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 In a mad world, only the mad are sane (Stupiter)

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MessageSujet: In a mad world, only the mad are sane (Stupiter)   Sam 27 Aoû - 16:46

In a mad world, only the mad are sane
Jupiter & Stitch



Les lettres s’entassent sur son bureau, petits tas réguliers d’enveloppes multicolores aux parfums parfois exotiques. Il fixe intensément le préposé à la distribution du courrier en espérant avoir un regard en retour. Celui-ci, en habitué, évite soigneusement de relever la tête, sans que Stitch ne le réalise vraiment, continuant à se tortiller sur sa chaise pour attirer son attention. Mais ses yeux regardent désespérément ailleurs et il tourne les talons avant que Stitch n’ait pu lui décocher son sourire de taré. Son cœur n’en bat pas moins fort quand il se souvient des piles de lettres qui lui sont destinées, prêt à déchirer les enveloppes une à une pour découvrir ce qu’elles recèlent comme terribles secrets d’amour. Cher S., j’ai rencontré l’amour de ma vie, Cher S., comment reconquérir mon ex ?, Cher S., je ne veux pas me marier avec l’homme choisi par mes parents, et cetera, et cetera, et cetera. Il lit tout, consciencieusement, du premier au dernier mot, de la formule de politesse à la signature, puis choisit celles qui paraîtront dans la Gazette du Sorcier à la plus belle écriture, au plus joli papier à lettres, aux tournures les plus élégantes, aux histoires d’amour les plus poignantes. Cette sélection menée à bien, il entame ses réponses, conseils incohérents et mystificateurs qu’il tapote sur la machine à écrire, bercé par sa musique mécanique. Il aime surtout le bruit qu’elle fait, c’est peut-être ce qu’il préfère dans son travail. Il ne se relit jamais, peut-être parce que lui-même ne comprend pas ce qu’il écrit, ou du moins ne peut-il les expliquer sans sombrer dans des divagations étranges et hermétiques. Il signe toujours d’un S., gardant précieusement son identité, auteur anonyme des plus grandes inepties jamais écrites. Le rédacteur en chef lui a dit de conserver l’anonymat, car les affres de la célébrité sont difficiles à supporter. Il souhaitait surtout ne pas jeter le discrédit sur le journal, redoutant le jour où l’on découvrirait qu’un de ces tordus de Lovegood était aux commandes d’une rubrique entière, aussi futile qu’elle soit. Stitch s’en vante quand même dans tout Londres, mais peu de gens le prennent pour un être sain d’esprit.

Tout ça, c’est ce que Stitch fait habituellement. Tout ça, c’est que Stitch aurait fait s’il n’était pas tombé sur la quarante-sixième lettre de menaces de l’année, rédigée avec des caractères découpés dans la Gazette et collés sur une feuille blanche de basse qualité. Stitch s’y connait en papier comme en tasses et il est un peu triste de ne pas mériter un grain plus agréable au toucher de la part de cet inconnu qui lui envoie des insultes plus d’une fois par semaine. D’habitude, il place les nouvelles menaces sur le tas qui grossit sur le coin supérieur gauche de son bureau pour les oublier ensuite. D’habitude, il panique à peine malgré les tu vas périr sous une pluie de doloris et les je viendrai t’étouffer dans ton sommeil, attardé. D’habitude, ça ne l’inquiète pas plus que ça, il n’y pense plus quand il rentre chez lui (ou plutôt chez Azalea), et ça ne l’empêche pas de dormir. Pourtant, cette fois, quelque chose le chiffonne, petit pincement au cœur, ride d’angoisse qui se trace tout doucement sur son front. Il croyait tout ça bien loin, il ne se rappelait plus comment avoir peur, parce qu’il rit, il rit trop, tout le temps, sous les coups, les doloris des spasenis qu’il importune. La dernière ligne. La dernière ligne rouvre certaines portes fermées depuis longtemps. Esprit malade et vide de souvenirs, il cale, bloque, débloque sur cette dernière ligne. Tu crèveras comme ton poisson chéri. Il n’a pas peur parce qu’il craint pour sa vie, Stitch. Il ne craint plus pour sa vie depuis quatre ans. Il n’a pas peur non plus parce qu’on lui propose une mort atroce, ou parce que ça signifie qu’on sait qui il est, derrière le S. anonyme du bas de la page. Stitch, lui-même, n’a pas peur au fond, mais la part cinglée de Stitch, celle qui le préserve de tout depuis tant d’années, elle a peur, elle. Elle a peur des souvenirs enfouis qui se glissent dans sa mémoire, des éclairs de lucidité et de la haine qui remonte, de tout le sang qu’il avait voulu ramasser de ses mains et des larmes qui avaient coulé trop souvent jusqu’à ne plus couler du tout.

La part cinglée de Stitch n’a jamais beaucoup aimé Jupiter, parce qu’il tente toujours de parler du passé, qu’il essaye de réveiller de la souffrance qui ne demande qu’à disparaître, parce qu’il est sans doute jaloux, lui, de ne pas avoir la folie pour oublier. Pourtant, lorsqu’il quitte la rédaction, ses pas le guident dans le dédale des ruelles de Londres, d’instinct, jusqu’à l’appartement de cet homme qu’il avait un jour voulu engager pour faire la peau à Grindelwald. Stitch a occulté cette partie de leur rencontre depuis qu’il a basculé dans cette démence euphorique qui ne laisse pas de place aux aspects négatifs de l’existence. Il ne sait même plus trop ce que Jupiter fait dans la vie, au fond, et c’est peut-être mieux ainsi. Il marmonne tout en marchant, soliloque sans queue ni tête que lui seul comprend, l’air hagard et le cœur au bord des lèvres, la lettre froissée dans sa main gauche. Lorsqu’il arrive sur le palier de Jupiter, il est à bout de forces et ne sait plus pourquoi il est là, pourquoi chez Jupiter et pas chez sa jumelle qui sait tout sur tout sur lui, pourquoi chez Jupiter et pas chez Soyan qui est le plus à même de lui donner le réconfort dont il a besoin, pourquoi chez Jupiter et pas chez Hermès qui, après tout, est auror et sait gérer les histoires de menaces. L’esprit en vrac, chamboulé, il est bien loin du machin sautillant et tout sourire qu’il est en temps normal. Il appuie son front contre le bois avant de frapper les quatre coups rituels, s’effondrant dans ses bras à l’instant où la porte s’ouvre. « J’ai mal à la tête » dit-il sans pouvoir mettre de réels mots sur son état actuel, comme un enfant qui pense qu’il est malade alors qu’il est juste attristé par la fin de son livre préféré, les yeux fermés, la tête enfouie dans le creux de son épaule et la décision prise de ne plus jamais le lâcher.

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Dernière édition par Stitch Lovegood le Dim 4 Sep - 0:51, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: In a mad world, only the mad are sane (Stupiter)   Sam 3 Sep - 13:47

Stitch, il est fragile. Ce n’est pas quelque chose que l’on remarque au premier regard, parce qu’on est souvent bien trop occupé à essayer de lire dans ses yeux, d’y déceler la moindre once de cohérence, on est bien trop occupé à essayer d’y retrouver la lucidité d’autrefois, les éclats de rire cachés derrière les brisures. Lui, il est bien trop occupé à cacher, à tout cacher, ses peurs et ses angoisses, ses joies, ses peines, à tout dissimuler sous une couche de sourires d’apparat pour ne pas sembler trop déglingué, mais les faits sont là. Stitch est fragile. Stitch est fêlé. Stitch est une tasse ébréchée prête à se briser totalement au moindre petit contact. C’est peut-être ce qui a interpellé Jupiter, au début. Ce garçon lunaire aux grands yeux noirs et à l’air étourdi, ahuri par l’univers qui l’entoure, ce personnage unique aux lubies et aux manies différentes de celles des autres gens, ces autres, ces normaux, ceux pour qui la vie fut belle et douce et qui n’ont jamais connu le malheur. Au fond, ce que Jupiter aime chez Stitch, c’est ce vertige, les pieds au bord du précipice, c’est ce sentiment qu’il peut tomber d’un côté comme de l’autre sans crier gare. Ce que Jupiter aime chez Stitch, c’est que même s’il est pété et bancal, il tient debout, autant que possible, il se relève et rit et retombe, et il peut recommencer ce cirque en boucle, re-rire et re-tomber et se relever encore et encore, sans jamais s’en lasser, comme s’il avait compris que ça fait partie de la vie et qu’il ne peut rien y faire. Il admire Stitch en réalité, Jupiter, parce qu’il est de ces âmes de passage qui se sont faites rogner jusqu’à la moelle mais qui continuent, inlassablement, sourire aux lèvres et yeux brillants plantés vers l’horizon, à vivre, de toutes leurs forces et de tout leur cœur, à vivre. A dire vrai, Jupiter aime Stitch à en risquer sa peau, il l’aime à oser dire « barrez-vous » aux gens qui le regardent d’un peu trop près, il l’aime à le défendre même lorsqu’il ne le comprend pas. Il l’aime tellement que ça ne lui semble pas possible que quelqu’un puisse ne pas l’aimer, parce que Stitch ne peut inspirer que ce sentiment, toujours, de l’amour et de la tendresse et de la bonté, jamais de malveillance, jamais de mesquinerie. Pourtant, il sait, Jupiter. Il connait l’existence des lettres de menace et la boule qui tord le ventre de son ami lorsqu’il en reçoit, malgré les sourires et les réponses incohérentes (qui tournent bien trop souvent autour du thé), il sait que Stitch se laisse démolir par quelques mots couchés sur du papier, et c’est sûrement pour ça qu’il n’est absolument pas surpris lorsqu’il ouvre la porte et le trouve, mine déconfite, planté sur le paillasson. Jupiter n’a même pas le temps de réagir que Stitch s’est déjà effondré dans ses bras, tête contre son épaule, contact bizarre, étranger, inconnu, contact doux et presque tendre alors qu’instinctivement, l’assassin attire son ami à l’intérieur, refermant soigneusement la porte derrière lui.
Ce n’est pas souvent qu’on peut voir Stitch avoir peur ou être réduit au silence, ce n’est pas souvent qu’on peut le voir abattu ou fatigué ou lassé de la vie, et Jupiter ne connait pas vraiment la marche à suivre en l’espèce, parce que son ami est un funambule et qu’il est pertinemment conscient qu’il peut basculer et tomber du fil en une fraction de seconde. « Hey, toi » il lâche dans un souffle, attrapant son bras pour l’attirer vers le canapé, l’invitant à s’asseoir à côté de lui. Les contacts physiques ne sont pas son point fort, et sa main semble tremblante, fébrile lorsqu’elle écarte quelques mèches de son front, qu’il murmure « je vais te faire un thé et tu vas m’expliquer ce qu’il t’arrive. » Il ne sait pas si c’est la bonne manière de faire les choses, Jupiter, parce que personne ne lui a jamais montré l’exemple, parce que personne n’a jamais pris soin de lui, en aucune circonstance. C’est pitoyable de dire ça, en réalité, pitoyable de constater à trente-deux ans qu’il n’a jamais eu personne pour tenir à lui, pour montrer la moindre minuscule dose d’intérêt, personne pour véritablement le réconforter quand tout va mal et pour le rassurer quand l’inquiétude le submerge. Personne, mais pas vraiment, parce qu’il y a Hermès, qu’il y a toujours eu Hermès, Hermès dont la seule pensée a pour effet de tordre le ventre de Jupiter, de serrer sa gorge, d’attraper son cœur et de le pincer sournoisement à l’endroit précis où ça fait le plus mal. Il n’y a qu’Hermès, et c’est dur de se dire cela, dur de se dire que sa vie ne tient qu’à une personne, ne repose que sur un souffle, ténu, inatteignable, et c’est précisément ce pourquoi il aime Stitch : parce qu’il peut être son Hermès. Il peut être celui qui veille sur lui, qui le protège, celui qui s’assure qu’il ne lui arrive rien de mal et celui qui s’en prend à quiconque oserait lui faire du mal. Il peut être son Hermès et c’est bon, c’est grisant, c’est exactement un rôle pour lui, un vêtement taillé sur mesure qui lui va à la perfection. D’un geste habile, baguette au bout des doigts, il attire bouilloire et tasses sur la petite table en noyer, tout près d’eux, regard toujours férocement accroché à Stitch comme s’il craignait qu’il ne disparaisse. Et tout s’agite à côté d’eux, la porcelaine tinte et l’eau bout doucement, alors que Jupiter glisse une main sur le bras de son ami, concerné, plus inquiet qu’il ne l’a jamais été, mais de ces inquiétudes qui ne sont pas vraiment des surprises, parce qu’il s’attend toujours à ce genre de chose de la part de Stitch. « Les lettres ? » il demande juste, une question, deux mots, les lettres, un constat flagrant, les lettres, encore et toujours, parce qu’il ne l’a vu que quelques rares fois dans cet état, et toujours suite à la réception de ce genre de courriers infâmes. Un soupir, alors que Jupiter attrape l’une des tasses et la porte à ses lèvres, manquant presque de se brûler alors que le liquide encore frémissant se heurte à sa bouche entrouverte. « Ouch », il souffle, ouch alors qu’il sirote un peu de thé, doucement, comme s’il craignait de se brûler davantage, persuadé que l’onomatopée allègera l’ambiance pesante qui les entoure. Sans succès, évidemment. Il soupire, repose la tasse et attrape la main de Stitch, une douce violence au bout des doigts alors qu’il serre calmement ses doigts, dans une tentative désespérée de l’apaiser un peu. Et il ne dit rien d’autre, Jupiter, rien d’autre parce que les mots ne sont pas suffisants, parce que la peur est bien là et prend son ventre entre ses tenailles, parce qu’il défendra son ami au-delà de tout, au-delà de sa propre sécurité et qu’il est persuadé que les menaces s’étoufferont d’elles-mêmes, mais qu’il a quand même peur que Stitch ne soit pas assez fort, assez costaud pour affronter tout ça.
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MessageSujet: Re: In a mad world, only the mad are sane (Stupiter)   Dim 11 Sep - 23:51

In a mad world, only the mad are sane
Jupiter & Stitch



Jupiter est doux et calme et peut-être est-ce ce dont il a besoin, une force tranquille qui ne flanche pas, même s’il ne sait pas vraiment quoi faire d’un taré qui s’écroule dans ses bras. Mais qui sait quoi faire, au fond ? Personne n’a jamais su quoi faire de lui. A part le retenir par les bras et les jambes et tout le corps en lui disant que tuer Grindelwald n’est qu’un rêve vain, c’est à peu près tout ce que ses parents ont pu faire, impuissants face à sa folie, incapables de l’empêcher de couler à pic. Parler aux tasses et sourire pour Azalea, pour qu’elle n’ait plus à le fuir, juste à supporter l’incohérence de ses émotions, mais des émotions positives, c’est mieux, moins de violence, moins de souffrance. Il essaye d’être rationnel, pour elle, pour sa jumelle, son double, celle qu’il aime d’un amour indestructible, les liens trop mystérieux de la gémellité. Il faut continuer à vivre pour Azalea, faire comme si, en tout cas. La famille, seule raison de vivre encore, après. Stitch a oublié tout ça, il a oublié les regards creux sur les fioles de poison se relevant sur une photographie noir et blanc de deux angelots blonds qui hurlent de rire. Il a oublié le vide après Maebh. Il a fait semblant de le combler, en foutant des piliers au milieu, qui ne soutiennent rien du tout, mais qui ont le mérite d’être là, d’être à nouveau là. Replacer Azalea plus au centre de son univers, comme quand ils étaient gosses, ajouter Jupiter quelque part, Jupiter qu’il avait mis là, bizarrement, alors que rien n’appelait à revoir un tueur à gages, mais il l’aimait bien alors et il l’aime encore bien, comme une figure plus sage que soi qu’on aime écouter sans vraiment suivre les conseils donnés. Puis Soyan a débarqué dans sa vie, Soyan et la surprise de pouvoir encore tomber amoureux, de pouvoir encore aimer comme ça, et puis Hermès et la surprise d’apprendre que tomber amoureux est aussi simple que ça, si peu douloureux, si tentant, si rassurant quand on a l’esprit en déroute, l’amour qui ne réfléchit pas, l’amour qui frappe mais sans faire mal et il peut embrasser Soyan et embrasser Hermès et oublier un peu plus qui il a aimé avant eux. Mais Maebh est encore là. Maebh est derrière ses paupières closes alors que Jupiter le fait asseoir, dans son crâne qui résonne aux quelques mots de Jupiter, des mots faciles à comprendre, sans ambiguïté mais qu’il ne saisit pas vraiment, tourmenté, Maebh est là, dans son front qui se colle à nouveau contre l’épaule de Jupiter, dans ses ongles qui s’enfoncent peut-être dans sa peau, dans les larmes qui s’agglutinent, de l’eau pour la sirène morte. « C’est pas les lettres. C’est elle. » Le plus troublant dans cette histoire, c’est peut-être que Stitch ne jette pas un regard aux tasses à thé de Jupiter, qui lui donnent pourtant matière à s’extasier d’ordinaire. Mais il a les yeux vides, aujourd’hui, les yeux vides qui appellent à l’aide, qui semblent quémander un lavage de cerveau. « Je veux pas qu’elle revienne, Jupiter. Il faut qu’elle reparte, il faut que tu la fasses repartir. Elle me fait mal à la tête. » Et il n’a pas conscience de l’incohérence de ses paroles, de l’absurdité de sa requête, il n’a pas conscience que Jupiter ne sait peut-être même pas qui est ce elle, peut-être lui a-t-il dit, le jour où il a voulu le payer pour buter Grindelwald, peut-être lui a-t-il dit pourquoi, peut-être lui a-t-il raconté la pluie, le sang, les viscères, il n’en sait rien, ne se souvient même pas de cette conversation, de cette rencontre.

Il se redresse, une lueur étrange dans les prunelles, démence pure, pas foutu de penser droit, et déplie la lettre pour les yeux de Jupiter, pour qu’il puisse lire la phrase cruelle, l’incantation qui fait cogner Maebh aux portes de sa mémoire, une phrase même pas bien écrite, même pas poétique, juste méchante, gratuitement méchante. Stitch sait se faire détester, faut croire qu’il a assez énervé quelqu’un au point que ce quelqu’un prenne de son temps pour découper des lettres dans un journal et les coller soigneusement sur une page blanche sans intérêt. Stitch est souvent plus horrifié par la qualité du papier que par le message en lui-même. « Ils veulent me faire la même chose qu’à elle. » Autrement dit l’éviscérer. Autrement dit une menace très sympathique. Il s’en fiche. « Ce n’est pas grave. » Ce n’est pas grave, non. Il est habitué à la violence contre son corps, aux sorts qui blessent, aux plaies, aux ecchymoses. Il les encaisse le sourire aux lèvres. Il mourra en riant. « Mais elle veut revenir. Elle ne peut pas. Parce qu’il y a Soyan maintenant. » Il dit revenir comme si Maebh était un zombie planifiant de bouffer les cervelles de ses amants. Il dit revenir mais il sait très bien que ce n’est pas le bon mot, que Maebh ne reviendra pas, que si elle revenait vraiment, ça changerait tout, ça changerait complètement tout, mais parler à des tasses ne signifie pas croire aux miracles, et il sait que ça n’arrivera pas. Ce n’est pas tellement le retour de Maebh dans ses souvenirs qui l’inquiète, pas tellement les cheveux roux et la queue de poisson, et la bague beaucoup trop chère qu’il lui avait achetée sans avoir eu le temps de demander. Mais il ne veut pas que Soyan le voie comme ça, ni Hermès, il ne veut pas qu’ils sachent ce que c’était avant les sourires intempestifs et les attentions énamourées aléatoires. Maebh ne doit pas revenir non plus pour Azalea, il ne veut pas lui faire revivre ça, il ne veut pas qu’elle le fuie à nouveau. Lui non plus ne veut pas redevenir comme ça, comme avant les regards trop fixes et trop doux sur les passants, avant les rires à chaque insulte, à chaque coup, avant les centaines de tasses qui s’entassent dans son appartement. Il hésite. « Et Hermès aussi. » C’est encore nouveau, encore tout frais, il peut encore se rappeler nettement du goût de ses lèvres et de l’envie qui lui tenaille le ventre, et ça le réconforte un peu, sèche un peu ses larmes qu’il essuie distraitement du revers de la main. « Elle ne peut pas revenir et reprendre sa place. Elle n’est plus là. Elle me fait mal. Jupiter, j’ai peur de redevenir comme quand. » Sa mine se délite, petite à petit, s’affaisse, légère moue aux lèvres et les barrages cèdent, les larmes coulent, rapides et nettes sur ses joues et il cale son visage entre le canapé et le bras de Jupiter, imprégnant coussin et chemise de sanglots incontrôlables, les trois mots imprononçables, depuis quatre ans, les trois mots impardonnables, elle est morte, et ses doigts s’agrippent trop fort au bras de Jupiter et quelque part il se demande comment il a pu être assez lucide pour choisir d’aller chez Jupiter, c’est bien, il croit, c’est une présence rassurante, solide, il espère, peut-être connait-il les sortilèges pour faire oublier, aussi.  

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MessageSujet: Re: In a mad world, only the mad are sane (Stupiter)   Dim 18 Sep - 13:50

Il les redoutait ces mots, Jupiter, il les redoutait et ils sont pourtant prononcés d’un trait, sans précautions, sans mettre de mousse autour et sans enrober les choses, ils sont prononcés par un Stitch suppliant et fou et désolé dont il devine les larmes au coin des yeux sans même regarder son visage. Elle. Il n’avait jamais vraiment demandé, Jupiter, pas parce qu’il s’en moquait – tout ce qui concerne Stitch a de l’importance, à ses yeux – mais parce qu’il craignait de réveiller une blessure trop profonde, trop ancrée, refermée depuis trop peu de temps et pas suffisamment cicatrisée. Il avait raison, de toute évidence, parce que la voix de son ami se transforme en une plainte, une requête qui n’aboutira sûrement jamais, parce qu’il  a beau vouloir la faire partir, il s’agit d’un souhait que Jupiter ne peut décemment pas réaliser. Il n’est pas une fée, il n’est pas le père Noël, il n’exauce pas les souhaits à moins que ces souhaits n’impliquent la mort de quelqu’un 1) qui le mérite 2) à sa portée, ce qui n’est pas le cas de Grindelwald. Il avait fait quelques recherches, des mois, des années plus tôt, alors que Stitch avait évoqué la sirène, lâché son nom entre deux sanglots, Maebh, alors qu’il avait demandé, imploré Jupiter pour que justice soit enfin rendue, Maebh, et la plume s’était écrasée sur une feuille du carnet pour noter le prénom maudit, Maebh, dans le vain espoir de découvrir l’histoire derrière les pleurs. Il avait appris, pour tout, pour l’éviscération et la folie de Stitch, plus forte encore que ne l’était son amour pour la jeune-femme. Il avait appris pour les nuits seul et pour les tasses, il avait appris que le brusquer ne servirait à rien parce qu’il était profondément, irrémédiablement fêlé et que n’importe qui, à sa place, serait devenu aussi fou. C’est assez facile de traiter Stitch de dingue, en réalité, facile d’ignorer les fissures de son âme et facile aussi de prétendre qu’il avait inventé cette histoire d’amour et qu’il s’était tissé une fausse peine, comme le font certaines personnes, celles qui ne savent pas, celles qui ne l’ont jamais vu au sol, en larme, celles qui ont ignoré les petites veines au coin de ses yeux qui gonflent lorsqu’il évoque Maebh, c’est facile de faire comme si de rien n’était lorsque Stitch n’est pas votre ami. Mais le fait est qu’il est celui de Jupiter, et que ce n’est pas une amitié inspirée par la pitié ou la solitude, que ce n’est pas une espèce d’altruisme malsain qui l’a poussé à protéger le jeune Lovegood corps et âme, mais que c’est une réelle affection, une véritable inclination, parce que Stitch est exceptionnel et qu’il est certainement le seul à ne pas le voir. Et Jupiter aimerait lui dire que tout ira mieux, il aimera lui dire qu’il peut la faire partir, Maebh, qu’il peut effacer toute trace d’elle et recoller un sourire sur les lèvres du jeune-homme, mais il n’a jamais aimé mentir, alors il ne dit rien, simplement pour ne pas être obligé de lui faire remarqué que son vœu n’a aucun sens.

Jupiter ne cille pas lorsque Stitch déplie la lettre, lui dévoile les lettres collées sur le papier et qui forment ces mots, bien trop cruels, bien trop stupide. Il ne cille pas, mais il soupire, regarde son ami alors qu’il lui parle, de nouveau, alors que ses lèvres se délient et montrent une nouvelle fois ses fissures, parce que évidemment que c’est grave, évidemment qu’il le sait mais évidemment qu’il prétend le contraire. « Elle ne reviendra pas, Stitch », Jupiter murmure, mais il est interrompu par un prénom, lâché doucement. Soyan. Il ne peut pas dire qu’il était au courant, Jupiter, parce qu’il n’a jamais vraiment imaginé Stitch se reconstruire après Maebh, parce qu’il ne l’a jamais vraiment pensé suffisamment fort, suffisamment solide pour retrouver quelqu’un. Et pourtant, le nom sonne, se fait écho à lui-même, Soyan, pourquoi est-ce que ça lui semble si familier d’ailleurs, Soyan, impossible de se rappeler où il l’a entendu, Soyan, mais tout ce qui compte, c’est que Stitch ne soit pas seul. Je suis content que tu aies quelqu’un dans ta vie, a-t-il envie de lui dire, yeux dans les yeux, parce que si Stitch n’est pas seul, alors peut-être y a-t-il une chance de préserver ce qui lui reste de santé mentale, tu mérites d’être heureux, il s’apprête à répondre, mais un autre prénom sort d’entre ses lèvres et Jupiter se fige sur place.
Hermès. Pas assez courant pour être porté par n’importe qui, suffisamment précis pour ne pas être une simple coïncidence. Hermès. Les frissons se glissent le long de son dos, jusque dans son cœur, alors qu’il assimile ce qu’essaie de lui dire Stitch, qui continue à parler comme si ça n’avait aucune espèce d’importance mais. Hermès. Hermès et son visage parfait, Hermès et sa voix contre son oreille, Hermès, ses mains, ses bras, son corps, Hermès qu’il aime tellement, tellement, tellement, Hermès dont il sent encore l’empreinte fantôme sur son corps, quelque part entre ses cuisses. Hermès, son meilleur ami. Hermès, l’amant de Stitch. Il ne montre pas qu’il a mal, Jupiter. Ça fait partie des premières règles du tueur, la leçon la plus importante. Dévoiler ses faiblesses, c’est s’exposer à davantage de souffrances, à davantage de cris et de pleurs, de peur, de terreur, c’est laisser tomber son armure et exposer son cœur à l’ennemi pour qu’il y enfonce sa lame. Alors, il fait la dernière chose qu’il souhaite faire à cet instant, mais la seule qui lui permettra de préserver ce qu’il reste de sa dignité : il embrasse le front de Stitch, sèche ses larmes avec sa paume, et dans un ultime espoir de canaliser les sanglots qui agitent la cage thoracique de son ami, il l’entoure de ses bras et le serre contre lui. « Écoute-moi, Stitch », il murmure contre sa tempe, sa main caressant doucement son dos, étreinte qu’il veut rassurante, ses lèvres frôlant la lisière de ses cheveux, prêtes à y déposer un baiser si la situation l’exige. « C’est normal qu’elle revienne, c’est normal que tu penses à elle, c’est normal que tu souffres. S’il y avait un remède à ça, je l’aurais déjà essayé sur moi, tu peux me croire. » Les mots sont doux, sans amertume, simple mais directs, parce que Jupiter a connu aussi la douleur de perdre celle qu’on aime, ceux qu’on aime, il l’aurait déjà appliqué à lui-même. « Je pense que les souvenirs sont faits pour qu’on aille de l’avant. S’il n’y avait pas eu Maebh, il n’y aurait jamais eu Soyan, ni Hermès. » Il sait que ça n’aide sûrement pas son ami, que c’est plus stupide qu’autre chose, que ces mots n’ont pas de sens, qu’ils manquent de délicatesse, peut-être, mais il sait aussi qu’il a raison, que sans Esther, il n’y aurait pas eu Claire, ni Hermès. Hermès. « Hermès est l'un de mes amis, tu sais. Tu peux lui faire confiance. Tu peux faire confiance à moi, aussi. On ne peut pas effacer tes souvenirs, mais on peut te protéger, t’aider, t’aimer. » Et aucun sentiment ne transparait dans sa voix lorsqu’il évoque l’Auror, aucune amertume, aucune rancœur, parce qu’il pense chacun de ses mots, parce qu’il ne cessera jamais de les penser, d’affirmer qu’Hermès est la personne la plus digne de confiance qu’il connaisse et qu’il l’admire au moins autant qu’il l’aime.
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MessageSujet: Re: In a mad world, only the mad are sane (Stupiter)   Dim 2 Oct - 23:41

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Jupiter & Stitch



Les lois de l'univers sont étranges. Celles qui ont mis Jupiter puis Hermès sur le chemin de Stitch, celles qui lui grignotent le cerveau et le cœur, tuent Maebh puis la remplacent sans pouvoir la remplacer vraiment. Stitch a un énorme vide à combler, un néant, un trou noir, du genre qui avale tout sur son passage sans laisser la moindre chance. Avec ce sourire trop sincère, trop pur, le sourire du déglingué qui ne pense pas à mal mais fait du mal quand même. Stitch ne voit pas l'aversion, la violence envers lui, souvent, elle glisse sur sa peau sans l'égratigner. Mais il ne voit pas non plus la douleur des autres, il ne sait pas reconnaître la peine, elle est trop dure à supporter, le heurte trop dans ses rares accès de lucidité, le renvoie à sa propre souffrance. Sa folie n'ignore pas la peine, elle la fuit. Il n’y est pas étranger, pourtant, il la sent, il la sait. Elle est avec Soyan, chaque fois qu’il va le voir à l’opiumerie. Avec Azalea, chaque fois qu’elle le regarde. Avec Hermès, dans son baiser étrange, tremblant et passionné. Avec Jupiter, Jupiter qui essaye de lui parler sans y parvenir, Jupiter et ses gestes trop tendres envers lui, Jupiter qui ne sait pas vraiment s’y prendre mais vers qui il accourt presque toujours en cas de chute, comme s’il était le seul à qui il pouvait imposer ça, le seul vers qui il pouvait se tourner, le seul assez rationnel pour pouvoir lui répondre, le réparer, même le plus maladroitement du monde. Jupiter, c’est un grand frère, un pilier solide, mais peut-être un peu bancal à la base. Stitch ne craint pas Jupiter, même s’il devrait, en théorie. Stitch le respecte, a confiance en lui. Il n’a rien d’horrifiant, à ses yeux, il lui semble stable, sain, normal. Il a cette stature rassurante, cette voix grave mais douce, ce charisme qui donne envie de l’écouter. Stitch l’a toujours trouvé affreusement stoïque et c’est pour cela qu’il l’aime beaucoup trop. Il ne sait pas trop comment il fonctionne, Jupiter, il semble marcher comme mû par une force invisible, mystérieuse. Jupiter est plein de mystères à découvrir. Peut-être ces mystères sont-ils effrayants, au fond. Stitch n’en sait rien, Stitch ne cherche pas. Il est épuisé et a le visage trempé de larmes trop salées, alors les mystères de Jupiter, il n’y pense pas trop. Mais Jupiter est contrariant pour sa folie, il se profile comme un sauveur, comme un antihéros devenu héros par la force des choses. Les antihéros sont toujours mieux, de toute façon. En temps normal, Stitch l’observe toujours avec des regards brillants d’admiration, comme un gamin devant son père qui est naturellement le plus fort du monde. Il se sent en sécurité, avec Jupiter, comme avec un harnais qui l’empêcherait de s’écraser à terre si jamais il tombait du fil.

Les bras de Jupiter, le baiser contre son front, les mains séchant calmement ses larmes lui font du bien. Il se sent moins perdu, respire plus fort, plus lentement, pour étouffer les sanglots, se calmer, reprendre le fil, écouter Jupiter lui parler. Il ne comprend pas tout, non, il est confus, paumé dans un désespoir sans fin, à essayer de remettre Maebh derrière la porte où elle se trouvait. Il ne comprend pas du tout, c’est trop rationnel, trop logique, trop sans appel, pas de solution à la souffrance, y’a de quoi devenir fou, y’a de quoi péter les plombs, mais c’est déjà ce qu’il a fait, Stitch, peut-il le refaire une seconde fois ? Maebh ne devrait plus être là. Il se blottit un peu plus dans les bras de Jupiter, il a envie de dire qu’il y a Soyan et Hermès parce qu’il n’y avait plus Maebh, et c’est un peu ça, et c’est un peu vrai, mais il aimerait simplement retrouver le chemin vers sa folie, sa folie qui nie tout, sa folie qui lui permet de vivre encore sans vouloir se laisser mourir, sans vouloir se jeter à mains nues sur un spaseni, sûr et certain de mourir. Hermès. Stitch a un bien maigre sourire quand Jupiter prononce ce prénom, il sent un grain d’enthousiasme s’introduire dans la pénombre de ses pensées. Hermès. Ces deux syllabes, beaucoup trop belles, Hermès, murmure-t-il du bout des lèvres. « Tu connais Hermès ? » Il relève des yeux mouillés vers Jupiter, sourire effacé. Il frotte ses paupières du poing, secoue la tête comme pour chasser le reste. Ça ne marche pas vraiment, toujours aussi perdu, le cœur battant, la respiration chaotique. « Alors tu sais. » Tu sais qu’il suffit de le voir une seule fois pour être happé par lui. Tu sais à quel point il est difficile de détourner le regard, comme s’il n’était pas permis d’en perdre une miette. Tu sais qu’il a cette aura terrible et fascinante. Tu sais comment on se sent mourir quand un sourire se glisse sur ses lèvres. C’est ça, l’amour pour Stitch, un truc excessif, un truc qu’il s’imagine que tout le monde comprend, que tout le monde expérimente chaque jour. C’est du coup de foudre, du coup de tonnerre, du coup du sort, tout qui s’abat sur lui en un fragment de seconde, le laissant stupide et pantois et avide de quelqu’un qui ne voudra peut-être jamais de lui. « Je ne l’ai vu que deux fois et il m’a déjà bouffé la moitié du crâne. » C’est ça, aussi, l’amour pour Stitch, les pensées vacillantes qui se dirigent inévitablement vers les mêmes personnes, encore et encore, comme un refrain trop chanté, mais entêtant, qui ne sort pas de la tête une fois qu’on l’a retrouvé. Il n’a pas une façon poétique de le dire Stitch, il a une façon excentrique de le dire, plutôt, une façon étrange, un peu inquiétante, mais c’est ce qu’il ressent, c’est ce que son cœur lui dit en permanence, et il est heureux de se faire bouffer, au fond. « J’aimerais tellement pouvoir l’oublier. Tu ne connaîtrais pas quelqu’un ? Je peux trouver de l’argent et tout ira mieux après. Elle ne me troublera plus. » Maebh ne le troublera plus quand la folie ne marche plus, quand la folie ne suffit pas à éteindre les souvenirs, quand tout rejaillit violemment pour lui éclater au visage sans qu’il ne puisse protester, ou bloquer la chose. Il parle bien sûr d’un oubliator, un professionnel, un type sans trop de scrupules qui accepte l’argent sans poser de questions. Il ne sait pas, Stitch, si c’est possible, si c’est soignable. Tout ce qu’il sait, c’est qu’il ne peut pas vivre avec. « Je ne peux pas vivre avec elle là-dedans », il tapote sa tête de l’index, toujours au bord du gouffre, les larmes prêtes à couler de nouveau, « Je ne vais pas de l’avant avec mes souvenirs. Je ne fonctionne que parce que je ne m’en souviens pas, la plupart du temps. Il y a toujours. Il y a toujours tout ce – » Il y a toujours tout ce sang, incapable de le dire, incapable d’oublier le sang, le sang, le sang, incapable de le sortir de sa mémoire, lui et les grands yeux vitreux de Maebh. « Je ne peux pas avancer là-dedans. » Il ne peut pas nager dans la mer de sang pour rejoindre la côte, il se noierait à tous les coups.  

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MessageSujet: Re: In a mad world, only the mad are sane (Stupiter)   Lun 7 Nov - 16:38

Stitch n’est pas quelqu’un que l’on peut détester, même en le voulant vraiment. Jupiter s’était fait cette remarque, un jour où il l’avait un peu mieux regardé, un jour où il avait essayé de deviner la vérité sous les couches complexes de vernis multicolore que portait trop souvent son ami, et c’était simple, clair, limpide. Stitch n’est pas quelqu’un que l’on peut détester. Oh, bien sûr, il peut être agaçant, énervant, il peut devenir obsédant si l’ont se laisse piéger, parce que le challenge est attirant, parce qu’on a envie de le réparer et de faire en sorte qu’il ne soit plus jamais bousillé. Et pourtant, il ne peut en aucun cas être détestable, Stitch, tout innocent qu’il est, tout raccommodé de partout avec des fils qui pendouillent, il ne peut absolument pas être une plaie, ni un fardeau, ni une malédiction, parce qu’il est bien trop adorable et pétri de tout un tas d’attentions très louables. Même lorsqu’il parle d’Hermès comme ça, c’est difficile de le haïr, Stitch, difficile de lui en vouloir et de faire la gueule. De toute façon, il ne comprendrait pas. Il ne comprendrait pas parce que c’est normal, pour lui, d’évoquer aussi librement l’amour, l’attirance et le désir, c’est aussi naturel que de respirer, pas comme Jupiter qui enfouit ses sentiments sous son austérité, ses sourcils froncés et ses lèvres pincées, pas comme Hermès qui cache ce qu’il ressent pendant quinze ans. Stitch est naturel, trop naturel, trop différent parfois, parce que ses yeux disent des choses que ses lèvres cachent mais que ses mains et ses mots en révèlent davantage encore. Il ne cache pas, Stitch, il ne joue pas, jamais, il ne ment pas, par-dessus tout. Tu sais, il dit. Tu le connais, alors tu sais. Jupiter ignore si Stitch l’entend déglutir, sent son pouls s’accélérer, il ne saurait dire s’il entend sa voix trembler lorsqu’il répond « je sais » dans un murmure, s’il sent ses bras se refermer un peu plus fort sur lui, s’il comprend la tristesse qui étreint alors Jupiter. Et il aimerait en ajouter plus, dire qu’il sait parce qu’il l’aime aussi, sûrement depuis plus longtemps qu’il ne veut bien l’admettre, dire qu’il sait parce que ça transcende absolument tout, parce que ça brise ses murs de solitude, d’amertume et de douleur, et ceux d’Hermès, bien différents, les murs d’insécurité, de tristesse et de désamour. Mais plus les secondes s’échappent, plus tout semble clair. Hermès n’a pas besoin de lui. Hermès a Stitch, Stitch pété, Stitch irréparable, Stitch inconsolable mais Stitch tout de même, et il vaudra toujours mieux que lui. Il ne tue personne pour gagner sa vie, Stitch ; il écrit des articles dans un journal. Il ne collectionne pas les portraits de ses victimes, mais les tasses. Il est innocent, Stitch, innocent et parfait, malgré les fêlures, malgré le triste concours des choses et malgré la vie, malgré Maebh et tout ce qui avait bien pu le faire dérailler un jour. Il est parfait, Stitch. Parfaitement imparfait, avec les marbrures qui le couvrent et l’obscurité qui l’entoure, avec son sourire communicatif et ses manies incompréhensibles, avec ses grands mots et ses phrases qui n’ont pas de sens. Il est l’opposé de Jupiter, Stitch. Plus expansif, plus enthousiaste, plus sain et plus serein, malgré toute la douleur qui le transcende. Même s’il le voulait, Jupiter ne pourrait jamais devenir comme lui, être insouciant, être hors du temps, n’avoir aucun des deux pieds sur terre. Les seuls moments où ils se ressemblent sont ceux comme aujourd’hui, lorsque Stitch se laisse porter par l’abîme de sa tristesse.

Il le serre un peu plus contre lui, doucement, avec tendresse, comme il étreindrait un gosse qui aurait perdu son doudou, à l’image de la mère poule qu’il a toujours été pour son ami. Il en a besoin, Stitch, et c’est drôle, drôle et ironique qu’ils se soient trouvés et reconnus, des amis, des âmes en peine, drôle qu’ils se soient compris malgré toutes leurs différences. C’est évident qu’ils sont bons l’un pour l’autre, foncièrement bons, pas parce qu’ils sont complaisants ou parce qu’ils oublient leur peine lorsqu’ils sont ensemble mais, au contraire, parce qu’ils ne sont jamais plus lucides que dans ces moments-là. Et pourtant, Stitch reprend sa rengaine, exprime de nouveau sa peine. Elle filtre à travers sa voix, à travers ses mots, claire, limpide, à travers le doigt qui tapote contre sa tempe. Là-dedans. Si seulement il savait. « Stitch », commence Jupiter, Stitch, doucement, alors qu’il se détache un peu de lui pour le regarder, lèvres légèrement pincées. Il est beau, Stitch, même s’il ne fonctionne pas correctement, même s’il ne vit qu’à moitié, même s’il n’est qu’un vestige du Stitch d’autrefois. Il est beau, tout fêlé. Il est beau, tout naïf. « Tu peux vivre avec elle là-dedans, et il appuie à son tour, doucement, du bout du doigt, sur le front de son ami. Tu le fais déjà, chaque jour. Et tu le fais mal, terriblement mal, tu le fais en boitillant et en te cognant aux murs, mais tu le fais quand même. On le fait tous. » Et c’est vrai, terrible et vrai, on le fait tous parce que c’est ce que lui aussi fait depuis quatre ans, c’est ce que lui vit, chaque jour, c’est le brouillard dans lequel il avance sans rien pour se repérer, l’eau trouble dans laquelle il nage, le feu qu’il traverse et la forêt de ronces dont les épines le transpercent un peu, seconde après seconde. Il aimerait qu’il y ait une recette miracle, parce que ce serait plus simple, parce que lui aussi préfèrerait oublier, tout, James et Lony et Esther, les après-midis à jouer aux cartes et les baisers sous la neige, il aimerait oublier leurs rires et leurs regards. Ça lui arrive, pourtant, de ne plus totalement se rappeler de leurs visages, d’oublier parfois le son de leurs voix et de ne plus trop savoir ce qu’ils aimaient faire, à quelles blagues ils riaient et quels étaient leurs plats préférés. Ça lui arrive et c’est parfois même plus douloureux encore de voir les souvenirs s’évaporer, d’essayer de les attraper mais de s’apercevoir que c’est comme retenir du sable, de la fumée, que c’est vain et impossible.
Il a glissé une main sur la joue de Stitch, Jupiter, doucement, parce que ce geste est inhabituel entre eux et qu’il ne veut pas l’effrayer, parce qu’il a peur de le casser un peu plus s’il fait ce qu’il ne faut pas, s’il dit des stupidités comme il le fait parfois. « Tu es courageux, Stitch. Sûrement la personne la plus courageuse que je connaisse. Ne te sous-estime pas. Ne les laisse pas gagner. » D’un geste, il recueille les larmes naissant aux bordures de ses yeux, au bout de son pouce, puis l’observe, un peu trop longtemps, comme s’il essayait de trouver une lueur de lucidité dans son regard, un éclat qui signifierait qu’il sait, qu’il comprend, qu’il est conscient de ses qualités et qu’il peut se battre. Mais comme à chaque fois qu’il le sonde, Jupiter ne trouve rien, rien hormis une tristesse absolue, celle dans laquelle il se complait trop souvent. Dans un soupir, il l’attire de nouveau contre lui, lèvres contre son front, tendre comme il ne l’est que trop rarement, tendre parce que c’est tout ce qu’il peut offrir à Stitch, parce qu’il n’a plus grand-chose lui non plus, juste des restes de sa jeunesse fauchée, laissée derrière lui, loin derrière lui. « Je suis nul pour réconforter, Stitch, il murmure enfin, les doigts glissés dans sa nuque, caresse discrète et rassurante. Je suis sûr que tu aurais plein d’autres amis bien meilleurs que moi pour ce genre de choses. » Il déglutit, soupir de nouveau au bord des lèvres. Ses yeux se sont fermés, comme s’il se laissait bercer lui aussi par leur étreinte. « Je déteste te voir pleurer », il ajoute, voix légèrement vacillante, parce que ce n’est pas juste, ce n’est pas normal, parce que Stitch est sans doute le meilleur d’entre eux et que c’est pourtant contre lui que le sort s’acharne. Et alors que les mots franchissent la barrière de ses lèvres, il le serre encore un peu plus, conscient qu’il n’est pas bon pour réconforter mais qu’il y a sûrement une raison si Stitch s’est tourné vers lui aujourd’hui. Et il détesterait le décevoir.
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MessageSujet: Re: In a mad world, only the mad are sane (Stupiter)   Dim 27 Nov - 0:36

In a mad world, only the mad are sane
Jupiter & Stitch



Stitch a besoin de Jupiter, comme il a besoin de tous les autres, mais parfois un peu plus, parce que Jupiter lui fait l’effet d’un roc auquel il peut s’accrocher, quelque chose de solide et de stable et de serein qui peut le calmer, le retenir, endiguer la folie, ou la faire revenir, il ne sait pas trop. Il sait que ce n’est pas vrai, aussi, que Jupiter n’est pas si solide, que ses fondations sont un peu bancales, qu’il a beaucoup souffert, trop souffert, lui aussi, qu’il n’en est pas ressorti indemne et qu’il ne sera plus jamais indemne. Comme lui. Il le sait au fond de lui, même s’il ne s’en souvient pas souvent, même s’il a oublié leur première rencontre et tous les sentiments d’horreur et de colère qui allaient de pair. Il se sent inexplicablement proche de Jupiter, côte à côte même s’ils sont à l’opposé l’un de l’autre, sa douleur fait écho en Stitch d’une manière presque mystique, cette impression qu’il sait ce que c’est, que personne d’autre ne lui donne. Le désespoir nourrit Stitch lorsqu’il va voir Jupiter les jours où il va mal, c’est la folie qui ne suffit plus à tout effacer, à tout éclipser. Jupiter le rassure. Jupiter lui dit des mots sensés qu’il ne comprend pas, mais sa voix le rassure, terriblement, coller son oreille contre son cœur et écouter son battement régulier pour retrouver comment faire, comment vivre sans elle. Stitch ne sait pas qu’il fait du mal, n’entend pas le cœur de Jupiter vaciller ni même ne sent qu’il le serre plus fort, il ne sait pas. Il faudrait que Jupiter lui dise, lui parle, il faudrait que Jupiter soit un peu plus comme lui. Stitch n’a jamais compris pourquoi tout est si compliqué. Pourquoi les gens mentent, pourquoi ils rient quand ils sont tristes, pourquoi ils ne disent pas ce qu’ils ressentent à ceux qu’ils aiment, pourquoi ils ont des secrets, pourquoi ils les gardent pour eux, pourquoi ils n’essayent pas de sourire aux passent dans la rue, pourquoi ils se regardent tous en chiens de faïence, pourquoi ils font tout pour rendre tout plus compliqué que ça ne l’est vraiment. Stitch n’a rien de lucide, rien de logique, mais rien de fermé, de secret ou de compliqué non plus. Ce n’est pas quelque chose de nouveau, ce n’est pas quelque chose venu après Maebh. Ça a toujours été là. Tout avait été si simple avec Maebh. Il l’avait aimée dès qu’il l’avait vue. Il ne le regrette pas. Il ne se dit jamais si seulement je ne l’avais jamais rencontrée. Il n’a jamais été bon pour savoir ce qui se fait, ne se fait pas, ce qui doit être compliqué ou ce qui dit aller de soi. Tout est toujours allé de soi, pour lui. Son premier amour était le bon, l’unique, l’idéal, et il était réciproque. Ses années avec Maebh avaient été des années de bonheur parfait, avec tout ce qu’il fallait d’amour et d’emmerdes.

Il est chanceux, Stitch, incroyablement chanceux quand on y pense, quand on regarde tout ce qui aurait pu aller mal pour lui et qui n’est pas allé mal, parce qu’il y avait eu Maebh et qu’ils s’étaient aimés, parce qu’à présent il y a Soyan qui l’aime, et Hermès qui ne le rejette pas, il y a Agrippine qui prend soin de lui et Jupiter qui tient à lui, sa sœur qui l’épaule et tous les autres qui sont si indispensables à son petit univers. Tout semble aller bien pour lui quand il ne pense pas à Maebh, la misère du monde ne le touche plus et il sourit toujours plus, toujours plus fort. L’amour est important, l’amour est essentiel, et il l’a toujours malgré tout, malgré Grindelwald, malgré Maebh, malgré le monde et ses coups bas. Stitch croit que cela suffit. Que l’amour résout tout. Qu’il peut oublier le reste. Les larmes, la douleur, le creux dans sa poitrine, les menaces, la mort de Maebh, la haine envers Grindelwald, la haine envers cet homme qui riait sous la pluie. La folie est douce et rassurante, il peut s’y baigner des jours entiers sans penser à autre chose. Ses tasses le protègent de tout. Son cœur est abîmé, fêlé, massacré, mais il bat encore. Il bat encore pour d’autres personnes, même s’il n’aimera jamais personne aussi fort, même si son univers ne tourne plus rond depuis qu’il a perdu son centre. Peut-être que c’est mieux, peut-être que ça aurait dû être comme ça depuis le commencement. Il n’écoute pas, Stitch, ou pas les choses qu’il faut écouter. Il passe ses bras sous ceux de Jupiter et le serre plus fort, collant un peu plus son oreille contre sa poitrine. Il écoute son cœur, il écoute les vibrations de sa voix qui résonnent dans sa cage thoracique. Stitch n’a jamais voulu affronter la vie sans Maebh, n’a jamais été prêt à le faire. Le passage où il accepte tout ça a sauté à l’instant où la folie a pris le dessus. Jupiter peut le regarder et caresser sa joue et essuyer ses larmes, ça ne change rien, mais ça fait du bien quand même, ça le calme, ça l’apaise, ça lui réapprend à respirer. Jupiter le regarde et Stitch se demande ce qu’il voit, dans l’abîme de ses prunelles, parce qu’il se regarde dans le miroir, parfois, et qu’il n’y a plus grand-chose là-dedans quand il se retrouve seul.

Il prend une longue inspiration, sanglote encore un peu contre le torse de Jupiter, léger hoquet qui s’envole doucement avec la tendresse de son ami. Ses yeux ne lui piquent plus autant, et ses mains agrippées à la chemise de Jupiter se relâchent un peu. « Je suis désolé » dit-il à mi-voix, comme conscient qu’il est injuste de s’imposer dans cet état, parce que Jupiter déteste le voir pleurer. « Je suis désolé » répète-t-il sans raison apparente, et il se redresse lentement, en se frottant le visage pour effacer tous vestiges de sa peine. « C’est de toi dont j’ai besoin. » Il appuie gentiment sa tempe contre son épaule, l’air un peu triste et paumé. Pourquoi Jupiter ? Pourquoi le choisit-il toujours quand il se sent comme ça ? Pourquoi lui fait-il toujours subir ça, comme si c’était normal ? Stitch n’en sait rien, c’est devenu un réflexe, Jupiter est devenu celui qui le guide quand il se perd trop dans la folie, Jupiter est là comme un grand frère pour veiller sur lui. C’est sans doute égoïste, et il s’en veut, le regard vide, fixé droit devant lui sur le mur d’en face. « J’ai pas besoin d’être réconforté » fait-il d’une toute petite voix, « Tu sais. Tu sais pour elle et je n’ai pas besoin de le dire. Ça me suffit. » Il fait courir ses doigts sur l’avant-bras de Jupiter, laisse tomber sa main contre la sienne pour la serrer. « Tu es important pour moi. Je ne sais pas expliquer les choses, mais tu es important et tu me rassures et tu es quelqu’un de bien. Je le sais. Ça m’aide de me raccrocher à quelque chose de bien. » Il sourit, à moitié contraint, à moitié triste, mais il sourit quand même. « Je ne vais plus pleurer, je te le promets. »

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