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 (minour) and we all grew up, shit got tough.

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MessageSujet: (minour) and we all grew up, shit got tough.   Dim 9 Oct - 18:41



and whenever the sun came out we played.
L’œil d’Abel Shafiq est noir, son sourire faux, sa voix dangereuse. Il a pas envie qu’ils soient là, les Avery, et il a pas besoin d’le dire tout haut, puisqu’il le pense si fort. Le ressent plus fort encore. Sa rage est palpable et si puissante, mêlée au dégoût et à la douleur, que Milo s’est vu obligé, pris de violents maux de tête, de s’tenir le plus éloigné possible de lui, et ce depuis l’début des festivités. Mais faut qu’il se rassure, le vieil oriental, faut bien qu’il se dise que les Avery sont pas plus heureux que lui à l’idée de se trouver là, en territoire ennemi, entourés de tous ces bulgares lèches-culs et d’leurs chers cousins maudits à la peau cuivrée. Seul près du banquet, très à l’aise dans son élégant costume sur mesure, Milo sirote tranquillement sa coupe de champagne. Il garde quand même une distance de sécurité avec le monde, rit de bon cœur aux blagues discriminatoires des hommes bien habillés qui l’accostent tout en effleurant les fins doigts de leurs dames avec ce respect dosé qui lui colle à la peau. L’arrogance lui pend cependant aux lèvres, et il capte très souvent dans le regard de ces vieux hypocrites l’irrépressible désir de lui en coller une pour lui faire ravaler son sourire mielleux. Grand bien leur fasse, qu’ils pestent en silence, c’est tout à leur honneur. Milo, lui, il aime ce jeu recto-verso, se passe la langue sur les lèvres, se délecte du poison qui ronge le cœur des Hommes. Sa femme, Nela, se fait également marchande de compliments, de sourires et de beaux mots en tous genres. Ils ont beau faire partie des plus jeunes mariés de l’événement, ils n’en restent pas moins aussi vicieux et hypocrites que tous les autres, plus encore envers eux-mêmes qu’au sujet du reste du monde. Ils peuvent pas se blairer, ces deux-là. Parce qu’elle aime pas les anglais et qu’il fait exprès d’écorcher chaque mot slave qui sort de sa grande gueule, et elle, ça l’énerve, le rend encore plus détestable à ses yeux qu’il ne l’était de base, quand on les a promis en mariage. Ils se doivent pourtant de cacher cette partie-là de leur relation et le font avec brio, elle lui déposant de fins baisers sur la joue, lui la prenant par la taille, tous deux trinquant seuls en attendant l’arrivée d’une prochaine marionnette. Même leur prunelle, ils arrivent à la faire changer d’couleur. La masquent d’un bonheur léger, amour feint qui brille en son sein. Et puis les minutes passent, leur jeu dure, s’éternise et ils s’en lassent, détestent être qui ils sont mais continuent, lâchent rien. Bien trop fiers pour craquer maintenant, bien trop grands pour laisser quiconque voir c’qui cloche, remarquer leurs failles.

Quand soudain, sans qu’personne s’y attende, vient le temps de la danse.

On pose les coupes d’argent, on jette des regards pressés vers l’estrade, où certains instruments flottent dans les airs en déversant leur flot ininterrompu de notes enjôleuses et délicates. Les musiciens préparent leur prochain morceau. Un bref silence se fait. On demande à Milo la permission d’amener dame son épouse valser. Des regards complices s’échangent. Factices. Prends-la, fais-la danser pour toujours si ça te chante. Je te la laisse, ne me la ramène jamais. Humblement, il accepte, la regarde s’éloigner. Presque le sourire aux lèvres. Puis il tombe sur l’œil dur de son oncle, au fond d’la salle. Ça lui donne froid dans l’dos, à Milo, ça l’rend nerveux, ça l’dégoûte presque. Alors il baisse la tête, lui tourne le dos. Comprend qu’il va pas pouvoir rester là à contempler tout ce beau monde sans rien faire. Alors lui aussi, il part à la recherche d’une jolie damoiselle (ou vieille dame, ou gamine, ou n’importe qui portant une robe, en fait) qui serait prête à être sienne le temps de quelques minutes. Mais toutes semblent déjà accompagnées, et les sorciers retardataires se pressent pour trouver femme à leur bras. Jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’une poignée. De celles dont on ne veut pas, ou qui ne veulent pas. Des trop jeunes pour les grands pieds de leurs cavaliers, des trop âgées aussi, plus aptes à suivre le rythme.

Et Nour.

Nour qui le fixe, qui l’rend mal à l’aise, qui l’égorge avec ses yeux enflammés. Qui a ce don, un peu comme son père, de l’faire se sentir pas à sa place. Lui donne envie de fuir pour ne jamais revenir. Nour qu’il aimait tant, avant. Avec qui il rigolait bien, avec qui il inventait des histoires fabuleuses. Nour qu’il protégeait comme si c’était sa propre sœur. Nour qu’il pensait ne jamais pouvoir laisser tomber. Nour l’hyperactive, au tempérament déplacé. Celle qui n’tenait jamais en place, qu’on mettait un peu de côté. La dernière, l’incomprise. Mais Milo, d’tout ça il s’en fichait. Avant. Parce que Nour, c’était sa préférée. Enfin plus maintenant. Plus maintenant que sa maman est morte, à Nour. Plus maintenant qu’on a coupé le fil qui liait leurs deux noms. Plus maintenant qu’Emilia a emporté leur complicité dans sa tombe et qu’il peut pas s’empêcher de ressentir de la rancœur envers sa si jolie cousine. Il sait qu’il devrait rester éloigné d’elle, qu’il devrait s’détourner, même pas la regarder. Pourtant, il s’met à la fixer lui aussi, fait brûler quelque chose dans ses yeux. Comme il a brûlé leurs souvenirs de sa mémoire, comme il l’a brûlée elle de son cœur. Et puis elle, elle se lève, s’retourne comme une diva et quitte la salle sans un bruit, la tête haute, dans un envolé de soies colorées. Et lui, toujours debout, toujours tout con, tout c’qu’il trouve à faire, c’est de traverser la pièce (presque en courant) et d’s’éclipser lui aussi, couvert par les percussions et les cordes. Excusé par la danse qui vient de commencer. Le couloir est grand, profond, et la Shafiq en voit déjà le bout. Mais lui il court, et elle elle marche. Et avant d’la rattraper, avant d’se retrouver face à elle et d’plus savoir quoi lui dire, il gueule dans son dos (parce que dans l’dos des gens, on peut tout faire) : « Qu’est-ce que t’as, Nour ? Tu t’sens pas très bien ? » Et c’est dit un peu trop fort, avec un peu trop d’intensité. Comme si rien qu’de dire ça, ça l’énervait. Il s’remet à marcher, parce qu’il l’a déjà rattrapée. Et elle, elle continue d’avancer, elle fait comme s’il était pas là, et ça a tellement l’don de le faire chier, ça l’soûle tellement de s’rendre compte qu’elle le fait exprès (parce que la connaissant, il s’attendait à s’en prendre une direct, à c’qu’elle se retourne dès les premières intonations d’sa voix meurtrie, à c’qu’elle lui crache à la gueule avec dédain) qu’il continue d’la suivre, un peu loin d’elle mais pas trop quand même. « Ton problème c’est que t’as pas le moral pour danser ou c’est juste qu’on n’a pas voulu de toi ? » Et le ton s’est fait railleur, le sourire a éclos. En un quart de seconde, il est devenu méchant, mauvais, comme il finit toujours par tourner. Il veut plus juste lui parler, attirer son attention. Il cherche à la blesser, il veut à tout prix lui faire du mal. Il pense que comme ça, il se sentira mieux. Tant que lui va bien, le reste on s’en fout. Même s’il s’agit de Nour, même si tout gosse, il aurait jamais cru être capable d’vouloir à ce point la faire saigner. Il pète les plombs tout seul, et y’a personne pour l’arrêter. Juste elle. Faut qu’elle se réveille, qu’elle réagisse.

Ouais, il veut qu’elle réagisse.

Qu’elle se batte, qu’elle lui gueule dessus, le remette à sa place. S’défende. Fasse quelque chose, quoi. Alors il parcourt en deux enjambées la piètre distance qui les séparait encore jusque-là. Il l’attrape par le bras, serre plus fort qu’il n’aurait fallu. Ancre ses pieds dans le sol et l’oblige à se retourner. À lui faire face, même s’il sait bien qu’les gens comme elle sont tout sauf valeureux. Qu’elle vient d’une famille de pourris, et que donc à part être un peu jolie, elle a pas beaucoup d’autres qualités. Pourtant ça, il lui dit pas. Il ose pas. Parce qu’elle pourrait très bien lui renvoyer sa bombe, parce que lui il est pareil. Courageux seulement dans ses rêves. Alors Milo, il s’contente de finir sa tirade vénéneuse, et, leurs fronts se touchant presque, l’œil furibond, il lui siffle d’ultimes palabres empoisonnées. « T’aurais dû tuer ta mère plus tard, elle t’aurait appris quelques pas. » Et juste après avoir lâché ça, il regrette. Il regrette parce que c’est sorti tout seul, parce qu’il avait pas très envie de le lui dire. Il sait pas c’qui l’a pris. Peut-être que c’est parce qu’il ressentait l’besoin d’en parler, étant donné qu’ils ont jamais su trouver l’temps, qu’on les a séparés trop tôt. Peut-être aussi parce qu’il voulait vraiment lui faire mal. Comme pour de vrai. Toujours est-il que tout c’qu’il trouve à faire dans l’instant, c’est d’la dévisager. Sourcils froncés, rictus tremblant au coin des lèvres. Un peu essoufflé, le cœur battant. Heureusement qu’elle peut pas voir que s’il avait pu, il serait revenu en arrière. Heureusement qu’il parvient à lui montrer seulement la colère, juste le dégoût. La peine, aussi. Et déjà, crâne et cœur s’allient pour capter les sentiments de l’orientale, pour les démêler, les offrir à Milo, histoire que ça le détruise. Ça fera juste une fois de plus, c’est pas bien grave.
claude gueuse


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