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 Lyke Wake Dirge - Abraham

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MessageSujet: Lyke Wake Dirge - Abraham   Mar 11 Oct - 14:05

Lyke Wake Dirge
Ruth & Abraham
This ae nighte, this ae nighte,Every nighte and alle,Fire and fleet and candle-lighte,Refrain: And Christe receive thy saule.
When thou from hence away art past to Whinny-muir thou com'st at last if ever thou gavest hosen and shoon,Sit thee down and put them on;

Elle s'était levée, le coeur au bord des lèvres, mois de mai sur les joues, mois de décembre au coeur. Décembre, et décembre était partout : sur les murs décrépis, sur les parquets grinçant, car ce n'était plus l'automne dans le manoir, mais bien l'hiver et la mort qui ne se relève pas. Peu importait le calendrier, les jours ne s'écoulaient plus ainsi qu'ils le devaient. La magie n'avait rien à y voir, juste l'oubli, juste la déchéance, un gouffre dans lequel mieux valait ne pas tomber, mais où chutaient-ils, tous, alors ?
Parfois, Ruth rêvait d'une tombe où s'étendre, et rien ne la terrifiait plus alors. Personne ne venait l'écouter bien sûr, elle, ses peurs, ses désirs, et depuis bien longtemps elle ne mettait rien d'autre dans ses prières qu'un amour pur et absolu envers un Père Divin. Se plaindre n'amenait à rien.
Au dehors, les gens pouvaient s'entredéchirer, elle ne leur accordait pas la grâce d'un regard. De toutes manières, bien peu étaient les pauvres âmes capables de s'intéresser à elle.

Elle ne prit pas la peine d'un petit déjeuner, passa devant chaque miroir de la maison sans que son âme ne se fasse attraper. Au dehors il y avait la brume et la vie, au dehors des choses loin de tout ce qu'elle avait appris. Aucune importance, la jeune femme rejetait le monde qui n'avait rien à lui offrir. Elle fredonna une chanson cependant, vieille ballade anglaise de l'intérieur des terres, et cela était pour son propre monde à elle, qu'elle se construisait.
Personne pour l'écouter, évidemment, alors elle fredonnait la nuit et l'amour sans que rien ne lui porte au cœur pourtant.
Sentiments...
Et les archaïsmes anglais filaient sur sa langue avec une sensualité qu'on lui connaissait peu, elle qui chantait lorsque personne ne l'entendait.
Le cabinet de taxidermie était vide, insouciante la jeune femme prit place sur le tabouret. Sa chemise bouffait un peu, elle ne l'avait pas fermé complètement pour se permettre de plus grands mouvements, autour de ses jambes, le tissu sombre de la jupe formait une corolle étrange, une eau où ne survivait aucun noyé.
Lentement, Ruth sorti un ruban de satin, la couleur défraîchie du rouge passé était comme une autre souffrance, une souffrance presque amusante. Et combien des femmes qu'elle connaissait pouvaient s'offrir toutes les tenues qu'elle désiraient, sans chérir le moindre ruban ? Vanité des vanités....
Elle s'attacha les cheveux bien sûr, qu'importe que quelques mèches rebelles viennent lui lécher le visage. Et, noirs, ses yeux le devinrent un peu plus. Elle allait construire, elle allait créer. Un bout de langue dépassa d'entre les lèvres trop souvent mordues, la grimace devint sourire, tout allait bien.
Elle était seule, elle fredonna plus fort, ainsi que le font les femmes aux bras blancs dans les rêves et le néant. Son pied battait la mesure de la ballade, du corps et de la mort, tandis que ses mains assemblaient une structure de bois et de métal, assez fine pour devenir le squelette de l'animal qu'elle travaillait.
Il était tôt, beaucoup trop, la mort n'avait pas d'heure pourtant. Elle même, elle pouvait mourir maintenant... Un frisson passa sur sa nuque découverte, son doigt tressailli, se calma. Non, elle savait faire, elle ne tremblerait pas.
Contre la fenêtre, un oiseau vint se cogner alors. La jeune femme releva la tête, le corps tendu. Elle pensa aux mauvais présages, se demanda ce qui la frapperait elle, un jour. Lentement, Ruth ferma les yeux, silencieuse désormais, droite sur le petit tabouret. A ses cheveux, le ruban glissa, dénouant la longue masse brune avant de voleter jusqu'au sol, plus lent qu'un rêve encore.

Quelque chose n'allait pas, quelque chose n'irait pas, et si son cœur lui martelait la poitrine, c'était par crainte de larmes et de colères à venir. Quelque chose en elle cria JE NE VEUX PAS, mais il n'y avait que le silence. Le silence de chacun des mots qu'elle ne prononçait pas.
Elle se tourna alors, les yeux rouverts,  et dans l'encadrement de la porte, se tenait la haute silhouette de son père.

Il la regardait, il la voyait, pouvait-on faire chose plus terrible alors ? Dans sa gorge, l'air se bloqua, il lui fallait parler pourtant.

 « Père... »

Les mains sur les genoux, les mains qui ne devaient pas trembler, jamais.

 « Je suppose que comme d'habitude, vous voulez travailler seul. Dommage, j'avais presque terminé... »]
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Âge :  L'âme fatiguée par cinquante-et-unes années de bataille.
Sang :  Pur, envers et contre les moqueries - sang royal d'une pureté préservée aux effluves de folie.
Allégeance :  Après des années à se targuer d'une neutralité à toute épreuve, Abraham s'est enfin décidé à prendre parti pour Abel Shafiq. Porté par l'appel de la Malédiction, persuadé de voir là l'appel de Dieu.
Profession :  Historien magique dans un premier temps, unique domaine de la vie sorcière dans lequel le Quirrell a gagné ses lettres de noblesses, éminent chercheur à la tête bien faite. Taxidermiste aussi, hobby au goût d'éternel. Gourou, parfois. Beau parleur rassemblant derrière lui les égarés, les effrayés. C'est qu'il élargit petit à petit son réseau, le maître de cérémonie.
Ancienne école :  Poudlard - loup parmi les aigles.

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MessageSujet: Re: Lyke Wake Dirge - Abraham   Mer 12 Oct - 13:39

lyke wake dirge
abraham & ruth quirrell


L’aigle refermait doucement ses serres, le sourire aux lèvres et la satisfaction à la lisière du coeur. Elle avait grandi, Ruth. Elle avait grandi sans qu’il ne le remarque - les années s’étiolant les unes après les autres. Le fil du temps s’était aminci mois après mois et la fille autrefois adorée s’était réduite à un souvenir pour le patriarche. Car il avait enfin un fils, car il avait enfin un héritier - car la pérennité des Quirrell avait enfin été assurée. La première née réduite à l’état d’un brouillon, un canevas blanc sur lequel il n’avait plus daigné jeter un oeil depuis la naissance d’Isaac. C’était une femme maintenant - Ruth. C’était une femme et il évitait de la regarder. Car elle lui rappelait parfois Séphora, ses pupilles éteintes et ses longs cheveux noirs. C’était une femme et il lui tardait de la laisser à quelqu’un d’autre. Des mois, des années même s’autoriseront à souffler les mauvaises langues, qu’il tentait de lui trouver un mari. Qu’il tirait les ficelles d’un jeu malsain en coulisses, prétendant après prétendant s’enfuyant devant la perspective de prendre une Quirrell pour femme. Il faut dire que la tache n’était pas aisée. La beauté austère de la belle à marier ne parvenait en effet pas à effacer des siècles de moqueries, de quolibets et de doigts pointés. Car l’aliénation des Quirell ne datait pas d’hier, leurs cilices depuis toujours exhibés avec fierté et les cicatrices montrées au monde avec l’abnégation des bergers guidant les égarés.

Assis derrière le large bureau de chêne foncé, les jambes allongées et les doigts croisés autour d’un chapelet en bois, Abraham pensait. Pensait à la bonne nouvelle obtenue la veille, pensait aux alliances à venir et à peut-être, l’honneur qui se profilerait un jour. Il pensait, surtout, à la promesse de fiançailles qu’il venait d’obtenir. Un travail de longue haleine préparé depuis de semaines, des mois maintenant. Il n’y avait pas pensé tout de suite, le gourou - lorsqu’il avait commencé à parler au Lestrange. Il n’y avait d’abord vu qu’une opportunité de convaincre un nouveau fidèle. Il n’y avait d’abord vu qu’une âme de plus à tenir entre ses paumes bourrues - il n’y avait d’abord vu que la volonté de Dieu. Et puis, au fil de leurs entrevues et ce malgré tout les vices du jeune homme, il y avait entrevu un gendre. Peut être pas le prince charmant mais il n’en avait cure, le patriarche. A trente ans, il devenait urgent de marier la poupée brisée qui lui faisait office d’ainée. C’était donc sans hésiter qu’Abraham avait proposé sa fille à Abelam, le maître penseur présentant la chose comme une offrande. Récompense empoisonnée pour les châtiments appliqués avec ferveur. Cadeau qui n’en était pas vraiment un, car la rose avait des épines.

C’est donc l’oeil reposé et le palpitant apaisé qu’Abraham s’était mis à la recherche de sa fille, ses pas le perdant au détour des couloirs glacials du manoir familial. Ils n’étaient pas riches, les écartés. Car si les contributions du père à l’histoire de la magie étaient considérées de grande valeur, les gallions étaient rares et les coffres se vidaient peu à peu. La foi ne rapporte pas grand chose. Abnégation, pensait-il avec vertu lorsqu’il passait devant une tenture usée par le temps ou un meuble corné. La demeure des Quirrell était à mille lieux des manoirs extravagants au luxe opulent de nombre d’autres sang-purs. La demeure des Quirell était à mille lieux de celle vers laquelle il s’apprêtait à diriger Ruth. Elle allait vivre dans un musée, la belle. Se mouvoir au milieu des artéfacts et des souvenirs empoissonnés de mélancolie. Pas une seule fois ne s’était-il embarrassé de lui demander son avis, Abraham. Pas une seule fois ne s’était-il intéressé à ses sentiments ou à ses peines. Ne posant sur elle que des regards vides et des oeillades étrangères. C’était presque là ce qu’ils étaient, le père et la fille. Des étrangers séparés par les années, le temps et l’indifférence d’un père absent. Des étrangers séparés par la rancoeur, la vie et l’aveuglement des conventions. Car Abraham avait toujours voulu un fils. Pas une fille, un fils. Un fils à élever, un fils à offrir au Seigneur dans une ultime offrande pour les faveurs de l'Eternel.

C’est instinctivement que ses pas le menèrent vers le cabaret de taxidermie. Il y faisait frais, bien trop froid en cette fin d’automne - la chape de l’hiver tombant déjà sur les malheureux. Il la regarde quelques secondes à la dérobée, le regard encore et toujours lointain alors que la scène semble tout droit sortie d’une peinture. C’est comme ça qu’il l’a toujours regardée, Ruth. Comme une aquarelle aux couleurs trop diluées et aux contrastes fanés. Les seuls moments où il parvient à la voir, à la voir vraiment, sont probablement ceux-ci. Dérobés à la vérités, dérobés à la conscience ou même à l’amour. Et alors que les secondes se perdent entre la réalité et la mort et que le silence de l’hiver se fait plus glacial encore que la faucheuse - un oiseau vient alors se cogner à la fenêtre. Le ruban glisse sur le sol et le père esquisse un sourire lorsque les cheveux ténèbres se déploient, la fille se retournant enfin sur la silhouette du patriarche. Imposante dans l’encadrement de la porte, ombre flottante au dessus de la vie. « Père... » il s’avance de quelques pas dans l’atelier, les mains croisées sur le tissu sombre du costume. « Je suppose que comme d'habitude, vous voulez travailler seul. Dommage, j'avais presque terminé... » Il la rassure d’un geste leste de la main, prenant place lui aussi sur l’un des hauts tabourets, caressant une plume du bout du doigt. C’est que malgré tout, il continue de voir la beauté dans l’immobile, la gloire de créer à partir de ce qui n’est plus. Il juge son travail d’un oeil inquisiteur sans pouvoir s’en empêcher, le coin de ses yeux tressaillant devant la maîtrise de l’élève. C’est là tout ce qu’il peut lui offrir à Ruth: un peu de reconnaissance autour d’une table de travail. C’est là tout l’amour qu’il n’a jamais eu à lui donner. Pas grand chose, de petits bouts de respect éparpillés au vent. « Non, reste. »

Le silence retombe presqu’aussi brusquement qu’il n’a auparavant été rompu, les mots se perdant entre eux, noyés dans trop de non-dits. « Excellent travail, Ruth. » il incline la tête alors que ses yeux se perdent sur le frêle squelette. Ses compliments sont rares et précèdent souvent l’orage et Abraham ne laisse que trop peu de temps à sa fille pour en apprécier la douceur amère avant de se lancer, mots froids comme le mois de novembre et chantants comme une lamentation. « Je te cherchais justement. » c’est rare, lui qui passe d’habitude tant de temps à l’éviter ou à l’ignorer. « Je t’ai trouvé un fiancé, Ruth. Il convient parfaitement. » Encore une fois, pas de question ni d’empathie. A quoi bon pourrait bien servir d’autre sa poupée fêlée qu’à enfin remplir son devoir. Il ne daigne même pas lever les yeux sur son visage alors qu’il prononce la sentence. « Il s’agit d’Abelam Lestrange. » Le nom a déjà été évoqué plusieurs fois au manoir, susurré à l’oreille de Séphora au détour d’un couloir. Le nom a déjà été exhibé à table comme un exemple de foi - Abraham brandissant son nouveau fidèle comme un exemple auprès du fils prodigue. Il caresse toujours la plume qu’il finit par briser entre ses doigts, tendre métaphore pour la fleur qu’il s’applique tant à abîmer.

Car ce n'est pas le temps qui a abîmé le coeur de Ruth, non.


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MessageSujet: Re: Lyke Wake Dirge - Abraham   Jeu 13 Oct - 18:54

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Lyke Wake Dirge
Ruth & Abraham
This ae nighte, this ae nighte,Every nighte and alle,Fire and fleet and candle-lighte,Refrain: And Christe receive thy saule.
When thou from hence away art past to Whinny-muir thou com'st at last if ever thou gavest hosen and shoon,Sit thee down and put them on;

Les compliments étaient danger, rien de plus. Immobile, Ruth laissa aller son regard à d'autres horizons, elle dont les rêves restaient secrets. Elle ne voulait pas entendre, elle ne voulait pas écouter. Pas lorsque son père tressait ainsi rien d'autre qu'une couronne de mensonges. Quelque chose dans le bleu de ses yeux flancha un peu alors, elle restait droite pourtant.
Des rêves d'amour ? Ruth n'en avait jamais eu. Elle ne croyait pas à ce genre de choses, les sentiments. L'affection pouvait naître, mais pour l jeune femme rien n'importait plus que le respect. Elle ne voulait respecter personne en cet instant précis, tandis que quelque chose en elle se jetait contre les murs de son esprit.
Il avait voulu l'amenuiser, l'épuiser par quelques miettes de fausse admiration, juste assez pour la renvoyer, lui ôter jusqu'à son nom en lui promettant un nouveau. Comme si dans cette famille, jamais Ruth n'avait un jour existé.

« Excellent travail, Père »

Tout, des mots jusqu'à l'intonation, renvoyaient à la propre phrase d'Abraham avec une maîtrise glaciale. Pas de colère, non, pas de haine, juste la froide remarque d'une chose dont au fond, on se fichait. Un compliment que l'on ne pensait pas, non pas par rejet ou mensonge, simplement parce que cela était ainsi.
Lestrange, une famille dont elle ne voulait pas. Il lui semblait qu'Abelam était connu pour bien des frasques également, et jusqu'où Dieu la détesterait-il réellement si elle s'ouvrait la gorge, là, tout de suite, sur le champs ?
Songeuse, Ruth caressait du bout des doigts l'un des multiples outils de taxidermie avec lesquels elle ne se coupait plus depuis longtemps.
D'aucun pourrait la considérer chanceuse : son fiancé était beau et jeune qui plus est. Peu importe combien de fois Ruth expliquerait ses souffrances, personne ne la croirait jamais. Pas avec ce que cette nouvelle vie lui promettait/

 « Mais je doute que vous sachiez réellement ce qui convient ou non, après tout vous n'avez jamais su juger pour votre propre famille, votre héritier »

Et les mots allaient et s'égaraient comme des bouts de rêves. Jamais encore Ruth n'avait accusé de manière si ouverte son frère, pourtant son cœur ne battait pas. Peut-être en avait-elle assez, peut-être était-ce trop ? Elle ne savait.

 « Pauvre Père, vieux et gâteux, ce sera dur dans cette vieille maison délabrée... Cette fois-ci, il n'y aura plus personne pour vous aimer »

Jouer avec le feu, jouer et se brûler, et les longs doigts blancs tenaient toujours le long scalpel, refusant de le lâcher. Le visage immobile, Ruth sentait à l'intérieur d'elle-même chacun des battements de son cœur. Elle savait qu'il était impossible qu'elle aime, Abelam ou qui que ce soit, pas quand le traumatisme de l'abandon et du rejet restait si puissant. Cela était sa faute bien sûr, à lui, Abraham, il l'avait fait mourir dès l'âge de cinq ans.

 « Ne comptez pas sur moi pour d'éventuels petits enfants, mon rôle aux yeux de Dieu est de procréer mais comprenez bien qu'une femme ne peut s'accoupler avec un chien.  Est-ce qu'il
tire la langue, les yeux remplis d'adoration, dès que vous apparaissez ? »


Etait-ce déjà arrivé, ce genre de discussion ? Non, jamais le père n'était resté seul avec la fille aussi longtemps. Elle n'avait plus l'âge d'être frappée ou punie à présent, et jamais la haine n'éclatait de ses gestes et de ses mots, dans son désespoir Ruth savait rester mesurée.

 «  Eli, Eli, lama sabachthani?

 « Je suppose que comme d'habitude, vous voulez travailler seul. Dommage, j'avais presque terminé... »]
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MessageSujet: Re: Lyke Wake Dirge - Abraham   Dim 23 Oct - 14:01

lyke wake dirge
abraham & ruth quirrell


« Excellent travail, Père » il incline à peine le menton sur le côté alors qu’il caresse la plume brisée du bout du doigt, le désintérêt imprimé sur les traits. Il se souvient encore, pourtant, d’années plus belles. Ruth n’a pas toujours été triste, Ruth n’a pas toujours été dure - il n’a pas toujours été absent. Il se souvient encore, s’il prend le temps, des rires de l’enfant et de ses sourires. Il ne souvient encore, s’il lui en prend l’envie, de la fierté brillant dans leurs yeux en voyant la petite fille d’hier faire ses premiers pas. Mais tout était aujourd’hui effacé, effacé derrière des années de condescendance et de mépris. La commissure de ses lèvres tressaille alors que la tempère s’amorce avec plus de force que jamais. Il ne la connait pas, Ruth. Il ne la connait plus depuis bien des années déjà, silhouette fantomatique errant au gré d’un couloir froid. C’est tout ce qu’elle est devenue pour lui: une forme vague et mouvante qu’il n’arrive plus à cerner. Elle est docile, Ruth - la plupart du temps. Trop lasse, trop brisée peut être, que pour prendre la peine de protester. Mais malgré la fierté de ses gestes et la grâce altière de son port de tête, le bleu de ses yeux est troublé et Abraham peut presque apercevoir quelque chose se briser au fond de ses orbes transparents. La pulpe de ses doigts courre toujours le long du plumage, un sourire apathique ornant ses lippes fines, son propre regard toujours tourné vers l’infini plutôt que vers elle. « Mais je doute que vous sachiez réellement ce qui convient ou non, après tout vous n'avez jamais su juger pour votre propre famille, votre héritier. » la plume retombe sur la table de travail comme en suspension, laissant au temps quelques secondes pour reprendre son cours. Cassée, brisée - l’autrefois majestueuse ne servira plus à rien si ce n’est à décorer quelques cailloux.  Elle a raison, au fond, Ruth. Probablement a t’elle toujours eu raison mais il ne veut ni le voir ni l’entendre, le patriarche déchu. Car Isaac est son plus vil échec, son sang souillé aux côtés des impies depuis bien trop longtemps déjà.

Le silence s’éternise et s’étire, étirant ses maléfices jusqu’au coeur du patriarche. Il se lève doucement, Abraham, les lèvres ornées d’un sourire carnassier et les billes animées d’acrimonie. Ses doigts rugueux se posent sur un des ciseaux destinés à la dissection, l’acier glissant sous ses doigts comme une mélodie macabre. « Vieillir ne te réussit pas, Ruth. » se contente t’il d’asséner dans un haussement d’épaule. « J’ose espérer que le mariage te rendra moins aigrie. » Il ne voit que l’aigrie, Abraham - pas la femme qui souffre - et il exulte d’une irrévérence proche de la pitié. Et alors que les longs doigts blancs de la progéniture tiennent toujours le long scalpel comme on s’accroche à la vie, ceux du père s’enroulent, eux, autour du couteau - le faisant couler entre ses paumes comme on nargue les infidèles. « Pauvre Père, vieux et gâteux, ce sera dur dans cette vieille maison délabrée... Cette fois-ci, il n'y aura plus personne pour vous aimer » faux, pense t’il avec une douceur sucrée. Car la dévouée Séphora rode bel et bien encore entre les parois de son coeur, Madone au visage pâle et à la beauté bouleversante qui ne semble jamais se lasser de ses passions. Alors il s’approche de quelques pas, la défiant du regard d’oser se servir de la lame qui brille entre ses doigts. « Détrompe toi… » murmure t’il alors qu’il la fixe comme jamais il ne l’a jamais regardée auparavant. C’est la première fois que le père et la fille se parlent de la sorte et il y a au creux de leurs mots, derrière la rancœur et la colère qui suintent toutes deux de chacune de leurs syllabes, une élégance crue.

« Ne comptez pas sur moi pour d'éventuels petits enfants, mon rôle aux yeux de Dieu est de procréer mais comprenez bien qu'une femme ne peut s'accoupler avec un chien. Est-ce qu'il tire la langue, les yeux remplis d'adoration, dès que vous apparaissez ? » c’est un rire froid qui reçoit sa tirade, de la même manière qu’on se moque avec diligence d’un enfant qui se trompe. Elle le provoque, Ruth. Elle joue avec le feu, la tête penchée au dessus des flammes dans un ultime geste de défi. C'est un soupire las qui s'échappe d'entre les lèvres du Père alors que déjà - tout cela l'ennuie. Il a traversé les tempêtes, Abraham. La fierté et la foi chevillée au corps, la cilice autour de l'âme et le fouet fermement en main. Il a développé un égo malsain, frôlant le divin dans ses vices. Il accepte mal d'être contredit, encore moins par un fantôme, accablé parfois devant les travers de sa descendance.  « Tu ne devrais pas te montrer aussi difficile. » sermonne le patriarche, pernicieux jusqu'au fond de son discours. « Le chien dont tu parles avec condescendance est le seul à avoir accepté de te prendre pour femme. » ironise t'il avec brio, le seul partageant leurs croyances dans ce monde aliéné - « Peut-être apprendras-tu deux trois choses à ses côtés. » conclut t'il d'un ton plat comme pour clôturer cette conversation indésirée au plus vite. Il n'a pas crié, Abraham. Il n'a pas haussé le voix d'un iota, masque de marbre et cœur de pierre devant cette fille qui se rebiffe avec vigueur.

 «  Eli, Eli, lama sabachthani? » l'araméen roule sous sa langue avec force, Abraham resserrant instinctivement ses phalanges autour des ciseaux tâchés - estomaqué une seconde durant devant tant d'audace de la part de celle qui était habituellement si transparente.  « Cesse donc tes enfantillages Ruth. » tranche t'il d'un ton sans appel, se rapprochant encore vers elle d'un nouveau pas menaçant. « Même le Christ a fini par accepter son sacrifice. » laissant les couteaux retomber sur la table alors que ses yeux noirs restent rivés à ses billes profondes.


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MessageSujet: Re: Lyke Wake Dirge - Abraham   Jeu 27 Oct - 14:50

Lyke Wake Dirge
Ruth & Abraham
This ae nighte, this ae nighte,Every nighte and alle,Fire and fleet and candle-lighte,Refrain: And Christe receive thy saule.
When thou from hence away art past to Whinny-muir thou com'st at last if ever thou gavest hosen and shoon,Sit thee down and put them on;

“Le Christ n'a rien accepté puisque ce furent là ses dernières paroles”

Elle était intelligente Ruth, trop peut-être. Ce n'était jamais bon pour une femme, et bien longues étaient encore les ann&es où enfin on les verrait en égales. La sorcière savait beaucoup de choses, elle savait également qu'elle ne possédait rien pour plaire : toute beauté étant vite oubliée devant un esprit que l'on préfèrerait soumis.
Qui plus est son propre nom ne lui promettait aucun avenir, qu'importe que quelques fous aient chanté ses yeux noirs à leur manière, on ne pouvait épouser quelqu'un possédant un nom maudit, une famille vénéneuse.
Ne pas plaire, Ruth l'acceptait. Elle suivait les autres préceptes divins, haïssait des idées telles que le suicide malgré la cage de malheur dans laquelle on l'enfermait. Ce qui déplaisait à Dieu n'avait pas pour but de lui plaire à elle également, et à présent tout ce que la jeune femme voyait, c'était son père s'enfoncer sur le chemin de l'orgueil, pensant peut-être tenir un jeune sbire par l'esprit et -Ruth frissonna- par la queue en lui promettant un mariage.
S'offrir à un hérétique pour le convertir et le ramener dans le sein du Seigneur, Ruth savait pouvoir y consentir, mais quelle intérêt d'aller entre les bras d'un homme ayant déjà choisi de suivre son père, Cela devenait par trop vénal, par trop véniel, et ce n'était plus Abraham là devant elle, mais la silhouette destructrice d'un marchand du Temple.
Que voulait-il, la transformer en Jezabel impie afin d'en être à jamais débarrassé ?

Songeuse, la jeune femme ramena une mèche derrière son oreille. Elle avait les yeux lointains soudain, Ruth...

 « Enfin cela vous ne pouvez pas le savoir, c'est vrai, vous n'avez toujours été qu'un bourreau. »

Lentement, elle reboutonna le creux de sa chemise, celui qu'elle avait laissé pour une plus grande liberté de mouvements. Elle n'avait plus besoin de bouger désormais, inutile de penser à quoi que ce soit. Il y avait quelque chose d'immensément tragique dans le geste alors, un peu trop peut-être. Comme si une hache attendait de s'abattre sur le cou gracieux qu'elle dissimulait à présent dans une tentative vaine, comme si le sang coulait déjà aussi peut-être. Cela était ainsi.
Séduire quelqu'un, le pouvait-elle ? Si elle réussissait, était-ce en raison d'une volonté divine alors ? Et pourquoi se dressait-elle ainsi contre son propre père ? Epouser un homme qu'elle n'aimait pas ne faisait absolument rien naître en elle, ainsi Ruth pensait ne pas avoir à parler d'orgueil pour s'expliquer elle-même.
Elle ne fondrait pas en larmes, ne supplierait pas Dieu, pas plus que son géniteur, de lui offrir un autre destin, cela n'était pas son but. Son regard erra vers les carreaux, la lumière qui y filtrait, le monde du dehors. La patience était une vertu, chaque texte l'enseignait. Dieu lui enverrait un signe pour la guider dans sa décision, lui expliquer où était ses torts et ses droits. Si une puissance divine lui demandait de ne pas résister à Abelam, elle le ferait, mais elle n'irait pas se jeter dans un piège de luxure pour le bon plaisir de son père.

Alors, dans la matinée profonde, sans même qu'elle ne puisse en avoir conscience, Ruth se sentit pourtant baignée d'une pureté comme jamais on ne pensait posséder. Tout était clair et limpide dans ce sentiment d'attente, elle ne craignait absolument rien ainsi que le prouvait le léger sourire à ses lèvres.
Quelque chose en elle faisait renaître à nouveau la petite fille des jours premiers, alors même qu'il était trop tard pour elle d'exister.

 « Donnez-moi une robe couleur de Temps pour mon mariage, comme dans cette histoire que vous me lisiez avant de dormir... »
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MessageSujet: Re: Lyke Wake Dirge - Abraham   Mar 27 Déc - 23:15

lyke wake dirge
abraham & ruth quirrell


Il oublie bien trop souvent l’esprit vif de son aînée, Abraham. Il est bien trop prompt à détourner le regard, bien trop prompt à la reléguer au second plan. Elle n’a eu l’honneur d’exister que pour cinq ans, l’enfant. Bien trop vite rangée au placard, la poupée qu’on a fini par ne plus montrer qu’aux grandes occasions. Elle était belle Ruth - ses traits avaient la pureté de ceux de sa mère. Elle aurait pu être magnifique, Ruth - si ce n’avait été pour la rancoeur flottant à la commissure de ses lèvres et l’éclat oublié de ses orbes. Aliénée au milieu des reniés, son aînée n’ait rien des bons partis constitués par les autres jeunes filles de son sang. Pas de fortune à faire miroiter à l’heureux élu, pas de gloire sur le bout du patronyme. Juste Dieu. Juste le divin au fond du coeur et une lueur de folie au creux de l’âme. Il avait fini par renoncer, Abraham. Il avait fini par laisser tomber ses tentatives de marier l’indésirable, laissant les tapisseries usées du manoir servir de décor à son malheur. Jusqu’au jour où un nouveau plan était né. Jusqu’au jour où une opportunité avait fini par se présenter.

Il l’a aimée, Ruth. A sa façon et jamais correctement, probablement. Il l’avait admirée en silence, parfois - mais jamais assez souvent. Toujours trop occupé par Isaac et son cadeau - messager de l’Eternel, prophète aux visions apocalyptiques envoyé chez les Quirrell en remerciement de leur service. Jamais Abraham n’avait regardé Ruth assez longtemps que pour comprendre l’essentiel: devant lui se trouvait à la fois sa plus grande réussite à son plus acerbe échec. Elle avait la dévotion de Séphora, Ruth. La dévotion de la plus pure des pieuses et l’abnégation du père. Oubliée jusque là même par les démons rongeant l’âme d’Abraham. Car l’homme avait perdu un peu de l’innocence de sa foi en faveur d’un orgueil dévorant.

Être à la tête des élus comporte bien des pièges.

Porter entre ses paumes les péchés du monde n’est pas gratuit. Jamais.

Il avait longtemps pesé le pour et le contre, Abraham. Ses plans allaient plus loin que simplement marier l’un de ses enfants. Ce qu’il voulait c’était refermer ses phalanges autour des poignets d’Abelam, l’aider tout en le détruisant - l’aider mais jamais assez que pour qu’il n’ait plus besoin de lui. Marier une Quirrell n’avait rien de prestigieux et les fiançailles du Lestrange à Ruth ne seraient qu’une disgrâce de plus. La disgrâce de trop osait espérer le patriarche. Il y avait une volonté malsaine d’isoler Abelam au fond du coeur d’Abraham. Une fois le jeune homme séparé du reste de sa famille et perdu dans les limbes de la maladie, Abraham espérait pouvoir enfin s’en servir comme on dispose d’un pantin. Ne serait-il pas alors un Père de substitution, un guide spirituel et la porte vers le Purgatoire.

Ce n’était pas sa fortune que désirait Abraham. Ni même les trésors ramenés par la brebis de ses nombreux voyages, bien qu’ils ne soient pas sans attraction pour l’historien. Non, ce que voulait le joueur d’échecs, c’était son nom. C’était les relents de gloire encore associé au patronyme des Lestrange, c’était la crédibilité offerte par ces quelques syllabes. C’est avec fierté qu’il s’apprêtait à sacrifier sa fille pour l’honneur du Seigneur. Car Abraham était las de se contenter de quelques âmes égarées. Sa fille en échange du reste du monde. Sa fille comme ticket d’entrée dans les hautes sphères de la société, sa vertu comme unique monnaie à présent.

C’est une scène presqu’irréelle qui se joue dans la serre nappée de lumière. La fierté du père opposée à la résignation de la fille. Il ne l’a jamais détestée, Ruth. Il ne l’a jamais vraiment respectée, peut être - mais il ne l’a jamais détestée pour autant. Il a tout simplement arrêté de la considérer, sa fille. Laissant son éducation à Séphora épaulée des vierges, sa présence planant comme une ombre par dessus les Bibles. Le manoir des Quirrell était une ode au silence.

« Donnez-moi une robe couleur de Temps pour mon mariage, comme dans cette histoire que vous me lisiez avant de dormir... » souffle t’elle alors qu’elle referme le bouton de sa chemise. C’est un oiseau à qui on a jamais apprit à voler, Ruth. C’est une colombe a qui on a méticuleusement coupé les ailes. Condamnée à vivre en cage que ce soit auprès d’un père ou d’un mari. Princesse désargentée dont le destin se moque allègrement, poupée poussiéreuse. Maudite de ne pouvoir respirer que sous le joug d’un homme. Probablement jamais la belle n’avait-elle eu la satisfaction de voir l’un de ses désirs exaucés. Mais désirait-elle encore quoi que ce soit, Ruth…

« Ne compte pas sur une peau d'âne. » un sourire absent flotte à la commissure de ses lèvres alors que les mots se murmurent, couteaux posés sur du velours. Il se souvient encore, Abraham. Il se souvient encore des cinq premières années de la vie de l’ingrate. Il se souvient encore de chaque mot du conte, de la robe couleur de Temps mais aussi de celle aux atours de la Lune. De la peau d'âne permettant à la princesse de se substituer au regard de son père. Si Abraham ne désire pas épouser sa fille, il est bel et bien marionnettiste. Tirant les ficelles de la vie de son aînée les unes après les autres d'une poigne de fer.

Ce mariage ne ferait pas exception.

Il ne la quitte pas du regard, Abraham. Sûrement aura t'il plus regardé Ruth durant cette conversation que durant les dix années précédentes. Lui qui l'évite si souvent se retrouve à fixer la femme pour la première fois. « Tu ne verras peut-être pas l'utilité de ces fiançailles immédiatement (...) » - ce n'est pas une justification qui s'écoule comme du venin mais une vérité déchirante - « (...) cela ne change rien à leur importance. » Car aussi sûr que les étoiles reprendront ce soir leur course, les Quirrell auront un jour leur revanche. Car aussi sûr que le soleil brillera de nouveau le lendemain, les cols blancs des pieux seront un jour teinté du sang des impies.


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MessageSujet: Re: Lyke Wake Dirge - Abraham   Sam 14 Jan - 18:43

Lyke Wake Dirge
Ruth & Abraham
This ae nighte, this ae nighte,Every nighte and alle,Fire and fleet and candle-lighte,Refrain: And Christe receive thy saule.
When thou from hence away art past to Whinny-muir thou com'st at last if ever thou gavest hosen and shoon,Sit thee down and put them on;

Elle éclata de rire, bruit de torrent, rêve de cascade de son cœur jusqu'à sa gorge, de sa gorge jusqu'au monde. Et ses yeux brillaient un peu, Ruth, comme si elle s'amusait vraiment. De peau d'âne, elle ne voulait pas. Ce cadeau était à demander à un père qui nous aimait, la jeune femme savait fort bien qu'aimée, elle ne l'était. Qu'importe...
Et ses yeux se perdirent un peu plus alors, son sourire aussi. Non, elle n'aurait pas de belle robe, jamais, elle ne pouvait rien demander, se devait de l'accepter. Amen...
Il n'y avait que la haine, la haine et la foi. Un silence, celui de rêves et d'autres paysages loin, bien loin d'ici. Où, elle ne savait pas...
La mort n'était pas une solution, elle était le jouet de Dieu, ne devait lui imposer sa volonté. Obéir à Abraham relevait alors d'un sentiment proche de l'hérésie, car il n'était qu'un homme lui aussi. Avait-il à disposer d'elle comme il l'entendait, bien que la Bible prêchât la piété filiale ? Non, bien sûr que non, avec un sentiment clair Ruth s'en apercevait.
Elle pensait à ces saintes et à ces vierges que l'on avait menées aux arènes, quels avaient été leurs mots, quel avait été leur enseignement ?
Certaines s'étaient refusées à des soldats romains, des que pourtant elles auraient pu convertir peut-être. Cela voulait-il dire que Ruth en avait le droit ? Abelam désirait embrasser leur foi, il n'avait pas besoin de prétexte, plus maintenant. Lui ouvrir ses cuisses serait une perte de temps puisque, pensa-t-elle crûment- il n'y verrai pas mieux la lumière au bout du tunnel.
Perdre une châsteté par simple orgueil de se sentir femme... Car elle saurait comment s'en faire désirer de cet homme, Ruth, elle plaisait de la même manière qu'un rêve dangereux après tout. Ne valait-elle que cela ? Et il y aurait les enfants aussi, les enfants qu'on lui demanderait.
Brusquement, elle s'imagina, un bébé dans ses bras. Un fils, à l'instar de son frère, le pourrait-elle ? Alors elle su que plutôt qu'avoir à le porter, le nourrir, l'élever, l'aimer, elle l'étoufferait dès son premier cri, peut-être même avant.
Elle ne pourrait pas être mère, elle ne pourrait pas être femme, quelque chose en elle pleurait de cela un peu, et Ruth nommait ce sentiment orgueil, voilà tout.

 « Politique... »

un mot soufflé avec un ennui presque sensuel.

 « En ce cas la mariée importe peu... »

Le but n'était pas d'échapper à l’événement, lucide Ruth savait cela impossible. Ce qu'elle désirait était simplement de ne point s'offrir pure comme un don de Dieu. Que le nom du Créateur ne soit pas sali par la simple luxure d'un homme à assouvir au nom du pouvoir.
Etrangement, la jeune femme ne pensa pas à s'offrir à un quelconque autre amant, innocente à sa manière malgré tout encore. Elle savait l'histoire d'Esther pourtant, mais ne pensait pas non plus à la décapitation pour son futur fiancé. Dans une logique toute chrétienne, Ruth ne pensait qu'à se punir elle-même...

Le geste était fluide, beau et gracieux tout à la fois, jamais elle ne pourrait être plus jolie elle-même, le temps prit alors un goût d'éternité. Dans sa main, le scalpel acéré, semblable au poignard des temps antiques. Un ange hurlant de sacrifier un enfant, oui mais lequel ?

Elle leva la lame, prête à frapper, déchirer la peau, déchirer l'oeil peut-être. Se défigurer, s'enlaidir, et de son autre main, par la baguette, elle appela un sortilège de feu contre son propre visage.
Abelam l'aurait, peut-être, mais ce serait avoir une poupée par trop usée déjà, à moins que son père ne parvienne à éviter le pire non pas dans un acte d'amour, mais bien pour protéger ses intérêts.

Seigneur, elle t'offre sa beauté en don ultime....

 « Donnez-moi une robe couleur de Temps pour mon mariage, comme dans cette histoire que vous me lisiez avant de dormir... »
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Allégeance :  Après des années à se targuer d'une neutralité à toute épreuve, Abraham s'est enfin décidé à prendre parti pour Abel Shafiq. Porté par l'appel de la Malédiction, persuadé de voir là l'appel de Dieu.
Profession :  Historien magique dans un premier temps, unique domaine de la vie sorcière dans lequel le Quirrell a gagné ses lettres de noblesses, éminent chercheur à la tête bien faite. Taxidermiste aussi, hobby au goût d'éternel. Gourou, parfois. Beau parleur rassemblant derrière lui les égarés, les effrayés. C'est qu'il élargit petit à petit son réseau, le maître de cérémonie.
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MessageSujet: Re: Lyke Wake Dirge - Abraham   Lun 24 Avr - 0:48

Le rire de Ruth faisait partie de ces mélodies brisées qu’on fait semblant de ne pas entendre, le père sourd face à la détresse cachée entre les éclats de rire. Le patriarche sourd et aveugle lorsque cela concernait son aînée. Le regard tourné vers d’autres horizons, détourné de celle qu’il avait fini par oublier. Probablement s’était-il tout simplement habitué à ne plus l’apercevoir, figure transparente aux côtés du frère tant attendu. Madonne abimée qu’Abraham avait rangé avec ses jolis souvenirs, avec les chimères d’un autre temps. Boîte de Pandore à laquelle il n’accordait plus le moindre coup d’oeil, pièce à déplacer sur l’échiquier de ses passions. Sa chair la plus pieuse délaissée, vendue, abandonnée. Si l’homme n’avait pas perdu son âme quelque part entre la foi et l’orgueil, peut être la pitié se serait-elle frayée un chemin jusqu’à son coeur.

« En ce cas la mariée importe peu... » las, le bigot ne lui accorda pour réponse qu’un vague geste de la main. Mots chassés du bout de ses phalanges. Rêves piétinés. Désirs ignorés. Une fois de plus. Il y avait quelque chose de beau peint sur les traits de Ruth pour qui la regardait encore, quelque chose de divin presque pour qui ne s'appliquait pas à l'ignorer. Un ascétisme douloureux. L'ombre d'un cilice au fond des yeux, la détermination de sa mère - aussi.

Peut-être aurait-il pu l'aimer correctement s'il ne l'avait pas oubliée. Peut-être l'histoire aurait-elle pu s'écrire différemment. Peut-être aurait-il pu voir alors.

Et si le dos du père porte les stigmates des lanières mordant quotidiennement sa peau, le geste de la fille n'a pas la même importance aux yeux du père. Par pêché d'orgueil, il lui refusera même jusqu'à son dernier sacrifice. On ne fait pas pénitence par la lame d'un scalpel. La foi d’Abraham était brutale, nappée des préceptes vengeurs de l'Ancien Testament, la beauté des Psaumes souillée cependant par ses désirs impies.

Prêcheur ayant donné une partie de son âme à la Bête de ses cauchemars, sacrifice illusoire de celui qui rêvait la nuit d’un martyr chimérique. Berger des égarés, la bonne parole sur le bout de ses pêchés. Mensonges.

Il n'y a pas de charité au fond des yeux du patriarche, pas d'amour non plus alors que le scalpel brille sous le soleil. Les réflexes du père ne sont plus aussi vifs qu'au premier jour, aujourd'hui plus habitué à la précision d'une aiguille de taxidermie qu'aux duels de sorcier. Mais sa propre baguette étouffe les flammes, énième affront aux désirs de son ainée. Un second mouvement de baguette dévie la course de la lame, ne laissant comme souvenir de la tentative qu'une entaille sur le blanc de sa joue. Loin de s'offusquer du désespoir du geste - prêt après tout à sacrifier sa fille pour la gloire d'une croyance fanée.

Ses doigts s'emparent du scalpel comme on manipule les reliques et alors que le rouge perle sur l'opale de sa joue, il quitte Ruth du regard. « Ne sois pas ridicule, Ruth. » intime le père d'un ton plat, insensible sûrement aux tourments de celle qu'il a détruite.


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