« On n’appelle les enfants Jupiter nulle part, en réalité. Mais si vous tenez à le savoir, je suis britannique. » Il hésite à en dire davantage, parce qu’il en a déjà trop révélé et qu’effectivement, on n’appelle pas les enfants Jupiter par ici. Ce serait sans doute idiot de lui révéler la raison de sa venue, stupide de tout dévoiler, le contrat et la trahison, l’épée de Damoclès au-dessus des épaules d’Arkady. Ce serait irraisonné et inconséquent, de tout risquer simplement parce qu’Arkady lui est sympathique, simplement parce qu’il l’intrigue et l’intéresse, simplement parce qu’il ne veut pas l’assassiner sans lui avoir préalablement révélé les raisons de sa venue. Ce serait stupide parce qu’il faut dire que le boulot ne court pas les rues en ce moment, comme si les gens se lassaient de tuer, comme s’ils ne souhaitaient plus déléguer la basse besogne mais qu’ils préféraient tout faire eux-mêmes. Cela faisait des jours, avant Arkady, qu’on n’avait pas demandé à Jupiter de dézinguer quelqu’un, et même s’il vivait de peu de choses, il commençait tout de même à se poser des questions sur son avenir professionnel, les jours où les missions se faisaient plus rares. Alors vraiment, vraiment, ce serait stupide de foutre cette occasion en l’air. Stupide, mais Jupiter n’a jamais été très intelligent, il faut croire. « Je suis là pour affaires », il murmure avant d’aspirer une bouffée de tabac, le regard perdu quelque part entre les sourcils de la statue qui se dresse toujours, colossale, à quelques mètres d’eux. « Je ne peux malheureusement pas vous en dire plus, Arkady. » Il en a pourtant trop dit, il le sait. Au seul ton de sa voix, Arkady sait sûrement que ces affaires le concernent, parce qu’il y a eu les petits bouts de papier semés et la filature trop peu discrète de Jupiter, parce qu’il y a cette discussion étrange et inédite qui souffle le chaud et le froid et parce qu’il connait son prénom sans même qu’il n’ait eu besoin de se présenter. Un sourire se pose sur les lèvres du tueur, mimique presque enfantine au détour d’une conversation beaucoup trop sérieuse. « Que faites-vous, dans la vie ? » il demande, détour subtil qui leur évite l’enlisement, même s’il craint soudain qu’il ne lui retourne la question et que sa maudite manie de toujours dire la vérité ne reprenne le dessus.
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