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 for all the ghosts that are never gonna catch me (w/ judith)

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MessageSujet: for all the ghosts that are never gonna catch me (w/ judith)   Jeu 29 Sep - 21:30

Les fantômes de Malka sont des êtres aux visages multiples. Ils se perchent au coin de ses cauchemars, la nuit, les jambes dans le vide de son crâne et un sourire plein de dents sur le visage. Ils s'appellent Papa, Maman, Mamie, ils s'appellent Zohar, Batel ou Andreas, ils ne s'appellent pas, parfois, aussi, des ombres errantes et sans nom, qu'elle a croisé, une fois, et qui ont disparu ensuite, englouti par les vagues déchaînées qui la sépare de la France. Les fantômes de Malka sont palpables et douloureux, les fantômes de Malka sont diffus et funestes, le genre de brume qui se glisse dans ta gorge pour mieux t'étouffer, le genre de brouillard qui emplie tes narines et tes poumons et tout ton corps, qui t'éveille la nuit pour mieux rire alors que tu affrontes seul les trois heures du matin. Les fantômes de Malka n'ont d'autres formes que celle qu'elle lui donne, pas d'existence propre, des monstres qui rampent dans son crâne et qui enfoncent leurs griffes comme autant de lame dans le bonheur chancelant qu'elle essaye de bâtir. Les fantômes de Malka existent par leur inexistence, sont puissants parce qu'ils n'ont aucune force, brûlants parce qu'ils sont gelés. Les fantômes de Malka la secouent quand elle aimerait ne plus jamais s'éveiller, les fantômes de Malka hurlent lorsqu'ils parlent, soufflent et chuchotent, touchent et s'accrochent, les fantômes de Malka sont autant de stigmates dont elle ne parle pas, autant de stigmate qui ne parlent pas, pas réellement, pas audiblement, ils soufflent au creux de sa tête mais leur voix ne vient pas de dehors, de la rue, de l'extérieur.

Elle est tétanisée, quand elle reconnaît la voix. Elle sait que le patron de la boutique d'accessoire de Quidditch lui parle mais elle ne l'entend plus, plus vraiment. Elle entend la voix, de l'autre côté de la vitrine, elle entraperçoit une mèche de cheveux, qui a attrapé le vent, le contour fugace d'une mâchoire. Son esprit est vide. C'est une étrange sensation, quelque chose qui n'arrive jamais. Son esprit est vide et elle a la gorge sèche, son esprit est vide et elle vient d'apprendre que ses fantômes peuvent se manifester autrement. Elle la reconnaît Malka. Elle la reconnaît, évidemment, parce qu'elle hante ses rêves, parfois, parce qu'elle a son prénom sur le bout de la langue, souvent, parce qu'elle se demande, régulièrement, où est passé Judith, Judith, Judith, sa voisine parisienne et sa famille qui allait avec la sienne à la synagogue du quartier, le rabbin qui souriait et Judith, Judith, Judith vers laquelle Malka se penchait, les yeux allumés de milles bêtises possibles, Judith, Judith, Judith, dont elle n'était pas excessivement proche mais qu'elle aimait tout de même, parce qu'elles vivaient la même chose, sorcière et croyantes et moldues, fondamentalement. Judith dont elle n'a plus eu de nouvelles, après, Judith qui s'est évaporée dans l'air comme tant d'autres. Judith qui marche dans la rue, aujourd'hui, et Malka a le coeur au bord des lèvres alors qu'elle plante le patron qui râle, elle le devine, qu'elle se jette dans la rue comme on balance une bouteille à la mer, les mains tremblantes et la panique au bord du regard, un irrépressible besoin de courir qui lui saisit les jambes alors qu'elle fend la foule, se jette à la poursuite de l'ombre qu'elle a entraperçu, à la poursuite du fantôme, du fantôme, du fantôme, qui est apparu et qui n'était pas un fantôme, du fantôme qui s'éloigne et qui la rend folle.

« JUDITH ! » Elle finit par crier, et ça ne lui effleure pas l'esprit que ça ne puisse pas être elle, que ce soit comme toutes les fois où elle pense trouver Zohar dans le visage d'un inconnu alors que ce n'est pas lui, toutes les fois où un homme lui fait songer à son père, toutes les fois où elle voit sa mère dans un visage. « JUDITH ! » répète-t-elle, et il y a des larmes dans sa voix lorsqu'elle la rattrape parce que tout la rattrape elle aussi, lorsqu'elle attrape le poignet de la jeune femme, le souffle court et le regard perdu, l'envie d'hurler quand elle la dévisage, quand elle détaille ce visage si familier, ses yeux et son nez et ses cheveux, et elle ravale une inspiration tremblante. « Je pensais. » Elle bredouille, tente de s'expliquer, la mort dans les yeux. « Je pensais que je m'étais trompée, tu. » Et ça ne lui ressemble pas, de bredouiller, pas du tout, mais elle ne peut pas s'en empêcher, parce que tout se fracasse et que tout se rencontre, et que c'est un bout de Paris qui lui revient dans la gueule comme une porte. « Je pensais ne jamais te revoir. »

C'est horrible, comme phrase, terrible, comme phrase, parce qu'il y a la mort à chaque tournant de ses souvenirs, parce qu'il y a des disparus à chaque pas qu'elle franchit vers le passé.
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